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Père Porphyre - paroles

Père Porphyre (1906-1991) est un moine orthodoxe de la sainte montagne du mont Athos, qui a du en sortir pour raison de santé, et est devenu aumonier dans un hôpital. Sa vie et ses paroles témoignent d'une très grande sainteté, toute paisible, qui s'est épanouit au service des autres, dans un don total à Dieu. Ces écrits ont été rédigés à partir d'enregistrements réalisés à la fin de sa vie.

SUR L'EGLISE

L'Eglise n'a ni commencement ni fin, elle est éternelle, comme son Fondateur, le Dieu Trine, qui n'a ni commencement ni fin, qui est éternel. L'Eglise est incréée, de même que Dieu est incréé. Il existait avant les siècles, avant les anges, avant la création du monde. "Avant la fondation du monde", dit l'apôtre Paul. L'Eglise est une institution divine et en elle, habite tout le plérôme (la plénitude) de la Divinité". C'est l'expression de la sagesse de Dieu aux aspects infinis. C'est le mystère des mystères. Celui qui n'était pas manifesté et a été manifesté "dans les derniers temps". L'Eglise demeure inébranlable, car elle prend racine en l'amour et en la providence de la sagesse de Dieu.

L'Eglise éternelle est constituée des trois Personnes de la Sainte Trinité. Dans la pensée et l'amour du Dieu Trine, dès le commencement, existaient aussi bien les anges que les hommes. Nous, les hommes, nous ne sommes pas nés de maintenant ; dans la sagesse de Dieu, nous existions avant les siècles.

C'est l'amour de Dieu qui nous a créés à Son image et à Sa ressemblance. Il nous a reçu dans l'Eglise, malgré la connaissance qu'Il avait de notre apostasie. Il nous a tout donné, par don gratuit et par grâce pure, pour faire de nous aussi, des dieux. De notre côté, cependant, nous avons fait un mauvais usage de notre liberté et nous nous sommes coupés de l'Eglise. Hors de l'Eglise, loin de la Sainte Trinité, nous avons perdu le Paradis, c'est à dire tout. Hors de l'Eglise il n'est, cependant, pas de salut, il n'est pas de vie. C'est la raison pour laquelle le coeur miséricordieux de Dieu le Père ne nous a pas abandonnés hors de son amour. Il nous a ouvert de nouveau les portes du Paradis dans les derniers temps, et Il s'est manifesté dans la chair.

Par la divine Incarnation du Fils Unique de Dieu, s'est de nouveau manifesté aux hommes le dessein prééternel de Dieu pour le salut de l'homme. L'apôtre Paul dit à Timothée : "Et de l'aveu général, grand est le mystère de la piété. Dieu S'est manifesté dans la chair, Il S'est justifié en l'Esprit, Il s'est rendu visible aux anges, Il a été proclamé dans les nations, l'on a cru en Lui dans le monde, Il est monté en gloire." Les paroles de l'apôtre Paul sont des paroles denses en significations, des paroles divines, célestes.

Dieu, dans Son amour infini, nous a de nouveau réunis à Son Eglise en la personne du Christ. En entrant dans l'Eglise incréée, nous venons au Christ, nous entrons dans l'incréé. Nous sommes en d'autres termes, nous, les fidèles, appelés à devenir incréés par grâce, à prendre part aux énergies divines de Dieu, à entrer dans le mystère de la Divinité, à dépasser notre pensée selon le monde, à mourir selon "le vieil homme", et à être en Dieu. Quand nous vivons dans l'Eglise, nous vivons dans le Christ. Il s'agit là d'une matière délicate que nous ne pouvons comprendre. L'Esprit Saint peut seul nous l'enseigner.
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La religion chrétienne change l'homme et elle le guérit.

Notre religion est la religion des religions, celle qui est issue de la révélation, la religion réelle, véridique. Les autres religions ne sont qu'humaines, sans contenu. Elles ne connaissent pas la majesté du Dieu Trine. Elles ne savent pas que notre but, notre destination est de devenir des dieux par grâce, de devenir semblables au Dieu Trine, de devenir un avec Lui et entre nous. Ces autres religions-là ne savent pas ces choses. Le but ultime de notre religion est ce "qu'ils soient un". C'est là où l'oeuvre du Christ trouve son accomplissement. Notre religion est amour, elle est amour fou, elle est enthousiasme, elle est folie, elle est passion, pour le divin. Tout cela est en nous. L'acquisition de tout cela est une exigence de notre âme.

Or, pour beaucoup, la religion est une lutte, une angoisse en même temps qu'une observance. C'est la raison pour laquelle les gens considèrent comme malheureux beaucoup de "pratiquants" puisqu'ils voient dans quel état lamentable ils se trouvent. Et c'est bien la réalité. Car si l'on ne comprend pas la profondeur de la religion, si on ne la vit pas, la religion finit par devenir une maladie, et même une maladie terrible. Elle est si terrible que l'être humain en pert le contrôle de ses actes : il devient velléitaire et impuissant; il éprouve angoisse et anxiété, il est sous l'empire d'un esprit mauvais. Il se prosterne, il pleure, il crie, il fait mine de s'humilier, et toute cette humiliation n'est qu'une action satanique. Certaines personnes de ce genre vivent la religion comme une sorte d'enfer. A l'intérieur de l'Eglise, elles se prosternent, se signent à répétition, disent : "Nous sommes pécheurs, indignes" et , dès qu'elles en sortent, elles se mettent à proférer des blasphèmes contre ce qui touche à Dieu, pour peu que quelqu'un les ennuie. Cela montre clairement que quelque démon s'en est mêlé.

