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SAINTE ROSALIE VIERGE SOLITAIRE DE PALERME · 6 Septembre

Peu de jours avant la naissance de l'enfant qu'elle portait dans son sein, l'épouse de Sinibald vit un jeune homme d'une grande beauté, vêtu de blanc. c'était un ange envoyé Par Dieu. Il s'approcha d'elle. Avec un regard plein de douceur, il lui adressa ces paroles : « Dans huit jours, vous mettrez au monde une fille à qui vous donnerez le nom de Rosalie, car telle est la volonté de Dieu ; ». Rosalie se prépara de bonne heure à la vie de détachement à laquelle Dieu l'appelait. Ses occupations, ses entretiens et ses divertissements étaient uniquement des pratiques ou des discours de dévotion. Elle fréquentait souvent les autels des églises et l'oratoire qu'elle avait construit de ses mains. Les noms de Jésus, Marie, Joseph, furent les premiers qu'elle prononça en venant au monde. Ces noms étaient sans cesse sur ses lèvres. Rien n'était capable de la détourner de la piété pour lui faire mener une vie mondaine. La maison paternelle lui offrait le spectacle de ce que le luxe a de plus flatteur ; elle aurait pu y goûter le charme des plaisirs offerts par les grandes fortunes à ceux qui les possèdent; tout lui souriait et semblait l'inviter à se rassasier de délices. Au milieu des vanités elle ne regarde que Dieu et n'aspire qu'après son union à lui.

Fidèle aux divins enseignements Rosalie sut prévenir les dangers dans lesquels l'ennemi de tout bien voulait la précipiter. Elle s'adonnait aux exercices de la pénitence et de la mortification, parce qu'ils sont les vrais moyens d'entretenir la ferveur de l'âme et de vaincre les tentations de l'ennemi. Pendant la nuit, quand elle pouvait se soustraire à la vigilance de sa gouvernante, Elle quittait son lit moelleux pour achever son sommeil sur le sol nu dont la dureté lui était plus agréable que le duvet de sa couche seigneuriale. Dans ses repas elle mêlait adroitement l'amertume aux mets délicats qu'on servait à la table de son père. Elle endurcissait ses genoux dans l'exercice quotidien d'une longue prière et de temps en temps. Elle châtiait sa chair innocente. Pour la récompenser le Seigneur la prévenait des ses bénédictions. Il faisait connaître à son humble servante l'amour de préférence qu'il avait pour elle et l'intimité dans laquelle elle devait vivre avec lui. Dans le recueillement de l'oraison, Elle entendait la voix de son bien-aimé qui lui disait : « Rosalie, aime-moi, aime-moi seul ; tu n'auras d'autre époux que moi. » Émue sous l'appel divin, Rosalie redoutait par humilité une faveur si grande. Mais son cœur sentait le besoin de s'épancher et de répondre à l'invitation dont il se croyait indigne.

Elle se retirait alors dans son modeste oratoire. prosternée devant l'image de la céleste vierge, les yeux levés vers le divin enfant qu'elle tient dans ses bras, elle disait: « Mon Dieu, vous connaissez mon coeur. vous savez qu'il vous aime, qu'il ne désire que vous ici-bas et dans le ciel. Enseignez-moi, je vous prie, le chemin que je dois suivre, vous serez mon maître, mon guide et ma lumière.» Mais plus elle s'humiliait plus le Seigneur s'approchait d'elle. Il répétait de nouveau à Rosalie : « Ma fille aime moi, chéris moi uniquement ». Rosalie ne savait que répondre : « Bon Maître je vous aime et vous aimerai toujours beaucoup. » Un jour, c'était grande fête au château de Sinibald ; Rosalie venait d'être parée magnifiquement. Sa blonde chevelure était couverte de fleurs et de diamants étincelants ; elle était éblouissante de beauté. Sa gouvernante voulut elle-même la placer devant un miroir pour qu'elle put contempler ses propres charmes ; mais, chose étrange, au lieu d'apercevoir son image, la jeune fille y vit celle de Jésus-Christ crucifié, couronné d'épines, la figure inondé de sang! Elle entendit une voix tendre et suave lui adresser ces paroles, avec l'accent d'un doux reproche : « Ah Rosalie ! regarde-moi dans ce miroir; vois ce que j'ai souffert pour ton amour; colore les traits de ton visage du sang que j'ai versé pour toi; entrelace avec les ronces de mon diadème les fleurs dont tu as décoré ta tête.» A ces mots, Rosalie fut troublée jusqu'au fond de l'âme, la pâleur se répandit sur ses joues et l'impression de cet étrange spectacle fut si vive qu'elle demeura comme privée de sentiment.

Rosalie, confuse et humiliée, prosternée le visage contre terre et n'osant lever les yeux, lui dit en soupirant : « Ô mon Dieu ! ô mon doux Jésus ! je vous ai vu dans ce miroir et je reconnais tout le mal que j'ai fait. Moi, ver de terre, j'ai crucifié mon bon Maître par mes péchés ! Vous venez de me faire comprendre que je dois me crucifier comme vous et avec vous ; je le désire aussi, ma volonté est disposée à suivre la vôtre ; daignez me la manifester. » Jésus-Christ lui répondit toujours avec la même bonté; « Va, ma fille à l'église du Sauveur; c'est là que je veux m'unir à toi dans le sacrement de mon amour. Tu feras le vœu de virginité et je te recevrai pour mon épouse. » Après ces derniers mots, Notre Seigneur disparut. Rosalie fut consolée d'apprendre de sa bouche sa divine volonté; mais, indignée d'elle même et de sa coupable conduite, elle arrache à l'instant tout ces vains ornements et les foule aux pieds, brise le miroir placé devant elle, et détache sa belle chevelure qu'elle coupe sans pitié. Animé d'une nouvelle ferveur elle pria sa gouvernante de l'accompagner à l'église du Sauveur où elle voulait mettre en exécution les ordres de son Maître. Celle-ci après de nombreuses résistances se laissa toucher par les prières de la jeune princesse qui lui parut inspirée de Dieu ; elle cèda à ses pressantes instances et se détermina à la conduire, sans que l'on put soupçonner leur sortie du palais. Ils allèrent à un monastère de religieux bénédictins. Ce monastère habritait son père spirituel, religieux d'une grande sainteté, homme plein de mérite et l'un des plus savants de son ordre. La jeune princesse le voyait fréquemment ; depuis son plus bas âge elle s'était laissé conduire par ce maître habile dans la pratique des devoirs religieux, Ce pieux fils de saint Benoît connaissait les faveurs que sa pénitente avait déjà reçues de Dieu. Rosalie se présenta à lui avec confiance et humilité. Elle lui exposa la grâce qu'elle venait de recevoir, lui apprit l'apparition de Jésus crucifié, les paroles sorties de sa bouche, l'ordre de venir dans le temple et d'y faire le vœu de virginité. Habitué à la conduite des âmes le saint religieux ne fut pas surpris du récit de Rosalie. Il l'exhorta à correspondre fidèlement aux desseins de la volonté divine, à retirer son cœur de tous les plaisirs de la terre et surtout de ceux de la cour ; ajoutant qu'elle n'avait pas d'autre voie à suivre pour plaire au Seigneur qui lui-même la lui avait fait connaître.

