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Sainte Catherine de Suède

22 mars SAINTE CATHERINE DE SUÈDE Ses parents étaient Sainte Brigitte de Suède, et Ulphon, prince de Néricie. Il parut, dès le commencement de sa vie, que l'Epoux céleste l'avait choisie pour une de ses épouses bien-aimées ; car elle acceptait avec empressement, pour téter, le sein de toute femme vertueuse qui le lui offrait ; mais elle repoussait avec colère toutes celles qui ne l'étaient pas, faisant ainsi paraître de l'aversion pour le vice, en un âge qui était incapable d'en reconnaître la laideur. Etant sevrée, elle fut mise entre les mains d'une vertueuse abbesse, pour Être élevée sous sa conduite. Mais une nuit que cette religieuse était à Matines, le démon, prenant la forme d'un taureau, jeta de ses cornes l'enfant hors du berceau, pour la tuer, et la laissa demi-morte au milieu de sa chambre. L'abbesse l'ayant trouvée on cet état, la prit entre ses bras, et alors le malin esprit lui apparut et lui dit : « Oh ! que je l'eusse achevée de bon coeur, si Dieu me l'eût permis! » A l'Âge de sept ans, elle joua un jour aux jonchets avec les autres petites pensionnaires, dans un temps où son devoir l'appelait ailleurs ; mais l'Epoux céleste, qui en voulait faire une Sainte, ne laissa point passer ce trait d'enfance sans correction, et, la nuit d'après, les démons lui apparurent en forme de jonchets, et la fouettèrent si rudement, pour la sevrer de ces récréations vaines et puériles, qu'elle n'eut plus d'envie de s'y arrêter. Elle ne fut pas plus tôt nubile, que son père lui commanda de se marier. Ce commandement paraissait entièrement opposé à son inclination et à la résolution qu'elle avait prise de demeurer chaste : elle y acquiesça néanmoins, comptant sur le secours de Dieu et sur la faveur de la très-sainte Vierge, pour que son mariage se fit sans préjudice de sa virginité: ce qui arriva; car, ayant épousé un seigneur nommé Edgard, elle lui fit si bien voir la beauté de la continence, qu'elle lui persuada de la garder, en faisant voeu de chasteté ; et de la sorte, ils trompèrent le monde l'un et l'autre, sous le nom et les apparences du mariage. Elle avait un frère nommé Charles, qui était un prince léger et mondain ; ne pouvant endurer que sa soeur vécût de cette sorte avec son beau-frère, et surtout s'offensant de la simplicité de ses habits, il tâcha de lui faire changer de conduite ; mais Catherine, bien loin de quitter ce qu'elle avait si saintement commencé, conseilla, au contraire, à la femme de Charles, appelée Gidda, de se dépouiller de tout ce qui sentait trop le siècle et la pompe du monde : en quoi elle réussit très-heureusement. Après la mort de son père, sainte Brigitte, sa mère, étant allée à Rome par une inspiration divine, elle l'y suivit aussi du consentement de son mari ; y étant arrivée, elle ne manqua pas de sujets de combats pour conserver la fleur de sa chasteté inviolable : car, quelque temps après, le bruit du décès de son mari s'étant répandu dans la ville, un seigneur jeta les yeux sur elle pour l'épouser ; et, voyant qu'il n'en pouvait rien espérer par les voies ordinaires, il prit la résolution de l'enlever. En effet, comme elle allait un jour à l'église de Saint-Sébastien, accompagnée de quelques dames pieuses, ce sacrilège se mit en état d'exécuter son dessein; mais un cerf, qui se présenta soudain au milieu du chemin, l'amusa, et pendant qu'il courut pour le forcer, Catherine échappa de ses mains. Quand elle rentra chez sa mère, celle-ci, à qui Dieu avait révélé le danger couru par sa fille, s'écria : « Béni soit, mon enfant, le cerf dont le ciel s'est servi pour vous délivrer du piège qui vous était tendu ». Dès lors Catherine garda une retraite plus sévère et ne sortit que rarement. Cependant, une autre fois qu'elle allait avec sa mère à l'église de Saint-Laurent, hors les portes, elle se trouva en un semblable danger ; mais ce seigneur qui