En réalité, la religion chrétienne transforme l'homme et le guérit. La condition primordiale, toutefois, pour que l'homme comprenne la vérité et s'en rende compte, est l'humilité. L'égoïsme assombrit l'esprit de l'homme, le trouble, le conduit tout droit à l'erreur, à l'hérésie. Il est important que l'homme se rende compte de la vérité.

Dans un temps ancien, quand les hommes se trouvaient dans un état primitif, ils n'avaient ni maison, ni rien. Ils entraient dans des cavernes sans fenêtres, et en fermaient l'entrée avec des pierres et des branchages, pour empêcher le vent d'entrer. Ils ne comprenaient pas que la vie se trouve à l'extérieur, là où est l'oxygène. Dans la caverne, l'homme est corrompu, il se rend malade, il est détruit, alors qu'à l'extérieur, il reprend vie. Peux-tu comprendre la vérité ? Tu te trouves alors en plein soleil, dans la lumière, tu vois tout ce qui est admirable. Autrement, tu te trouves dans une caverne sombre. Lumière ou ténèbres. Que vaut-il mieux ? Etre doux, humble, tranquille, posséder l'amour en sois-même, ou bien être nerveux, désagréable, se quereller avec tous ? A coup sûr, ce qui est supérieur, c'est l'amour. Notre religion possède toutes ses bonnes choses, et c'est cela la vérité. Bien des gens toutefois prennent une autre direction.

Ceux qui refusent cette vérité, sont malades de leur âme. Ils ressemblent aux enfants malades : du fait que leurs parents leur ont manqué, parce qu'ils se sont séparés ou qu'ils se sont querellés, ils sont devenus inadaptés. Aussi, ceux qui se dirigent vers les sectes sont tous ceux qui vivent dans le trouble. Il s'agit là d'enfants perturbés de parents perturbés. Or, tous ces êtres troublés et inadaptés possèdent une force, font preuve d'insistance et réussissent bien des choses. Ils soumettent à leur pouvoir les êtres humains normaux et tranquilles, puisqu'ils exercent leur influence sur d'autres qui leur ressemblent ; ils s'imposent également au monde parce qu'ils sont plus nombreux et qu'ils trouvent des partisans. Il en est d'autres encore qui, bien qu'ils ne refusent pas la vérité, se trouvent dans le trouble et sont malades de leur âme.

C'est le péché qui crée un grand trouble dans l'âme humaine. Ce trouble ne peut être dissipé par aucun remède. La délivrance de ce trouble ne peut être apportée que par la lumière du Christ. C'est le Christ qui fait le premier mouvement. "Venez à moi, vous tous qui êtes en peine ..." Par la suite, nous autres humains, nous recevons cette lumière grâce à notre bonne disposition, que nous exprimons par l'amour envers Lui, par la prière, par notre participation à la vie de l'Eglise, par les sacrements.

Bien des fois, ce n'est ni la peine ni les prosternations ni les signes de croix qui attirent la grâce. Il est des secrets. Ce qui est le plus essentiel c'est de quitter ce qui est formel pour aller à la substance. Que ce qui se fait soit fait par amour.

L'amour comprend qu'il faut toujours faire des sacrifices. Si tu fais quoi que ce soit comme une corvée, ton âme traîne les pieds, elle réagit. C'est l'amour qui attire la grâce. Quand vient la grâce, viennent les dons de l'Esprit Saint. "Et le fruit de l'Esprit est la grâce, la joie, la longanimité, la bonne disposition, la bonté, la foi, la douceur, l'abstinence. "Tels sont les dons que doit posséder une âme qui est saine en Christ... "

Avec le Christ, l'homme devient grâcieux et, de cette manière, il vit loin du mal.Le mal n'existe pas pour lui. Seul existe le bien, Dieu. Aucun mal ne peut exister. Autrement dit : puisqu'il possède la lumière, il ne peut se trouver dans les ténèbres. Les ténèbres ne peuvent pas, non plus, s'emparer de lui, puisqu'il détient la lumière.

SUR L'AMOUR DIVIN

Le Christ est la joie, la vraie lumière, le bonheur. Le Christ est notre espérance. La relation avec le christ est amour ; elle est fol amour ; elle est enthousiasme ; elle est désir ardent du divin. Le Christ est tout. C'est Lui notre amour, c'est Lui notre fol amour. C'est un fol amour dont on ne peut nous priver, le fol amour du Christ. Telle est la source de la joie.

