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Où la presse maçonnique encense son Vénérable-François : « Écrasons l'infâme ! »

La GUERRE CONTRE le Pape FRANÇOIS
Première partie de la traduction d'un article-fleuve du "Guardian", très révélateur de comment le "monde" voit ce Pape (28/10/2017)

The Guardian est l'un des quotidiens britanniques les plus lus (de préférence par la bourgeoisie "éclairée" autrement appelée "les bobos"), en général pudiquement présenté comme "de centre droit", impliquant ainsi trompeusement une ligne éditoriale modérée et équilibrée de bon aloi. L'étiqueter "de gauche" serait toutefois erroné, il serait plus juste de dire "libéral-libertaire" - comme tant d'autres: élément d'une flotte qui a son navire amiral aux États-Unis avec le NYT, et qui compte en France "Le Monde", en Italie "La Repubblica", en Espagne "El Pais", et ainsi de suite. Ce sont les titres "de référence" de la presse globalisée aux ordres du mondialisme, qui décide du BIEN et du MAL et fonctionne en boucle, créant et publiant simultanément l'information, arbitre auto-proclamé du moralement et politiquement correct; et en particulier, là encore sous des apparences d'objectivité scientifique, férocement anti-catholique. Bref, la voix démultipliée mais en réalité unique d'un monde post-chrétien, qui ne croit plus en rien, même pas (bien qu'elle le prétende) en l'homme.

Ce long préambule pour justifier qu'on ne doit pas s'étonner du ton de l'article très long qui suit. Il doit être lu non pas comme un manifeste d'anti-catholicisme primaire propre à faire hurler au blasphème et à la caricature presque à chaque phrase (ce que j'aurais fait en d'autres temps) - sans parler des erreurs factuelles dûes à une connaissance très "livresque" du sujet (i.e. uniquement à travers les médias du même bord qui se font ainsi mutuellement caisse de résonnance), mais plutôt comme un témoignage de la façon dont "le monde" perçoit François, et comme tel, il contient des vérités aveuglantes que les catholiques légalistes refusent de voir. Il est écrit vraisemblablement par un non-catholique, et s'adresse à des non-catholiques, et il pourrait ressembler à un article du même type sur l'islam, ou le judaïsme, qui étudierait avec une (fausse) rigueur d'entomologiste les différents courants au sein de ces croyances, en s'adressant à des lecteurs qui ne connaissent rien au sujet. Sauf que le parti-pris serait probablement moins évident et l'agressivité moins palpable.

Bref, un article-synthèse très intéressant, qui illustre à quel point ce pape se plie à l'"agenda" du mondialisme - et pas seulement qu'il est perçu comme tel - et qui pour cela mérite d'être lu attentivement, malgré (et à cause de) ses défauts et ses limites.

Comme c'est très long, je vais fractionner la publication.
Les sous-titres et les soulignements sont de moi.

La guerre contre le pape François
Première partie

Sa modestie et son humilité ont fait de lui une figure populaire dans le monde entier. Mais à l'intérieur de l'Église, ses réformes ont suscité la colère des conservateurs, et déclenché une révolte.

Andrew Brown
27 octobre 2017
www.theguardian.com/…/the-war-against…
Ma traduction ("Benoît-et-moi")

(Photo "The Guardian")

UN PAPE APPLAUDI PAR LE MONDE... MAIS DÉTESTÉ PAR SON CLERGÉ

Le pape François est aujourd'hui l'un des hommes les plus détestés du monde. Ceux qui le haïssent le plus ne sont pas des athées, ni des protestants, ni des musulmans, mais certains de ses propres disciples. En dehors de l'Église, il est extrêmement populaire comme une figure de modestie et d'humilité presque ostentatoire. Dès le moment où le cardinal Jorge Bergoglio est devenu pape en 2013, ses gestes ont captivé l'imagination du monde entier: le nouveau pape conduisait une Fiat, portait ses propres sacs et réglait ses propres factures dans les hôtels; il demandait aux homosexuels: "Qui suis-je pour juger?"

Mais à l'intérieur de l'Église, François a provoqué une réaction féroce de la part des conservateurs qui craignent que cet esprit divise l'Église, et puisse même la briser. Cet été, un prêtre anglais éminent m'a dit: "Nous avons hâte qu'il meure. C'est inimaginable ce qu'on dit en privé. Chaque fois que deux prêtres se rencontrent, ils racontent à quel point Bergoglio est horrible... Il est comme Caligula: s'il avait un cheval, il le ferait cardinal...". Bien sûr, après 10 minutes de lamentation, il a ajouté: "Il ne faut rien imprimer de tout ça, sinon je serais viré."

Ce mélange de haine et de peur est courant chez les adversaires du pape. François, le premier pape non européen des temps modernes, et le premier pape jésuite, fut élu comme étranger à l'establishment du Vatican, et on s'attendait à ce qu'il se fasse des ennemis. Mais personne n'avait prévu à quel point il en aurait. De son renoncement à la pompe du Vatican, qui a prévenu 3 000 fonctionnaires de l’Église qu'il voulait en être le maître, à son soutien aux migrants, à ses attaques contre le capitalisme mondial et, surtout, à ses tentatives de réexaminer les enseignements de l’Église sur la sexualité, il a scandalisé les réactionnaires et les conservateurs. A en juger par les chiffres du vote lors de la dernière réunion mondiale des évêques, près d'un quart du collège des cardinaux - le plus haut clergé de l'Église - pense que le pape flirte avec l'hérésie.