Après lui avoir montré toutes les difficultés et toutes les épreuves qui l'attendaient, Il lui dit de reprendre courage, de compter sur la force et le secours du ciel et d'avoir toujours présente à son esprit l'apparition du Sauveur, tel qu'il s'était montré à elle dans le miroir. La jeune princesse reconnut et confessa ses fautes et ses imperfections. Quoique vénielles elle les pleura comme très grandes, les regardant comme une offense grave envers le Seigneur. Elle s'approcha de la table sainte et enflammée d'un ardent amour s'unit à son Sauveur. Elle demeura longtemps en prières et en actions de grâces aux pieds de l'autel et devant la statue de la Vierge Marie portant entre Ses bras le très-saint Enfant Jésus. Prévenue de sa bénédiction, Rosalie entendit cet aimable Maître lui donner son pardon et lui dire en présence de sa mère : « Je veux que Marie soit ton avocate et ta marraine. » Elle prononça alors son vœu de virginité en ces termes dictés par le Seigneur au fond de son âme : « Moi, Rosalie, fait vœu à mon Dieu et à mon Seigneur de garder perpétuellement ma virginité, de n'avoir jamais d'autre époux que sa divine Majesté, renonçant au monde et à ses vanités pour toujours. » Les anges assistèrent en grand nombre à cette divine union d'une manière visible à la Sainte seulement et la célébrèrent par d'harmonieux cantiques. La jeune fille reçut un riche anneau des mains de son nouvel époux en témoignage de leur amour réciproque. Après cette belle cérémonie elle retourna au palais de son père, le cœur rempli de joie et d'une consolation indicible. Les anges lui firent de nouveau cortège jusqu'à son arrivée.

Le père et la mère de Rosalie ayant appris par la gouvernante qui l'avait accompagnée ce que sa fille venait de faire, comment elle s'était dépouillée de ses magnifiques ornements et de sa belle chevelure, comment elle était allée à l'église du Sauveur où elle était restée si longtemps en prières, en furent profondément affligés. Lorsque Rosalie se présenta devant eux, sa mère emportée par la colère et oubliant sa qualité de reine, l'accabla d'injures, la traita d'extravagante et, dans la violence de son indignation, lui meurtrit le visage de soufflets. Rosalie souffrit ce traitement avec patience et même avec joie, rendant grâces au Seigneur de lui avoir offert l'occasion de l'imiter en quelque chose. Son père navré de douleur, mais plus calme que la princesse son épouse, espéra par de douces paroles et de tendres caresses pouvoir la dissuader de donner suite à cette première démarche déjà si opposée à ses desseins. Il agit avec douceur, car il aimait sa chère Rosalie. Il l'engagea donc à réfléchir lui représenta qu'elle était son unique enfant; qu'en elle il avait mis tout son bonheur, toutes ses espérance; qu'il avait engagé sa parole pour l'unir à Baudoin ; qu'elle pourrait servir Dieu et se sanctifier dans l'état du mariage, et enfin que si elle persistait dans une résolution contraire à la sienne il en mourrait de douleur. Rosalie répondit à son père en peu de paroles, mais avec respect et douceur: que Dieu dans son infinie bonté lui avait donné des lumières pour connaître clairement ce qu'est la terre comparée au ciel, les misères de la vie en présence de la félicité éternelle.

Elle lui dit qu'animée d'une force supérieure à la sienne, il n'était pas en son pouvoir de résister; qu'elle avait renoncé à l'amour de ses parents, au monde, aux honneurs et aux plaisirs ; qu'elle en avait fait le sacrifice à Dieu à qui seul elle avait donné toutes ses affections et qu'elle voulait avoir pour unique époux. Son père Sinibald la voyant ferme dans son projet se persuada qu'il était le fruit d'une ferveur indiscrète que le temps ne tarderait pas à dissiper. Les parents de Rosalie jugèrent que le meilleur moyen de la vaincre était d'avoir quel que condescendance à ses désirs. Heureuse de cette disposition elle leur demanda humblement la permission de vivre, pendant quelque jours, retirée du monde ; de manger seule, de ne recevoir aucune visite, excepté celle des membres de sa famille. Ils y consentirent mais ce fut avec peine et dans l'espoir de l'amener par des moyens plus doux à consentir à leurs désirs. Rosalie fut transportée de joie en pensant qu'elle pourrait désormais se donner à Dieu en toute liberté, embrasser facilement les exercices de la pénitence et de l'oraison. Elle admit auprès d'elle pour la servir une personne ou plutôt une fidèle compagne qu'elle servait elle-même presque toujours. Elle enleva de ses appartements tout ornement mondain, ne gardant que les objets de dévotion. La terre nue lui servit de lit ; sa nourriture fut réglée sur la plus rigoureuse mortification. Elle ne mangea plus que des herbes et des légumes ; elle jeûnait tous les jours de la semaine et trois fois au pain et à l'eau. Chaque nuit elle macérait sa chair innocente qu'elle recouvrait pendant le jour d'un rude cilice.

Elle s'adonna aux doux et utile exercice de l'oraison qu'elle continuait pendant le travail qu'elle s'était imposée journellement. Elle vivait dans cette retraite, consolée et favorisée des faveurs divines qui imprimaient dans son cœur un désir toujours plus ardent de la plus profonde solitude pour se donner toute entière à son céleste Epoux, dégagée de tous les objets et de toutes les affections terrestres. Sa prière continuelle, les désirs qui consumaient son âme demandaient à Dieu qu'il la dirigeât suivant les vues de sa volonté sainte. Elle était prête à vivre et à mourir ignorée dans un désert, au milieu des plus grandes austérités, si tel était le plaisir de celui à qui elle ne devait qu'amour et obéissance. Les dispositions de ses parents étaient bien différentes. Trompés dans l'espérance qu'ils avaient conçue, ils virent que leur condescendance aux désirs de leur fille n'avait apporté aucun changement dans ses premières volontés. lls comprirent qu'il fallait la forcer à reprendre les coutumes de la cour et à consentir au mariage projeté. La même nuit où son père s'était déterminé à lui faire connaître ce qu'il exigeait d'elle, Rosalie reçut la visite miraculeuse d'un ange envoyé par le Très-Haut. Ce messager céleste lui déclara que Dieu voulait qu'elle passa ses jours dans le désert où il lui avait préparé une grotte obscure pour y vivre cachée aux hommes mais sous les yeux attentifs de la milice angélique. Il ajouta que lui-même l'accompagnerait dans le voyage et la guiderait dans le chemin ; et qu'ainsi elle devait partir à l'instant même . La Sainte fut ravie de joie en apprenant cette heureuse nouvelle et se disposa sans tarder à quitter le château de son père. Elle prépara ce qu'elle devait porter avec elle Quelques livres de piété, une discipline, une petite chaîne de fer pour mettre autour de son corps, deux cilices et une quantité de crin suffisante pour se tisser une tunique; telles furent les seules richesses que conserva la noble fille de Sinibald. Elle y ajouta pourtant un petit crucifix, une image de la Très-Sainte-Vierge et une couronne d'Ave Maria pour la réciter souvent en l'honneur de cette aimable Reine du Ciel. Sur le point de partir elle se vit soudain entourée d'une lumière éclatante du sein de laquelle sortit la gracieuse image d'un jeune enfant. Elle reconnut le divin Jésus ayant à côté de lui sa mère Immaculée. « Va, lui dit-il, ce que tu entreprends m'est agréable, reçois ma divine bénédiction elle te fortifiera dans tes faiblesses et adoucira les rigueurs de tes austérités. »

La vierge Marie elle-même adressa à Rosalie quelques paroles bienveillantes et l'assura de son assistance et de sa protection toute particulière. La céleste vision disparut laissant inondée de joie celle qui en avait été favorisée. Rosalie partit rassurée, accompagnée du messager divin et d'un autre ange que le Seigneur lui envoya. Sous leur conduite, elle fit la route sans obstacle, encouragée et joyeuse d'aller dans la solitude pour y goûter les délices des communications avec son céleste époux. Pour soutenir la faiblesse de son jeune âge et lui alléger les fatigues du chemin, ses deux anges conversèrent avec elle. Ils lui parlèrent de la douceur de la vertu, de l'excellence de la grâce ; des perfections incompréensibles de Dieu ; de son ineffable beauté dont les œuvres de ses mains ne sont qu'un pâle reflet. Ils lui firent la description des richesses de la cour céleste et lui montrèrent toute la vanité des biens de la terre. Ils marchèrent longtemps et après plusieurs lieues ils firent arrêter la Sainte pour qu'elle prit un peu de nourriture et de repos. Ils lui donnèrent à manger un peu de pain et pour boisson un peu d'eau, comme il fut donné autrefois au prophète Élie. Ce repas, Rosalie le trouva délicieux. Ceux-ci l'engagèrent encore à réparer ses forces par le sommeil, l'assurant qu'elle n'avait rien à craindre et qu'elle pouvait compter sur leur vigilance. Le sommeil de la jeune Sainte ne fut qu'un faible repos pour son corps, son cœur veilla toujours et ne cessa pas d'être animé de l'amour divin. Dès que les messagers célestes lui eurent dit qu'elle se trouvait au pied de la montagne, elle fut remplie d'une sainte joie pour exprimer à Dieu sa reconnaissance se prosterna à genoux et lui rendit de vives actions de grâces. Le mont Quisquina se dressait devant elle avec son aspect sombre et ténébreux. Les arabes qui l'avaient habité lui avaient donné ce nom qui dans leur langue signifie l'obscure montagne.

