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Ratzinger Protestant? A 99%!

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Ratzinger Protestant? A 99%! par M. l’Abbé Francesco Ricossa (extrait de Sodalitium n°33 d'octobre 1993) Nul autre que les spécialistes n’y aurait prêté attention, si le mensuel “30 jours” et l’hebdo…More
Ratzinger Protestant? A 99%!

par M. l’Abbé Francesco Ricossa
(extrait de Sodalitium n°33 d'octobre 1993)


Nul autre que les spécialistes n’y aurait prêté attention, si le mensuel “30 jours” et l’hebdomadaire “Il Sabato”, revues liées au mouvement italien Comunione e Liberazione ne lui avaient donné, à juste titre, cette importance.
Je veux parler de l’intervention du “Cardinal Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi”, Joseph Ratzinger, le 29 janvier 1993, à Rome, au Centre Evangélique de Culture de la communauté vaudoise locale.
Le texte intégral des interventions de Ratzinger et du professeur vaudois Paolo Ricca est publié dans la revue “30 jours” n° 2, février 93, sous le titre rédactionnel (mais significatif) de “Ratzinger, le préfet œcuménique”.
On trouvera un complément indispensable à cette lecture dans le numéro suivant de ce mensuel (mars 93, n° 3), sous le titre rédactionnel non moins significatif: “Le fils de Luther et le Cardinal”. Il s’agit ici de l’entrevue accordée par le théologien luthérien Oscar Cullmann à l’hebdomadaire italien “Il Sabato” (n° 8, 20 février 1993, pp. 61-63).
Voici, pour les lecteurs de “Sodalitium” un résumé des idées du “Card.” Ratzinger (c’est par lui que Mgr Guérard des Lauriers a eu l’honneur d’être “excommunié”), idées sur l’Eglise et l’œcuménisme. Le premier venu est à même de vérifier mes sources dans les revues citées ci-dessus; à même également de juger si Ratzinger est encore catholique ou bien, comme il apparaît manifeste, s’il ne l’est plus.

C’est Cullmann qui parle par la bouche de Ratzinger

Lorsque le Pape Saint Léon le Grand, par l’intermédiaire de ses légats, intervint au Concile de Calcédoine, les Pères du Concile déclarèrent: “C’est Pierre qui parle par la bouche de Léon”.
Ce sont les vaudois qui parlent par la bouche de Ratzinger, est-on tenté de dire lorsqu’on lit l’intervention de Ratzinger chez les Vaudois. Les paroles sont de Ratzinger, les idées de Cullmann. Aussi ne faut-il pas s’étonner de ce que les Vaudois “soient d’accord à 99%, pour ne pas dire à 100%” (Ricca, “30 jours”, p. 69) avec Ratzinger.

Mais qui est donc Cullmann?

Cullmann est né en 1902 à Strasbourg, patrie du réformateur protestant Bucer dont il se réclame volontiers (“30 jours, éd. fr. mars 93, p. 12). Alsacien, il voit là un “fait providentiel”: en Alsace, en effet, la population est mi-catholique mi-protestante.
Il étudie la théologie “sous la direction de Loisy à Paris” (Ardusso. Ferreti. Pastore, Perone. La Teologia contemporanea. Marietti 1980, p. 108). Certes l’exégète moderniste et excommunié ne fait pas un bon maître. Mais Bultmann est pire encore: c’est devant lui, “le grand démythificateur des Evangiles” (“30 jours” éd. fr., mars 93, p. 13) que Cullmann soutient sa thèse sur la “Formgeschichte” (idem p. 13). Par la suite ils se séparent “radicalement” car Bultmann interprète la Bible au moyen de la philosophie (existentialiste) tandis que Cullmann n’accepte aucune médiation. Ce dernier n’abandonne pas pour autant l’approche protestante des Ecritures, ni “la méthode de l’histoire des formes” (Formgeschichte Methode) de Bultmann, selon laquelle la “tâche de l’exégète consiste à découvrir le noyau essentiel de la Bible: Cullmann le trouve dans l’histoire du salut” (Ardusso, op. cit. p. 110).
Cullmann a enseigné, entre autres, à la Faculté (libre) de théologie protestante de Paris (1948-1972) et à la faculté théologique vaudoise de Rome. Il a participé au Concile Vatican II en tant qu’observateur et Paul VI en parlait comme de l’“un de ses meilleurs amis” (“30 jours”, n° 3 p. 12). “Durant Vatican II Cullmann, hôte personnel du Secrétariat pour l’unité des Chrétiens, contribuait à déterminer l’orientation biblique, christocentrique et historique de la théologie conciliaire (...); plus récemment Cullmann a proposé un modèle de ‘communauté d’Eglise’ dans son livre “Unité par la diversité” (Brescia 1988), modèle dont Ratzinger a justement fait l’éloge dans son intervention, le 29 janvier dernier, à l’église vaudoise de Rome” (Il Sabato p. 62).
C’est pendant le Concile que Cullmann fait la connaissance de Ratzinger; il le considère comme “le meilleur parmi les théologiens experts, les spécialistes” (...). Avec “une réputation de progressiste avancé” (“30 jours”, mars 93, p. 13). Dès lors une correspondance s’établit entre eux, d’abord sur les problèmes d’exégèse; ensuite - comme le déclare Cullmann - «la correspondance s’est renforcée, spécialement à propos de ma proposition de modèle (...) d’“unité par la diversité”. Une proposition que le cardinal a appréciée en privé et en public, nous l’avons déjà dit» (“30 jours”, n° 3, p. 13).
Cullmann est particulièrement content d’une lettre où Ratzinger lui écrit “avoir toujours appris” à travers ses travaux “même lorsqu’il n’était pas d’accord”. Et Cullmann de commenter; “Unis dans la diversité” (“30 jours” n° 3, p. 13).
“L’œuvre de Cullmann (...), compte parmi celles qui ont le plus contribué au dialogue entre catholiques et protestants”, (Ardusso, op. cit., p.112) même s’il demeure fermement attaché à l’hérésie, niant explicitement l’infaillibilité de l’Eglise Catholique et le primat de juridiction de Pierre et de ses successeurs (cf. Ardusso, op. cit., p. 112); “30 jours”, n° 3, p. 12). Un pont, par conséquent, entre catholiques et protestants. Pour faire passer les catholiques au protestantisme (tout en leur faisant croire, par-dessus le marché, qu’ils sont restés catholiques; “unis” oui, mais... “dans la diversité”!).