Le point critique est venu dans une bataille sur sa vision du divorce. Rompant avec des siècles, sinon des millénaires, de théorie catholique, le Pape François a essayé d'encourager les prêtres catholiques à donner la communion à certains couples divorcés et remariés, ou à des familles où cohabitent les parents non mariés. Ses ennemis tentent de le forcer à abandonner et à renoncer à cet effort.

Comme il ne le fera pas, et qu'il persévère tranquillement face au mécontentement grandissant, ils se préparent maintenant à la bataille. L'année dernière, un cardinal, soutenu par quelques collègues en retraite, a évoqué la possibilité d'une déclaration officielle d'hérésie - le rejet délibéré d'une doctrine établie de l'Église, un péché punissable d'excommunication. Le mois dernier, 62 catholiques mécontents, dont un évêque à la retraite et un ancien directeur de la banque du Vatican, ont publié une lettre ouverte accusant François de sept chefs d'accusation spécifiques d'enseignement hérétique.

Accuser un pape régnant d'hérésie est une option "nucléaire" [au sens d'"explosive"?] dans le raisonnement catholique. La doctrine soutient que le pape ne peut pas se tromper quand il parle sur les questions centrales de la foi; ainsi, s'il se trompe, il ne peut pas être pape. D'un autre côté, si ce pape a raison, tous ses prédécesseurs ont dû se tromper.

La question est particulièrement délétère car elle est presque entièrement théorique. Dans la pratique, dans la plupart des pays du monde, les couples divorcés et remariés se voient offrir la communion de façon habituelle. Le Pape François ne propose pas une révolution, mais la reconnaissance bureaucratique d'un système qui existe déjà, et qui pourrait même être essentiel à la survie de l’Église. Si les règles étaient appliquées à la lettre, personne dont le mariage a échoué ne pourrait plus jamais avoir de rapports sexuels. Ce n'est pas une façon pratique de s'assurer qu'il y aura des générations futures de catholiques.

Mais les réformes prudentes de François semblent à ses adversaires menacer la croyance que l'Église enseigne des vérités intemporelles. Et si l'Église catholique n'enseigne pas les vérités éternelles, se demandent les conservateurs, à quoi sert-elle? La bataille sur le divorce et le remariage a porté à un point crucial deux idées profondément opposées de ce à quoi sert l'Église. Les insignes du pape sont deux clés croisées. Elles représentent celles que Jésus est supposé avoir donné à saint Pierre, symbolisant les pouvoirs de lier et de délier: proclamer ce qui est péché et ce qui est permis. Mais quel pouvoir est le plus important, et le plus urgent aujourd'hui?

La crise actuelle est la plus grave depuis que les réformes libérales des années 1960 ont incité un groupe éclaté de conservateurs intransigeants à s'éloigner de l'Église (leur leader, l'archevêque français Marcel Lefebvre, fut par la suite excommunié). Au cours des dernières années, les auteurs conservateurs ont constamment agité le spectre du schisme. En 2015, le journaliste américain Ross Douthat, converti au catholicisme, a écrit un article pour le magazine Atlantic intitulé "Will Pope François Break the Church?". Un post sur un blog du Spectator, celui de l'anglais Damian Thompson, a prévenu "Le pape François est maintenant en guerre avec le Vatican". Selon un archevêque du Kazakhstan, les vues du pape sur le divorce et l'homosexualité ont permis à "la fumée de Satan" d'entrer dans l'Église.

L'Église catholique a passé une grande partie du siècle dernier à lutter contre la révolution sexuelle, tout comme elle a lutté contre les révolutions démocratiques du XIXe siècle, et dans cette lutte, elle a été forcée de défendre une position absolutiste indéfendable, dans laquelle toute contraception artificielle est interdite, de même que tous les rapports sexuels en dehors d'un mariage à vie. Comme le reconnaît François, ce n'est pas ainsi que les gens se comportent. Le clergé le sait, mais on s'attend à ce qu'il fasse semblant de ne pas le savoir. L'enseignement officiel ne peut pas être remis en question, mais il ne peut pas non plus être respecté. Quelque chose DOIT SE PASSER, et le moment venu, l'explosion qui en résultera pourrait briser l'Église.

Il est assez juste de dire que les haines parfois âpres au sein de l'Église - que ce soit à propos du changement climatique, de la migration ou du capitalisme - ont atteint leur paroxysme dans une lutte gigantesque contre les implications d'une seule note de bas de page dans un document intitulé "La joie de l'amour" (ou, dans son nom latin, Amoris Laetitia). Le document, écrit par François, est un résumé du débat actuel sur le divorce, et c'est dans cette note de bas de page qu'il fait une affirmation apparemment modérée, que les couples divorcés et remariés peuvent parfois recevoir la communion.