Elle l'est en effet, à cause de la hauteur des arbres qui la couvrent et de l'épaisseur des buissons nombreux qui s'y enlacent les uns aux autres. A diverses distances, dans l'encaisse ment de plusieurs roches éboulées, on aperçoit de noires vallées, d'affreux précipices et de profonds ravins. La jeune Vierge se hâta de monter au sommet. Elle gravit cette côte raide et escarpée, sans aucune trace de sentier, s'aidant de ses mains pour écarter les branches épineuses des buissons et s'ouvrir un passage qui ne lui présentait souvent, après tant d'efforts, que la vue d'un précipice. Mais, aidée par les anges et le bras puissant du Seigneur, elle arriva à sa grotte chérie. Une petite ouverture en formait l'entrée : le sol en était rocailleux, en pente, de telle manière que pour s'y introduire il fallait se baisser et descendre comme dans un puits. Cette grotte pénétrant dans le cœur de la montagne par de secrets sentiers, offrait le triste aspect d'un obscur labyrinthe. Plusieurs de ces chemins n'avaient jamais été éclairés par le jour et les deux seuls endroits où entrait la lumière étaient très-distants l'un de l'autre. L'intérieur de ce nouveau palais de la pénitence était divisé en plusieurs demeures ou recoins inégaux. Le premier était de cinq pieds de largeur sur quatre de longueur. Elle entra par une autre ouverture très-basse dans une seconde et troisième division qui se joignent ensemble par un étroit passage. Enfin elle parvint par une autre ouverture formée dans le rocher à l'extrémité de la grotte. Elle trouva là son dernier réduit qui semblait préparé par le ciel pour être sa demeure. Une pierre plate, élevée dans le haut et s'abaissant en pente devait lui servir de lit et lui offrait seulement la place d'allonger son corps. C'était la seule partie de la grotte qui recevait le jour suffisamment par un autre ouverture pratiquée dans les rochers ; c'était aussi la seule qui, dans l'hiver, ne recevait pas l'infiltration de l'eau distillée continuellement par les autres parties de cet antre. Ce fut là que son ange lui dit de faire ses lectures spirituelles et ses travaux manuels. Dans un autre lieu de cette retraite elle disposa son oratoire, y plaça les images qu'elle avait conservées et ses instruments de pénitence. Elle prit enfin possession de sa grotte, horrible demeure, qui ne lui présentait pourtant que des délices. Le Seigneur l'encouragea et la fortifia intérieurement pour qu'elle ne se troublât pas de cette étrange solitude où elle allait être comme ensevelie. Les anges disparurent et alors l'un deux l'assura qu'il serait toujours invisiblement avec elle. Elle fit sa nourriture des racines, des herbes et des fruits sauvages que produisait le Quisquina. L'amertume de ces mets vulgaires lui était adoucie par l'amour de la pénitence et le souvenir du jeûne de quarante jours que J.-C. endura dans la retraite.

La jeune Vierge n'eut rien à craindre de ceux qui peuplaient les alentours de sa grotte. Les historiens nous disent que les flancs caverneux du Quisquina servaient de repaire à des bêtes fauves et étaient surtout la retraite de serpents vénimeux. Mais Rosalie savait que celui qui habite sous l'égide du Très-Haut marche sans effroi sur l'aspic et le basilic et foule d'un pied ferme la tête du lion et du dragon féroces. Son ange en la quittant lui avait ordonné pour combattre l'ennemi du salut et ses artificieuses séductions, d'écrire le motif de sa généreuse détermination afin de l'avoir toujours devant ses yeux. Il lui en indiqua même les paroles qu'elle grava peu de temps après sur une pierre et si profondément que les siècles ne les ont point encore effacées. Le pèlerin qui visite la grotte de la Vierge de Palerme peut aisément y lire l'inscription suivante : « Moi, Rosalie fille de Sinibald, Seigneur de « Qnisquina et de las Rosas, pour l'amour de « mon Seigneur Jésus-Christ, me suis déterminée à vivre dans cette grotte. » Ensevelie dans ce sépulcre vivant, Rosalie commença à mener une vie cachée et inconnue aux hommes. Dans les premiers jours de sa retraite elle craignait beaucoup d'être découverte par ses ennemis. Pensant que le Quisquina faisait partie des domaines de son père, elle ne pouvait douter que, si les gens mis à sa poursuite l'y découvraient, ils ne manqueraient pas de la violenter et de la ramener à son palais. Ces préoccupations étaient un premier assaut du démon; elle s'en avisa, le soutint avec courage et bientôt ces pensées importunes s'évanouirent pour laisser son esprit en liberté. L'esprit de ténèbres se sert de tous les moyens pour entraver la marche d'une âme vers la perfection évangélique. Il se change quelque fois en ange de lumières, donne des raisons plausibles et capables de séduire les mieux avisés. Qu'il est nécessaire dans ces circonstances difficiles d'invoquer les lumières d'en-haut et de ne suivre que l'inspiration céleste.

Qu'il est aisé aussi de prendre le change et de regarder comme venant du Saint-Esprit les inspirations données par l'auteur de tout mal ! Rosalie n'éprouva que paix, consolation et douceur dans tous les exercices d'une austère pénitence. Ses oraisons ne furent plus qu'une tendre union avec Dieu, portée au degré le plus consolant, Ravissements, faveurs intimes, tout ce qu'elle recevait de Dieu augmentait chaque jour son amour pour lui. Les divines communications élevaient, embrasaient son cœur et lui faisait sentir dans le fond de son âme la présence de celui qui en est le créateur. La bonté divine ne permettait pas qu'elle fût attaquée par aucune tentation afin de la fortifier dans la vertu avant de la livrer aux combats qu'elle devait avoir à soutenir plus tard contre l'ennemi commun de la gloire du Très-Haut et de notre salut. L'heure de ces luttes terribles sonna. Le démon, jaloux du bonheur de cette jeune Sainte, entreprit de jeter le trouble dans son esprit. Il lui représenta d'abord les douceurs de la vie qu'elle avait quittée pour les austérités d'une si rigoureuse pénitence. Il lui faisait craindre de s'être déterminée par d'autres motifs que l'esprit de Dieu. Il lui disait qu'une pareille révélation si opposée à la prudence humaine n'était que le triste fruit de son inexpérience, l'effet du caprice et une illusion fâcheuse. il attaqua encore son corps par diverses incommodités : fièvre brûlante, froid glacial pénétrant jusqu'à la moelle des os, faiblesses douloureuses d'estomac affaibli par le jeûne quotidien et la nature des aliments. Marchant pieds nus dans un lieu humide, vêtue d'une tunique de crin, fatiguée par la rigueur de son cilice, affaiblie par de sanglantes et quotidiennes disciplines Rosalie semblait ne vivre que par miracle. Le démon, toujours plus irrité de ne pouvoir vaincre les vertus héroïques, de la jeune Vierge, répandit dans son cœur l'amertume de la tristesse et dans son esprit une sombre mélancolie.

