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Sainte Avoye

6 mai SAINTE AVOYE , VIERGE ET MARTYRE IIIe siècle. Sainte Avoye, qui s'appela d'abord Aurée, naquit en Sicile vers le commencement du IIIe siècle. Son père, qui se nommait Quintien, était du nombre de ces petits rois que les Romains toléraient dans le pays de leurs conquêtes, à condition qu'ils reçussent d'eux la couronne royale, et qu'ils dépendissent absolument de leur empire. Il persécutait cruellement les chrétiens pour plaire aux empereurs romains, et parce qu'il était fortement attaché au culte des idoles. La mère de notre Sainte, qui s'appelait Gérasine, et qui était de la Grande-Bretagne, où les Siciliens, selon Athénée, ont fait de toute antiquité grand trafic, avait des sentiments tout contraires : car, non-seulement elle favorisait les chrétiens, mais elle était elle-même une très-fidèle servante de Jésus-Christ. Cela fit naître d'abord un peu de désunion entre elle et son mari ; mais Dieu lui donna tant de pouvoir sur l'esprit de cet idolâtre, qu'après beaucoup de sages remontrances, qu'elle fortifiait par l'exemple d'une vie innocente et irrépréhensible, elle le convertit enfin et lui fit embrasser, avant sa mort, la religion dont il avait été le fléau et le plus terrible persécuteur. On dit qu'elle eut neuf enfants de lui : trois garçons et six filles ; elle les éleva dans une telle innocence, qu'on les eût pris pour un choeur d'anges et non pour des descendants de l'homme déchu. Aurée, qui semble avoir été la dernière des filles, surpassait les autres par sa grande ferveur et par son amour sincère et très-ardent pour Jésus-Christ. Un jeune homme, épris de sa beauté, l'attendit un jour à la porte de l'église où les chrétiens étaient assemblés, et quand elle sortit, il lui déclara sa passion ; mais la jeune Aurée, qui avait déjà choisi Notre-Seigneur pour son Epoux, se détourna, aux premières paroles, sans vouloir en entendre davantage ni répondre. Rentrée chez elle, ses larmes coulèrent en abondance, elle gémit du danger qu'elle venait de courir ; de peur que la beauté de son corps, qui devait passer comme une fleur, ne lui fît perdre celle de son âme, qui pouvait être immortelle, elle pria son Epoux, avec de grands soupirs, de la rendre aussi laide et aussi désagréable aux yeux des hommes, qu'elle avait été jusqu'alors capable de leur plaire et de leur inspirer, par sa seule vue, un amour criminel, O Dieu ! qu'elles sont rares les jeunes filles qui craignent les dangers de la beauté et de la vanité ! combien, hélas ! aiment mieux être belles que chastes, et plaire à un homme qui ne sera demain que pourriture, que de se conserver l'amour de Jésus-Christ qui est éternel et qui fait part à ses amantes des trésors de son éternité ! Aurée ne se contenta pas de faire la demande dont nous venons déparier : afin de n'être plus aimée que de Dieu seul, elle entreprit de détruire les grâces de son visage par les veilles, les jeûnes, les fatigues de longues prières qu'elle faisait prosternée contre terre, et par d'autres austérités. Vains efforts! plus elle cherchait à devenir livide, exténuée, défaite, plus son Epoux céleste répandait d'agréments et de charmes sur toute sa personne, voulant qu'elle fût en tout, à l'extérieur comme à l'intérieur, digne de lui. Aurée, comprenant l'intention divine, résolut de se tenir cachée dans le secret de son oratoire, afin de n'être vue que de Celui qui était l'unique objet de ses désirs. Ce fut là que, lui parlant coeur à coeur, elle fut souvent inondée du torrent de ses consolations, et qu'elle goûta, dans une grande paix, combien il est doux en lui-même, et combien il est libéral et magnifique à l'endroit de ceux qui le craignent. Elle fut aussi visitée par un ange revêtu d'un habit plus blanc que la neige et plus éclatant que le soleil, qui l'assura que Jésus-Christ, son souverain Seigneur, l'avait reçue pour son épouse, et que cette alliance serait si ferme et si inébranlable, que ni les embûches du démon, ni les poursuites des créatures, ne seraient jamais