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Salut des non-chrétiens : sortir des impasses

Sortie du livre :
F. BREYNAERT, - La Bonne nouvelle aux défunts,
Perspective de la théologie des religions.
(Préface Mgr Minnerath)
(amazon.fr)


Reconnaître Jésus comme étant l’unique sauveur, l’unique rédempteur, suscite parfois des réticences.
En effet, Dieu, qui aime tous les hommes, ne sauve-t-il pas tous les hommes, sous-entendu sans cet unique Sauveur auquel il faudrait croire, Jésus ?
Selon saint Paul, « en effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Mais comment l'invoquer sans d'abord croire en lui? Et comment croire sans d'abord l'entendre? Et comment entendre sans prédicateur? Et comment prêcher sans être d'abord envoyé? » (Rm 10, 13-15) – mais pour saint Paul, il s’agit du salut durant cette vie terrestre. En effet, d’autres passages de l’Ecriture disent que Jésus achève son ministère salvifique en annonçant la Bonne nouvelle aux morts (1P 3-4) : après la mort, les défunts, nous dit Jésus, entendent la voix du fils de l’homme (Jn 5, 25), ils entendent non pas une vague voix de Dieu, mais la voix du fils de l’homme, celui qui est le Fils de Dieu et qui s’est incarné de la Vierge Marie pour pouvoir aimer, enseigner, souffrir, mourir, rejoindre l’homme dans la mort et l’incorporer dans sa sainte résurrection.
C’est ainsi que les premiers pères de l’Eglise avaient une théologie des religions sereine. Sans pour autant condamner l’homme de Cro-Magnon à la Géhenne, ils savaient l’importance de l’évangélisation et ils étaient missionnaires (Evidemment, ce n’est pas parce qu’il y a une bonne nouvelle aux défunts qu’il ne faut pas annoncer la Bonne nouvelle toute suite.) Ainsi, la « descente de Jésus aux enfers », c’est-à-dire son annonce de la Bonne Nouvelle aux morts (1P 3-4) est entrée dans le Credo de Nicée-Constantinople comme une évidence, sans faire de remous.
Mais saint Augustin, dans sa lettre à Evodius[1], a pensé qu’il valait mieux taire cette dimension (les morts entendent la Bonne Nouvelle) pour ne pas attiédir les chrétiens. Etant donné que saint Augustin est aussi un docteur de l’Eglise d’une importance considérable, son avis fut suivi. Mais une fois ôtée une pierre à l’édifice du Credo, la théologie des religions fut progressivement de plus en plus bancale, jusqu’aux dernières déductions logiques, ou pour continuer de dire que Jésus a sauvé tous les hommes, de nombreux théologiens en sont venus à dire que l'enfer n'était qu'un enfer virtuel (Urs von Balthasar) ou bien à parler d’un salut sans la foi et sans la connaissance de Jésus, on a parlé des chrétiens anonymes (Karl Rahner), d’un contact salvifique avec le Verbe (non incarné) et finalement le document « Dialogue et Annonce »[2] fut jugé comme allant trop loin[3].
Le récent catéchisme de l’Eglise catholique (CEC 634-635) a revalorisé la descente de Jésus aux enfers. Ce faisant, il a réoffert les bases d’une théologie des religions sereine, limpide, simple, conforme à tout le Nouveau Testament.

Posé ainsi sur de bonnes bases, ce livre nous ouvre enfin une théologie des religions limpide, précise, et simple.
Ce livre éclaire aussi l’intuition de l’Eglise en prière. La mort (quelle que soit la brièveté ou la longueur de l’agonie), est un passage ayant une densité humaine post-mortem, un véritable évènement de Rencontre (un thème qui intéressera donc chacun, car chacun est confronté à la mort, la sienne et celle de ses proches.)

[1] Saint Augustin Lettre 164 à Evodius, n° 13, in Œuvres complètes de Saint Augustin, t. v, Paris, 1870, p. 442
[2] Le 19 mai 1991, le document, Dialogue et annonce, co-produit par le Conseil Pontifical pour le Dialogue Inter-religieux, et la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, donnait à lire ce qui suit : “C’est dans la pratique sincère de ce qui est bon dans leurs traditions religieuses et en suivant les directives de leur conscience, que les membres des autres religions répondent positivement à l’appel de Dieu et reçoivent le salut en Jésus-Christ, même s’ils ne le reconnaissent pas et ne le confessent pas comme leur Sauveur.” (n° 29)
[3] Commission Théologique Internationale (Le christianisme et les religions, paru avec les notes in La documentation catholique du 6 avril 1997, n° 2157, p.332, note 32), à propos de Dialogue et annonce.

Françoise Breynaert