Il avait soin d'en éloigner toutes les pensées qui auraient pu consoler et adoucir son âme affligée. La prière, l'oraison, tous ses exercices de pénitence qui jusqu'alors avaient fait ses délices devinrent son tourment. Sans aucun attrait pour remplir ces saintes pratiques tout lui devint peine, difficulté, souffrance. Dieu permettait que sa fidèle épouse souffrit ainsi de grands combats pour la conduire à l'amour le plus pur et le plus parfait. La souffrance nous détache en effet peu à peu de nous mêmes ; elle nous fait mériter de nouvelles grâces, elle dispose le cœur de Dieu à nous les accorder. Dieu envoya un ange à Rosalie pour la consoler et la servir. Cet esprit bienheureux était le même qui l'avait accompagnée du palais de son père à la solitude où elle s'était renfermée. Cet aimable gardien aida la Sainte dans ses exercices de piété, récitant avec elle l'office de l'Immaculée-Vierge et chantant les louanges du Dieu éternel. L'état souffrant où se trouvait Rosalie n'était pas causé seulement par la malice du démon, mais aussi par les rigueurs d'une vie austère et pénitente Son ange lui préparait alors sa nourriture et, comme un infirmier charitable, les remèdes qui devaient la fortifier et la guérir. Elle était encore visitée par plusieurs autres esprits angéliques qui venaient s'entretenir avec elle lui parlant de l'amour de Dieu, de la fidélité et de la reconnaissance qu'elle lui devait. Ces discours célestes étaient pour l'âme de Rosalie un baume suave et pour son corps le plus doux des délassements. Un jour, Jésus-Christ lui-même se manifesta à elle. Il lui apparut crucifié et jeta dans sa grotte une vive clarté qui la transforma en un palais lumineux. Le divin Sauveur l'appela sa bien-aimée, son épouse chérie, l'exhorta à la patience et à la persévérance. La Sainte, par respect, se tenait éloignée du bon Maître, mais elle entendit une douce voix lui dire : « Approche sans crainte, ma fille, approche. »

Alors elle leva vers lui ses mains défaillantes ; le Sauveur la pressa sur son cœur où il lui fit prendre un doux repos et la fortifia par les gouttes du sang vermeil qui descendaient de la plaie de son côté. Il lui fit ainsi savourer les douceurs de son amour. La Sainte sortit inondée de consolation de ce festin vraiment céleste. Chaque jour Rosalie se reconnaissait redevable de nouveaux bienfaits envers son divin Époux. L'oraison faisait sa principale occupation ; le sujet le plus ordinaire en était la considération approfondie de la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ depuis le moment de son incarnation jusqu'à celui de son ascension et de la descente du St-Esprit. Elle s'appliquait à la méditation de ces mystères selon l'ordre et le temps où l'Église les célèbre. Absorbée en Dieu, elle fixait son image dans son âme, lui rendait des actions de grâces de ce qu'il avait bien voulu l'appeler à son amour. Reconnaissant son indignité, elle se tenait anéantie en présence de la très-sainte Trinité, de Marie mère du Sauveur, des anges et des bienheureux. Humblement prosternée, les mains jointes, elle passait tout le temps de son oraison dans une profonde contemplation qui durait plusieurs heures. Le reste du temps était employé à différents exercices de pénitence et de prière. Elle récitait avec dévotion le Saint-Rosaire et l'office de la Ste-Vierge. Dans le cours de l'année, la jeune Sainte célébrait avec tout le culte extérieur possible à son état et avec une fervente piété intérieure, les principales solennités de l'église. Elle ornait alors l'autel de son pauvre oratoire avec les rameaux et les fleurs que lui offrait cette solitude. Le Seigneur qui considère principalement les dispositions du cœur et la pureté des affections, se tenait aussi honoré de la célébration de ses fêtes au milieu d'un désert et dans cette triste grotte, que du culte solennel qui lui est offert dans -- 73 - les plus beaux temples élevés à sa gloire. Elle assistait à la messe dans son oratoire même. C'était notre Seigneur qui offrait l'auguste sacrifice.

Rosalie communiait de la main du suprême Pontife qui, sur l'arbre de la croix, offrit son corps et son sang pour le salut du monde. Les anges servaient au sacrifice ; le glorieux Saint Pierre y assistait et expliquait à la jeune vierge le mystère du jour dans toute sa beauté. La reine du Ciel, présente à ces belles cérémonies, plaçait Rosalie auprès d'elle. La nuit de Noël cette tendre mère du Sauveur déposait dans les bras de sa servante son divin fils nouvellement né. Celle-ci le recevait avec amour et un profond sentiment de son indignité; elle adressait, à l'enfant-Dieu, de douces paroles, lui témoignait sa reconnaissance, l'embrassait, l'étreignait contre son cœur et lui manifestait le désir de ne jamais le quitter. » Témoins heureux des merveilles que le Tout Puissant opérait dans la grotte de Rosalie, les anges célébraient sa gloire par de mélodieux cantiques. Ces flots d'une harmonie céleste enivraient le cœur de la pieuse anachorète et lui donnaient comme un délicieux avant-goût de l'éternel alléluia que les élus de Dieu chanteront au milieu des splendeurs de l'immortelle Jérusalem. Les jours qui suivaient les trois grandes fêtes où le Seigneur donnait de sa propre main à Rosalie sa chair et son sang sacrés en nourriture, les anges s'empressaient aussi de préparer à la jeune Vierge un délicieux festin. Ils se tenaient très honorés d'être employés au service d'une créature si pure et si favorisée du Seigneur. C'est au milieu de semblables faveurs que vécut pendant plusieurs années la Vierge du Quisquina. Le Seigneur l'enrichissait des trésors célestes de son amour et cet amour l'unissait toujours de plus en plus à son divin époux. Elle ne diminua jamais rien de ses austérités dans cette sombre solitude et sa vie de prières n'était toujours que plus fervente. Mais elle ne devait pas toujours demeurer dans ce lieu où elle avait cru vivre et mourir comme le témoigne l'inscription gravée de ses propres mains sur la pierre de la grotte.

Dieu dont les desseins sont impénétrables aux enfants des hommes, détermina dans les décrets de sa sainte volonté, de lui faire quitter ce désert pour la conduire à une autre solitude plus austère encore. Son ange la prévint de la volonté du divin Époux. Jésus lui-même dit à la jeune Vierge de quitter cette demeure. Elle répondit au messager céleste : « AIlons, ô mon ange, où nous savons que se trouve la volonté de Dieu !» A l'heure même fixée par l'ange, Rosalie abandonna sa grotte pour ne plus la revoir emportant avec elle l'image du Divin crucifié, celle de sa tendre mère, des instruments de pénitence et des livres de piété. Son ange lui avait dit en partant : « Nous allons tout près de Palerme. » Rosalie préférant la mort à la vie de la Cour, ne s'émut point cependant de ces étranges paroles. Son conducteur l'assura qu'elle n'avait rien à craindre, que le terme de son voyage était une autre grotte située sur le mont Pélegrin et préférable à celle qu'elle venait de quitter. Rosalie prit le même chemin qu'elle avait suivi quand elle laissa Palerme et doubla ainsi son mérite. Soutenue par son ange, cette Vierge faible et délicate eut assez de force pour faire la route longue et difficile du Quisquina au Pélegrin. Presque vers le sommet et à deux milles d'élévation de la pente d'une montagne se trouve une concavité entre deux énormes rochers formant l'ouverture de la grotte où Rosalie devait terminer sa sainte vie. cette grotte est d'un aspect plus sauvage que celle du Quisquina. Le soleil n'y pénètre jamais et le jour qu'elle reçoit est bien faible. Exposée à toutes les fureurs du vent du nord elle est excessivement froide; les vapeurs de la mer en couvrent presque constamment le sommet, ce qui donne naissance à une légère pluie qui s'infiltrant dans l'intérieur de la grotte y produit une dangereuse humidité. Cette grotte a peu de longueur et elle est fort étroite. Sa vue seule cause de l'effroi. L'unique endroit qui pouvait servir de demeure et où la pluie ne pénétrait pas était une petite cavité voûtée formée par la nature dans l'épaisseur du rocher. Comme elle est assez élevée au-dessus du sol il fallait s'aider des bras pour y arriver. Elle était tellement rétrécie et construite d'une telle manière qu'elle paraissait être plutôt un cercueil qu'une cellule.

