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"Le combat pour la messe m’a fait prendre conscience qu’une restriction de liberté aux allures bienveillantes était vite arrivée"

Adélaïde Beutter, initiatrice du Mouvement Rendez-vous la Messe, est interrogée dans l’Appel de Chartres :

Adélaïde, merci d’avoir accepté cet échange. Comment connaissez-vous Notre-Dame de Chrétienté ?

J’ai grandi avec le rendez-vous annuel du pèlerinage de Chartres, pour commencer aux chapitres enfants puis aux chapitres adultes. Mes parents étant des pèlerins de la première heure !

Lors du deuxième confinement vous vous êtes impliquée dans l’organisation de rassemblements à Versailles pour réclamer le rétablissement des messes. Pouvez-vous nous raconter comment cela s’est lancé ?

C’est vraiment tout simple… Premier dimanche du deuxième confinement, messe sur internet, on l’avait fait une fois mais pas deux, ce n’était vraiment pas possible de repartir pour un tour ! J’ai donc appelé une amie, fidèle pèlerine de Chartres aussi, en lui proposant de faire un chapelet devant la cathédrale. Une petite conversation a alors été créée, donnant heure et lieu de rendez-vous. À 18h, nous nous sommes mis à genoux, à 4 ou 5, sur les marches du parvis, et nous avons commencé le chapelet. Nous l’avons alterné avec quelques cantiques. À la fin, quand nous nous sommes retournés nous avons constaté que nous étions plus de 600. Durant la semaine, j’ai ensuite été contactée par plusieurs jeunes de villes différentes qui voulaient organiser la même chose chez eux.

Pensiez-vous que le mouvement prendrait autant d’ampleur ?

J’étais très loin de penser que le mouvement prendrait autant d’ampleur, j’ai été surprise bien sûr, mais aussi rassurée. Nous étions donc très nombreux à ressentir ce manque profond.

Lors du premier confinement il n’était pas possible d’assister aux messes dans les églises, pourquoi avoir manifesté pour y retourner cette fois ? Quelle différence entre une messe sur internet et dans un lieu de culte ?

Nombre de commerces étaient cette fois restés ouverts, les écoles aussi, la semaine nous allions travailler en empruntant les métros bondés. Mais le dimanche nous n’avions pas le droit d’aller à la Messe. Nous étions donc animés d’un grand sentiment d’injustice. Interdire les Messes quand on autorise les commerces de premières nécessités c’est une profonde méconnaissance du mystère de l’Eucharistie, car notre première nécessité à nous, Catholiques, elle est là ! Difficile à expliquer à des non catholiques, mais la Messe sur internet c’est comme si vous regardiez des gens déjeuner à la télé et que l’on vous disait que vous devriez vous sentir rassasié. C’est effacer la présence réelle et les grâces reçues à la messe. Si rester devant son écran était suffisant, pourquoi les prêtres continueraient-ils à la célébrer, puisqu’il suffirait finalement que tous les catholiques regardent à la télé ou sur Youtube celle du pape transmise depuis le Vatican !

Dans la vie quotidienne, vous êtes étudiante, comment cela se passe-t-il avec les contraintes du couvre-feu et du confinement ? Comment vivez-vous cette période ? Y-a-t-il des initiatives (spirituelles ou matérielles) des étudiants entre eux pour se soutenir ?

Comme pour tout le monde, ce n’est pas facile de suivre les cours dans la solitude de sa chambre, ne pas pouvoir se retrouver autour d’un verre, mais je dois dire que là encore, le rythme offert par les offices, une vie de paroisse, même limitée, sont salvateurs. Mais pour parler des effets bénéfiques, même en n’allant plus à l’université, j’ai pu aller plus souvent à la messe en semaine. Et même me confesser pour Pâques en dehors des heures de pointe ! Je ne suis pas la seule, je le sais. J’ai aussi pu me joindre au chapelet familial avec mes petits frères et sœurs, avant le dîner, ce qui m’arrivait rarement ces dernières années, en raison de mes horaires.

Les informations d’aujourd’hui prédisent un futur incertain, voire inquiétant, comment envisagez-vous l’avenir ? Qu’espérez-vous ?

Le combat pour la messe m’a fait prendre conscience qu’une restriction de liberté aux allures bienveillantes était vite arrivée… et vite acceptée ! Surtout dans une société qui n’a plus que la santé pour seule fin, puisque, la religion s’effaçant, la vie s’arrête avec celle du corps. À courte terme, nous espérons que jamais machine arrière ne sera faite, que le message est bien passé : nous voulons notre Messe ! Cependant nous l’avons fait une fois, nous sommes capables de recommencer. Pour quoi nous battrions-nous, si nous ne sommes même pas capables de le faire pour la Messe ?

Serez-vous au pèlerinage de Chartres cette année ?

Oui, bien sûr ! Pas question de le manquer. En être privé l’an dernier nous en a montré s’il en était besoin toute l’importance même si pour ma part, en 2020, pour ne pas rompre le fil j’ai marché avec quelques amis de façon informelle : cela s’est transformé en occasion de découvrir les vrais chemins empruntés par Charles Péguy. Nous y avons croisé d’autres pèlerins indépendants d’ailleurs !

Un petit message aux étudiants qui lisent l’Appel de Chartres ?

Il est l’heure de se réveiller, comme le dit la voix la plus détestée et la plus célèbre du pèlerinage. Pas de temps pour traîner. Ne pas perdre l’objectif de vue ! Nous sommes les adultes, parents, religieux de demain. Nous aurons d’une manière ou d’une autre charge d’âme. Il nous faut donc continuer de construire notre vie intérieure, notre vie professionnelle, nos amitiés… Cette épreuve est la première que nous traversons collectivement, il y en aura peut-être d’autres, sanitaires ou pas, que deviendra notre pays si même les jeunes catholiques ont peur ? Pour soigner la France de tous ses maux, il y a mieux que les traitements et les vaccins, il y a la prière.

Et justement Chartres sonne, Chartres t’appelle !