Avec plus d'un milliard d'adeptes, l'Église catholique est la plus grande organisation mondiale que le monde ait jamais vue, et beaucoup de ses disciples sont divorcés, ou parents célibataires. Pour mener à bien son travail dans le monde entier, elle dépend du volontariat. Si les fidèles ordinaires cessent de croire en ce qu'ils font, tout s'effondre. François le sait très bien. S'il ne parvient pas à concilier théorie et pratique, l'Église pourrait être vidée partout. Ses opposants croient aussi que l'Église est confrontée à une crise, mais leur prescription est le contraire. Pour eux, l'écart entre la théorie et la pratique est exactement ce qui donne à l'Église valeur et sens. Si tout ce que l'Église offre aux gens est quelque chose dont ils peuvent se passer, croient les opposants de François, alors elle s'effondrera à coup sûr.

CHOISIR ENTRE L'OUVERTURE AU MONDE OU LE REPLI: "EXTRAVERTIS" VS "INTRAVERTIS"

Personne ne l'avait prévu lors de l'élection de François en 2013. L'une des raisons pour lesquelles il a été choisi par ses confrères cardinaux était de mettre de l'ordre dans la bureaucratie sclérosée du Vatican. Cette tâche était attendue depuis longtemps. Le cardinal Bergoglio de Buenos Aires a été élu comme un relatif étranger avec la capacité de débloquer une partie du blocage au centre de l'Église. Mais cette mission s'est rapidement heurtée à une ligne de faille encore plus âpre dans l'Église, généralement décrite en termes de lutte entre les "libéraux", comme François, et les "conservateurs", comme ses ennemis. Pourtant, il s'agit là d'une classification glissante et trompeuse.

Le conflit central est entre les catholiques qui croient que l'Église devrait établir l'agenda du monde, et ceux qui pensent que le monde doit établir l'agenda de l'Église. Ce sont là des types idéaux: dans le monde réel, tout catholique sera un mélange de ces orientations, mais chez la plupart d'entre eux, l'une prédominera.

François est un parfait exemple de catholique "orienté vers l'extérieur" ou extraverti, surtout comparé à ses prédécesseurs immédiats. Ses adversaires sont des introvertis. Beaucoup ont d'abord été attirés par l’Église pour sa distance des préoccupations du monde. Un nombre surprenant des introvertis les plus en vue sont des convertis du protestantisme américain, certains motivés par le manque de profondeur des ressources intellectuelles avec lesquelles ils ont été élevés, mais beaucoup plus par le sentiment que le protestantisme libéral mourait précisément parce qu'il n'offrait plus aucune alternative à la société qui l'entourait. Ils veulent du mystère et de la romance, et non du bon sens stérile ou de la sagesse conventionnelle. Aucune religion ne pourrait s'épanouir sans cette impulsion.

Mais aucune religion globale ne peut non plus s'opposer entièrement au monde. Au début des années 1960, un rassemblement de trois ans d'évêques de toutes les parties de l'Église, connu sous le nom de Concile Vatican II, ou simplement Vatican II, "ouvrit les fenêtres sur le monde", selon les mots du Pape Jean XXIII, qui le mit en route, mais mourut avant la fin de ses travaux.

Le Concile renonça à l'antisémitisme, adopta la démocratie, proclama les droits universels de l'homme et abolit largement la Messe latine. Ce dernier acte, en particulier, a assommé les introvertis. L'auteur Evelyn Waugh, par exemple, n'est jamais allée à une messe anglaise après la décision. Pour des hommes comme lui, les rituels solennels d'un service accompli par un prêtre avec le dos tourné à la congrégation, parlant entièrement en latin, face à Dieu sur l'autel, étaient le cœur même de l'Église - une fenêtre sur l'éternité ouverte à chaque représentation. Le rituel a été au centre de l'Église sous une forme ou une autre depuis sa fondation.

Le changement symbolique induit par la nouvelle liturgie - en remplaçant le prêtre introverti faisant face à Dieu devant l'autel par la figure extravertie faisant face à sa congrégation - fut immense. Certains conservateurs ne se sont pas encore réconciliés avec la réorientation; parmi eux, le cardinal ghanéen Robert Sarah, vanté par les introvertis comme successeur possible de François, et le cardinal américain Raymond Burke, devenu l'opposant le plus en vue de François. La crise actuelle, selon les mots de la journaliste catholique anglaise Margaret Hebblethwaite, partisane passionnée de François, n'est rien de moins que "Vatican II qui revient".

"Nous devons être inclusifs et accueillants à tout ce qui est humain", a dit Sarah lors d'une rencontre au Vatican l'année dernière, dans une dénonciation des propositions de François, "mais ce qui vient de l'Ennemi ne peut et ne doit pas être assimilé. Vous ne pouvez pas rejoindre le Christ et Bélial! Ce que le fascisme nazi et le communisme étaient au XXe siècle, les idéologies occidentales de l'homosexualité et de l'avortement et le fanatisme islamique le sont aujourd'hui".

Dans les années qui ont suivi immédiatement le concile, les religieuses ont abandonné leur habit, les prêtres ont découvert des femmes (plus de 100 mille ont quitté le sacerdoce pour se marier) et les théologiens ont jeté les chaînes de l'orthodoxie introvertie. Après 150 ans de résistance et de répulsion contre le monde extérieur, l'Église s'est retrouvée en contact avec lui partout, jusqu'à ce qu'il semble aux introvertis que tout l'édifice s'effondrait en ruines.