capables de la rompre. On "ne saurait exprimer la joie avec laquelle Avoye reçut un si glorieux message, ni les effets d'amour qu'elle fit pour en témoigner sa reconnaissance à son Sauveur. L'ange, par un surcroît de grâce, lui donna un nouveau nom, comme autrefois il en avait été donné un nouveau à Abraham, à Sara, à Jacob, à saint Pierre et aux enfants de Zébédée ; le nom d'Aurée, qu'elle avait porté jusque-là, était comme un présage qu'elle brillerait un jour, dans le ciel, de l'or de la charité. L'ange la nomma Avoye pour signifier qu'elle était destinée à ramener, dans les voies du salut, une infinité de personnes qui s'en trouveraient éloignées. Elle lui demanda comment elle pourrait correspondre à tant de bontés de son Epoux envers elle. Il lui répondit que c'était en suivant sa mère dans la Grande-Bretagne, pour y tenir compagnie à sa cousine Ursule, par laquelle Dieu voulait faire de grandes choses, et qui allait se rendre illustre dans toute l'Eglise par les glorieux combats qu'elle soutiendrait pour la foi et pour la chasteté. Cependant Quintien, son père, vint à mourir, et laissa, par sa mort, Gérasine, sa femme, tutrice de ses enfants et régente de son petit royaume. Peu de temps après, c'est-à-dire vers l'année 234, Dionet, roi de Cornouailles, qui avait épousé Darie, soeur de la même Gérasine, et qui en avait eu une fille unique, qui est la grande sainte Ursule, commença à faire des préparatifs pour le mariage de cette excellente vierge, avec Holopherne, fils d'un roi de la Grande-Bretagne. Il convia à cette solennité la mère de notre Sainte : cette pressante invitation, l'inspiration divine et la révélation qu'avait eue sa fille, déterminèrent la princesse à entreprendre ce pénible voyage. Après avoir mis bon ordre à toutes les affaires de sa maison et de sa petite communauté, dont elle confia le gouvernement à l'un de ses fils, elle s'embarqua pour la Grande-Bretagne : elle mena avec elle sa chère Avoye et trois autres de ses filles, que sainte Elisabeth de Sconange et le bienheureux Herman de Steinfeld, en leurs révélations, appellent Babile, Julienne et Victoire, et le dernier de ses fils, âgé seulement de dix ans, qu'on nomme Adrien. Après une heureuse traversée, nos saints voyageurs arrivèrent dans la Grande-Bretagne où ils furent reçus avec des témoignages d'honneur et de joie extraordinaires. Sainte Ursule, qui reconnut la prudence et la vertu de Gérasine, sa tante, lui découvrit le dessein auquel elle se sentait portée par une inspiration céleste : c'était d'éviter les noces qu'on lui préparait avec tant de pompe, en quittant le lieu de sa naissance et en s'enfuyant en un autre pays, où la divine Providence lui préparait un auguste triomphe et la couronne du martyre. Non-seulement Gérasine approuva ce projet, qui venait de Dieu, mais elle voulut y avoir part : ses quatre filles l'imitèrent, surtout notre sainte Avoye, qui désirait tant verser son sang pour Jésus-Christ. Onze mille vierges, assemblées pour les noces d'Ursule, s'associèrent aussi à sa résolution. Elles s'embarquèrent et s'abandonnèrent au souffle de la Providence. Nous raconterons, au 21 octobre, leurs longues pérégrinations.Il suffit de dire ici qu'à Cologne elles tombèrent entre les mains d'une armée de Huns, qui en firent un horrible massacre. 11 n'y en eut que trois dont le martyre fut différé. De ce nombre était sainte Avoye. Un chef de ces barbares la fit captive, dans l'espoir que la rigueur de la prison ou des supplices la forcerait de renoncer à sa foi et à son voeu de virginité. C'était sans doute une chose bien digne de compassion de voir cette tendre vierge, après avoir perdu sa mère, ses soeurs et toutes ses compagnes, égorgées en sa présence, se trouver seule, en un pays inconnu, sous la puissance d'un barbare qui n'avait rien d'humain que le visage, et qui, à l'idolâtrie et à l'impiété, joignait une humeur farouche et une brutalité semblable à celle des animaux les plus lascifs, se trouver sous la garde d'une troupe de soldats qu'elle pouvait appeler, comme saint Ignace le