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Vassili Grossman : Vie et destin (le livre)
Dans ce roman-fresque, composé dans les années 1950, à la façon de Guerre et paix, Vassili Grossman (1905-1964) fait revivre l’URSS en guerre à travers le destin d’une famille, dont les membres nous amènent tour à tour dans Сталинград (Stalingrad) assiégée, dans les laboratoires de recherche scientifique, dans la vie ordinaire du peuple russe …More
Vassili Grossman : Vie et destin (le livre)

Dans ce roman-fresque, composé dans les années 1950, à la façon de Guerre et paix, Vassili Grossman (1905-1964) fait revivre l’URSS en guerre à travers le destin d’une famille, dont les membres nous amènent tour à tour dans Сталинград (Stalingrad) assiégée, dans les laboratoires de recherche scientifique, dans la vie ordinaire du peuple russe, et jusqu’à Treblinka sur les pas de l’Armée rouge.
Au-delà de ces destins souvent tragiques,

il s’interroge sur la terrifiante convergence des systèmes nazi et communiste alors même qu’ils s’affrontent sans merci.

Radicalement iconoclaste en son temps – le manuscrit fut confisqué par le KGB, tandis qu’une copie parvenait clandestinement en Occident.

Ce livre pose sur l’histoire du xxe siècle une question que philosophes et historiens n’ont cessé d’explorer depuis lors.
Il le fait sous la forme d’une grande œuvre littéraire, imprégnée de vie et d’humanité, qui transcende le documentaire et la polémique pour atteindre à

une vision puissante, métaphysique, de la lutte éternelle du bien contre le mal.

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Extraits de : Vie et Destin :

(...) Une des propriétés les plus extraordinaires de la nature humaine qu'ait révélé cette période est la soumission. On a vu d'énormes files d'attente se constituer devant les lieux d'exécution et les victimes elles-même veillaient au bon ordre de ces files. On a vu des mères prévoyantes qui, sachant qu'il faudrait attendre l’exécution pendant une longue et chaude journée, apportaient des bouteilles d'eau et du pain pour leurs enfants. Des millions d'innocents, pressentant une arrestation prochaine, préparaient un paquet avec du linge et une serviette et faisaient à l'avance leurs adieux. (...) Et ce ne furent pas des dizaines de milliers, ni même des dizaines de millions, mais d'énormes masses humaines qui assistèrent sans broncher à l'extermination des innocents. Mais ils ne furent pas seulement des témoins résignés; quand il le fallait, ils votaient pour l'extermination, ils marquaient d'un murmure approbateur leur accord avec les assassinats collectifs. Cette extraordinaire soumission des hommes révéla quelque chose de neuf et d'inattendu. Bien sûr, il y eut la résistance, il y eut le courage et la ténacité des condamnés, il y eut des soulèvements, il y eut des sacrifices, quand, pour sauver un inconnu, des hommes risquaient leur vie et celle de leurs proches.
Mais, malgré tout, la soumission massive reste un fait incontestable.(...) p.280

La violence et la contrainte exercées par les systèmes sociaux totalitaires ont été capables de paralyser dans des continents entiers l'esprit de l'homme.[...] A côté de ces deux premières forces (l'instinct de conservation et la puissance hypnotique des grandes idées), il y en a une troisième : l'effroi
provoqué pas la violence sans limites qu'exerce un État puissant, par le meurtre érigé en moyen de gouvernement.


La violence exercée par un État totalitaire est si grande qu'elle cesse d'être un moyen pour devenir objet d'adoration quasi mystique et religieuse.

[...] Le soulèvement du ghetto de Varsovie, le soulèvement de Treblinka, le soulèvement de Sobibor, les petites révoltes des brenner, sont nés du désespoir. Mais bien sûr, le désespoir lucide et total n'a pas seulement suscité des soulèvements et de la résistance, il a également suscité une aspiration à être tué le plus rapidement possible [...].
Il faut s'interroger sur ce qu'a dû voir et endurer un homme pour être réduit à attendre comme un bonheur le moment de son exécution. Et en premier lieu ceux qui devraient s'interroger là-dessus, ce sont les hommes qui sont enclins à expliquer comment il aurait fallu combattre dans des conditions dont, par chance, ces professeurs n'ont pas la moindre idée. p.281
France Vappereau
Encore une perle.... précieuse ✨