Témoignage de Henri, libéré du traditionalisme. Ce témoignage est intéressant, mais il faut distinguer la valeur du vécu personnel et la valeur de l'analyse qu'il prétend établir.
D'abord, il faut reconnaître une chose : si ce témoignage est authentique, il décrit une expérience réellement douloureuse. Il existe effectivement des milieux où la foi peut devenir très légaliste, où l'accent est mis presque exclusivement sur les règles, les pratiques, les mérites, et où certaines personnes finissent par vivre une relation angoissée avec Dieu.
Des directeurs spirituels, bien avant Vatican II, ont dénoncé ce risque (saint François de Sales, sainte Thérèse de Lisieux, Garrigou-Lagrange lui-même à propos du pharisaïsme spirituel). Rien de tout cela n'est imaginaire.
En revanche, plusieurs points méritent d'être examinés avec prudence.
1. Une généralisation abusive
Henri ne dit pas seulement :
« Voilà ce que j'ai vécu. »
Il suggère :
« Voilà ce qu'est le traditionalisme. »
Or ce passage du particulier au général n'est pas démontré.
Des milliers de fidèles attachés à la liturgie traditionnelle témoigneraient exactement de l'inverse : ils diraient avoir découvert, grâce à cette liturgie, un amour plus profond du Christ, de la grâce et de la Croix.
Un témoignage n'établit jamais une vérité générale.
2. Une opposition artificielle
Tout le récit repose sur une opposition :
- avant : tradition, règles, mérite, peur ;
- après : Évangile, amour, liberté.
Or cette opposition est étrangère à la tradition catholique.
Toute la grande Tradition enseigne précisément :
- que le salut est entièrement gratuit ;
- qu'il vient de la grâce ;
- que les œuvres ne sont pas la cause première du salut mais son fruit.
Le Concile de Trente lui-même enseigne que personne ne peut mériter la grâce première.
Autrement dit, Henri décrit moins la doctrine catholique traditionnelle qu'une manière déformée de l'avoir vécue.
3. Une caricature du traditionalisme
Il écrit notamment :
« Je donnais ma fidélité... Dieu me devait son salut. »
Cette mentalité existe chez certains.
Mais elle est condamnée depuis toujours par l'Église.
Le mérite catholique n'est jamais un "salaire" exigible.
Saint Augustin disait déjà :
« Quand Dieu couronne nos mérites, il couronne ses propres dons. »
Le témoignage combat donc un travers réel... mais le présente comme s'il était constitutif de toute la Tradition.
4. Une lecture discutable des pharisiens
Henri affirme avoir compris que les pharisiens représentaient essentiellement les traditionalistes.
Or les Pères de l'Église voient les pharisiens autrement.
Leur faute n'est pas d'aimer la tradition.
C'est :
- l'orgueil,
- l'hypocrisie,
- le refus du Messie,
- l'usage de traditions humaines contre la Parole de Dieu.
Par ailleurs, Jésus dit également :
« Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse ; faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent ; mais n'agissez pas selon leurs œuvres » (Mt 23, 2-3).
Il ne condamne donc pas toute fidélité à une tradition religieuse.
5. Une ambiguïté théologique
Le passage le plus délicat est celui-ci :
« Rien n'a de valeur dans nos actions pour Dieu et pour notre salut. »
Pris littéralement, ce n'est pas la doctrine catholique.
Le salut est entièrement grâce.
Mais la grâce transforme réellement l'homme.
Les œuvres accomplies dans la grâce ont une véritable valeur surnaturelle.
Saint Paul peut écrire :
« Travaillez à votre salut... car c'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire. »
Il ne s'agit donc ni d'un salut par les œuvres, ni d'un salut où les œuvres n'auraient aucune valeur.
Ce que révèle surtout ce témoignage
Ce texte parle davantage :
- d'un certain milieu traditionnel,
- d'une formation spirituelle particulière,
- d'une crise personnelle,
que de la Tradition catholique elle-même.
Il est tout à fait possible que son auteur ait réellement vécu cette libération.
Mais il est excessif d'en conclure que la Tradition conduit normalement à cette impasse.
Contexte :
Ce témoignage s'inscrit dans une série de publications où L.E. critique vivement la FSSPX et le traditionalisme en général.
On retrouve le même schéma dans plusieurs de ses textes récents : un récit personnel sert à illustrer une thèse plus large sur les dangers du traditionalisme.
En conséquence, ce témoignage doit être lu comme un témoignage spirituel, non comme une démonstration.
Il peut éclairer une dérive réellement vécue par certaines personnes, mais il ne suffit pas à caractériser l'ensemble du catholicisme traditionnel, encore moins la Tradition de l'Église elle-même.
Vidéo librement inspirée de ce passage de l'EMV 208 maria-valtorta.org/Publication/TOME 03/03-070.htm
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