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Père Porphyre - Vie et Paroles (2)

Le père Porphyre (1906-1991) est un moine orthodoxe de la sainte montagne du mont Athos, qui a du en sortir pour raison de santé, et est devenu aumonier dans un hôpital. Sa vie et ses paroles témoignent d'une très grande sainteté, toute paisible, qui s'est épanouit au service des autres, dans un don total à Dieu. Ces écrits ont été rédigés à partir d'enregistrements réalisés à la fin de sa vie.

SUR L'AMOUR DIVIN

Quand tu as trouvé le Christ, cela te suffit; tu ne désires plus rien d'autre;
tu restes en repos. Tu deviens un autre homme. Tu vis partout, là où est le Christ. Tu vis dans les étoiles, dans l'infini, dans le ciel avec les anges, avec les saints, sur terre avec les hommes, avec les plantes, avec les animaux, avec tous, avec tout. Là où se trouve l'amour du Christ, la solitude disparaît. Tu es en paix, dans la joie, dans la plénitude. Il n'y a plus ni mélancolie, ni maladie, ni tension, ni anxiété, ni humeur sombre, ni enfer.

Le Christ est dans toutes tes pensées, dans toutes tes oeuvres. Tu as la grâce et tu peux tout supporter par le Christ. Tu peux même souffrir, y compris d'une manière injuste. Tu peux subir des injustices pour le Christ, et cela, en plus, dans la joie. De la même manière que Lui, Il a enduré Sa passion, tu peux, à ton tour, souffrir contre toute justice. As-tu choisi le Christ pour ne rien endurer ? Que dit l'apôtre Paul :"Je me réjouis des maux que j'endure." Telle est notre religion. Il faut que l'âme s'éveille pour aimer le Christ, pour se rendre sainte. Elle doit s'abandonner à l'amour divin exclusivement. C'est de cette manière que Lui aussi, l'aimera à son tour.

Quand le Christ est venu dans le coeur, la vie change. Le Christ est tout. Celui qui vit le Christ à l'intérieur de sois-même, vit des choses qui ne peuvent être dites : des choses saintes et sacrées. Des hommes ont vécu ces choses, des ascètes sur la Sainte Montagne. Continuellement, ils murmurent avec ardeur la prière : "Seigneur Jésus Christ ..."

Quand le Christ est entré dans le coeur, les passions disparaissent. Tu ne peux ni proférer des injures, ni faire preuve de haine, ni te venger, ni... ni... ni... Où donc trouver les haines, les antipathies, les jugements, les actes d'égoïsme, les angoisses, les états d'abattement ? Le Christ domine. L'ardent désir de la lumière sans déclin s'impose. C'est cet ardent désir qui te fait ressentir que la mort n'est que le pont que tu traverseras en un instant, pour continuer la vie du Christ. Ici, sur terre, tu as un obstacle; c'est la raison pour laquelle la foi est nécessaire. Cet obstacle n'est autre que le corps. Or, après la mort, la foi ne joue pas le même rôle, et tu vois le Christ comme tu vois le soleil. Dans l'éternité, bien entendu, tu vivras tout d'une manière plus intense.

Quand, toutefois, tu ne vis pas avec le Christ, tu vis dans la mélancolie, la tristesse, l'anxiété, la contrariété. Tu ne vis pas de la même manière qui serait juste. C'est alors que de nombreuses anomalies apparaissent aussi dans l'organisme. Le corps en subit l'influence, en particulier les glandes endocrines, le foie, la bile, le pancréas, l'estomac. On te dis : "Pour être en bonne santé, prends, le matin, ton lait, ton petit oeuf, ton petit beurre avec deux ou trois biscottes." Or, si tu vis d'une manière juste, si tu aimes le Christ, avec une orange et une pomme tu es en forme. Le grand remède consiste à se consacrer à l'adoration du Christ. Tout peut être guéri. Tout fonctionne normalement. L'amour de Dieu transforme tout, transmute tout, sanctifie tout, corrige tout, change la substance de tout.

Notre petite âme connaîtra une grande consolation quand nous ressentirons le désir ardent du Seigneur. Nous ne serons plus, alors, occupés à tout ce qui est bas et quotidien. Nous serons occupés à ce qui est spirituel et supérieur; nous vivrons dans le monde de l'esprit. Quand tu vis dans le monde spirituel, tu vis dans un autre monde, dans ce monde qui plaît à ton âme et dont elle éprouve le désir ardent. Tu n'en éprouves, toutefois, pas de l'indifférence pour l'homme : tu veux que, lui aussi, il trouve le salut, la lumière, la sanctification. Tu veux que tous entrent dans l'Eglise.

L'AMOUR DU CHRIST NE CONNAÎT PAS DE SATIETE.

Le Christ est absolument ce que nous pouvons souhaiter de meilleur, ce que nous pouvons désirer le plus, ce qu'il y a de plus élevé. Tout ce qui est sensible connaît la saturation; Dieu ne connaît pas de saturation. Il est tout. Dieu est absolument ce que nous pouvons souhaiter de meilleur. Aucune autre joie, aucune autre beauté, rien ne peut Lui être comparable. Que chercher d'autre, si ce n'est ce qu'il y a de plus élevé ?