La conférence aux vaudois

Ayant enseigné à la faculté vaudoise de théologie de Rome, Oscar Cullmann connaît bien les vaudois installés dans cette ville. C’est peut-être bien lui qui les a proposés à son “disciple” Ratzinger comme bon auditoire auquel exposer et lancer leurs idées communes.
L’entrevue, le 29 janvier, de Ratzinger avec le prof. Ricca (protestant vaudois) portait sur un double thème: d’abord et surtout, l’œcuménisme en général et la Papauté; puis, le témoignage. Pour être plus précis encore: quelle solution œcuménique apporter à la question de la Papauté? Comment relancer l’œcuménisme en crise? Comment donner un témoignage commun?
Je ne pense pas trahir la pensée de Ratzinger en la résumant par les points suivants, quitte à les commenter plus amplement ensuite:
1) L’œcuménisme est une nécessité fondamentale, indiscutable.
2) La Papauté en est la pierre d’achoppement.
3) L’œcuménisme a une fin ultime: “l’unité des églises dans l’ Eglise”.
4) Cette fin ultime se réalisera sous une forme encore inconnue.
5) L’œcuménisme a également une fin proche, “une étape intermédiaire” dont le modèle est “l’unité dans la diversité” de Cullmann.
6) Cette étape intermédiaire se réalise au moyen d’un continuel “retour à l’essentiel”...
7) ...favorisé par une purification réciproque des églises.
L’œcuménisme

“L’œcuménisme est irréversible” aime à répéter Karol Wojtyla. Joseph Ratzinger va plus loin: “Dieu est le premier agent de la cause œcuménique” et “l’œcuménisme est avant tout une attitude fondamentale, une façon de vivre le christianisme. Ce n’est pas un secteur particulier, à côté d’autres secteurs. Le désir d’unité, l’engagement en faveur de l’unité appartient à la structure du même acte de foi car Jésus-Christ est venu pour réunir les fils de Dieu qui étaient dispersés”. (“30 jours”, éd. fr. février 93, p. 68). “L’œcuménisme” (ou “réunion des Chrétiens”, Pie XI) n’est pas conçu comme un “retour des dissidents à la seule véritable Eglise du Christ, puisqu’ils ont eu jadis le malheur de s’en séparer” (Pie XI) Mortalium Animos, Lettre Enc. du 6/I/1928; Didasco 1980 p. 29); ce n’est pas non plus une méthode ou une initiative parmi d’autres de l’activité de l’Eglise. C’est le fondement de la vie chrétienne et l’élément constitutif de l’acte de foi lui-même. Pour Ratzinger on ne peut être fidèle sans être œcuméniste; pour Pie XI on ne peut être fidèle si on est œcuméniste: “se solidariser des partisans et des propagateurs de pareilles doctrines, c’est s’éloigner complètement de la religion divinement révélée” (Pie XI, Mortalium Animos, p. 9).
Avec beaucoup de lucidité le Vaudois Ricca expose le problème (sans que Ratzinger le contredise): “(...) aujourd’hui la crise de l’œcuménisme tient essentiellement au fait que les églises n’ont pas assez changé à cause de l’œcuménisme (...) Car l’œcuménisme réclame assurément, avec la patience dont parlait le cardinal Ratzinger, des changements profonds. A un certain point: ou c’est l’église qui change, ou c’est l’œcuménisme qui entre en crise. (...) On aura compris que ce discours vaut pour toutes les églises (“30 jours”, op. cit., p. 71). En somme, ou bien c’est l’Eglise qui périt, et l’œcuménisme vit; ou bien c’est l’Eglise qui vit et l’œcuménisme périt (car pour l’Eglise, changer substantiellement revient à périr). Or l’œcuménisme est irréversible: donc l’ “Eglise” (telle qu’elle est aujourd’hui, telle qu’elle était avant le Concile surtout) doit périr. D’où la question de la Papauté: ou changer avec l’Eglise ou périr avec elle.

La Papauté: “l’obstacle majeur à l’œcuménisme”

Paul VI dixit. Et l’hérétique Ricca le rappelle avec complaisance: “La Papauté, on le sait, est un nœud crucial de la question œcuménique, car, d’un côté elle fonde l’unité catholique et de l’autre, pour m’exprimer un peu brutalement, elle empêche l’unité chrétienne [lire: l’œcuménisme, n.d.r.]. Cela a été reconnu très courageusement, je dois le dire, par le Pape Paul VI, dans un discours de l’année 1967, discours où il a dit justement (je crois que c’est le seul Pape à l’avoir dit), que la Papauté est le plus grand obstacle à l’œcuménisme. Un discours très noble [c’est un hérétique qui parle! n.d.r.] non seulement à cause de ce propos, mais dans son ensemble. Nous nous trouvons donc, avec la Papauté, devant une véritable impasse” (“30 jours”, op. cit., p. 70). Si, par conséquent, un dogme de Foi (Ricca est le seul à rappeler …