La saison d'hiver rendait cette habitation encore plus triste. Les pluies nombreuses augmentaient l'humidité à un tel point qu'il fallait jeter de grosses pierres sur le sol de la grotte pour ne pas fouler sans cesse une boue assez épaisse formée par les débris d'une terre argileuse détachée de certains endroits de la montagne. Les oiseaux de proie fuyaient eux-mêmes cet horrible séjour dans la saison des orages. Ce fut pourtant dans ce nid que notre douce et candide colombe vint établir sa demeure. Elle mit sa confiance dans la providence qui jamais ne l'avait abandonnée et bien persuadée qu'elle suivait les inspirations du ciel; elle ne s'inquiéta pas de ce qu'elle allait devenir. Notre héroïque pénitente vécût dans ce lieu caché, exposée sans moyens de préservation à toute la rigueur des saisons. Ses occupations étaient l'oraison et la contemplation presque continuelle ; ses joies, les austérités de la pénitence et surtout les cruelles disciplines qui souvent arrosaient la terre de son sang. Sa nourriture, qu'elle ne prenait qu'une seule fois le jour, était comme à Quisqutina composée de racines et d'herbes sauvages qu'elle ramassait dans la forêt : son breuvage était l'eau qui distillait des rochers et qu'elle recevait dans ses mains innocentes comme une aumône de la Providence. Munie du secours de son ange, Rosalie ne cessa de combattre avec force toutes les tentations du démon et elle en sortit toujours victorieuse. L'esprit malin qui ne cherche qu'à troubler les âmes lui apparaissait sous les formes les plus capables de souiller son imagination et de corrompre son cœur. Un jour, en particulier, il se montra visiblement à elle sous la forme d'un jeune homme d'une grande beauté. Rosalie connut bientôt l'artifice de l'esprit tentateur; mais on ne pourrait dire ce qu'elle eût à souffrir de cette infernale présence. Alarmée de son audace elle jeta un cri d'effroi qui retentit dans sa grotte et pénétra jusqu'au ciel : prenant dans ses mains la croix de son Sauveur, elle la présenta au démon comme son arme de défense et à l'instant cet esprit diabolique disparût. Si nous nous arrêtons à décrire ces tentations de la Vierge du Pélegrin, c'est qu'elles jettent un jour sur cette lutte pénible que l'âme fidèle a secrètement à soutenir dans son âme contre le démon de l'impureté. Pour soutenir Rosalie dans ses combats et ranimer son courage le doux Jésus se montrait souvent à elle accompagné de la très-sainte Mère. Ces agréables visibles devenaient plus fréquentes à mesure que les tentations l'étaient aussi. Le site pittoresque et sauvage où elle avait fixé sa retraite lui fournissait souvent des occasions de s'élever vers le Seigneur. Elle baissait quelquefois les yeux sur les ouvrages du Créateur. Elle disait souvent : « Vos ouvrages, ô mon Dieu ! sont admirables, et mon âme est toute pénétrée de ce qu'elle en connaît. »

Enflammée par la considération de la beauté, de la grandeur et de l'ordre de toutes les choses visibles, elle ajoutait avec le psalmiste : « J'ai considéré, ô mon Dieu ! tout ce que vous avez fait ; j'ai aimé les œuvres de vos mains » Elle levait ensuite la tête vers ce délicieux séjour dont toutes les beautés de la terre ne pouvaient pas même lui donner la plus légère idée, et pleine de confiance et d'espoir, elle soupirait après le jour de son entrée dans l'éternelle patrie. En l'attendant, Rosalie se sanctifiait dans la prière. La célébration de ses trois grandes fêtes de dévotion dont nous avons parlé plus haut fut dans la grotte du mont Pélegrin accompagnée des mêmes circonstances qui s'étaient manifestées dans celle des Quisquina. Rien ne pouvait tarir la source de grâce dont Dieu était prodigue envers elle, lorsque pleine de faveur, elle courait elle-même à pas de géant dans les sentiers de la plus sublime perfection. Pendant sept années consécutives la jeune Vierge demeura dans les entrailles de cette montagne, dans les plus héroïques vertus. De jour en jour elle sentait augmenter en elle le désir de s'unir à son céleste époux ; elle aurait voulu pouvoir hâter de ses vœux l'heure fortunée de la délivrance et se plaignait à Dieu de la longueur de son exil. Le Seigneur qui ne la faisait attendre que pour éprouver son affection se rendit enfin propice à ses prières et la disposa à aller jouir dans le séjour de la gloire, Le temps que Dieu avait marqué pour mettre sa servante en possession du trésor de mérites qu'elle avait acquis étant arrivé, Rosalie fut atteinte d'une fièvre ardente, occasionnée moins par ses exercices de pénitence, que par la véhémence de l'amour dont elle était embrasée. Cet amour augmentant de plus en plus consumait ses forces et les derniers restes d'une vie d'immolation. Absorbée dans une douce union avec son Dieu, le maître de son âme, elle s'entretenait sans cesse avec ce divin époux; elle s'offrait à lui, le priant avec constance, si telle était sa volonté, de la délivrer de la prison de son corps et de déchirer le voile qui dérobait à ses yeux l'éternelle Jérusalem. Son ange l'avertit enfin que Dieu l'avait entendue et que sa mort était prochaine. Elle reçut cette nouvelle avec une joie indicible et manifesta à son protecteur qu'elle désirait recevoir à cette dernière heure les Sacrements de l'Église.

Cette faveur lui fut accordée avec des circonstances merveilleuses. L'ange se transporta à Palerme auprès d'un vénérable prêtre nommé, dit-on, Cyrille et proche parent de Rosalie. Il lui ordonna de la part de Dieu de se rendre au mont Pélegrin, d'y porter la sainte Eucharistie et l'huile des infirmes pour administrer une personne aimée du ciel et qui était au moment de la mort. Le serviteur de Dieu obéit et porta religieusement tout ce qui était nécessaire. Guidé par l'envoyé du Ciel, il arriva à la grotte où étant entré, il vit Rosalie dans un état presque méconnaissable. La sainte le rassura et se fit connaître à lui. Dieu voulut que ce vénérable prêtre fut témoin de la mort de la vertueuse solitaire. Ce zélé ministre trouva la vierge mourante, couchée modestement au fond de la grotte. Elle était si affaiblie qu'elle n'avait pu sortir de cet étroit réduit devenu son lit de mort, son cercueil et son tombeau. Elle reçut dans les sentiments de l'amour le plus vif, du respect le plus profond et de l'humilité la plus grande, le Sacrement de pénitence, la divine Eucharistie et l'onction sainte. L'homme de Dieu ne la quitta pas, admirant dans son cœur les merveilles de la libéralité divine en faveur des élus. Ce fut alors que Rosalie lui fit la relation de son admirable vie depuis sa naissance jusqu'à ce jour. Près de sa dernière heure qui allait la mettre à l'entrée du port désiré, la sainte mourante ne pouvait plus contenir dans son cœur la plénitude et la véhémence de l'amour divin qui la consumait. Sombre et solitaire jusqu'alors, sa grotte fut en un mot transformée et remplie de la beauté du Ciel, Le divin Sauveur et Rédempteur Jésus lui apparût porté sur les bras de sa sainte Mère, bras qui lui servaient de trône. Une multitude d'Anges l'accompagnait et derrière elle marchaient les saints Apôtres Pierre et Paul auxquels Rosalie avait toujours eu une dévotion particulière. L'époux bien aimé s'approcha de son épouse mourante et orna son lit d'une couronne de roses. Rosalie ranimée par la présence et cette nouvelle faveur du doux Jésus lui adressa d'une voix faible ces courtes paroles : « O mon époux bien aimé, quand contemplerai-je votre beauté? quand vous posséderai-je avec les bienheureux dans la céleste Patrie ? » Comme elle achevait cette dernière parole on entendit la voix de l'époux divin lui dire : «Viens mon épouse chérie, viens et tu seras de nouveau couronnée. » A ces paroles la sainte pencha la tête et remit son âme bienheureuse dans les mains de son doux Jésus et de sa très-sainte Mère. C'était le 4 septembre 1160. Palerme, était alors dans une profonde affliction parce que la justice divine châtiait ses habitants avec une grande sévérité par le cruel fléau de la peste. L'homme de Dieu retourna dans cette ville portant dans son cœur la confiance que lorsque ces malheureux affligés apprendraient la glorieuse mort de la princesse leur compatriote, l'espérance d'être par son intercession délivrés du fléau, renaîtrait dans tous les cœurs.

