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Vision d'Anne-Catherine Emmerich sur l'Eglise de St Pierre

« Je vis l’église de Saint-Pierre et une énorme quantité d'hommes qui travaillaient à la renverser, mais j'en vis aussi d'autres qui y faisaient des réparations. Des lignes de manœuvres occupés de ce double travail s'étendaient à travers le monde entier et je fus étonnée de l'ensemble avec lequel tout se faisait. Les démolisseurs détachaient de gros morceaux ; c'étaient particulièrement des sectaires en grand nombre et avec eux des apostats. Ces gens, en faisant leur travail de destruction, semblaient suivre certaines prescriptions et une certaine règle : ils portaient des tabliers blancs bordés d'un ruban bleu et garnis de poches, avec des truelles fichées dans la ceinture. Ils avaient d'ailleurs des vêtements de toute espèce : il se trouvait parmi eux des hommes de distinction, grands et gros, avec des uniformes et des croix, lesquels toutefois ne mettaient pas eux-mêmes la main à l’ouvrage, mais marquaient sur les murs avec la truelle les places où il fallait démolir. Je vis avec horreur qu'il y avait aussi parmi eux des prêtres catholiques. Souvent, quand ils ne savaient pas bien comment s'y prendre, ils s'approchaient, pour s'en instruire, d'un des leurs qui avait un grand livre où l’on aurait dit que toutes les manières de bâtir et de démolir étaient décrites. Alors ils marquaient de nouveau exactement avec la truelle un point qui devait être attaqué et sur lequel la démolition. était promptement faite. Ces gens détruisaient avec un grand calme et d'une main sure, mais timidement, furtivement et l'oeil au guet. Je vis le Pape en prières [Paul VI ?]: il était entouré de faux amis qui souvent faisaient le contraire de ce qu'il prescrivait. Je vis un petit homme noir (c'était un laïque) travailler à la ruine de l'église avec une grande activité.

Pendant que l’église était ainsi démolie d'un côté, on la rebâtissait de l'autre côté, mais avec très-peu de zèle. Je vis plusieurs membres du clergé que je connaissais. Le vicaire général me causa une grande joie. Il passa, sans se troubler, à travers les démolisseurs et donna des ordres pour maintenir et réparer. Je vis aussi mon confesseur traîner une grosse pierre qu'il apportait en faisant un long détour. J'en vis d'autres dire négligemment leur bréviaire et par intervalles apporter sous leur manteau une petite pierre ou la présenter à d'autres comme si c'eût été une grande rareté. Ils semblaient tous n'avoir ni confiance, ni ardeur, ni méthode, et ignorer absolument de quoi il s'agissait. C'était déplorable. Déjà toute la partie antérieure de l'église était abattue : il n'y restait plus debout que le sanctuaire avec le saint Sacrement. J'étais accablée de tristesse et je me demandais toujours où était donc cet homme que j'avais vu autrefois se tenir sur l'église pour la défendre, portant un vêtement rouge et tenant une bannière blanche. Alors je vis une femme pleine de majesté s'avancer dans la grande place qui est devant l'église. Elle avait son ample manteau relevé sur les deux bras et elle s'éleva doucement en l'air. Elle se posa sur la coupole et étendit sur toute l'étendue de l'église son manteau qui semblait rayonner d'or. Les démolisseurs venaient de prendre un instant de repos, mais, quand ils voulurent se remettre à l'oeuvre, il leur fut absolument impossible d'approcher de l'espace couvert par le manteau. Cependant, de l'autre côté, ceux qui rebâtissaient se mirent à travailler avec une incroyable activité. Il vint des hommes d'un très-grand âge, impotents, oubliés, puis beaucoup de jeunes gens forts et vigoureux, des femmes, des enfants, des ecclésiastiques et des séculiers, et l'édifice fut bientôt restauré entièrement. Je vis alors un nouveau Pape venir avec une procession. Il était plus jeune et beaucoup plus sévère que le précédent. On le reçut avec une grande pompe. Il semblait prêt à consacrer l'église, mais j'entendis une voix disant qu'une nouvelle consécration n'était pas nécessaire, que le très-saint Sacrement y était toujours resté. On devait alors célébrer très-solennellement une double fête : un jubilé universel et la restauration de l'église. Le Pape, avant de commencer la fête, avait déjà disposé ses gens qui repoussèrent et renvoyèrent de l'assemblée des fidèles, sans trouver aucune contradiction, une foule de membres du haut et du bas clergé. Je vis qu'ils quittèrent l'assemblée en murmurant et pleins de colère. Le Pape prit à son service de tout autres personnes, ecclésiastiques et même laïques. Alors commença la grande solennité dans l'église de Saint-Pierre. Les hommes au tablier blanc continuaient à travailler à leur oeuvre de démolition sans bruit et. avec circonspection, quand les autres ne les voyaient pas : ils étaient craintifs et avaient toujours l'oeil au guet. »