L'amour envers le Christ est chose tout autre. Il n'a ni fin ni satiété. Il donne vie, il donne force, il donne santé, il donne, il donne, il donne ... Et plus il donne, plus l'homme désire en éprouver le fol amour. L'amour humain est capable de corrompre l'homme, de le rendre fou. Une fois que nous avons aimé le Christ, tous les autres amours cèdent le pas. Les autres amours connaissent la satiété. L'amour charnel connaît la satiété. Après cela, la jalousie peut commencer, les reproches, cela peut même aller jusqu'au meurtre. Cet amour peut se changer en haine. L'amour en Christ ne connaît pas d'altération. L'amour selon le monde dure peu; il s'éteint peu à peu, tandis que l'amour divin ne cesse de grandir et de devenir toujours plus profond. Tout autre amour peut mener l'homme au désespoir. L'amour divin, quant à lui, nous élève jusqu'à la sphère de Dieu; il nous fait don de la sérénité, de la joie, de la plénitude. Les autres voluptés fatiguent, alors que celle-ci demeure perpétuellement insatiable. C'est là une volupté qui ne connaît pas de saturation; dont on n'a jamais assez. C'est le bien suprême.

La satiété n'en survient qu'à partir d'un seul point : quand l'homme se trouve uni au Christ. Il aime, il aime, il aime, et, plus il aime, plus il se rend compte qu'il peut encore aimer. Il croit qu'il n'est pas encore parvenu à l'union avec Dieu, qu'il ne s'est pas donné à l'amour de Dieu. Il éprouve, tout le temps, la tension, le désir, la joie de parvenir à atteindre ce que, dans l'absolu, on peut souhaiter de meilleur : le Christ. Il jeûne sans cesse, se prosterne sans cesse et pourtant, il éprouve, sans cesse également, une insatisfaction. Il n'a pas le sentiment d'être parvenu à cet amour-là. Ce qu'il désire, il n'a pas le sentiment d'en connaître la plénitude, la possession, la sensation, l'expérience vécue. C'est ce fol amour divin, c'est cet amour divin dont tous les ascètes éprouvent le désir ardent et qu'ils recherchent. Ils s'enivrent de l'ivresse divine. C'est grâce à cette ivresse divine que le corps peut, de son côté, vieillir et s'en aller; l'esprit, quant à lui, demeure jeune et florissant.

Les hymnes et les tropaires de notre Eglise regorgent de ce fol amour divin. Ecoutez ce qu'elle dit dans le canon du saint apôtre Timothée :

" Dans le désir ardent de la fin ultime,
tu t'es fondu en elle par ton amour.
Tu parvins, homme habité de Dieu,
à une vie selon ton voeu,
en l'éternelle contemplation de ton amour,
tout à la plénitude de Sa vie. "


" Fondu en elle" signifie que tu deviens un, que tu es uni à la personne aimée. Et "tout à la plénitude" vient d'un verbe qui signifie "je remplis" , "je rassasie". Oh, quels mots riches de sens ! Vous devez vous constituer une collection de telles paroles qui montrent l'amour divin, qui montrent la folie en Dieu. On ne peut s'en rassasier ! Oui, l'on ne peut être rassasier de l'amour envers le Christ. Plus tu L'aimes, plus tu penses ne pas L'aimer, et plus tu désires L'aimer encore davantage. Or, ton âme se trouve, en même temps, remplie de Sa présence et de la joie dans le Seigneur, cette joie que nul ne peut enlever. Tu n'as, alors, plus besoin de désirer quoi que ce soit. C'est quelque chose de ce genre qu'écrit saint Isaac le Syrien : "La joie, celle qui prend sa source en Dieu, se trouve être plus puissante que la vie ici-bas, et celui qui y goûte, non seulement ne fera plus attention aux passions, mais il n'aura même plus de désir de sa vie ici-bas ; il ne préférera, non plus, rien de sensible à cette joie, dans la mesure où celle-ci est véridique et qu'il ne s'agit pas d'une erreur. L'amour de Dieu est plus doux que cette vie qui ne dure qu'un temps ... Il est plus doux que miel et cire. Cet amour n'éprouve aucune peine à recevoir une grande mort en faveur de ceux qui l'aiment... et en ce coeur qui reçoit cet amour, toute douceur de ce monde-ci est considérée comme superflue, car nulle autre chose ne peut être assimilée à la douceur de la connaissance de Dieu. "

Dans le Kébragarion de saint Augustin, nous lisons :

" Je t'aime, Seigneur mon Dieu, et je désire
T'aimer toujours plus
Car Toi, tu es en vérité
Plus doux que le miel le meilleur,
Plus nourrissant que le lait le plus exquis,
Plus étincelant que toute la lumière.
Voilà pourquoi, pour moi, Tu es plus précieux
Que tout or, tout argent et toutes les pierres précieuses ...

Ô Amour, qui es toujours plus que toute ardeur,
Qui ne déchois jamais en tiédeur !
Embrase-moi !
Je T'aimerai, Seigneur, car Toi, en premier, Tu m'as aimé.
Où donc trouver paroles en nombre, aptes à décrire
Les signes de Ton immense amour pour moi ?
Tu m'as fais resplendir aussi
De la lumière de Ta Face,
Tu en as fait l'enseigne
Dominant le seuil de mon coeur."


( "Désir enflammé d'une âme qui veut aimer Dieu" )

Une autre prière de St Augustin :

Seigneur Jésus,
Me connaître, Vous connaître,
Ne rien désirer d'autre que Vous;
Me haïr et Vous aimer;
N'agir que pour l'amour de Vous,
M'abaisser pour Vous grandir.
N'avoir que Vous dans ma pensée.
Mourir à moi pour vivre en Vous.
Tout recevoir de Vous.
Me renoncer pour Vous suivre;
Désirer Vous suivre toujours.
Me fuir, me réfugier en Vous,
pour être défendu par Vous.
Craindre pour moi, et Vous craindre,
Pour être parmi Vos élus.
Me défier de moi, ne me fier qu'à Vous.
Vouloir obéir à cause de Vous;
Ne m'attacher à rien d'autre qu'à Vous;
Etre pauvre à cause de Vous.
Regardez-moi, et je Vous aimerai;
Appelez-moi, pour que je Vous voie
Et jouisse de Vous éternellement. Ainsi soit-il.


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