La fréquentation des églises a chuté dans le monde occidental, comme pour les autres dénominations. Aux États-Unis, 55% des catholiques allaient à la messe régulièrement en 1965, contre seulement 22% en 2000. En 1965, 1,3 million de bébés catholiques étaient baptisés aux États-Unis; en 2016, seulement 670 mille. La question de savoir s'il s'agissait d'une cause ou d'une corrélation demeure très controversée. Les introvertis la blâmaient pour l'abandon des vérités éternelles et des pratiques traditionnelles; les extravertis trouvaient que l'Église n'avait pas changé assez vite ou été trop loin.

En 1966, un comité pontifical de 69 membres, dont sept cardinaux et 13 médecins, dans lequel étaient également représentés des laïcs et même quelques femmes, vota massivement pour lever l'interdiction de la contraception artificielle, mais le pape Paul VI passa outre en 1968. Il ne pouvait pas admettre que ses prédécesseurs avaient eu tort, et les protestants raison. Pour une génération de catholiques, ce conflit est venu symboliser la résistance au changement. Dans le monde en voie de développement, l'Église catholique a été largement dépassée par un renouveau pentecôtiste énorme, qui offrait aux laïcs, y compris aux femmes, à la fois du spectacle et un statut.

Les introvertis se sont vengés avec l'élection du Pape (aujourd'hui Saint Pape) Jean-Paul II en 1978. Son Église polonaise avait été définie par son opposition au monde et à ses pouvoirs depuis que les nazis et les communistes avaient divisé le pays en 1939. Jean-Paul II était un homme d'une énergie, d'une volonté et de dons extraordinaires. Il était aussi profondément conservateur sur les questions de moralité sexuelle et avait, en tant que cardinal, fourni la justification intellectuelle de l'interdiction de la contraception. Dès le moment de son élection, il s'est mis à remodeler l'Église à son image. S'il ne pouvait pas lui insuffler son propre dynamisme et sa propre volonté, il pouvait, semblait-il, la purger de l'extraversion et l'installer à nouveau comme un rocher contre les courants du monde séculier.

Ross Douthat, le journaliste catholique [évoqué plus haut], était l'une des rares personnes du parti introverti à vouloir parler ouvertement du conflit actuel. Jeune homme, il fut l'un des convertis de l'Église du Pape Jean-Paul II. Il dit aujourd'hui: "L'Église peut être un foutoir [a mess], mais l'important est que le centre soit sain, et qu'on puisse toujours reconstruire les choses à partir du centre. L'important, dans la condition de catholique, c'est qu'on vous garantit la continuité au centre, et avec cela l'espoir de reconstitution de l'ordre catholique".

Jean-Paul II prit soin de ne jamais répudier les paroles de Vatican II, mais il s'efforça de les vider de l'esprit extraverti. Il s'employa à imposer une discipline féroce au clergé et aux théologiens. Il rendit le plus difficile possible pour les prêtres de partir et de se marier. Son allié dans ce domaine était la Congrégation pour la Défense (sic!) de la Foi, ou CDF, autrefois connue sous le nom de Saint-Office. La CDF est le plus institutionnellement introverti de tous les départements du Vatican (ou "dicastères", comme on les appelle depuis l'époque des empires romains; c'est un détail qui suggère le poids de l'expérience institutionnelle et de l'inertie - si le nom était assez bon pour Constantin, pourquoi le changer?).

Pour la CDF, le fait que le rôle de l'Église soit d'enseigner au monde, et non d'en recevoir des leçons, est un axiome. Elle traîne une longue histoire de punition des théologiens en désaccord: il leur a été interdit de publier, ou ils ont été renvoyés des universités catholiques.

Au début du pontificat de Jean-Paul II, la CDF publia Donum Veritatis (Le Don de la Vérité), un document expliquant que tous les catholiques doivent pratiquer la "soumission de la volonté et de l'intellect" à ce que le pape enseigne, même quand il n'est pas infaillible; et que les théologiens, bien qu'ils puissent être en désaccord et faire connaître leur désaccord à leurs supérieurs, ne doivent jamais le faire en public. Cela a été utilisé comme une menace, et parfois une arme, contre toute personne soupçonnée de dissidence "liberal" [au sens anglosaxon du terme, càd progressiste]. François, cependant, a retourné ces pouvoirs contre ceux qui avaient été leurs plus ardents défenseurs. Les prêtres catholiques, les évêques et même les cardinaux sont tous au service du pape, et peuvent à tout moment être licenciés. Les conservateurs devaient tout apprendre à ce sujet sous la direction de François, qui a renvoyé au moins trois théologiens de la CDF. Les jésuites exigent de la discipline.

Source : benoit-et-moi.fr/…/la-guerre-contr…

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La guerre contre le pape François
Deuxième partie

Sa modestie et son humilité ont fait de lui une figure populaire dans le monde entier. Mais à l'intérieur de l'Église, ses réformes ont suscité la colère des conservateurs, et déclenché une révolte.

