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La future Île de la Cité fut exposée à la Conciergerie

La future Île de la Cité fut exposée à la Conciergerie

mercredi 21 février 2018, par Expositions

Du 15 février au 17 avril 2017 : Mission Île de la Cité : le cœur du cœur. Allez découvrir les propositions issues du rapport.

L’architecte et urbaniste qui a conçu la "Très Grande Bibliothèque François Mitterrand" Dominique Perrault et le président du Centre des Monuments nationaux Philippe Bélaval s’étaient vus confier en décembre 2015 un extraordinaire projet par François Hollande : anticiper et orienter ce que pourrait devenir l’Île de la Cité, quand tous ses grands bâtiments se retrouveraient vidés de leurs activités actuelles : Préfecture de Police, Tribunal de Paris, Hôpital de l’Hôtel-Dieu.

Cette lettre de mission présidentielle se devait d’être en accord avec la Maire de Paris Anne Hidalgo. Un premier rapport de 56 pages était remis le 16 décembre 2016 et comportait quelques 35 propositions pour ce site classé au patrimoine mondial de l’Unesco.


Proposition de l’architecte et urbaniste Dominique Perrault pour 2040 d’une monumentale dalle transparente au-dessus du parvis de Notre-Dame-de-Paris. (dpa-adagp Missioniledelacité.Paris)

Il était temps que la réflexion reprenne, puisque les dernières interventions sur l’île remontaient... au Baron Haussmann, comme le rappelle le rapport, et que les Parisiens attentifs à leur Ville se demandaient déjà depuis un moment de quoi l’île de la Cité pourrait bien prendre la forme.

Opérations immobilières privées ?
Vastes implantations commerciales ?
Nouveau quartier du luxe à Paris ?
Ré-attribution de bureaux à de nouveaux services ?
Les rumeurs allaient bon train.

Le calendrier connu des mouvements pose pour l’instant que :
- la Police judiciaire abandonne le célèbre 36 quai des Orfèvres dès 2017 ;
- le Palais de Justice sera vidé de ses activités, à l’exception des Cours d’Appel et de Cassation, courant 2018, celles-ci étant bientôt hébergées dans la haute tour des Batignolles ;
- et que l’Hôpital de l’Hôtel-Dieu est en ce moment même en pleine restructuration.


La longue promenade végétalisée de la rive gauche de l’île de la Cité (dpa-adagp Missioniledelacité.Paris)

On sait que la Cité attire de très nombreux touristes, essentiellement pour la cathédrale Notre-Dame de Paris (14 millions / an), la Sainte-Chapelle (1 million), et pour la Conciergerie (500 000).

En revanche, le constat commun de Dominique Perrault et de Philippe Bélaval étant que l’île ne parvenait pas "à incarner le cœur battant de la Ville", que "les Parisiens fréquentent peu", et qu’elle n’a qu’un millier d’habitants (dont les 2/3 n’y passent que quelques jours par an !!!), le reste des appartements étant loués à des touristes, il convenait d’avancer quelques solutions fortes.


Dominique Perrault souligne : "Il n’y a pas d"école, pas de bureau de vote, peu de commerces (...) Nous n’avons pas les moyens de sanctuariser ces lieux, il faut les faire vivre, c’est le seul moyen de les protéger".

Philippe Bélaval enfonce le clou : "Les bâtiments sont imposants vus de l’extérieur, mais ils n’occupent qu’un tiers de l’espace total qui est comparable à celui du Louvre...".

Et donc une densification fine et maline serait la bien venue... Redéfinir les espaces publics. Ouvrir des passages à travers des bâtiments fermés aujourd’hui au public, leurs cours, mailler les sous-sols...


Parmi ce qui transparait de leur projet :
- une immense dalle de verre transparente pourrait recouvrir le parvis de Notre-Dame qui s’y reflèterait et sous laquelle la crypte archéologique deviendrait visible ;

- une place basse donnerait accès direct au fleuve ;

- la réunification de la Sainte-Chapelle et de la Conciergerie dans un parcours de visite unique ;

- le long de la Seine, sur le Quai Sud, un débarcadère et des plates-formes flottantes hébergerait des restaurants, des cafés, une piscine (que l’on espère olympique, les équipements sportifs étant si peu nombreux au cœur de Paris), et des salles de concerts ;


- le long de la Seine, une longue promenade végétalisée (avec ou sans voitures, le sujet faisant déjà débat) relierait les deux pointes Est et Ouest de l’île ;
- deux nouvelles passerelles franchiraient le fleuve (celle qui fait face à la BnF est particulièrement appréciée des Parisiens...) ;
- et il y aurait quantité de passages (dont des souterrains agrémentés de lumière naturelle), atriums en sous-sol ;
- et de grandes cours couvertes.


Afin de rassurer les amoureux du patrimoine parisien, qu’ils sachent qu’il ne saurait être question ni de construire en hauteur ni d’ajouter sur l’île de nouveaux édifices.

Par contre des revêtements d’acier et verre, dont notamment une rotonde dans la grande cour de la Préfecture de police, tous "légers et transparents" permettraient d’implanter services de proximité, nouveaux logements et commerces, et le Marché aux fleurs et aux oiseaux pourrait être abrité dans les étages d’une sorte de "Crystal Palace".


La Route des mariniers entre le pont Notre-Dame et le Pont-au-Change. Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet, 1751. Source : Wikimedia

Selon Dominique Perrault et Philippe Bélaval, l’objectif est aussi de créer "100 000m² nouveaux avec une valeur foncière dépassant le milliard d’euros […] sans transformation radicale […] sans ajouter de nouveaux bâtiments ou de construire en hauteur".

Les hypothèses des Jeux olympiques à Paris et d’Exposition universelle risquent d’accélérer des mises en place, certaines mesures ne nécessitant que peu de frais.


D’autres changements évoqués et listés dans le rapport devront probablement attendre quelques temps.

Une exposition présente le projet plus en détail, avec cartes, vidéos, maquettes et panneaux pédagogiques de très grand format rétroéclairés, à la Conciergerie jusqu’au 17 avril 2017.


Évidemment, chacun demeure dans cette exposition libre de ses transcendantales réflexions personnelles et de ses rancœurs contre le changement en général, le "système", et en particulier le président Hollande, dont ce pourrait être l’apport prospectif urbain, le fait que ce projet directeur n’ait pas été chiffré (un projet directeur ne l’est quasiment jamais), que le supplément de vie attendu ne soit bien sûr pas encore tangible, qu’un seul architecte soit à ce stade à la manœuvre (mais la diversité devrait s’imposer d’elle-même par la suite)...

Pour ce qui est de l’évaluation du coût, au quotidien Le Monde qui avançait : "Pour l’heure, les deux propriétaires (la Mairie de Paris et l’État, à environ 50% chacun) sont partants. Mais aucun d’eux n’a les moyens financiers nécessaires au projet", M. Bélaval aurait évalué à la louche : "Des centaines de millions d’euros, voire des milliards, ça n’a pas été chiffré..."

www.evous.fr/Ile-de-la-Cite-…


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