4. « 30 décembre. Je vis de nouveau l'église de Saint-Pierre avec sa haute coupole. Saint Michel se tenait au sommet brillant de lumière, portant un vêtement rouge de sang et tenant à la main un grand étendard de guerre. Sur la terre il y avait un grand combat. Des verts et des bleus combattaient contre des blancs, et ces blancs, qui avaient au-dessus d'eux une épée rouge et flamboyante, paraissaient avoir le dessous : mais tous ignoraient pourquoi ils combattaient. L'église était toute rouge de sang comme l'ange, et il me fut dit qu'elle serait lavée dans le sang. Plus le combat durait, plus la couleur sanglante s'effaçait de l'église et elle devint de plus en plus transparente. Cependant l'ange descendit, alla aux blancs et je le vis plusieurs fois en avant de toutes leurs cohortes. Alors ils furent animés d'un courage merveilleux sans qu'ils sussent d'où cela leur venait ; c'était l'ange qui multipliait ses coups parmi les ennemis, lesquels s'enfuirent de tous côtés. Le glaive de feu qui était au-dessus des blancs victorieux disparut alors. Pendant le combat, des troupes d'ennemis passaient continuellement de leur côté et une fois il en vint une très-nombreuse. Au-dessus du champ de bataille, des troupes de saints parurent aussi dans l'air : ils montraient, indiquaient ce qu'il fallait faire, faisaient des signes avec la main : tous étaient différents entre eux, mais inspirés d'un même esprit et agissant dans un même esprit.

« Lorsque l'ange fut descendu du haut de l'église, je vis au-dessus de lui dans le ciel une grande croix lumineuse à laquelle le Sauveur était attaché ; de ses plaies sortaient des faisceaux de rayons resplendissants qui se répandaient sur le monde. Les plaies étaient rouges et semblables à des portes éclatantes dont le centre était de la couleur du soleil. Il ne portait pas la couronne d'épines, mais de toutes les plaies de la tête partaient des rayons qui se dirigeaient horizontalement sur le monde. Les rayons des mains, du côté et des pieds avaient les couleurs de l’arc-en-ciel ; ils se divisaient en lignes très-menues, quelquefois aussi ils se réunissaient et atteignaient ainsi des villages, des villes, des maisons sur toute la surface du globe. Je les vis çà et là, tantôt de loin, tantôt de près, tomber sur divers mourants et aspirer les âmes qui, entrant dans un de ces rayons colorés, pénétraient dans la plaie du Seigneur. Les rayons de la plaie du côté se répandaient sur l’église placée au-dessous, comme un courant très abondant et très large. L'église en était tout illuminée, et je vis la plupart des âmes entrer dans le Seigneur par ce courant de rayons.