Il s'empressa d'aller au palais de l'archevêque pour lui faire connaître la vie de la Sainte comme elle l'avait manifestée et toutes les circonstances merveilleuses de sa mort comme lui-même les avait vues. L'archevêque entendit cette relation avec plaisir, son cœur s'en attendrit, et connaissant que Dieu avait signalé Rosalie pour être l'avocate spéciale de son peuple auprès de lui contre le fléau de la peste et la protectrice de la ville de Palerme ; il conçut la ferme espérance que par son intercession on en obtiendrait la cessation. En effet, deux mois après la mort de la sainte patrone et avocate, non seulement Palerme mais toute la Sicile fut délivrée de cette calamité. Tout ce que le serviteur de Dieu avait appris à l'archevêque fut bientôt connu et manifesté dans la ville de Palerme par la Cour et par le peuple : en attendant le récit de l'admirable vie et de la mort de la Sainte, la confiance anima tous les cœurs : tous la proclamèrent bienheureuse, l'invoquèrent et espérèrent obtenir par sa protection la cessation de ce terrible fléau. Par une belle journée d'été, une jeune fille de la ville de Vivonne lavait du linge au bord d'un petit ruisseau. Tout à coup ses yeux rencontrent une brillante clarté au sein de laquelle paraissait gracieuse la figure de Sainte-Rosalie. Bientôt une voix douce se fait entendre à ses oreilles : « Allez, dit cette voix, allez auprès du gouverneur de la province et annoncez-lui que s'il désire l'éloignement de la contagion qui désole le territoire, il doit faire élever une chapelle en mon honneur. » La jeune fille accomplit sa mission auprès du gouverneur ; mais elle fut infructueuse. Le ciel devait parler une seconde fois, - Un homme distingué par sa piété, eut quelques jours après la même apparition; ses yeux contemplèrent le même visage et ses oreilles entendirent les mêmes paroles. Il alla trouver le gouverneur qui cette fois se rendit aux ordres évidents du Ciel. Il ordonna qu'une chapelle fut bâtie sous l'invocation de Sainte Rosalie. A peine les travaux furent-ils commencés, que la peste cessa dans toute la province sans avoir atteint la ville de Vivonne. Depuis cette mémorable époque, un grand concours de pieux fidèles vint vénérer Sainte Rosalie. On favorisa leur piété par l'accomplissement de plusieurs exercices de dévotion en son honneur. En 1565, la Sainte apparut encore à un homme vertueux de la ville de Saint-Étienne peu éloignée de la grotte de Quisquina première solitude de notre sainte. Elle lui ordonna de donner le nom de Rosalie à l'enfant dont il allait bientôt être le père et l'assura que la peste qui infectait toutes les provinces de Sicile n'atteindrait pas la ville qu'il habitait.

Les promesses de la Sainte s'accomplirent et en reconnaissance les habitants de Saint-Etienne, firent élever à leurs frais, un élégant oratoire en l'honneur de leur protectrice. Dans les diverses villes de Sicile ravagées par le fléau; il était de tradition qu'une jeune fille d'une grande beauté et d'une douceur angélique ; inconnue de tout le monde, se rendait chaque jour dans les hôpitaux auprès des pestiférés pour les servir et les consoler. On croyait généralement que cette modeste Vierge n'était autre que Rosalie elle-même. Toutes ces apparitions ranimèrent la confiance envers la Sainte dont la protection puissante se manifesta et toujours dans les grandes calamités. Elle éclata surtout dans la peste de 1474, une des plus désastreuses par le grand nombre . de victimes qui succombèrent. Le deuil et la désolation vinrent s'asseoir dans la capitale de la Sicile. Le Roi et le Sénat demandèrent des prières publiques pour apaiser la colère de Dieu. Animés de confiance en la protection de leur sainte patronne ils firent solennellement le vœu de rebâtir l'église du Mont-Pélegrin qui était tombée en ruine. Peu de jours après ce vœu la contagion cessa. Il en fut de même à la peste de 1530 Le fléau sévit avec plus de rigueur que jamais. La mortalité fût effrayante, car chaque jour des milliers d'habitants étaient frappés de mort instantané ment. La protection de la Sainte se fit encore ressentir et pendant plus de trois siècles elle continua de délivrer d'affreuses épidémies le royaume de Sicile. La tradition constante fut toujours que le corps de Sainte Rosalie était resté caché dans la grotte où elle mourut. Plusieurs fois le désir de recouvrer ce trésor avait fait entreprendre des recherches demeurées infructueuses. Parmi les personnes qui brûlaient le plus de ce désir était une dame de la cour de Palerme douée d'une grande piété et dévouée au culte de Sainte Rosalie. Elle dit adieu aux délices de sa position pour mener une vie solitaire dans une grotte du Mont-Pélegrin, voisine de celle qu'avait habitée la sainte anachorète. Cette pieuse servante de Dieu s'appelait Angèle et on peut dire que son existence fut une existence angélique. Elle essaya plusieurs fois de creuser ça et là dans la grotte. Un jour elle remarqua en creusant, que la terre qu'elle soulevait était plus humide dans une partie que dans les autres et qu'il s'en échappait un parfum des plus suaves. A ce signe elle ne doute plus qu'elle a découvert le lieu qui renferme le corps virginal de Rosalie. Elle continua malgré sa faiblesse son œuvre de sainte recherche. Mais un événement extraordinaire l'obligea d'abandonner son entreprise. Un tremblement de terre effrayant ébranla la grotte et en détacha les rochers. Angèle craignit d'être engloutie sous les ruines. Elle reconnut avec une parfaite humilité que Dieu avait réservé à d'autres le bonheur qu'elle souhaitait si ardemment. Quelques années après, le gardien du couvent du Mont-Pélegrin, conçut le même désir que la pieuse Angèle. Il reprit les fouilles mystérieuses, mais au milieu de son travail, Sainte Rosalie lui dit en vision qu'on ferait la découverte de ses reliques, lorsque la ville de Palerme serait affligée d'une épouvantable calamité. Ce moment arriva. Quatre cent soixante ans après la mort de Sainte Rosalie, dans une jour née de l'année 1624, un navire venant de l'Orient entra dans le port de Palerme amenant un grand nombre de captifs rachetés récemment de l'esclavage par l'aumône des chrétiens.

