3 - L'argument de la "Niddah" ( période d'impureté féminine) - Marie élevée au Temple, une pieuse légende ? Réfutation.
Jusqu'ici, l'article de L.E. a peiné à nous en convaincre, se bordant à apporter des preuves archéologiques et topographiques, n'étant en réalité pas de vraies preuves, et donc : incapables de prouver quoi que ce soit.
Le problème avec ce nouveau chapitre concernant la Niddah juive, c'est que l'article continue comme il a commencé : sans être capable de rien prouver.
Voici ce que dit l'article :
III)Les lois de pureté rituelle (Niddah).
Le judaïsme était structuré de manière obsessionnelle autour des notions de pur et d'impur.
Le Livre du Lévitique (chapitre 15) est d'une clarté totale sur ce point.
L'impureté menstruelle : Toute perte de sang (les menstruations) rend une femme rituellement impure (Niddah). Durant cette période, tout ce qu'elle touche devient impur.
L'incompatibilité avec le Temple : Introduire une impureté dans l'enceinte sacrée du Temple était considéré comme le péché le plus grave, une profanation exigeant des sacrifices de réparation majeurs.
Il est rigoureusement impensable que les prêtres (qui passaient leur vie à purifier le Temple) aient pris le risque d'y loger des jeunes filles allant atteindre l'âge de la puberté.
Dès leurs premières règles, elles auraient rendu les bâtiments impurs, ce qui était intolérable pour la piété juive de l'époque.
---> Ici, L.E. comble ses lacunes en pontifiant au sujet de l'impureté féminine, et on a presque l'impression que selon lui, les femmes rendues impures par leurs règles menstruelles étaient considérées par les prêtres comme des lépreuses, ou pire encore !
On reconnaît certainement là l'idée peu flatteuse que l'auteur se fait des ecclésiastiques, et la critique constante et souvent injustifiée qu'il fait du "cléricalisme" dans l'Église traditionnel.
Plus le prêtre serait dépeint comme cruel et injuste envers les pauvres femmes, plus le portrait qu'on en ferait serait juste !
---> Or c'est une complète méconnaissance des usages juifs, intimement liés à l'omniprésence dans leur culture des "mikva'ot" ( bains rituels ), qui prévoyait cette situation et y remédiait.
L'existence des bains rituels (mikva'ot, singulier : mikveh) est un élément essentiel pour comprendre la logique des lois de pureté du judaïsme du Second Temple.
Nous allons donc explorer ce sujet, avant de répondre à l'article point par point :
Le mikveh est un bassin d'immersion alimenté par de l'eau « vive » (eau de pluie ou de source, selon des règles précises).
Il était donc souvent creusé assez profond dans le sol, jusqu'à atteindre la nappe phréatique ( cette contrainte a disparue aujourd'hui chez les juifs, grace à l'eau courante ).
Il ne sert pas à se laver comme une salle de bains moderne.
Son but est de retrouver un état de pureté rituelle après certaines situations prévues par la Loi,
par exemple :
- après les menstruations (niddah) ;
- après certaines émissions corporelles ;
- après un contact avec un cadavre (dans certains cas, d'autres rites étaient également requis) ;
- avant certaines pratiques religieuses.
L'immersion n'efface pas un péché : elle met fin à un état d'impureté rituelle.
C'est une distinction fondamentale.
Les mikva'ot existaient-ils à Jérusalem ?
Oui.
C'est même l'une des découvertes archéologiques les plus spectaculaires.
Les archéologues ont retrouvé des dizaines, voire des centaines de mikva'ot datant de l'époque du Second Temple, notamment autour du Mont du Temple.
Ces bains étaient utilisés par les pèlerins ( surtout les femmes ) avant d'entrer dans les espaces sacrés.
On descendait par un escalier.
On s'immergeait complètement.
Puis on remontait par un autre côté, symbolisant le passage à un état de pureté.
Y en avait-il dans le Temple lui-même ?
La réponse est : très probablement oui, ou du moins dans des bâtiments directement liés au service du Temple.
Les textes juifs anciens et les découvertes archéologiques montrent que les prêtres devaient se purifier fréquemment.
Il est donc logique qu'ils disposent d'installations adaptées.