« Je vis aussi planer à la surface du ciel un coeur resplendissant d'une lumière rouge, duquel partait une voie de rayons blancs qui conduisait dans la plaie du côté et une autre voie de rayons qui se répandait sur l’Eglise et sur beaucoup de pays ; ces rayons attiraient à eux un très grand nombre d’âmes qui, par le coeur et la voie lumineuse, entraient dans le côté de Jésus. Il me fut dit que ce coeur était Marie. Outre ces rayons, je vis de toutes les plaies des échelles s'abaisser vers la terre ; quelques-unes n'y atteignaient pas tout à fait. Ces échelles étaient de formes différentes, étroites ou larges, avec des échelons qui s'étendaient plus ou moins loin. Elles étaient, soit isolées, soit pressées les unes contre les autres ; il pouvait bien y en avoir une trentaine. Elles étaient, suivant les couleurs du purgatoire, foncées d'abord, puis plus claires, d'une nuance grise et s'illuminant à mesure qu'elles montaient. Je vis beaucoup d'âmes grimper péniblement sur ces échelles. Plusieurs montaient rapidement, comme si quelqu'un les aidait et ne cessaient pas d'avancer, d'autres se pressaient confusément et retombaient sur des échelons inférieurs ; quelques-unes tombaient tout à fait dans les ténèbres. L'effort avec lequel elles gravissaient était très-touchant, comparé à l’attraction joyeuse à laquelle d'autres obéissaient. Il semblait que celles qui montaient toujours, aidées dans leur ascension, étaient dans un rapport plus intime avec l’Eglise que celles qui étaient empêchées, arrêtées, délaissées, précipitées. Je vis aussi beaucoup de ces âmes dont les corps étaient restés sur le champ de bataille, prendre chacune leur voie pour entrer dans le corps du Seigneur. Derrière la croix, dans les profondeurs du ciel, je vis des séries entières de tableaux représentant à une distance qui allait toujours s'éloignant la préparation de l'oeuvre de la rédemption ; mais je n'ai pas de paroles pour exprimer tout cela. Il semblait que ce fussent les stations de la voie de la grâce divine à travers l’histoire du monde jusqu'à son terme final dans la rédemption. Je ne restais pas toujours au même endroit. Je me mouvais de côté et d'autre à travers et entre les rayons, et je voyais tout. Ah ! ce que je vis était incommensurable, indescriptible. Je vis aussi tout à coup comme si la montagne des prophètes était poussée vers la croix et rapprochée d'elle ; cependant elle avait ses racines sur la terre et restait unie à elle. Elle me présenta le même aspect que lors de la première vision, et plus haut, derrière elle, je vis de merveilleux jardins tout lumineux dans lesquels j'apercevais des animaux et des plantes brillantes ; j'eus le sentiment que c'était le Paradis.

« Pendant que le combat s'achevait sur la terre l’église et l’ange, qui disparut bientôt, étaient devenus blancs et lumineux. La croix aussi s'évanouit et à sa place se tenait debout sur l'église une grande femme brillante de lumière qui étendait au loin au-dessus d'elle son manteau d'or rayonnant. Dans l’église on vit s'opérer une réconciliation accompagnée de témoignages d'humilité. Je vis des évêques et des pasteurs s'approcher les uns des autres et échanger leurs livres : les sectes reconnaissaient l'Eglise à sa merveilleuse victoire et aux clartés de la révélation qu'elles avaient vues de leurs yeux rayonner sur elle. Ces clartés venaient des rayons du jet d'eau que saint Jean avait fait jaillir du lac de la montagne des prophètes. Lorsque je vis cette réunion, je ressentis une profonde impression de l'approche du royaume de Dieu. Je sentis une splendeur et une vie supérieure se manifester dans toute la nature, et une sainte émotion s'emparer de tous les hommes comme au temps où la naissance du Seigneur était proche, et je sentis tellement l’approche du royaume de Dieu que je me sentis forcée de courir à sa rencontre et de pousser des cris de joie (note). J'ai eu déjà le sentiment de l’avènement de Marie dans ses premiers ancêtres. Je vis leur souche s'ennoblir à mesure qu'elle s'approchait du point où elle produirait cette fleur. Je vis arriver Marie ; comment cela, je ne puis l’exprimer ; c'est de la même manière que j'ai toujours le pressentiment d'un rapprochement du royaume de Dieu. Je ne puis le comparer qu'à cet autre sentiment dont je parlais. Je l'ai vu s'approcher, attiré par l'adent désir de beaucoup de chrétiens, pleins d'humilité, d'amour et de foi ; c'était le désir qui l’attirait. Je vis sur la terre de petites troupes d'agneaux lumineux conduits par des bergers, et je vis tous ces bergers comme étant les bergers de celui qui, en qualité d'agneau, a donné son sang pour nous tous ; il y avait dans les hommes un amour infini et une force divine.

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