Lux Æterna

Témoignage de Henri, libéré du traditionalisme.

​« J'ai grandi dans le milieu traditionaliste. Pour moi, la foi était une question de fidélité au passé. On assistait exclusivement à la messe d'avant le concile Vatican2 car on méprisait la messe de Paul VI, on respectait scrupuleusement les jeûnes, les prières prescrites, le catéchisme de Saint Pie X et on se sentait investis d'une mission : garder la "vraie foi" contre l'Eglise que l'on jugeait apostate et un monde qui, selon nous, était entièrement sous la coupe du diable. La religion était mon identité. J’étais convaincu que mon salut passait par cette fidélité aux rites d'avant Vatican2, par la profession d'une doctrine apprise par cœur, par cette rectitude morale qui nous distinguait des autres.
​Pendant des années, cette rigueur m'a à la fois rassuré et gonflé d'orgueil. Mais, en vieillissant, un vide a commencé à se faire de plus en plus sentir. Malgré une pratique assidue, je me sentais paradoxalement loin de Dieu et je n'arrivais pas à sortir de cette médiocrité spirituelle qui faisait mon quotidien. J’avais l'impression de servir un système, un édifice colossal fait de dogmes et de traditions séculaires, mais je ne connaissais pas vraiment le Jésus dont parlaient les Évangiles et je n'étais ni embrasé par le Saint-Esprit, ni la créature nouvelle dont parle Saint Paul.
​Le tournant a été assez simple : un ami qui avait quitté le milieu de la "Tradition" m'a mis au défi de lire les quatre Évangiles sans aucun commentaire, sans catéchisme, sans l'appui de ce que j'avais toujours appris et cru. Juste le texte brut avec un esprit aussi neutre que possible. J'ai trouvé sa proposition curieuse car j'entendais l'Évangile tous les dimanches et parfois aussi la semaine, et je croyais le connaître. J'ai cependant pris son défi au sérieux.
​Ce que j'ai brusquement découvert m'a terrifié au début, puis finalement libéré. Dans les Évangiles, Jésus passait son temps à se heurter à des gens qui me ressemblaient étrangement, les fameux pharisiens, les gardiens scrupuleux de la Loi, ceux qui pensaient que Dieu et son salut étaient des récompenses pour les plus méritants. J'ai redécouvert un Jésus qui mangeait avec des marginaux, qui pardonnait sans exiger de réparation préalable mais qui demandait simplement un véritable repentir et une foi confiante en Lui, et dire à des gens scrupuleusement "en règle" qu'ils étaient les plus éloignés du Royaume.
​Mais le véritable séisme fut la découverte de la gratuité absolue du salut. Pendant des années, j’avais vécu ma foi comme une sorte de contrat : je donnais ma fidélité, mon obéissance, mon respect des rites et des devoirs de mon état, mes différentes dévotions parfaitement codifiées, et en retour, Dieu se devait de m'accorder sa protection, sa bénédiction et, un jour, son salut. Je voyais Dieu comme un comptable de mes mérites.
​En essayant de lire les Évangiles d'une manière neuve, comme si c'était la première fois, tout ce système s'est effondré sous le poids d'un amour totalement gratuit que je n'avais jamais ni connu, ni même envisagé. J'ai découvert un Jésus qui ne cherche pas des "parfaits", mais des cœurs brisés qui attendent tout de Lui. J'ai vu cet amour fou, insensé, qui se donne sans calculer. Ce n'est pas parce que j'ai été exemplaire dans mon traditionalisme qu'il m'a choisi ; c'est alors que j'étais perdu dans mes efforts et mes masques qu'il est venu me chercher.
​C'est là que j'ai vraiment compris la folie de la Croix : Jésus a tout payé, tout pris sur lui, alors que je n'avais rien à lui offrir en échange. Le salut n'est pas la récompense de ma vie ; il est le point de départ. Je ne cours plus pour être aimé de Dieu ; je cours parce que j'ai déjà été aimé, parce que je suis aimé d'un amour qui ne demande pas d'être merité mais de me laisser transformer par lui par la foi et la confiance totale. Mon ego en a pris un coup car il est dure de se dire que rien n'a de valeur dans nos actions pour Dieu et pour notre salut.
​C’est pourtant une libération totale : je ne suis plus un esclave qui travaille pour son maître exigeant dont il ne connait pas le jugement, je suis un enfant qui réalise, avec une gratitude qui me submerge parfois, que tout est déjà accompli par le Seigneur. Mon "mérite" ne pèse rien face à la profondeur de ce don gratuit. J'ai tout reçu alors que je ne méritais rien, et cette vérité est devenue le seul moteur de ma vie. Je ne cherche plus à cocher des cases ou à suivre scrupuleusement des règles pour être sauvé ; je vis dans l'émerveillement quotidien de celui qui a enfin compris que le ciel ne se gagne pas, il se reçoit, dans un abandon total à cet amour qui m'a aimé le premier.
​J'ai réalisé que le "système traditionaliste", avec ses lourdeurs et son besoin de tout contrôler, avait créé un écran entre le Christ et moi. La "tradition" était devenue, pour moi, une sorte de "voile" qui, au lieu de révéler, cachait la radicalité de l'Évangile et m'empêchait de vivre une relation toute simple, toute directe et pour tout dire toute amoureuse avec Jésus. Le traditionalisme m'enfermait dans une cage dorée ; la lecture renouvelée de l'Évangile m'a ouvert la porte de la prison et j'ai pu expérimenté ce que j'entendais dans les lectures de la messe mais qui glissait sur moi comme de l'eau sur les plumes d'un canard: la liberté des enfants de Dieu. Je remercie chaque jour le Seigneur de m'avoir parlé à travers mon ami et de m'avoir donné le désir de relèver son défi. »

Henri N.
1839
jean-yves macron

Je dois ma sortie (miraculeuse) du lefebvrisme aussi grâce à la décision de lire l'Evangile quotidiennement. Je pense que 100 % des traditionalistes ne lisent pas l'Evangile en son entier et n'en vivent pas quotidiennement. J'avais d'ailleurs demandé à quelques de mes ex amis s'ils avaient lu les 4 évangiles : aucun. Sauf un, une fois dans sa vie, avait lu les 4 évangiles en un seul.