Cependant, comme nous l'avons évoqué précédemment, le cœur du Mont du Temple n'a pas été fouillé de manière exhaustive. Nous ne pouvons donc pas dresser un plan complet de tous les bassins qui existaient à l'intérieur de l'enceinte.
En revanche, les nombreux mikva'ot découverts aux abords immédiats montrent que les purifications rituelles faisaient partie intégrante de la vie du Temple.
Quel rapport avec les femmes ?
C'est ici que cela devient intéressant.
L'argument de L.E. peut donner l'impression que les menstruations rendaient pratiquement impossible toute proximité durable avec le Temple.
---> Or l'existence même des mikva'ot montre que le système juif était conçu pour gérer les états d'impureté, non pour les considérer comme des situations insolubles.
Une femme en période de niddah observait les prescriptions de la Loi. À l'issue de cette période et selon les règles applicables, elle pouvait retrouver l'état de pureté rituelle grâce à l'immersion.
Autrement dit, la niddah n'était pas un état permanent.
Le judaïsme avait précisément prévu les moyens rituels d'en sortir.
Les mikva'ot ne démontrent pas que Marie vivait au Temple.
En revanche, ils affaiblissent une partie du raisonnement qui consisterait à dire :
« puisqu'une jeune fille aurait connu la niddah, sa présence durable près du Temple était impossible. »
Les bains rituels montrent au contraire que le judaïsme possédait tout un système de purification précisément destiné à permettre le retour à l'état de pureté après des situations normales de la vie.
Un autre élément souvent oublié
---> Les prêtres eux-mêmes devaient se purifier régulièrement.
Ils utilisaient les bains rituels avant certains actes cultuels.
---> Cela montre que le Temple n'était pas un lieu où l'impureté était totalement absente.
C'était un lieu où l'on passait continuellement de l'impureté rituelle à la pureté par les rites prescrits.
Que peut-on en conclure ?
L'existence des mikva'ot conduit à nuancer considérablement l'argument de L.E.
Son raisonnement semble supposer qu'une impureté rituelle aurait rendu incompatible toute présence prolongée auprès du Temple.
Or le fonctionnement même du judaïsme du Second Temple montre exactement l'inverse : les états d'impureté étaient fréquents, prévus par la Loi et suivis de rites de purification.
Cela ne prouve pas que des jeunes filles consacrées vivaient au Temple. En revanche, cela montre que l'argument fondé sur la seule niddah ne suffit pas à établir une impossibilité historique. Si une telle institution avait existé, elle aurait nécessairement fonctionné en intégrant les règles de purification rituelle, dont les mikva'ot étaient un élément essentiel.
---> En ce sens, l'existence des bains rituels ne confirme pas la tradition de Marie élevée au Temple, mais elle retire de sa force à l'idée que les lois de pureté, à elles seules, rendaient cette tradition inconcevable.
C'est une nuance importante dans l'évaluation historique de cette question.
Réponse à l'article proprement dit :
Ce troisième argument est probablement le plus sérieux des trois premiers, car il s'appuie sur un aspect central du judaïsme du Second Temple : les lois de pureté rituelle.
En revanche, là encore, l'auteur passe d'un principe réel à une conclusion plus catégorique que ne l'autorisent les sources.
1. Ce qui est exact
L'article a raison de rappeler que le Lévitique considère les menstruations (la niddah) comme une impureté rituelle.
Il est également exact que :
- les prêtres devaient observer des règles de pureté particulièrement strictes ;
- certaines impuretés empêchaient l'accès à des espaces sacrés ;
- le Temple était soumis à une réglementation très précise.
Personne ne conteste cela.
2. Une confusion entre impureté rituelle et péché
C'est ici qu'il convient de nuancer fortement.
L'article écrit :
« Introduire une impureté dans l'enceinte sacrée du Temple était considéré comme le péché le plus grave. »
Cette formulation est trompeuse.
Dans le judaïsme ancien, l'impureté rituelle n'est pas un péché moral.
Une femme réglée n'a rien fait de coupable.
Elle est simplement dans un état rituel temporaire prévu par la Loi.
Les prêtres eux-mêmes devenaient régulièrement impurs :
- en touchant certains objets ;
- par contact avec un mort ;
- dans diverses circonstances prévues par la Loi.
Ils se purifiaient ensuite.
---> Il ne faut donc pas assimiler automatiquement impureté rituelle et profanation volontaire.
