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Le secret admirable du très Saint Rosaire pour se convertir et se sauver (suite)

47. Quoique ce cantique nouveau s'adresse directement à la Mère de Dieu et qu'il contienne ses éloges, il est néanmoins très glorieux à la Sainte-Trinité, parce que tout l'honneur que nous rendons à la sainte Vierge retourne à Dieu comme à la cause de toutes ses perfections et de tous ses vertus. Dieu le Père est glorifié de ce que nous honorons la plus parfaite de ses créatures. Le Fils est glorifié de ce que nous louons sa très pure Mère. Le Saint-Esprit est glorifié de ce que nous admirons les grâces dont il a rempli son épouse. De même que la sainte Vierge, par son beau cantique Magnificat, renvoya à Dieu les louanges et les bénédictions que lui donna sainte Elisabeth sur son éminente dignité de Mère du Seigneur, de même elle renvoie promptement à Dieu les éloges et les bénédictions que nous lui donnons par le salut angélique.

48. Si la Salutation angélique rend gloire à la Sainte-Trinité, elle est aussi la louange la plus parfaite que nous puissions adresser à Marie. Sainte Melchtilde, désirant savoir par quel moyen elle pourrait mieux témoigner la tendresse de sa dévotion à la Mère de Dieu, fut ravie en esprit; et sur cette pensée, la sainte Vierge lui apparut portant sur son sein la Salutation angélique écrite en lettres d'or et lui dit: "Sachez, ma fille, que personne ne peut m'honorer par un salut plus agréable que celui que m'a fait présenter la très adorable Trinité et par lequel elle m'a élevée à la dignité de Mère de Dieu. Par le mot "Ave", qui est le nom d'Eve, Eva, j'appris que Dieu, par sa toute-puissance, m'avait préservée de tout péché et des misères auxquelles la première femme fut sujette. Le nom de "Marie", qui signifie dame de lumières, marque que Dieu m'a remplie de sagesse et de lumière, comme un astre brillant, pour éclairer le ciel et la terre. Ces mots: "pleine de grâces", me représentent que le Saint-Esprit m'a comblée de tant de grâces que je puis en faire part abondamment à ceux qui en demandent par ma médiation. En disant: "Le Seigneur est avec vous", on me renouvelle la joie ineffable que je ressentis lorsque le Verbe éternel s'incarna dans mon sein. Quand on me dit: "vous êtes bénie entre toutes les femmes", je loue la divine miséricorde qui m'a élevée à ce haut degré de bonheur. A ces paroles: "Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni", tout le ciel se réjouit avec moi de voir Jésus mon Fils adoré et glorifié pour avoir sauvé les hommes".

17 Rose 49. Entre les choses admirables que la sainte Vierge a révélées au bienheureux Alain de la Roche (et nous savons que ce grand dévot à Marie a confirmé par serment ses révélations), il y en a trois des plus remarquables: la première, que c'est un signe probable et prochain de réprobation éternelle, que d'avoir de la négligence, de la tiédeur et de l'aversion pour la Salutation angélique qui a réparé le monde -la seconde, que ceux qui ont de la dévotion pour cette admirable salutation portent un très grand signe de prédestination -la troisième, que ceux qui ont reçu du ciel la faveur d'aimer la sainte Vierge et de la servir par affection, doivent être extrêmement soigneux de continuer à l'aimer et à la servir jusqu'à ce qu'elle les ait fait placer dans le ciel par son Fils au degré de gloire convenable à leurs mérites (Alanus).

50. Tous les hérétiques, qui sont tous des enfants du diable et qui portent les marques évidentes de la réprobation, ont horreur de l'Ave Maria; ils apprennent encore le Pater, mais non pas l'Ave Maria; ils aimeraient mieux porter sur eux un serpent qu'un chapelet ou un rosaire. Entre les catholiques, ceux qui portent la marque de réprobation ne se soucient guère du chapelet ni du Rosaire, négligent de le dire ou ne le disent qu'avec tiédeur et à la hâte. Quand je n'ajouterais aucune foi pieuse à ce qui a été révélé au bienheureux Alain de la Roche, mon expérience me suffit pour être persuadé de cette terrible et douce vérité. Je ne sais pas, et je ne vois pas même évidemment comment il se peut faire qu'une dévotion si petite en apparence soit la marque infaillible du salut éternel, et son défaut la marque de la réprobation. Cependant, rien n'est si véritable. Nous voyons même que les gens de nouvelles doctrines de nos jours condamnées par l'Eglise, avec toute leur piété apparente, négligent beaucoup la dévotion au chapelet et au Rosaire et souvent l'ôtent de l'esprit et du coeur de ceux ou celles qui les approchent, sous les plus beaux prétextes du monde; ils se gardent de condamner ouvertement, comme font les calvinistes, le chapelet, Rosaire, scapulaire; mais la manière dont ils s'y prennent est d'autant plus pernicieuse qu'elle est plus fine. Nous en parlerons dans la suite.

51. Mon Ave Marie, mon Rosaire ou mon chapelet, est ma prière, et ma très sûre pierre de touche, pour distinguer ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu d'avec ceux qui sont dans l'illusion du malin esprit. J'ai connu des âmes qui volaient, ce semble, comme des aigles, jusqu'aux nues par leur sublime contemplation, et qui cependant étaient malheureusement trompées par le démon, et je n'ai découvert leurs illusions que par l'Ave Maria et le chapelet, qu'elles rejetaient comme au-dessous d'elles. L'Ave Maria est une rosée céleste et divine qui, tombant dans l'âme d'un prédestiné, lui communique une fécondité admirable pour produire toutes sortes de vertus, et plus l'âme est arrosée par cette prière, plus elle devient éclairée dans l'esprit, embrasée dans le coeur et fortifiée contre tous ses ennemis. L'Ave Maria est un trait perçant et enflammé qui, étant uni par un prédicateur à la parole de Dieu qu'il annonce, lui donne la force de percer, de toucher et de convertir les coeurs les plus endurcis, quoique d'ailleurs il n'ait pas beaucoup de talent naturel pour la prédication. Ce fut ce trait secret que la sainte Vierge, comme j'ai déjà dit, enseigna à saint Dominique et au bienheureux Alain, pour convertir les hérétiques et les pécheurs. C'est de là qu'est venue la pratique des prédicateurs de dire un Ave Maria en commençant leur prédication, comme assure saint Antonin.