La joie est le Christ Lui-même. Il s'agit d'une joie qui te transporte en quelqu'un d'autre. Il s'agit d'une folie spirituelle, mais d'une folie en Christ. Elle t'enivre comme le vin sans mélange ; c'est le vin de l'Esprit. C'est aussi ce que David déclare : "Tu as oint ma tête de Ton huile et Ta coupe m'enivre comme un vin très pur." Le vin spirituel est un vin sans mélange, sans édulcoration ; il est très fort et, quand tu le bois, il t'enivre. Cette ivresse divine est un don de Dieu ; elle est donnée "à ceux qui ont un coeur pur".

Jeûnez tant que vous le pouvez, prosternez-vous autant de fois que vous le pouvez, délectez-vous de toutes les veillées que vous pourrez faire, mais soyez toujours joyeux. Ayez toujours la joie du Christ. C'est cette joie qui dure éternellement ; celle qui comporte une allégresse éternelle. C'est la joie de notre Seigneur, celle qui donne la sérénité sûre, l'allégresse sereine et le bonheur de toutes les allégresses. C'est la joie de toutes les joies, celle qui dépasse toute joie. Le Christ veut - et c'est ce qui lui est agréable - répandre la joie; Il veut rendre Ses fidèles riches de joie. Je prie "pour que votre joie soit parfaite".

Telle est notre religion. C'est là où nous devons aller. Le Christ est le Paradis, mes enfants. Qu'est-ce donc que le Paradis ? C'est le Christ. C'est déjà ici-bas que le Paradis commence. C'est exactement la même chose : ceux qui, ici sur terre, vivent le Christ, vivent le Paradis. C'est ainsi, comme je vous le dis. Cela est juste, cela est véridique, croyez-moi. Notre tâche consiste de nous efforcer de trouver une manière d'entrer dans la lumière du Christ. Elle ne consiste pas à accomplir ce qui est formel. L'essentiel est que nous soyons avec le Christ. L'âme doit se réveiller, afin d'aimer le Christ, et, de cette manière, devenir sainte. Elle doit s'abandonner à l'amour divin. C'est de cette manière que, de son côté, Il nous aimera aussi. Notre joie sera alors inamovible. C'est cela que le Christ désire le plus : nous emplir de joie, car Il est la Source de toute joie. Cette joie-là est un don du Christ. C'est dans cette joie-là que nous connaîtrons le Christ. Nous, nous ne pouvons pas Le connaître, si Lui ne nous connaît pas. Comment donc David dit-il cela ? "Si le Seigneur n'édifie pas la maison, c'est en vain que les constructeurs ont pris de la peine; si le Seigneur ne garde pas la ville, c'est en vain que celui qui la garde est resté éveillé."

Ce sont ces choses-là que notre âme désire acquérir. Si nous nous préparons en conséquence, la grâce nous en fera le don. Cela n'est pas difficile. Si nous arrivons à obtenir la grâce, tout est facile, tout est joie et bénédiction de Dieu. La grâce divine ne cesse de frapper à la porte de notre âme et attend que nous ouvrions, afin de venir jusqu'à notre coeur assoiffé et de l'emplir. Ce qui l'emplit, c'est le Christ, notre Très Sainte Mère de Dieu, la Sainte Trinité. Quelles belles choses !

Quand tu aimes, tu vis sur la place Omonia (à Athène) et tu n'as pas conscience de te trouver sur la place Omonia. Tu ne vois ni les voitures, ni les gens, ni rien. Tu te trouves à l'intérieur de toi-même, avec la personne que tu aimes. Tu vis cette présence, tu en éprouves de la satisfaction, cette présence t'inspire. Tout cela n'est-il pas vrai ? Pensez que cette personne que vous aimez est le Christ. Le Christ dans ton esprit, le Christ dans tout ton être, le Christ partout.

Le Christ est la vie, la source de la vie, la source de la joie, la source de la lumière vraie, Il est tout. Celui qui aime le Christ et les autres, celui-là vit la vie. La vie sans le Christ n'est que mort, enfer; ce n'est pas une vie. C'est cela l'enfer : le non-amour. La vie, c'est le Christ. L'amour, c'est la vie du Christ. Ou bien tu seras dans la vie, ou bien tu seras dans la mort. Il ne tient qu'à toi de choisir.

Notre objectif doit être unique, l'amour envers le Christ, l'Eglise, notre prochain. L'amour, l'adoration de Dieu, le désir de cela, l'union avec le Christ et avec l'Eglise, tel est le Paradis sur terre. L'amour envers le Christ est aussi amour envers notre prochain, envers tous, y compris envers nos ennemis. Le chrétien éprouve de la peine pour tous ; il veut que tous soient sauvés ; il veut que tous goûtent au Royaume de Dieu. Tel est le christianisme. Par l'intermédiaire de l'amour envers notre frère, nous serons en mesure d'aimer Dieu. Dans la mesure où nous le désirons, où nous le voulons, où nous en sommes dignes, la grâce divine vient par l'intermédiaire de notre frère. Quand nous aimons notre frère, nous aimons l'Eglise et, par conséquent, le Christ. Nous sommes, nous aussi, à l'intérieur de l'Eglise. Ainsi donc, quand nous aimons l'Eglise, nous nous aimons aussi nous-même.
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