martyr, une troupe de tigres. Mais Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui l'avait choisie pour son épouse, ne l'abandonna pas dans cette nécessité. Il éclaira son cachot d'une lumière céleste, pour lui montrer qu'il était auprès d'elle et qu'il la prenait sous sa divine protection. Il lui envoya un ange, qui la consola et lui fit savoir que son martyre n'avait été différé que pour le rendre plus glorieux, et qu'en souffrant plus de tourments, elle gagnait une couronne plus éclatante. Il voulut même que la sainte Vierge fût sa nourricière durant sa prison : cette divine Mère lui apportait chaque semaine trois pains pétris par la main des anges, et dont la blancheur et le goût surpassaient tout ce qu'elle avait mangé d'agréable et de délicieux en la maison du roi son père. C'est ainsi que les peintres représentent ordinairement notre Sainte. On la voit en prison, recevant des pains de la main d'une vierge, à travers une grille de fer. Ces faveurs extraordinaires, jointes à la grâce intérieure dont l'Epoux céleste remplissait l'âme de la Martyre, la fortifièrent si puissamment, que ni les promesses, ni les menaces, ni les sollicitations les plus pressantes, ni même les tourments les plus aigus, ne purent jamais ébranler sa constance. On dit qu'on fit entrer des lions dans son cachot pour la dévorer ; mais Celui qui avait conservé Daniel, dans la fosse aux lions, préserva aussi cette innocente brebis de la gueule de ces bêtes, et elle n'en reçut que des caresses. la Sainte fut amenée par mer sur le territoire de Boulogne, en France (Pas-de-Calais), et là, se voyant rendue à la liberté, elle se retira dans un bois, auprès d'un bourg appelé Divernie, où elle vécut quelque temps en solitude. Le Boulonnais aurait donc été le théâtre du triomphe de sainte Avoye, après ses longs et rudes combats. Des barbares tirent irruption en ce pays. Comme elle ne chercha point à se cacher, ni à se mettre en sûreté dans quelque place forte, elle tomba entre les mains de ces infidèles, qui lui arrachèrent les yeux, lui tranchèrent la tête, et la firent ainsi, selon son désir, une glorieuse martyre de Jésus-Christ. Les bourreaux de la Sainte la fouettèrent si cruellement avec des verges et des scorpions, que son corps, étant tout déchiré, on eût pu facilement lui compter les os ; ils frottèrent ses plaies avec une haire piquante et les aspergèrent de sel fondu et bouillant ; ils lui coupèrent aussi les mamelles avec des couteaux émoussés ; enfin, ils lui firent souffrir tous les supplices que la cruauté peut inventer. Aussi, dans certains tableaux représentant cette illustre martyre, on voit, au bas de la tour où elle est prisonnière, un ange qui lui présente un calice, comme pour lui dire qu'elle boira dans le calice amer du Fils de Dieu, et qu'elle aura part aux plus grandes rigueurs de sa Passion. sainte Avoye est apparue dans la paroisse de Pleumélée, près de la ville d'Auray, au diocèse de Vannes, en Bretagne, et qu'elle a sanctifié, par son attouchement et sa bénédiction, une pierre et une fontaine, sur le bord de la mer. Depuis, par son intercession, les enfants que l'on met sur cette pierre, qui est creusée par le milieu, ou que l'on plonge dans cette fontaine, y obtiennent le pouvoir de marcher ; c'est pourquoi les habitants et les pèlerins y ont fait bâtir un fort bel oratoire, qui porte le nom de cette illustre vierge. C'est sans doute pour quelques faveurs semblables que la ville de Meulan-sur-Seine a pris sainte Avoye pour la patronne et la titulaire de sa paroisse ; qu'on lui a érigé des chapelles à Imbleville, au diocèse de Rouen ; à Belleville, au diocèse de Reims; et que, du temps de Philippe-Auguste, grand aïeul de saint Louis, on consacra en son honneur, à Paris, l'église qui porta son nom ; la rue dans laquelle se trouvait cette église était aussi nommée Sainte-Avoye. On invoque principalement sainte Avoye pour les enfants qui tardent trop à marcher et pour les pécheurs endurcis. Source : Les petits bollandistes
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