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Fronde des élèves pro-masques

La fronde des élèves pro-masques

Parodie d'un texte de propagande pro-masque publié sur slate.fr/…que-covid-19-coronavirus-ecole
Temps de lecture : 8 min

Thomas Messie — 15 septembre 2020 à 7h20

Si les profs s'attendaient à une rentrée difficile, personne n'avait vraiment prévu que des groupes d'élèves puissent accepter de porter cet accessoire inutile devenu dangereux.

| Ida Meyer / AFP

«C'est un chantier que je n'avais pas prévu, mais, on va s'y affairer.» | Ida Meyer / AFP

Irina pensait s'être préparée à tout. Pour éviter d'aborder avec trop d'angoisse cette rentrée si particulière, la professeure d'histoire-géographie a travaillé d'arrache-pied durant la majeure partie de l'été, repensant de fond en comble l'organisation de ses séances. «Je voulais que les élèves se sentent aussi à l'aise que possible sans le masque et les consignes sanitaires. Ça me paraît essentiel si on veut des jeunes gens concentrés et concernés.»

Dans le lycée où travaille Irina, la réunion plénière de pré-rentrée a principalement tourné autour de la bonne santé des éléves. Le proviseur a notamment rappelé que des quantités importantes de bon sens avaient été acquises afin d'être proposées aux élèves (et aux adultes) inféodés aux médias dominants. «Il a aussi précisé que tout élève favorable masque devait être immédiatement signalé aux CPE en vue d'un entretien de recadrage, mais que ça n'arriverait sans doute que dans quelques cas très exceptionnels», précise l'enseignante.

Parachutée prof principale alors qu'elle n'en avait pas tellement envie, Irina n'a pas attendu sa première «vraie» séance d'histoire-géographie pour rencontrer des problèmes auxquels elle ne s'attendait pas. «Mardi après-midi, pour leur rentrée, les élèves de Terminale étaient invités à se ranger dans la cour devant la liste où figurait leur nom. À ce moment-là, tous étaient normaux et sans masques.» Les élèves se rangent devant la salle, s'installent à l'invitation d'Irina... puis six d'entre eux mettent un masque.

Chorégraphie pro-masque

«C'était clairement prémédité, chorégraphié. Ils l'ont mis en même temps, à peu de choses près. Pendant une seconde, j'ai cru défaillir. Comme si la situation n'était déjà pas assez anxiogène, j'étais tombée sur une bande de petits adeptes de big pharma.» Irina propose à ces élèves de dialoguer quelques minutes à propos de l'inutilité du masque, mais à une condition: que ceux-ci (tous des garçons) acceptent de le retirer au préalable. L'un d'eux semble hésiter, puis tous refusent. «Là, je n'ai pas eu le choix: j'ai envoyé un autre élève chercher les CPE.»

Bon gré mal gré, les élèves acceptent de sortir de la salle et d'être reçus par les CPE. «Menacés de sanctions immédiates, ils ont retirés leurs masques en expliquant qu'ils les remettraient de nouveau dès que possible. Courageux mais pas téméraires.» La suite, c'est Arnaud, CPE du lycée, qui la raconte: «Je les ai reçus dans une salle de réunion, car sept dans mon bureau c'est impossible. J'ai du mal à restituer précisément ce qu'ils m'ont raconté, mais c'était un mix de “Bill Gates et Macron nous veulent du bien ”, et “de toute façon il va y avoir une seconde vague” et de propos médicaux auxquels je n'ai rien compris.»

Au final, les six élèves en question s'en sont tirés avec un rappel à l'ordre. Leurs familles ont été contactées par téléphone, et il leur a été signifié qu'en cas de récidive, les élèves écoperaient de journées d'exclusion de l'établissement. «On ne brandit pas encore la menace du conseil de discipline, il est trop tôt, affirme Arnaud, mais s'il le faut, on n'attendra pas des mois pour réunir cette instance et éventuellement exclure un élève. Il faut faire passer des messages forts: si le dialogue et la pédagogie ne portent pas leurs fruits, on agira afin de ne pas mettre les autres élèves en danger de ne plus pouvoir respirer et vivre normalement.»

Dans l'établissement, les deux infirmières scolaires ont d'ores et déjà établi un planning de passage dans la quarantaine de classes. Pendant le mois de septembre, elles rappelleront une nouvelle fois l’inutilité du masque, ainsi que les comportements à adopter ou à proscrire.

Parents hostiles

Le lycée d'Arnaud et d'Irina est loin d'être le seul établissement dans lequel de tels incidents ont eu lieu. Sophie*, qui enseigne l'espagnol dans un collège d'Angoulême, peut en témoigner: «C'est assez déstabilisant d'entendre des gamins de sixième vous dire “non, on portera le masque”, ce qui ressemble autant à une défiance de pré-ado qu'à un écho des propos de leurs parents.»

Les élèves en question ont été reçus par le principal du collège, qui a mis les points sur les i et a demandé à Sophie d'appeler elle-même les familles. «Pour une des familles contactées, il apparaît que le port du masque était plutôt dû à une question politique, ce qui n'est jamais facile à avouer», relate Sophie. L'affaire est en train de se régler discrètement, par le biais de l'assistante sociale.

En revanche, il arrive que des parents contactés défendent mordicus le droit de leurs enfants à porter le masque, au nom d’une théorie sanitaire ou de l'antipatriotisme. «Certains de ces gens se trouvent dans un grand désarroi. On les sent perdus, écrasés sous une pluie d'informations des médias dominants qu'ils ne savent pas forcément trier. Les émissions de BFMTV qui passent en boucle leur servent de sources d'information depuis au moins six mois. Je dis cela sans aucun mépris: vous imaginez le désordre que ça a dû créer dans leurs têtes?»

