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Daesh et ses victimes: Nadia Murad Ancienne Esclave Sexuelle de ce groupe islamique. avec sous-titrage français disponible pour malentendants et transcription (animatrice de France 24 tv): Bonjour à …More
Daesh et ses victimes: Nadia Murad Ancienne Esclave Sexuelle de ce groupe islamique. avec sous-titrage français disponible

pour malentendants et transcription

(animatrice de France 24 tv):
Bonjour à toutes et à tous, et bienvenu à l'entretien de France 24. Avec nous aujourd'hui, une jeune femme qui a été
enlevée par l'Organisation de l'État Islamique en août 2014 comme des milliers d'autres parce qu'elle était
yazidis, une minorité religieuse pré-islamique. Vendue comme esclave, violée, elle a réussi à s'échapper au bout
de quelques semaines et consacre depuis tout son temps à plaidoyer pour sauver son peuple.
Nadia Murad bonjour, merci beaucoup d'être avec nous. Vous avez 22 ans, il y a 1 an et demi des djadistes
ont attaqué votre village en Irak, 6 de vos frères ont été tués, vous même comme la pluspart des femmes vous
êtes prises et emmenées à Mossoul; à ce moment là, vous êtes livrés à des combattants.
Pouvez-vous nous raconter ce qui se passe exactement pour vous à ce moment là?

- (Nadia Murad):
Quand Daesh m'a enlevé avec 150 filles de mon village, et des milliers de filles d'autres villages voisins,
ils nous ont amené certaines à Mossoul d'autres en Syrie, dans leur QG (quartier général) et là ils nous
distribuaient aux hommes de Daesh. Ils venaient nous voir, ils nous choisissaient, ils nous amenaient
au tribunal islamique à Mossoul, et là, ils nous ont pris en photos, ils ont accrochés les photos,
pour qu'ils puissent nous vendre et nous acheter ou nous échanger contre d'autres filles.

- (animatrice de France 24 tv):
Vous mêmes, vous avez; qu'est-ce qui vous arrivé à vous, qui vous a choisi dans quels mains vous êtes tombé?

- (Nadia Murad):
Quand ils m'ont enlevé, ils m'ont d'abord emmené à Mossoul, et là j'ai été l'esclave d'un membre de Daesh
qui s'appellait Aji Salmân. Il m'a gardé pour lui tout seul et ensuite il m'a vendu.

- (animatrice de France 24 tv):
Donc, vous avez vécu avec lui, j'ai entendu vos interventions, notamment devant le conseil de sécurité de l'ONU,
vous racontez aussi que ils essayaient de vous convertir, et à défaut ils vous violaient.
Comment était exactement votre vie quotidienne pendant ces quelques semaines?

- (Nadia Murad):
Après nous avoir enlevé, ils nous ont emmené à Mossoul, ils nous ont emmené au tribunal islamique, ils voulaient
nous convertir de force à l'Islam, ils nous forcaient à faire la profession de foi islamique, ils nous apprenaient
le Coran, à tout le monde même aux enfants. Les filles aussi, ils nous forcaient à prier avec eux.
Il n'y a pas de vie avec Daesh! Nous n'étions pas en vie. On ne savait jamais quand ils viendraient,
de jour comme de nuit, ils venaient, nous violaient. Les filles venaient de Syrie et d'Irak. Ces hommes, tout ce
qu'ils faisaient c'était tuer d'autres hommes, et violaient les femmes et les filles. On était vendu et revendu.
On n'avait pas de vie. Nous nous sentions pas en vie, nous nous sentions mortes quand nous étions avec eux.

- (animatrice de France 24 tv):
À quoi ressemblait votre vie à vous, une journée, comment vous commenciez la journée,
comment vous la finissiez, votre vie, votre vie au jour le jour?

- (Nadia Murad):
Ma vie dans les griffes de Daesh; c'était des viols permanents jour et nuit, ils venaient au centre où
nous étions, ils venaient nous violer n'importe quand. Nous n'avions pas de vie. J'étais terrifié,
je ne savais pas quand est-ce qu'ils viendraient, et qu'un autre homme viendrait me violer? Je savais qu'ils
nous garderaient pas parce qu'ils disaient que nous étions des mécréantes, des infidèles, et c'est pour ça
que nous méritions ce châtiment. Dès qu'ils ne voulaient plus de nous, au bout d'1 heure, d'un jour, n'importe,
ils nous donnaient à d'autres hommes.

- (animatrice de France 24 tv):
Au bout de quelques semaines, vous réussissez à vous échapper, comment vous avez fait?