3. Toutes les impuretés n'interdisaient pas toute présence sur le Mont du Temple
Autre nuance importante.
Les différentes impuretés n'entraînaient pas toutes les mêmes interdictions.
Le judaïsme distinguait plusieurs degrés d'impureté.
Par exemple :
- certaines empêchaient seulement d'entrer dans certaines parties ;
- d'autres étaient beaucoup plus graves.
Le système est extrêmement complexe.
Dire simplement :
« une femme réglée aurait rendu les bâtiments impurs »
est une simplification.
La question est plutôt :
de quels bâtiments parle-t-on ?
Tous n'avaient pas le même statut de sainteté.
4. Les femmes continuaient à fréquenter le Temple
Un autre fait mérite d'être rappelé ici.
Les femmes juives continuaient à venir au Temple.
Pensons notamment à Marie et Joseph lors de la présentation de Jésus (Évangile selon Luc 2).
Ou encore à Anne, qui est présentée comme fréquentant assidûment le Temple.
---> Cela montre que la présence féminine n'était évidemment pas exclue.
Elle était réglementée.
5. Le cas particulier d'une jeune fille consacrée
---> C'est précisément le point où l'argument devient spéculatif.
Nous ne possédons aucune source disant :
« une jeune fille consacrée ne pouvait absolument pas vivre à proximité du Temple à cause de la niddah. »
Nous ne possédons pas davantage de source disant le contraire.
Autrement dit :
nous sommes dans un domaine où les textes manquent.
---> L'auteur conclut donc par un raisonnement déductif.
Ce raisonnement est plausible, mais il n'est en rien démonstratif.
6. Maria Valtorta et cette objection
Dans l'œuvre de Maria Valtorta, Marie est conçue comme l'Immaculée, mais elle demeure pleinement humaine. Le récit ne repose pas sur l'idée qu'elle serait exemptée des réalités ordinaires de la condition humaine simplement parce qu'elle est sans péché.
Par conséquent, utiliser l'argument de la niddah pour réfuter directement l'EMV suppose déjà que Marie résidait en permanence dans une zone où ces règles auraient rendu sa présence impossible, ce qui est précisément le point en discussion.
7. Un point souvent oublié
Il existe un précédent biblique qui invite à la prudence : Anne consacre son fils Samuel au sanctuaire de Silo, où il grandit sous l'autorité du prêtre Éli.
Certes, Samuel est un garçon et cet exemple ne règle pas la question de la niddah, mais il montre que l'idée d'un enfant consacré vivant au service d'un sanctuaire n'était pas étrangère à la tradition biblique.
Conclusion
Ce troisième argument est le plus consistant de ceux examinés jusqu'à présent, car il repose sur un aspect bien attesté de la religion juive.
Toutefois, il comporte plusieurs simplifications :
- il assimile indûment impureté rituelle et faute morale ;
- il ne tient pas compte de la diversité des degrés d'impureté et des espaces du Temple ;
- il conclut à une impossibilité absolue alors que les sources ne décrivent pas explicitement le cas d'une jeune fille consacrée.
---> En définitive, cet argument ne suffit pas, à lui seul, à démontrer qu'une tradition comme celle reprise par le Protévangile de Jacques ou développée par Maria Valtorta serait historiquement impossible au sens strict.
C'est précisément cette nuance que l'article de L.E. tend à estomper.
---> Comme dans les deux premières parties de son article, L.E. peine à persuader, tant il est vrai que : de prétendues "preuves" qui ne sont pas prouvées ne prouvent rien.
Que ce soit sur le plan historique, topographique ou rituel, rien ne peut prouver l'impossibilité formelle que la sainte Vierge puisse avoir été éduquée au Temple, comme le rapporte la Tradition des Pères de l'Eglise, confirmée par plusieurs visionnaires catholiques approuvées.
Nous pouvons cependant faire pleinement confiance à l'Esprit-Saint qui les a inspirés, sans pour autant que cela soit une obligation d'y croire comme à un dogme.
La science manque quant à elle de précision à ce sujet, et laisse donc les possibles ouverts, contrairement à ce que voudrait faire croire le scientiste L.E.
L'analyse, dans le prochain et dernier volet, de son quatrième argument concernant la virginité va tout simplement se révéler catastrophique pour lui.