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Chers lecteurs, En 2017, j’avais publié : F. Breynaert, De l’Eglise primitive à l’humanité restaurée, Lire le Cantique des cantiques avec Origène (préface M. Canevet), Cerf, Paris 2017. Le Cantique …More
Chers lecteurs,
En 2017, j’avais publié : F. Breynaert, De l’Eglise primitive à l’humanité restaurée, Lire le Cantique des cantiques avec Origène (préface M. Canevet), Cerf, Paris 2017. Le Cantique des Cantiques est très apprécié pour les mariages, et le commentaire d’Origène, plein de fraîcheur est bienvenu. Origène, deux siècles après J-C, est un témoin de l’Eglise des tout premiers siècles, son père est un martyr de la foi, et son regard sur l’Eglise est enthousiaste[1].

Je voudrais seulement vous partager ici sa réflexion sur le verset du Cantique « Ordonnez en moi la charité » (Ct 2,4).

Tout d’abord, Dieu « aime tout ce qui existe d’une manière égale, et ne hait rien de ce qu’il a fait ; car il n’a rien fait de ce qu’il aurait eu en haine (cf. Sg 11,24) »[2]. Ensuite, Dieu aime avec ordre. Il aime suivant les degrés du bien. Il aime Moïse plus que le reste d’Israël, et Israël plus que pharaon.[3] La charité est « ordonnée », orientée vers le bien, et la miséricorde est là pour reconstruire le bien. L’Amour miséricordieux appelle à la conversion. Il aime toujours le bien ! Le Seigneur voit aussi si l’effort du pécheur qui se convertit est héroïque. Il l’aimera d’autant plus.
Pour le dire autrement, tous les hommes méritent une tendresse générale, car ils sont pareils en humanité, également pourvus de raison, mais tout n’est pas identique. En famille, la mère, la sœur et l’épouse reçoivent un amour particulier. Il y a aussi des nuances dans nos égards envers le père, le frère et les autres parents[4]. Au contraire, le non-respect de cet ordre provoque des « blessures » s’opposant bien sûr à la vie[5].
« Or son ordre et sa mesure, les voici : par exemple, à aimer Dieu il n’y a nulle borne, nulle mesure, sinon celle-ci seule, de lui donner tout ce qu’on a. Car dans le Christ Jésus Dieu doit être aimé de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces (Lc 10,27). Ici donc, il n’y a pas de mesure. Mais à aimer le prochain il y a une certaine mesure : ‘Tu aimeras le prochain comme toi-même.’ (Mt 22,39) »[6].
Il existe aussi « un autre ordre de la charité » et qui consiste dans le commandement du sermon sur la montagne « d’aimer nos ennemis »[7], il s’agit d’un vin nouveau et exquis, d’une charité nouvelle qui participe au dynamisme de l’amour créateur. Il y a cependant un certain ordre au sein même de l’amour des ennemis : parmi les ennemis il faudra aimer davantage ceux qui se conduisent bien[8]. Origène est fidèle à l’enseignement de saint Paul aux Corinthiens : « Aucun accord ne peut exister pour la lumière et les ténèbres, pour le Christ avec Bélial, ni la même part exister pour le fidèle et l’infidèle (cf. 2 Co 6,14-15) »[9].
Ce regard était celui des premiers chrétiens, dont les communautés chrétiennes, ardentes et enflammées d’amour pour le Seigneur, attiraient les hommes à la foi.
Françoise Breynaert
Foi-vivifiante.fr

[1] N.B. Dans mon livre j’explique l’erreur que fit Origène dans son dialogue avec les philosophes de son temps. Cela n’a rien à voir avec son Commentaire du Cantique des Cantiques.
[2] ORIGENE, Commentaire du Cantique des Cantiques, Livre III, 7,23 ; Tome II, p 559-561.
[3] Ibid., Livre III, 7,24 ; Tome II, p. 561
[4] Ibid., Livre III, 7, 16.17.18.22 ; Tome II, p. 557-559
[5] Ibid., Livre III, 7,27 ; Tome II, p. 563
[6] Ibid., Livre III, 7,4-5 ; Tome II, p 549-551
[7] Ibid., Livre III, 7,13 ; Tome II, p 555
[8] Ibid., Livre III, 7,14 ; Tome II, p 555
[9] Ibid., Livre III, 7,26 ; Tome II, p. 561