l'attendait, étant près de mettre la main sur elle, perdit tout à coup la vue. Reconnaissant sa faute, il vint se jeter à ses pieds, et, lui ayant demandé pardon, il recouvra, par ses prières et par celles de sa mère, le bien que sa témérité lui avait fait perdre. Depuis, il rendit lui-même témoignage de ce miracle en présence du Pape. Elle ne courut pas ailleurs de moindres hasards que dans Rome ; particulièrement une fois qu'allant à Assise, avec la même sainte Brigitte, pour y visiter l'église de Sainte-Marie de La Portioncule, elle fut surprise en une hôtellerie par des bandits, qui jetèrent un oeil de convoitise sur elle ; mais elle fut encore délivrée miraculeusement de ce péril : car on entendit aussitôt autour de l'hôtellerie un grand bruit, comme de gens de guerre, et une voix retentit en l'air qui commandait de se saisir de ces voleurs ; ce qui leur donna une telle épouvante, qu'ils prirent tous la fuite. Le lendemain, comme les Saintes continuaient leur chemin, ces mêmes voleurs retournèrent pour exécuter en plein jour ce qu'ils n'avaient pu faire pendant la nuit : mais Dieu les ayant aussi frappés d'aveuglement, ils ne purent voir ses servantes lorsqu'elles passèrent auprès du lieu où ils s'étaient mis en embuscade. Cette protection visible du ciel augmentait tellement le feu de l'amour divin et l'affection pour la vertu dans le coeur de Catherine, que sa sainteté acquérait continuellement de nouveaux degrés. L'humilité était sa chère vertu, et les louanges lui donnaient autant de confusion et de douleur que les humiliations et les mépris lui causaient de satisfaction. Mais l'ennemi du salut, qui n'avait rien pu gagner contre notre Sainte, s'avisa d'une ruse qui faillit lui réussir. Le peu de liberté qui lui restait pour visiter les lieux vénérés des fidèles rendit à la jeune veuve le séjour de Rome ennuyeux. Sa mère et son confesseur eurent beau lui représenter que c'était là une tentation, la tristesse suivit de près l'ennui ; elle pâlissait et dépérissait à vue d'oeil. Les deux pieuses femmes mirent leur confiance en Marie, lui demandant, par de ferventes prières, à connaître la volonté du Seigneur. Leur confiance fut récompensée : Catherine vit, en un songe mystérieux, la Mère des miséricordes, qui lui témoigna, d'un air sévère, n'avoir point de secours pour une personne oublieuse de ses promesses, et prête à sacrifier son devoir au désir de revoir son pays, où l'attendaient des dangers inévitables. La pieuse Princesse ne fut pas plus tôt éveillée que, détestant sa lâcheté, elle alla se jeter aux genoux de sainte Brigitte, lui renouvelant sa promesse de ne la quitter jamais. Outre la prière vocale, qu'elle avait toujours chérie dès son enfance, elle faisait chaque jour quatre heures de méditation sur la Passion douloureuse de son Sauveur, à qui elle s'offrait sans cesse en sacrifice. Un jour qu'elle était en prières, à Rome, dans l'église Saint-Pierre, une dame, vêtue de blanc et d'un manteau noir par dessus, lui apparut et lui dit qu'elle priât Dieu pour la femme de son frère Charles, laquelle était décédée, et que dans peu de jours, elle en recevrait un riche legs, parce qu'elle leur avait laissé par testament la couronne d'or dont elle se servait, suivant la coutume du pays. Ce bienfait ne servit qu'à mieux satisfaire aux grandes charités qu'elle exerçait dans la ville de Rome ; il n'y avait point d'hôpital qui n'eût part à ses libéralités. Or, quoique son équipage et les meubles de son logis fussent très-pauvres, néanmoins, en de certaines occasions, Dieu la faisait paraître pompeusement vêtue ; et, par des apparences agréables, il couvrait sa chambre de tapisseries de grand prix, et son lit de courtines de pourpre et de couvertures de drap d'or, pour contenter les yeux de ceux qui s'arrêtent à l'extérieur. Elle passa vingt-cinq ans avec sa mère, tant à Rome qu'au voyage de Jérusalem, où elle l'accompagna. Après l'heureux décès de sainte Brigitte, retournant