Andrew Brown
27 octobre 2017
www.theguardian.com/…/the-war-against…
Ma traduction ("Benoît-et-moi")

LA CRISE DES FFI ET LE CATHOLICISME "ETHNIQUE BLANC" DU CARDINAL BURKE

En 2013, peu après son élection, alors qu'il surfait encore sur une vague d'acclamation presque universelle pour l'audace et la simplicité de ses gestes - il avait emménagé dans quelques pièces peu meublées du Vatican, plutôt que dans les somptueux appartements d’État utilisés par ses prédécesseurs - François épura un petit ordre religieux consacré à la pratique (sic!) de la messe latine.
Les frères franciscains de l'Immaculée, un groupe de quelque 600 membres (hommes et femmes), avaient été mis sous enquête par une commission en juin 2012, sous le pontificat du pape Benoît XVI. Ils étaient accusés d'associer une politique de plus en plus orientée vers l'extrême-droite, à une dévotion à la messe latine. (Ce mélange, souvent vu à côté de déclarations de haine du "libéralisme", s'est également propagé à travers les médias en ligne aux États-Unis et au Royaume-Uni, comme Holy Smoke le blog du Daily Telegraph, animé par Damian Thompson).

Lorsque la commission a publié son rapport en juillet 2013, la réaction de François a bouleversé les conservateurs rigides. Il a arrêté les frères qui disaient la messe latine en public et a fermé leur séminaire. Ils étaient encore autorisés à éduquer de nouveaux prêtres mais pas séparés du reste de l'Église. De plus, il l'a fait directement, sans passer par le système judiciaire interne du Vatican, alors dirigé par le Cardinal Burke. L'année suivante, François a congédié Burke de son puissant emploi dans le système judiciaire interne du Vatican. Ce faisant, il s'est fait un ennemi implacable.

Burke, un Américain corpulent friand de robes brodées de dentelle et, à l'occasion, de la cape écarlate cérémonielle si longue qu'il a besoin de pages pour porter sa traîne, était l'un des réactionnaires les plus remarquables du Vatican. Dans ses manières et dans la doctrine, il représente une longue tradition d'hommes d'influence américains du catholicisme ethnique blanc. L'Église hiératique et patriarcale de la Messe latine est son idéal, vers lequel l'Église sous Jean-Paul II et Benoît semblait revenir lentement - jusqu'à ce que François commence son travail.

La combinaison d'anticommunisme, de fierté ethnique et de haine du féminisme du Cardinal Burke, a encouragé une séries de personnalités laïques de droite de premier plan aux États-Unis, de Pat Buchanan à Bill O'Reilly et Steve Bannon, en passant par des intellectuels catholiques moins connus comme Michael Novak, qui ont lutté inlassablement pour les guerres américaines au Moyen-Orient et la conception républicaine du libre marché.

C'est le Cardinal Burke qui invita Bannon, alors déjà animateur de Breitbart News, à prendre la parole lors d'une conférence au Vatican, par liaison vidéo depuis la Californie, en 2014. Le discours de Bannon était apocalyptique, incohérent et historiquement excentrique. Mais il n'y avait aucun doute sur l'urgence de son appel à une guerre sainte: la Seconde Guerre mondiale, dit-il, avait été "l'Occident judéo-chrétien contre les athées", et à présent la civilisation était "au début d'une guerre mondiale contre le fascisme islamique... un conflit très brutal et sanglant... qui éradiquera complètement tout ce que nous avons légué au cours des 2000, 2500 dernières années... si les gens dans cette salle, les gens dans l’Église, ne se battent pas pour nos croyances contre la nouvelle barbarie qui commence".

Tout dans ce discours est passible d'anathème pour François. Sa première visite officielle hors de Rome, en 2013, a été effectuée sur l'île de Lampedusa, qui est devenue le point d'arrivée de dizaines de milliers de migrants désespérés venus d'Afrique du Nord. Comme ses deux prédécesseurs, il s'oppose fermement aux guerres au Moyen-Orient, bien que le Vatican ait apporté un soutien réticent à l'extirpation du califat islamique. Il s'oppose à la peine de mort. Il condamne le capitalisme américain: après avoir marqué son soutien aux migrants et aux homosexuels, la première grande déclaration politique de son pontificat a été une encyclique [sic! en fait, c'est l'exhortation apostolique Evangelii Gaudium en novembre 2013; le paragraphe n°54 sur les "trickle-down theories" a été particulièrement commenté par la presse américaine]], ou document d'enseignement, adressée à toute l’Église, qui condamnait férocement le fonctionnement des marchés mondiaux.

"Certains continuent de défendre les théories du ruisssellement ["trickle-down theories"] qui supposent que la croissance économique, encouragée par un marché libre, parviendra inévitablement à rendre le monde plus juste et inclusif. Cette opinion, qui n'a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les rouages du système économique dominant. Pendant ce temps, les exclus attendent toujours".

Surtout, François est du côté des immigrés - ou des émigrés, comme il les voit - chassés de chez eux par un capitalisme destructeur et d'une rapacité sans limite, qui a déclenché des changements climatiques catastrophiques. Il s'agit d'une question racialisée et profondément politisée aux États-Unis. Les évangéliques qui ont voté pour Trump et son mur sont en grande majorité blancs. Il en va de même pour la direction de l'Église catholique américaine. Mais les laïcs sont pour environ un tiers hispaniques, et cette proportion augmente. Le mois dernier, Bannon a affirmé, dans une interview diffusée sur CBS, que les évêques américains étaient en faveur de l'immigration de masse seulement parce qu'elle maintenait leurs congrégations - bien que cela aille plus loin que même les plus à droite des évêques le diraient publiquement.