Au milieu des précieuses marchandises qu'il apportait des côtes lointaines se cachait le germe de mort. Achetées dans des régions désolées par la peste, elles en conservaient la malignité et la répandirent avec elles. Palerme et toute la Sicile devinrent un foyer de mort. Le deuil et la désolation régnaient partout. Le ciel, dans ses décrets avait fait sonner cette heure douloureuse pour la gloire de Rosalie. l'année précédente, dans la nuit du quinze octobre, une pauvre femme nommée Géronima, originaire de Termini, dangereusement malade à l'hôpital de Palerme et souffrant d'une soif ardente, aperçut auprès du flambeau qui éclairait la salle, une jeune personne dont la figure angélique l'étonna. La croyant infirmière, elle l'appela et lui demanda un peu d'eau. La jeune Vierge qui n'était autre que Rosalie, s'avança du lit de la malade, la regarda avec bonté et posa le doigt sur sa langue. Géronima se trouva à l'instant guérie. La Sainte se fit connaître à elle ; lui recommanda de rendre grâce à Dieu, et lui dit qu'en reconnaissance de cette faveur, elle devait lui faire la promesse d'aller le remercier dans sa grotte du Mont-Pélegrin. Géronima, étrangère à Palerme, n'avait jamais entendu parler de Sainte Rosalie, de sa grotte, ni du trésor qu'elle renfermait. Le lendemain matin, elle s'empressa de raconter ce qui lui était arrivé. Géronima, pour attendre une occasion favorable, retarda trop d'aller accomplir sa promesse. elle retomba malade d'une fièvre tierce, la plus pernicieuse et reconnut alors que cette maladie était la punition de sa négligence et de son ingratitude envers sa bienfaitrice. A peine rétablie, elle s'empressa de réparer l'une et l'autre. A la fin du mois de mai 1624, la seconde fête de la Pentecôte, elle alla au Mont-Pélegrin accompagnée de plusieurs personnes : ils entrèrent dans la grotte avec piété et prièrent Sainte Rosalie. Géronima, plus obligée que les autres envers la Sainte qui lui avait obtenu la grâce de sa guérison, resta seule longtemps en prière : elle lui demanda pardon dans toute la sincérité de son cœur, attendrie d'avoir tardé de venir acquitter sa dette de reconnaissance.

Pendant qu'elle priait avec humilité et confiance, elle s'assoupit, et elle vit Sainte Rosalie comme autrefois à l'hôpital, lui disant avec la même bonté et la même douceur, qu'on devait faire creuser dans une partie de la grotte qu'elle lui indiqua, et qu'à cette place on trouverait son corps; qu'on ne tarda pas à commencer ce travail et que s'il était nécessaire elle donnerait d'autres éclaircissements. La bonne femme eut la plus grande joie de l'apparition de Sainte Rosalie, elle en fit part à ceux qui l'attendaient à sa sortie de la grotte leur marquant la place que la Sainte lui avait désignée ; elle reconnut humblement, que toute misérable qu'elle était, Dieu lui faisait une faveur qu'il n'avait pas accordée à des âmes meilleures que la sienne. Elle se rendit aussitôt au couvent des religieux Franciscains, situé sur le Mont-Pélegrin, avec un homme pieux, très dévot à Sainte Rosalie, nommé Victor Amédéo, époux d'une des femmes qui l'avait accompagnée. Les religieux apprirent avec une pieuse et grande satisfaction ce que leur dit Géronima ; ils allèrent tous à la grotte : elle leur montra la place désignée par la Sainte. Tous furent animés du même désir et de la même espérance. lls entreprirent les premiers travaux le 29 mars et on y travailla jusqu'au 15 juillet ; on ne pouvait pas avancer l'ouvrage autant qu'on l'aurait désiré, il fallait employer des journées à creuser et d'autres à sortir de la grotte les pierres et la terre d'un fossé profond qu'on avait ouvert. Ce fut à cette profondeur que l'on découvrit une pierre distante et entièrement séparée de la roche dans laquelle s'était formée la grotte qui servit de solitude à la Sainte anachorète. Cette pierre avait huit pieds de longueur sur cinq de largeur et autant d'épaisseur; sa forme était presque triangulaire. Malgré le nombre de personnes qui travaillaient, ils ne purent parvenir à soulever cette pierre à cause de sa pesanteur : ils auraient voulu la fendre pour connaître ce qu'elle renfermait, mais la même impression les retenait tous. Victor Amédéo, plus résolu que les autres, la frappa d'un grand coup avec une barre de fer qui la fendit en deux parties inégales: on espérait qu'il serait facile de mettre au jour la plus petite partie pour l'examiner. Leurs efforts furent inutiles à cause de la pesanteur. Pendant qu'on se consultait sur les moyens à prendre, on découvrit à travers la fente de la pierre, les ossements de la tête : une odeur des plus suaves se répandit au même instant dans la grotte. Le corps de Rosalie était sous leurs yeux. Ils se prosternèrent animés d'une foi vive, versant des larmes de joie ; les premiers ils offrirent l'homnage de leur vénération à ces saintes reliques. Persuadés que la pesanteur de la pierre n'avait d'autre cause que leur indignité, la pureté de ce corps virginal ne pouvant approcher que des âmes purifiées ; ils firent aux religieux qui travaillaient avec eux, l'aveu de leurs péchés, avec une sincère contribution. Ils reprirent ensuite leurs travaux et soulevèrent facilement cette énorme pierre qui devint si légère, que deux hommes suffirent pour la sortir de la grotte. Ce qui se passait à Palerme, ce même jour 15 juillet, peu d'heures avant que l'on eût fait la découverte de la pierre qui renfermait le corps de Sainte Rosalie, est bien digne d'être remarqué. Sans en avoir eu la connaissance, le Cardinal Archevêque pour implorer la clémence divine en faveur de son peuple désolé par la contagion, avait ordonné une procession générale. Au milieu de cette procession, les chantres, sans s'être entendus ni rien communiqué à ce sujet, après les dernières invocations élevèrent en même temps la voix, et firent retentir les airs de cette invocation : sancta Rosalia pro nobis : à l'instant même elle fut répétée avec acclamation enthousiasme par tous les cœurs et l'espérance de voir cesser le fléau.