en-Suède, elle y apporta son corps et plusieurs autres reliques de saints avec elle ; puis, ayant achevé ses obsèques, elle entra au monastère de Watzen, dont elle fut reconnue pour supérieure. Elle commença alors à instruire les religieuses de la règle que sa mère avait laissée par écrit ; mais comme Dieu glorifia le sépulcre de cette sainte veuve par plusieurs miracles, le roi de Suède, et tous les prélats et les princes de son royaume, voulant obtenir du Pape qu'il procédât à sa canonisation, jugèrent à propos que sa fille Catherine retournât pour cela à Rome. Elle s'y rendit selon leur désir; mais à cause du schisme qui s'éleva dans l'Eglise, du temps d'Urbain VI, elle ne put venir à bout de cette affaire ; elle ne quitta pas néanmoins cette grande ville sans y laisser des marques évidentes de sa sainteté ; car une femme qui était malade, ne voulant point se confesser ni se préparer à la mort, elle se mit en oraison et implora la miséricorde divine pour elle. Alors il sortit du Tibre une vapeur noire et épaisse qui environna sa maison et l'offusqua tellement, que les personnes qui y étaient ne pouvaient même pas s'entrevoir, et il s'y fit un bruit si épouvantable, que la malade, tout effrayée et presque hors d'elle, appela Catherine et lui promit, les larmes aux yeux, de faire tout ce qu'elle lui commanderait. Elle se confessa, et, le lendemain, elle finit ses jours avec toute apparence que Dieu lui avait pardonné ses péchés. Une autre, qui avait fait plusieurs mauvaises couches, se trouvant enceinte et près de son terme, supplia cette sainte Princesse de ne pas l'oublier en ses prières ; la Sainte lui donna bonne espérance et lui promit de l'assister. En effet, elle fit tant par ses instances auprès de Dieu, que cette femme accoucha heureusement d'une fille, qui fut nommée Brigitte. Elle se retira dans la solitude. Sa réputation était si grande, qu'elle fut reçue et traitée avec un respect et un honneur extraordinaires par tous les princes et les prélats, tant d'Italie que d'Allemagne, chez qui elle passa. Tout ce voyage fut glorieux pour elle, à cause des miracles qui furent faits par son entremise. On raconte, entre autres, qu'un homme de sa suite étant tombé tout endormi du haut d'un chariot, et ayant été écrasé sous les roues, la vertueuse Princesse fit sa prière, le toucha de ses mains et le guérit. Elle en fit autant à un autre qui était tombé du faîte d'un bâtiment sur des pierres, et s'était tellement rompu les membres qu'il ne pouvait se remuer ; elle lui rendit aussi, par son attouchement, une santé si parfaite, qu'il retourna sur-le-champ travailler avec les autres ouvriers, donnant mille louanges à Dieu et à sa bienfaitrice, qui avait obtenu si promptement sa guérison. Catherine étant de retour en Suède, sa santé commença à s'affaiblir. Elle avait la coutume, dès le temps qu'elle demeurait avec sa mère, de se confesser tous les jours, et elle la continua toujours depuis, surtout en cette dernière maladie. Mais, à cause de la faiblesse de son estomac et de ses vomissements, elle n'osa recevoir le Très-Saint Sacrement de l'autel; elle se le faisait néanmoins apporter pour l'adorer et pour s'humilier en sa divine présence. Enfin, levant les yeux au ciel et recommandant son âme à Dieu, elle passa de ce monde en un meilleur, l'an de grâce 1381. Il parut, sur le monastère où la Sainte était décédée, une étoile qui suivit son corps jusqu'à l'église, et se tint en l'air, au-devant du cercueil, jusqu'à la fin de l'enterrement. Plusieurs miracles se firent à son sépulcre. On a de sainte Catherine de Suède un livre intitulé : Consolation de l'âme. Elle dit elle-même dans sa préface que son ouvrage est composé de maximes tirées de l'Écriture sainte et de différents traités de piété. On invoque sainte Catherine de Suède contre l'avortement et contre les inondations.
Source : Les petits bollandistes
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