Lorsque Trump a annoncé pour la première fois qu'il construirait un mur pour éloigner les migrants, François a été tout près de nier au candidat de l'époque la condition de chrétien. Dans la vision de François des dangers pour la famille, les toilettes transgenres ne sont pas le problème le plus urgent, comme le prétendent certains culture warriors. Ce qui détruit les familles, écrit-il, c'est un système économique qui force des millions de familles pauvres à se séparer dans leur recherche de travail.

RÉFORME DE LA CURIE

En plus de s'attaquer aux catholiques de la vieille-école qui pratiquent la messe en latin, François commença une offensive de grande envergure contre la vieille garde au sein du Vatican. Cinq jours après son élection en 2013, il convoqua le cardinal hondurien Óscar Rodríguez Maradiaga et lui annonça qu'il sera le coordinateur d'un groupe de neuf cardinaux du monde entier dont la mission serait de nettoyer la place. Tous avaient été choisis pour leur énergie, et pour le fait qu'ils avaient été dans le passé en conflit avec le Vatican.
Jean-Paul II avait passé la dernière décennie de sa vie de plus en plus paralysé par la maladie de Parkinson, et les énergies qui lui restaient n'avaient pas été consacrées à des luttes bureaucratiques. La curie, comme on appelle la bureaucratie du Vatican, devint plus puissante, stagnante et corrompue. Très peu de mesures ont été prises contre les évêques qui couvraient les prêtres coupables d'abus [là, c'est tellement faux que je ne peux m'empêcher de réagir!]. La banque du Vatican était tristement célèbre pour les services qu'elle offrait aux blanchisseurs d'argent. Le processus de fabrication des saints - ce que Jean-Paul II avait fait à un rythme sans précédent - était devenu un racket extrêmement coûteux. (Le journaliste italien Gianluigi Nuzzi a estimé le prix d'une canonisation à 500 mille € chacune). Les finances du Vatican lui-même étaient un terrible sac de nœuds. François lui-même parla d'un "flot de corruption" dans la curie.

L'état putride de la curie était largement connu, mais on n'en parlait jamais publiquement. Dans les neuf mois qui suivirent son entrée en fonction, François dit à un groupe de religieuses que "dans la curie, il y a aussi des personnes saintes, il y a vraiment des personnes saintes" - insinuant ainsi qu'il supposait que son auditoire serait étonné par cette découverte.

La curie "s'occupe et veille aux intérêts du Vatican, qui sont encore, pour la plupart, des intérêts temporels. Cette vision centrée sur le Vatican néglige le monde qui nous entoure. Je ne partage pas ce point de vue, et je ferai tout ce que je peux pour le changer", a-t-il dit au journal italien La Repubblica: "Les responsables de l'Église ont souvent été narcissiques, flattés et adulés par leurs courtisans. La cour est la lèpre de la papauté".

"Le Pape n'a jamais rien dit d'aimable à propos des prêtres", dit le prêtre qui attend avec impatience qu'il meure. "C'est un jésuite anticlérical. Je m'en souviens depuis les années 70. Ils disaient: 'Ne m'appelez pas Père, appelez-moi Gerry' - c'étaient des conneries - et nous, les prêtres opprimés de la paroisse, nous sentions le sol se dérober sous nos pieds".

En décembre 2015, François a donné son traditionnel discours de Noël à la Curie, et il n'y a pas été de main morte: il les a accusés d'arrogance, d'"Alzheimer spirituel", d'"hypocrisie typique de la médiocrité et d'un vide spirituel progressif que les diplômes universitaires ne peuvent combler", ainsi que de matérialisme vide et d'une dépendance aux ragots et aux médisances - pas le genre de choses que l'on veut entendre de la part de son patron au bureau.

Pourtant, quatre ans après le début de sa papauté, la résistance passive du Vatican semble avoir triomphé de l'énergie de François. En février de cette année, des affiches sont apparues dans les rues de Rome du jour au lendemain, demandant: "François, où est ta miséricorde?" Celles-ci ne peuvent provenir que d'éléments désaffectés du Vatican et sont des signes extérieurs d'un refus obstiné de céder le pouvoir ou les privilège aux réformateurs.

Source : benoit-et-moi.fr/…/la-guerre-contr…

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Fin de la traduction de l'article-fleuve du "Guardian", avec une rafale d'évidences qu'on apprécie de voir enfin rassemblées noir sur blanc (30/10/2017)

L’article est une sorte d’auberge espagnole, où les bergoliâtres béats trouveront largement de quoi alimenter leur culte.

Evidemment, pour quiconque suit de près (et pas à travers les lentilles déformantes des médias ecclésiaux institutionnels) ce qui se passe dans l’Eglise, l’ensemble de l’article se détruit lui-même par sa critique caricaturale des prétendus « ennemis de François », ses imprécisions et même ses erreurs factuelles, et surtout par sa totale incompréhension de la nature divine de l’Eglise (voir la réponse du cardinal Brandmüller)

Mais il a le mérite de mettre noir sur blanc les évidences que beaucoup de gens refusent encore de voir, et que l’on trouve en rafales dans cette dernière partie.