- (Nadia Murad):
Au tout début, quand j'étais avec Aji Salmân, j'ai essayé de m'évader mais ils m'ont rattrapé avant que
je puisse quitter le centre, parce que Mossoul était plein d'hommes de Daesh. Ils m'ont capturé,
ils m'ont ramené et ils m'ont torturé. Ils m'ont puni pour ma tentative d'évasion: non seulement en me frappant
mais en me faisant subir des viols collectifs, par des membres de Daesh et des gardes. Puis, j'étais en route
pour Ramdani mais ils m'ont ramené à Mossoul. Là, j'ai été prisonnière d'un homme de Daesh
et j'ai pu m'évader. Une famille de Mossoul m'a aidé et j'ai pu m'enfuir.

- (animatrice de France 24 tv):
Pour une femme, c'est très difficile de témoigner quand elle a été victime de viol en général, chez les yazidis, il y a aussi un code de l'honneur très important qui fait que c'est encore plus difficile certainement.
Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui vous voulez raconter votre histoire et les viols que vous avez subi?

- (Nadia Murad):
L'honneur, c'est très important pour les yazidis, mais l'honneur mise à part, ce qu'on nous a fait subir
est une injustice et c'est arrivé parce que nous sommes yazidis. De plus, 3400 femmes et filles sont toujours
prisonnières de Daesh, et le monde regarde sans rien dire. Ce génocide commi contre notre peuple est toujours en cour:
C'est une injustice insupportable.. Je ne le supportais plus, et la seule solution est d'alerter le monde
pour qu'ils nous viennent en aide.

- (animatrice de France 24 tv):
Vous êtes allé plaider devant le conseil de sécurité de l'ONU, vous avez été reçu au parlement britannique,
vous avez rencontré des chefs d'états, qu'est-ce que vous avez obtenu, qu'est-ce que vous leur demandez ?

- (Nadia Murad):
Partout où je vais, comme ici à Paris, en France, je raconte ce que j'ai vu et ce que j'ai vécu.
Il ne s'agit pas seulement des yazidis. Ce que je demande au monde, c'est de lutter ensemble contre le groupe
État Islamique. Il faut libérer les femmes et les filles, il faut libérer les territoires.
Ce qui est en train de se passer doit être considéré comme un génocide. Il faut que le monde agisse vite.
Jusqu'à présent, rien n'a été fait mais nous attendons.

- (animatrice de France 24 tv):
Quand vous dites, vous attendez une action, quelle action exactement vous attendez de la
Communauté Internationnale ou des différents états?

- (Nadia Murad):
Ce que je veux; "C'est que les pays agissent ensemble contre les crimes de Daesh. Ce que Daesh a fait
contre les populations en Syrie et en Irak, mais aussi en France et ailleurs. Daesh est une menace pour
le monde entier parce qu'il s'attaque à l'humanité. Beaucoup de femmes et de filles sont toujours prisonnières
et il faut trouver une solution pour les libérer. Et beaucoup d'hommes sont encore formés au djihad:
des jeunes, des jeunes musulmans, continuent de rejoindre les rangs de Daesh. Il faut arrêter ces jeunes,
il faut arrêter ces jeunes musulmans qui rejoignent Daesh parce que les crimes commis par Daesh n'ont rien à voir avec la religion. Ils n'ont rien d'humain. Ce sont des crimes innommables. Les yazidis sont victimes
d'un génocide. Il faut le reconnaître pour qu'un jour nous puissions retourner sur nos terres.
Parce que si le monde ne reconnaît pas ce qui nous arrive comme un génocide, nous devrons tous partir
et nous ne pourrons jamais revenir.

- (animatrice de France 24 tv):
Une dernière question, plus personnelle, aujourd'hui vous vivez en Allemagne, comment vous voyez votre
avenir à vous; est-ce vous avez envie de fonder une famille, vous vivez avec les enfants de votre frère je crois,
comment vous imaginez l'avenir?

- (Nadia Murad):
Oui, je vie en Allemagne avec ma soeur, mes neveux aussi sont en Allemagne dans une autre région.
Le futur pour moi et les miens pour l'instant comme pour les personnes qui vivent en Irak et en Syrie,
est complètement bouché. Nous n'avons pas de futur. Quand à mon avenir personnel, je ne peux pas y penser pour l'instant.
Ce que je sais, il faut d'abord libérer les gens qui sont encore prisonnier et je ne peux pas penser
à mon futur avant de pouvoir enterrer les restes de ma mère et de mes frères. Je dois créer un avenir pour mon peuple
avant cela je n'aurai pas d'avenir pour moi.

- (animatrice de France 24 tv):
Nadia Murad, merci beaucoup d'avoir partagé avec nous votre témoignage.
Merci à toutes et à tous de nous avoir suivi. C'est la fin de cet entretien restez sur France 24, l'info continue.
Thank you (Merci).