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Vous parlez quelle langue ? Père Lemessin.

Dans cette nouvelle chronique le Père Lemessin attire notre attention sur l'utilisation des mots employés pour communiquer notre Foi aux autres. Abréviations, jargon abscons pour qui n'est pas familier de l'Eglise, autant d'écueils à éviter si l'on veut que la Bonne Nouvelle que l'on souhaite transmettre puisse être accueillie pour ce qu'elle est. Bonne écoute :-) Retrouvez chaque semaine le Père Lemessin sur Missionweb Radio listen.mission-web.com et en podcast sur radio.mission-web.com

Vous parlez quelle langue ?

La semaine passée, avec de nombreux acteurs pastoraux de mon diocèse, j’ai participé aux JDF pour le lancement de l’année pastorale. STOP ! Je n’ai pas encore parlé du concept de l’inculturation, de la théologie négative, de pro existence, de néo-pélagianisme ou autres termes barbares, je n’ai pas encore utilisé trop de sigles du style MCR ou CMR (ne confondez pas les chrétiens dans le monde rural et le mouvent des chrétiens retraités, ils n’aiment pas), et déjà je suis sûr qu’à part mon rythme effréné, rien ne vous retient plus à l’écoute… A moins que vous ne soyez du sérail des personnes bien engagées dans l’Eglise. Je reprends en traduisant ma première phrase : la semaine passée, avec des prêtres, diacres et personnes salariées par l’église de Moselle, j’ai participé aux journées de formation diocésaines pour le lancement de l’année 2018/2019.

Parce que quand j’utilise le terme d’acteurs pastoraux, qui mettez-vous derrière ce terme ? Quand je parle de pastorale, plus directement, qu’entendez-vous ? Quelle définition de ce terme pouvez-vous donner, spontanément ? Et si vous le pouvez, c’est que vous êtes proches de l’Eglise. Parce que pour un étranger qui découvre notre langue, ou un de nos concitoyens qui ne met pas les pieds dans nos paroisses (encore un mot clé), ces mots sont déjà un langage privé.

Lors de la formation de la semaine passée, nous avons réfléchi sur la question du Salut. Et plusieurs acteurs pastoraux (maintenant vous savez ce que ça veut dire), m’ont dit n’avoir rien compris à nos discussions théologiques (et encore, ce n’était pas hyper poussé). Alors imaginez le brave mec (ou la bonne femme, en deux mots, et dans le sens positif), imaginez ce que cette personne comprend en entrant dans nos églises. On parle de miséricorde, de charité, et à chaque fois notre langage ecclésial (d’Eglise) met autre chose derrière ce mot que le sens commun. Comment dès lors faire passer un message si nous ne sommes pas capables de nous faire comprendre ? Comment annoncer le Salut en Jésus Christ, c’est-à-dire le Règne de Dieu et la joie que procure cette espérance dont nous avons aujourd’hui un avant-goût, si l’on n’est pas capable de le dire simplement. Et ce n’est pas évident. J’ai dû m’y prendre à plusieurs fois pour écrire la phrase précédente qui explique en quelques mots trop faibles le Salut.

Nous sommes toujours piégés par nos concepts, notre langage, et c’est inévitable. Si vous jouez au foot, vous apprendrez bien vite ce qu’est un corner, le hors-jeu. Et ce langage deviendra vite une seconde nature. Se mettre en danseuse, ce n’est pas la même chose au théâtre et dans un vélodrome ou sur les routes sinueuses de l’Alpe d’Huez. Et dans l’Eglise, nous avons, à juste titre, notre langue propre, nos mots avec la valeur particulière que nous leur attribuons.

Dès lors, comment dire notre foi, si avec l’habitude de parler entre catholiques (ce que nous faisons dans nos groupes, réunions, liturgies…) nous n’arrivons plus à communiquer avec nos semblables (parfois plus différents que semblables). Sur la question du Salut, la culture moderne (ou celle d’il y a une vingtaine d’année et véhiculée par le cinéma) nous parle de sauveurs qui visent un état stable : si vous êtes malade, on vous soigne, si vous vous noyez, Pamela Anderson saute à l’eau pour vous sauver. Les Avengers ne veulent pas améliorer le monde, juste l’empêcher d’être détruit. Idem pour Luke Skywalker, ou même le capitaine Flam !

Comme chrétiens, au contraire, nous avons une espérance à annoncer. Je ne vous la livre pas plus avant, j’imagine que vous la connaissez, et sinon, n’hésitez pas à le dire. Mais comment réussir à vendre (et j’utilise à dessin ce terme, car il signifie notre engagement – un vendeur qui ne vend pas perd son emploi), comment vendre cette idée de salut, cette notion de Vie éternelle alors qu’on a déjà du mal avec cette vie actuelle. Imaginez, à la Toussaint, ou le 2 novembre, que vous entendiez parler du salut en termes théologiques, c’est-à-dire de rachat des péchés, ou de rédemption éternelle. C’est ce qui se produira dans les prières liturgiques d’ouverture des célébrations pour les défunts, comme c’est le cas dans toutes les funérailles que nous célébrons à l’Eglise.

Je sais bien que le témoignage chrétien commence par les actions, par l’exemple que nous donnons, par notre présence, notre accueil. Mais la deuxième étape, ensuite, est complexe. Peut-être que la Nouvelle évangélisation que nous essayons tous de vivre, c’est d’oser retraduire notre langage ecclésial pour aider les gens qui viennent au Christ à le rencontrer, sans leur opposer un obstacle qu’est une langue particulière.

Il y a presque 60 ans, en janvier 1959, le bon pape Jean XXIII a convoqué un concile pour redire la foi catholique en langage actuel. Pour sortir des définitions négatives et oser dire cette foi de manière positive. Peut-être que, individuellement et communautairement, en Eglise, nous devrions vraiment nous attacher à cette transformation de nos expressions et sigles, pour ne pas laisser de côté ceux qui ne vivent pas au cœur de l’Eglise.