La guerre contre le pape François
Troisième et dernière partie

Sa modestie et son humilité ont fait de lui une figure populaire dans le monde entier. Mais à l'intérieur de l'Église, ses réformes ont suscité la colère des conservateurs, et déclenché une révolte.

Andrew Brown
27 octobre 2017
www.theguardian.com/…/the-war-against…
Ma traduction ("Benoît-et-moi")

MORALE SEXUELLE

Mais cette bataille a été éclipsée, comme toutes les autres, par les luttes internes sur la morale sexuelle. La bataille pour le divorce et le remariage repose sur deux faits. Premièrement, que la doctrine de l'Église catholique n'a pas changé en près de deux millénaires - le mariage, c'est pour la vie et indissoluble; c'est absolument clair. Mais il en va de même pour le deuxième fait: les catholiques divorcent et se remarient à peu près au même rythme que la population environnante, et lorsqu'ils divorcent et se remarient, ils ne voient rien d'impardonnable dans leurs actions. Les Églises du monde occidental sont donc pleines de couples divorcés et remariés qui communient avec tout le monde, même si eux et leurs prêtres savent très bien que ce n'est pas permis.

Les riches et les puissants ont toujours exploité les failles. Quand ils veulent chasser une femme et se remarier, un bon avocat trouvera un moyen de prouver que le premier mariage était une erreur, pas quelque chose de conforme à l'esprit que l'Église exige, et donc qu'il peut être effacé du dossier - dans le jargon, annulé.
Cela s'applique particulièrement aux conservateurs: Steve Bannon a réussi à divorcer de ses trois épouses, mais l'exemple contemporain le plus scandaleux est peut-être celui de Newt Gingrich, qui a dirigé la prise de pouvoir des Républicains sur le Congrès dans les années 1990 et qui s'est depuis réinventé en tant qu'allié de Trump. Gingrich a rompu avec sa première femme alors qu'elle était soignée pour un cancer, et alors qu'il était marié à sa deuxième femme, il a eu pendant huit ans une liaison avec Callista Bisek, une catholique dévote, avant de l'épouser à l'Église. Elle est sur le point de prendre les fonctions de nouvel ambassadeur de Donald Trump au Vatican.

L'enseignement sur le remariage après le divorce n'est pas la seule façon dont l'enseignement sexuel catholique nie la réalité telle qu'elle est vécue par les laïcs, mais c'est la plus néfaste. L'interdiction de la contraception artificielle est ignorée de tous, partout où elle est légale. L'hostilité envers les homosexuels est minée par le fait généralement reconnu qu'en Occident, une grande partie du clergé est homosexuel, et que certains d'entre eux sont des célibataires bien équilibrés. Le rejet de l'avortement n'est pas un problème là où l'avortement est légal et n'est en tout cas pas propre à l'Église catholique. Mais le refus de reconnaître les deuxièmes mariages, à moins que le couple ne promette de ne jamais avoir de rapports sexuels, met en évidence l'absurdité d'une caste d'hommes célibataires qui régentent la vie des femmes.

En 2015 et en 2016, François convoqua deux grandes conférences (ou synodes) d'évêques du monde entier pour discuter de tout cela. Il savait qu'il ne pouvait pas bouger sans un large consensus. Il se tut lui-même et encouragea les évêques à se disputer. Mais il est vite apparu qu'il était en faveur d'un assouplissement considérable de la discipline autour de la communion après le remariage. Comme c'est ce qui se passe dans la pratique de toute façon, il est difficile pour un étranger de comprendre les passions qu'il suscite.

"Ce qui m'importe, c'est la théorie", dit le prêtre anglais qui confessa sa haine de François. Dans ma paroisse, il y a beaucoup de couples divorcés et remariés, mais beaucoup d'entre eux, s'ils apprenaient que le premier conjoint était mort, se précipiteraient pour obtenir un mariage à l'Église. Je connais beaucoup d'homosexuels qui font toutes sortes de choses mauvaises, mais ils savent qu'ils ne devraient . Nous sommes tous des pécheurs. Mais nous devons maintenir l'intégrité intellectuelle de la foi catholique."

Dans cet état d'esprit, le fait que le monde rejette votre enseignement prouve simplement à quel point il est dans le vrai. "L'Église catholique devrait être contre-culturelle dans le sillage de la révolution sexuelle", dit Ross Douthat. "L'Église catholique est le dernier endroit du monde occidental qui dit que le divorce est mauvais".

UNE CERTAINE NOTE DE BAS DE PAGE

Pour François et ses partisans, tout cela est sans importance. L'Église, dit François, devrait être un hôpital, ou un poste de premiers soins. Les gens qui ont divorcé n'ont pas besoin qu'on leur dise que c'est mal. Ils ont besoin de se rétablir et de reconstruire leur vie. L'Église devrait se tenir à leurs côtés et faire preuve de miséricorde.