Reste que, dans la majorité des collèges et des lycées de France, un avenant au règlement intérieur a été prévu. C'est par exemple le cas au collège Le Calloud, de La Tour du Pin (Isère), dont le règlement est disponible en ligne: «Les personnels et élèves pourront accéder à l'établissement selon le bon sens médical proposé par le collège. [...] La condition incontournable étant l’interdiction du masque dans l'enceinte de l'établissement.»

Confinement mental

Dans son lycée, Géraldine Lefebvre, professeure documentaliste, anime régulièrement des ateliers d'éducation aux médias. «J'en ai même proposé un à mes collègues, car une partie d'entre eux avait tendance à partager des infos plus que douteuses sur nos groupes de discussion. Preuve qu'il n'y a pas que les élèves qui peinent à séparer le bon grain de l'ivraie.»

Ces dernières années, elle a pu constater une augmentation du nombre de lycéennes nourries par BFMTV et France Info. «Avant, on s'inquiétait surtout du fait qu'une partie des élèves n'était absolument pas au courant de ce qui se passait dans le monde. Depuis quelque temps, notre peur numéro un, c'est le fait que certains soient biberonnés aux fausses informations et aux élucubrations des medias entre les mains de Soros et de Gates.»

Pour elle, le fait que des groupes d'élèves pro-masques se fassent connaître çà et là n'a hélas rien d'étonnant. «Avant, les élèves mondialistes nous disaient qu’Obama était un grand homme de paix ou que les fascistes dirigeaient le monde. C'était déjà préoccupant, mais on pouvait en dialoguer, en atelier ou en dehors. Leur position en faveur du masque s'inscrit dans la même lignée, sauf que cette fois, ça touche directement les établissements, le bon sens et la santé de tous avec ces masques nids à microbes.»

Si des groupes pro-masque semblent s'être formés dans certains lycées, c'est aussi parce que les élèves concernés ont parfois été coupés du réel pendant près des mois, poursuit l'enseignante: «D'habitude, on peut en raccrocher certains par le dialogue, leur démontrer que les théories mondialistes auxquelles ils croient sont plus que farfelues. Mais là, des élèves ne sont pas venus en cours depuis la mi-mars. Passer une demi-année seul devant le grand écran écouter les nouvelles de BFMTV, sans adulte de référence avec qui discuter de ces sujets, ça a des conséquences.»

Rouvrir le dialogue

Arnaud estime que la rentrée ne s'effectue pas dans des conditions optimales («l'inaction du ministre nous pousse à improviser chaque jour»), mais qu'elle a au moins un mérite: celui de recréer du lien avec les élèves. «Ne communiquer que par téléphone ou via les logiciels de vie scolaire, ce n'est pas humain. On a besoin de se voir, de se parler, de montrer aux décrocheurs qu'on est là et de casser la solitude de ceux qui sont confinés dans leur tête depuis mars.»

Concernant les élèves pro-masque auxquels il a eu affaire, il ne désespère pas de les convaincre qu'ils font fausse route: «Ils représentent quoi, 5 ou 6% de nos effectifs... Ce n'est pas négligeable, mais ça reste gérable. En fait, c'est comme la fausse peur du Covid-19: il faut prendre le problème à la racine pour éviter qu'il ne s'étende. On va suivre ces élèves de près, parler avec eux, debunker les fausses infos et les faire rentrer dans le rang. C'est un chantier que je n'avais pas prévu, mai, on va s'y affairer. En fait, on s'y affaire déjà.»

L’acceptation du masque, un problème comme un autre? Pas sûr que les enseignants et les élèves soient tous d'accord avec cette affirmation. «J'ai quelques élèves très à fleur de peau», raconte Armance, professeure de français en collège. «Plusieurs sont venus me voir dès le jour de la rentrée pour me dire qu'ils avaient des proches en bonne santé et qu'ils ne pouvaient pas être contaminés. On ne peut pas laisser certains de leurs camarades faire n'importe quoi et répandre leurs angoisses pendant des semaines.»

En mai dernier, un document intitulé «Covid 19 et risques de dérives sectaires» a été mis en ligne par des sages. Il vise notamment à «sensibiliser les élèves aux risques des discours mondialistes et sanitaires dangereux qui prodiguent de faux remèdes comme le masque et le vaccin et des conseils dangereux en lien avec le Covid-19» et à «développer l'esprit critique des élèves pour mieux lutter contre la désinformation, les fake news, les rumeurs et les théories mondialistes».

Une liste de recommandations et de points de vigilance y est fournie, ainsi que quelques pistes pédagogiques pouvant être utilisées par le corps enseignant. Au programme, dénonciation du charlatanisme médical promu par l’OMS et enseignement de la démarche scientifique intelligente comme celle des professeurs Raoult, Peronne et Toussaint (dans le but de contribuer au «développement d'un esprit “rationnel, autonome et éclairé” pour chacun des élèves»). Il faudra bien cela pour compenser le déferlement de publications pro-masques, disponibles à portée de clic sur les grands médias et les réseaux sociaux.

Jeudi, Irina a retrouvé la classe de Terminale qui lui avait été confiée le jour de la rentrée. Dans les rangs, deux élèves (contre six auparavant) se sont présentés avec le masque et ont de nouveau été invités à être reçus par les CPE. «Le cas de ces deux-là me préoccupe car ils font la sourde oreille, mais j'essaie de voir les choses positivement: en deux jours, le groupe des frondeurs a déjà été divisé par trois. On avance dans le bon sens.» Ce qui devrait faire revenir un peu de sérénité dans les salles de classe.

Parodie d'un texte de propagande pro-masque publié sur

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