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ISLAM et homosexualité

ISLAM ET HOMOSEXUALITE

Le débat autour du projet de loi sur le « mariage pour tous » offre l’occasion de s’interroger sur la position de l’Islam au sujet de l’homosexualité.

Le principe

Le Coran évoque le thème de l’homosexualité en relation avec l’histoire du personnage biblique Loth : « Souvenez-vous de Loth. Il dit à son peuple : vous livrez-vous à cette abomination que nul, parmi les mondes, n’a commis avant vous ? Vous vous approchez des hommes de préférence aux femmes pour assouvir vos passions. Vous êtes un peuple pervers » (7, 80-81). La même réprobation est reprise en 27, 54-55.
Dans la Sunna (tradition mahométane), la question est abordée par cette recommandation attribuée à Mahomet : « Chassez de vos maisons les femmes hommasses et les hommes efféminés ».

Le droit

L’homosexualité est illégale et qualifiée de crime dans la plupart des pays musulmans. Elle est donc passible de sanctions. Mais le Coran impose une peine seulement aux femmes fautives, à condition que leur « action infâme », associée à l’adultère, soit attestée par quatre témoins. Alors, « enfermez les coupables jusqu’à leur mort » (4, 15).

En fait, le droit pénal en la matière n’est pas uniforme. Il varie selon les écoles juridiques et les Etats où s’applique la charia, la loi islamique (celle-ci n’a jamais fait l’objet d’une codification générale et unifiée). L’école malékite (elle s’appuie sur la pratique en vigueur au temps de Mahomet à Médine, mais s’est ensuite ouverte à d’autres influences), qui est en vigueur notamment au Maghreb, prescrit la lapidation pour les homosexuels de sexe masculin, actifs et passifs.

Explications d’un juriste musulman

Selon Mohamed Hocine Benkheira, chercheur à l’Ecole pratique des Hautes Etudes de Paris : « L’homosexualité constitue une abomination sans pareille (…). L’homosexuel est perçu à la fois comme un pécheur et un criminel, maudit par Dieu (…). Quand les homosexuels s’unissent, le Trône de Dieu tremble : la terre, le ciel, le sol et le toit hurlent de colère et réclament vengeance (…). L’homosexualité constitue une remise en cause d’un des principaux fondements de la société : il ne peut y avoir d’union qu’hétérosexuelle. Et comme celle-ci est une institution divine, l’homosexuel est un rebelle contre la loi de Dieu ».

Benkheira met par ailleurs en lumière une différence avec la conception chrétienne qui a son fondement dans le droit naturel alors que, dans l’Islam, c’est Dieu Lui-même qui détermine ce qui est bien et mal, ce qui est permis et ce qui est interdit (halal et haram).
« L’idée de nature n’intervient pas [en matière d’homosexualité], du reste comme dans l’ensemble de la loi islamique : on ne trouve donc pas trace de la notion de crime contre-nature ; ce n’est pas la nature qui définit la norme, c’est toujours Dieu » (Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, pp. 400-401).

Et le christianisme ?

L’homosexualité est désignée dans la Bible comme une dépravation grave (Genèse 19, 1-29 ; Romains 1, 24-27 ; 1 Timothée 1, 10). Dans le prolongement, le Catéchisme de l’Eglise catholique commente : « Les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés. Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas. » (CEC n° 2357).

Comme l’Islam, le christianisme condamne donc l’homosexualité et a fortiori le mariage entre homosexuels. Cependant, plusieurs divergences opposent les deux religions à propos du péché et du pécheur.

1 - Concernant la loi naturelle, le christianisme en attribue l’origine à Dieu qui lui a donné une valeur universelle et immuable. Mais l’homme, parce qu’il « participe à la sagesse et à la bonté du Créateur », est capable, par sa raison et sa conscience, de discerner « ce que sont le bien et le mal, la vérité et le mensonge » (CEC n° 1954).
Il n’a pas besoin d’un diktat divin comme dans l’Islam. Selon la doctrine chrétienne, la loi civile ne peut contredire la loi morale. Mais, contrairement à l’Islam où la loi civile s’immisce jusque dans la conscience et la sphère privée, dans le christianisme cette même loi ne se confond pas avec la loi morale, en ce sens qu’elle n’oblige personne à l’adopter et à l’appliquer.

2 - Le christianisme distingue toujours l’acte fautif de celui qui l’a commis. S’il condamne le péché, il appelle à la miséricorde envers le pécheur. Selon le Catéchisme de l’Eglise catholique, l’état homosexuel constitue pour la plupart de ceux qu’il concerne « une épreuve » et une condition « qu’ils n’ont pas choisie ». « Ils doivent donc être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. » (CEC n° 2358).

Pour sa part, l’Islam confond loi religieuse et loi civile. D’où il résulte que tout péché, même s’il relève de l’ordre privé, est assimilé à une atteinte à l’ordre public.
Dans l’Islam, l’éradication du mal passe par la punition pénale de son auteur, voire sa suppression, tandis que dans le christianisme, la faute est effacée par le pardon sacramentel.

Christianisme et Islam se rejoignent donc dans leur condamnation de l’homosexualité.
Mais ils se distinguent nettement par la réponse qu’ils donnent respectivement à cette homosexualité ainsi que par le « traitement » des homosexuels eux-mêmes.


Annie Laurent