NYTIMES: How a French Bank Captured Haiti

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How a French Bank Captured Haiti

“Trahis par leurs propres frères”

Qu’Haïti accepte des conditions aussi écrasantes — en particulier venant d’une banque à l’origine d’un précédent prêt si largement critiqué — donne un aperçu de son désespoir. Mais cela met aussi en lumière une figure récurrente dans l’histoire du pays : le membre égoïste de la haute société haïtienne, qui réussit alors que son …More
How a French Bank Captured Haiti

“Trahis par leurs propres frères”

Qu’Haïti accepte des conditions aussi écrasantes — en particulier venant d’une banque à l’origine d’un précédent prêt si largement critiqué — donne un aperçu de son désespoir. Mais cela met aussi en lumière une figure récurrente dans l’histoire du pays : le membre égoïste de la haute société haïtienne, qui réussit alors que son pays souffre.

Dans le cas de la Banque Nationale, Haïti confie les négociations à Charles Laforestrie, un diplomate haïtien ayant vécu la plupart de sa vie à Paris. Le journal français La Petite Presse le décrit alors comme un homme que le “bonheur avait toujours pris par la main pour le faire s’asseoir aux meilleures places de l’État.”

Lorsque les banquiers parisiens organisent une fête pour célébrer le prêt de 1875, M. Laforestrie fait une entrée remarquée. À une époque où les cultivateurs de café haïtiens élèvent leurs familles avec environ 70 cents par jour, M. Laforestrie débarque habillé de manière élégante et distribue de coûteux cigares autour de lui, selon M. Paul, l’économiste haïtien, qui décrivit le gala quelques années plus tard.

M. Laforestrie avait tellement poussé pour la création de la Banque Nationale que le président d’Haïti cite son nom lors de la cérémonie au palais présidentiel, d’après les notes manuscrites d’un diplomate. Mais il n’aura pas le temps d’assister à la chute de la banque. Acculé par des accusations de corruption, M. Laforestrie démissionne de son poste, et prend sa retraite en France.

Ironie du sort, ne manqueront pas de relever ses détracteurs, M. Laforestrie bénéficiera d’une généreuse pension du gouvernement haïtien, qu’il complètera plus tard avec les revenus d’un autre poste : membre du conseil d’administration de la Banque Nationale d’Haïti.

“Ce n’est pas le premier exemple d’un dirigeant haïtien qui brade les intérêts de son pays pour son profit personnel”, commente l’historien haïtien Georges Michel. “Je dirais que c’est presque la règle.”

Plusieurs historiens estiment ainsi que les Haïtiens ne peuvent rendre l’ingérence française ou américaine responsable de tous leurs maux.

“Ils ont été trahis par leurs propres frères”, explique M. Michel, “et ensuite par les puissances étrangères.”

Espoirs déçus

Passé le spectacle de feux d’artifices au palais présidentiel, les Haïtiens ne tardent pas à se rendre compte qu’ils ont été floués.

La Banque Nationale n’offre pas de compte d’épargne aux citoyens et commerces du pays. Et même si ses statuts lui permettent de prêter de l’argent aux entreprises, comme l’espéraient clairement les Haïtiens, des registres bancaires découverts aux Archives nationales du monde du travail, à Roubaix, montrent que cela a rarement, sinon jamais, été le cas.

“Non, ce n’est pas de la Banque d’Haïti, telle qu’elle fonctionne, que les Haïtiens peuvent espérer leur relèvement”, écrit alors le Ministre des Finances d’Haïti, Frédéric Marcelin.

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