Au premier synode des évêques en 2015, cette opinion était encore minoritaire. Un document libéral a été préparé, mais rejeté par la majorité. Un an plus tard, les conservateurs étaient nettement minoritaires, mais très déterminés. François lui-même a écrit un résumé des délibérations dans "La Joie de l'Amour". C'est un document long, réfléchi et soigneusement ambigu. La dynamite est enfouie dans la note 351 du chapitre huit, et a pris une importance immense dans les convulsions qui ont suivi.

La note de bas de page joint en annexe un passage qui vaut la peine d'être cité à la fois pour ce qu'il dit et pour la façon dont il le dit. Ce qu'il dit est clair: certaines personnes qui vivent dans un second mariage (ou un partenariat civil) "peuvent vivre dans la grâce de Dieu, aimer et grandir aussi dans la vie de grâce et de charité, tout en recevant l'aide de l'Église à cette fin".

Même la note de bas de page, qui dit que de tels couples peuvent recevoir la communion s'ils ont confessé leurs péchés, aborde la question avec circonspection: "Dans certains cas, cela peut inclure l'aide des sacrements", d'où "je veux rappeler aux prêtres que le confessionnal ne doit pas être une chambre de torture, mais plutôt une rencontre avec la miséricorde du Seigneur".

"En pensant que tout est noir et blanc", ajoute François, "nous fermons parfois le chemin de la grâce et de la croissance".

C'est ce minuscule passage qui a rassemblé toutes les autres rébellions contre son autorité. Personne n'a consulté les laïcs pour savoir ce qu'ils en pensent, et de toute façon leurs opinions n'intéressent pas le parti introverti. Mais parmi les évêques, entre un quart et un tiers résistent passivement au changement, et une petite minorité le fait activement.

RUPTURE DÉLIBÉRÉE AVEC L'ENSEIGNEMENT ANTÉRIEUR.

Le chef de cette faction est le grand ennemi de François, le Cardinal Burke. D'abord limogé de son poste à la cour du Vatican, puis de la commission liturgique, il finit par faire partie du conseil de surveillance des Chevaliers de Malte (sic!) - un organisme caritatif dirigé par les anciennes aristocraties catholiques d'Europe. En automne 2016, il licencia le chef de l'ordre pour avoir prétendument autorisé les religieuses à distribuer des préservatifs en Birmanie. C'est quelque chose que les religieuses font assez largement dans le monde en développement pour protéger les femmes vulnérables. L'homme qui avait été limogé fit appel au pape.

Le résultat fut que François rétablit l'homme que Burke avait limogé et qu'il nomma un autre homme pour reprendre l'essentiel des fonctions de Burke. C'était une punition à Burke, pour avoir affirmé à tort que le pape avait été de son côté dans la querelle d'origine.

Pendant ce temps, Burke avait ouvert un nouveau front, qui s'approchait le plus possible d'accuser le pape d'hérésie. Avec trois autres cardinaux, dont deux sont décédés depuis, Burke produisit une liste de quatre questions visant à établir si Amoris Laetitia enfreignait l'enseignement antérieur. Celles-ci ont été envoyées comme une lettre formelle à François, qui l'a ignorée. Après son renvoi, Burke a rendu les questions publiques, et a dit qu'il était prêt à émettre une déclaration formelle selon laquelle le pape était un hérétique s'il ne répondait pas.

Bien sûr, Amoris Laetitia représente une rupture avec l'enseignement antérieur. C'est un exemple de l'apprentissage de l'Eglise par l'expérience. Mais c'est difficile à assimiler pour les conservateurs: historiquement, ces poussées d'apprentissage ne se sont produites que dans des convulsions, à des siècles d'intervalle. Celle-ci n'est arrivée que 60 ans après la dernière explosion de l'extroversion, avec Vatican II, et seulement 16 ans après que Jean-Paul II ait confirmé l'ancienne ligne dure.

"Que signifie pour un pape de contredire un pape précédent?" demande Douthat. Il est remarquable de constater que François était sur le point d'argumenter contre ses prédécesseurs immédiats. Il y a seulement 30 ans, Jean-Paul II a écrit dans Veritatis Splendor une phrase qu'Amoris Laetitia semble contredire."

Le pape François contredit délibérément un homme qu'il a lui-même proclamé saint. Ça ne le dérangera sans doute pas. Mais la mort le pourrait. Plus François change la ligne de ses prédécesseurs, plus il devient facile pour un successeur de renverser la sienne. Bien que l'enseignement catholique change naturellement, il repose pour sa force sur l'illusion qu'il ne change pas. Les pieds peuvent danser sous la soutane, mais la robe elle-même ne doit jamais bouger. Cependant, cela signifie également que les changements qui ont eu lieu peuvent être annulés sans aucun mouvement officiel. C'est ainsi que Jean-Paul II a riposté contre Vatican II.

Pour garantir la pérennité des changements de François, l'Église doit les accepter. C'est une question à laquelle on ne répondra pas de son vivant. Il a maintenant 80 ans et n'a plus qu'un seul poumon. Ses opposants prient peut-être pour sa mort, mais personne ne peut savoir si son successeur tentera de le contredire - et à cette question, l'avenir de l'Église catholique est désormais suspendu.

Source : benoit-et-moi.fr/…/la-guerre-contr…

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