ll est constaté que ce fut à l'heure même que la pierre, dans laquelle était renfermé le corps de Sainte Rosalie, avait été découverte ; que son nom était renfermé par la déclaration des chantres qui disaient avoir ressenti une impulsion irrésistible et surnaturelle qui les porta à invoquer son nom. Les merveilles que Dieu a opérées par l'intercession de Sainte Rosalie sont innombrables nous en citerons que quelques unes. Don Joseph Delboco, sénatenr de Palerme, exposa plusieurs fois sa vie à un danger évident par zèle pour sa patrie. Atteint de la peste, il se rappela que lors de la translation du corps de Sainte Rosalie du palais Archiépiscopal à l'Eglise majeure, il s'était réservé une petite relique; il demanda qu'on la lui donna; il appliqua la sainte relique sur le bouton pestilentiel qui se dissipa à l'instant et le laissa dans un état de santé parfaite. Il rendit de ferventes actions de grâces à sa sainte bienfaitrice. Un autre miracle favorisa aussi don Octavio, Moradel atteint d'un bouton pestilentiel qui lui causait de violentes douleurs. Il avait une fiole qui contenait de l'eau dans laquelle avait été mis un os de la sainte ; il appliqua de cette eau sur la partie malade, et ce qui parut surprenant, c'est que le mal cessait et changeait de place à mesure qu'on y appliquait l'antidote merveilleux, qui opéra bientôt après une entière guérison. Un Père de la Compagnie de Jésus s'était dévoué à servir les malades pestiférés à l'hôpital. Il fut lui-même atteint de la contagion d'une manière si violente que les médecins ne donnaient aucune espérance. Le malade se préparait à faire une bonne mort et désirait bien plus le salut de son âme que la santé de son corps. Se souvenant qu'il avait une relique de sainte Rosalie, il l'invoqua, la priant de lui obtenir son salut éternel : et prenant dans ses mains cette sainte relique, il dit que vivant ou mort il ne voulait pas qu'on l'en séparât; mais considérant qu'il devait réprimer ce désir, il le fit en ajoutant qu'il ne serait pas juste que ces saints ossements, qui étaient restés cachés pendant plusieurs siècles, fussent ensevelis avec lui. Après ces paroles il s'endormit d'un doux repos. Durant ce sommeil une sueur abondante le délivra de toute la malignité de le peste ;il se trouva parfaitement guéri. Il publia à haute voix le miracle que sa bienfaitrice avait opéré en sa faveur. Sainte Rosalie le renouvela dans la personne du révérend père Francisco Marino de la Compagnie de Jésus, et compagnon du père Antonio. L'application de la même relique le guérit entièrement d'un bouton pestilentiel qui lui était survenu au visage et l'avait privé de la parole et de l'ouïe. Non seulement les reliques de la sainte opéraient la guérison miraculeuse des pestiférés, elle-même apparaissait souvent dans les hôpitaux pour rendre la santé à ceux qui n'avaient pas de ses reliques. Elle les servait souvent comme une infirmière, s'approchait d'eux avec une agréable familiarité, de manière que plusieurs d'entre eux, craignant de lui communiquer la contagion, priaient la charitable infirmière de ne les pas approcher ; souriant de leur crainte, elle leur disait d'être sans inquiétude, les touchait doucement de sa main bénie, les guérissait et disparaissait à leurs yeux. Le père François Séraphin, de la Compagnie de Jésus, conservait avec vénération un fragment de l'énorme et miraculeuse pierre qui avait servi de tombeau au corps de la sainte solitaire. Plein de foi et de confiance en la vertu des saintes reliques, il voulut s'en servir pour la guérison des malades ;il plongea cette petite pierre dans un vase d'eau, qui répandit aussitôt une odeur suave et prit une couleur rosée qui ne changea pas quoiqu'il eût remis trois fois de l'eau dans ce même vase. Un grand nombre de malades, auxquels il en fit boire, se trouvèrent miraculeusement guéris. Un autre miracle, non moins remarquable par ses circonstances, est celui-ci : Il fut connu non-seulement en Sicile mais dans toute l'Europe ; il arriva au collège de la Compagnie de Jésus, à Palerme. Son authenticité fut certifiée et approuvée par l'archevêque de cette villes don Pedro Martinès Rubia.

Il y avait dans ce collège un père nommé François de Castillo, jeune homme de dix-huit ans, gravement affecté d'une maladie de cœur qui souvent lui avait fait perdre tous sentiments. Après ces évanouissements il lui restait ordinairement une extrême faiblesse : dans une de ces circonstances il fut si mal, qu'au jugement du médecin il n'y avait plus d'espérance de vie et qu'il devenait urgent de lui administrer les derniers sacrements. Bientôt après le malade resta sans mouvement; on pouvait à peine sentir quelques respirations. Il fut assisté dans son agonie par les Révérends Pères et les infirmiers qui, le voyant au moment d'expirer, disposèrent toutes choses pour l'ensevelir. Mais quel fut leur étonnement lorsque tout-à-coup on lui vit reprendre de la vigueur, étendre ses bras et joindre les mains comme s'il embrassait quelque chose ; il répétait avec l'accent d'une voix douce et suave : Sancta Rosalia, sancta Rosalia ; il demanda son confesseur auquel il communiqua tout ce qui venait de lui arriver pendant cette sorte d'agonie ; il le pria de l'écrire et lui affirmant avec serment la vérité de ses paroles; il lui dit : « Étant au terme de ma vie il me parut que j'étais devant le tribunal de Dieu ; la divine Majesté était dans un lieu élevé, toute resplendissante d'une lumière qui m'éblouit; au côté droit était la Très-Sainte-Vierge, d'une beauté merveilleuse, revêtue d'un manteau bleu d'azur ; à côté de la Sainte-Vierge, mais un peu plus bas, était sainte Rosalie, ma patronne et mon avocate, elle aussi était belle, resplendissante de clarté, et revêtue d'une robe blanche garnie de roses. Il se trouvait là aussi mon Père, saint Ignace, en habit sacerdotal et à côté de lui saint François Xavier. Cette sainte société me regarda d'un air tout joyeux, doux et affable qui ranima mon âme. Sainte Rosalie éleva la main et du doigt m'indiqua le ciel qui me combla de consolation et de joie; à ma droite je vis mon bon ange gardien sous la forme d'un jeune homme, et un peu plus loin le démon ; il allait rôdant et paraissait confus. Il me sembla que dans peu d'instants j'allais être jugé, et j'attendais avec humilité et confiance la sentence de Dieu.

A ce moment je vis s'approcher de moi la vierge sainte Rosalie, qui me dit : François, voilà que tu allais mourir dans un instant et je t'ai obtenu la santé, si tu la désires, afin qu'elle soit employée toute entière à la plus grande gloire de lieu. Dans le désir et la certitude que j'avais de voir mon Dieu j'eus quelque répugnance à accepter la vie, néanmoins je répondis que si c'était pour la plus grande gloire de Dieu j'y consentais de bon cœur. La sainte me dit : Tu vas prononcer le vœu dont je vais te dicter la formule : Elle ajouta à voix basse : Moi, François ton serviteur, je fais le vœu que tant que je vivrai je m'efforcerai d'étendre et de propager ta gloire partout où je serai : En prononçant ces paroles je sentis dans mon âme que je devais m'employer tout entier à procurer la gloire de cette sainte partout où j'irais, dussé-je même aller aux Indes où je m'étais d'abord senti inspiré d'aller, et je compris que ce vœu devait être soumis à mes supérieurs. Ma sainte protectrice me dit encore : Tu iras à ma grotte communier avec dévotion et dans l'intention d'accomplir ton vœu pour la plus grande gloire de Dieu. Attendri jusqu'au fond de l'âme de la douceur de ses paroles, je me jetai à ses pieds pour les baisers et je lui dis : Glorieuse sainte, personne ne me croira si vous ne me donnez un signe certain. Elle me le donna en me disant : Lorsque tu étais expirant, tu reçus l'Extrême-Onction des mains du Père Grimaldi, qui prononça sur toi la dernière oraison des mourants. Elle m'indiqua encore d'autres circonstances que je pourrais citer pour prouver que j'étais véritablement à mes derniers moments. Cette réponse de la sainte me satisfit pleinement, parce que je n'avais aucune connaissance de ce qui s'était passé alors, et me rassura sur la crainte que cette vision ne fut illusoire. Je baisai de nouveau les pieds de mon aimable patronne, et elle disparut laissant autour de moi une odeur suave. Un quart-d'heure après, je me trouvais totalement guéri. Je me levai seul et m'habillai sans l'aide de personne; il ne me resta ni douleurs, ni faiblesse, ni aucun ressentiment de ma maladie. J'écrivis brièvement, et par l'ordre de mon Père spirituel, toutes les circonstances de la grâce que j'avais reçue de ma sainte protectrice, et le lendemain je communiais dans l'église où est la chapelle de sainte Rosalie. » Ce serviteur de Dieu, pour accomplir sa promesse, sollicita et obtint la permission d'aller dans les Indes-Orientales, ou en 1624, après une mission que le roi de Portugal avait or donnée, il propagea avec zèle la dévotion à sainte Rosalie, et pour qu'elle fut reconnue et proclamée protectrice et patronne de ce pays et de tous ceux qu'il évangélisa, il faisait porter son nom à ceux qu'il baptisait. Pour faire connaître le mérite et la vertu des reliques de notre sainte, on dit encore que des enfants en bas-âge, n'ayant pas encore l'usage de la parole, publièrent ses louanges. On écrirait un volume si on voulait raconter tous les faits merveilleux dus à l'intercession de sainte Rosalie.
Source : Vie de Sainte Rosalie, vierge solitaire de Palerme de Xavier DEIDIER