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Comme dans un film : Au milieu de la nuit

Les bergers de Bethléem qui gardaient leurs troupeaux et dormaient à la belle étoile furent les premiers à recevoir l’annonce de l’ange et à voir et à adorer le Fils de Dieu sur la terre.

COMME DANS UN FILM16 mai 2021

Saint Luc raconte que le jour où Jésus naquit « il y avait dans la région des bergers qui restaient aux champs et se relayaient pour garder leurs troupeaux durant la nuit » (Lc 2,8). Nous ne savons pas grand-chose de ces personnages. Nous ignorons leurs noms, et nous ne savons pasnon plus avec certitude combien ils étaient,sans doute pas très nombreux. Bethléem n’était pas un très grand village, et il ne semble pas qu’il y ait eu dans la région de grands troupeaux de moutons. Aujourd’hui un seul berger est capable de s’occuper de plus de cent brebis, ce qui nous laisse imaginer qu’il s’agissait d’un groupe assez peti

Quand vient la fatigue

Quand Jésus naquit, les gens, de retour chez eux, étaient en train de diner ou de se reposer. Les bergers, en revanche, surveillaient leur troupeau à tour de rôle. C’est pourquoi l’ange les trouva : parce qu’ils étaient en train de travailler. C’était un travail très modeste, probablement peu considéré dans la société de leur temps. De plus, celui qui travaille la nuit le fait souvent parce qu’il n’a pas d’autre solution. L’expérience des bergers montre que le Seigneur peut venir quand on est très fatigué ou quand on fait un travail subalterne, obscur. Des années plus tard, cela allait se reproduire, lorsque Jésus appela certains de ses apôtres à la suite d’une pêche nocturne infructueuse. Car pour un enfant de Dieu, la fatigue et la contradiction peuvent être des compagnes de route :

-Quand tu considères la beauté, la grandeur et l’efficacité de la tâche apostolique, tu me dis que tu arrives à en avoir mal à la tête, parce que tu penses au chemin qu’il te reste à parcourir –Combien d’âmes nous attendent !- : et tu te sens si heureux quand tu t’offres à Jésus pour être son esclave. Tu désires ardemment la Croix et la douleur et l’Amour des âmes. Sans le vouloir, comme instinctivement, -dans un mouvement d’Amour- tu étends les bras et tu ouvres les paumes de tes mains pour qu’il te cloue à sa Croix bénie : pour devenir son esclave –serviam !-, autant dire pour régner avec Lui.[1]

Les bergers n’avaient même pas un endroit pour se reposer, ‟ils dormaient à la belle étoile” (Lc 2, 8), dit saint Luc. Et c’est peut-être aussi à cause de cela que l’ange les trouva. Il n’eut pas à tourner en rondou à frapper à une porte. Les bergers étaient là, disponibles, alors que tous les autres dormaient, alors que tous les autres pensaient que cette journée était terminée.

Et pourtant, il s’était produit l’événement le plus extraordinaire de ce jour et de tous les temps : la naissance du Messie. Parce que Dieu ne fait pas de bruit. Il a voulu se manifester pendant la nuit, alors que très peu de gens étaient encore éveillés. Dieu agit ainsi, il aime être caché, passer inaperçu. Il arrive de façon inattendue parmi ceux qui possèdent moins et peuvent moins que les autres. Et là, c’est au milieu de ce néant que Dieu déploie toute sa grandeur.

Sur mon bureau

En effet, au milieu de la pauvreté des bergers, « un ange du Seigneur se trouva soudain devant eux, en même temps quela Gloire du Seigneur resplendissait tout autour. Ils furent saisis d’une grande crainte » (Lc 2, 9). Il est incroyable de penser que l’ange vint chercher des bergers à Bethléem, au lieu d’aller, par exemple, annoncer la Bonne Nouvelle aux prêtres du temple de Jérusalem. Dans le temple se trouvait la gloire du Seigneur, et il aurait semblé logique que l’ange y soit allé. Et bien, c’est dans la campagne de Bethléem et au milieu de la nuit, que « la Gloire du Seigneur resplendit autour d’eux » (Lc 2, 9). Quelle chose merveilleuse ce fut certainement !Les bergers devaient être occupés à leurs tâches habituelles : l’un devait somnoler, l’autre manger, un autre surveiller…Et au milieu de ces travaux si ordinaires, se manifesta la Gloire du Seigneur. On comprend qu’ils aient ressenti une « grande crainte». Marie aussi avait été troublée par l’annonce de l’ange Gabriel. C’est la crainte de nous savoir indignes de partager les choses de Dieu, mais crainte fructueuse, parce qu’elle nous conduit à prêter l’oreille, à être attentifs, à être délicats et à nous émerveiller devant les manifestations du Seigneur.

L’ange, sachant ce que devaient ressentir les bergers, leur dit : « Ne craignez pas, c’est une bonne nouvelle que je vous apporte, et qui fera la joie de tout le peuple: aujourd’hui, dans la cité de David, vous est né un Sauveur. C’est le Messie, le Seigneur. Et vous le reconnaitrez à ceci : vous trouverez un enfant nouveau-né enveloppé de langes et déposé dans une mangeoire » (Lc 2, 10-12). La peur ressentie d’abord par les bergers s’efface devant l’annonce de paix et de joie faite par l’ange.

Nous ne manquons pas d’être étonnés qu’une mangeoire soit le trône du Seigneur. Pour les bergers, c’était un objet usuel dans leur travail. Ce serait en quelque sorte, pournous, comme si l’ange nous disait que l’enfant nous attend sur notre bureau, dans la cuisine ou dans la voiture. C’est pourquoi les bergers devaient être un peu étonnés. Cette même mangeoire, qu’ils remplissaient tous les jours de nourriture pour les moutons, allait maintenant servir à bercer le Fils de Dieu. Déposé dans un endroit réservé à la nourriture, il nous dit par avance qu’il est venu se donner en nourriture pour chacun de nous.

-Dieu se fait tout petit pour être notre nourriture. En nous nourrissant de lui, Pain de Vie, nous pouvons renaitre dans l’amour et briser la spirale de la convoitise et de la cupidité. (…) Devant la mangeoire, nous comprenons que ce qui nourrit la vie ce ne sont pas les biens matériels, mais l’amour ; ce n’est pas l’avidité mais la charité ; ce n’est pas la richesse ostentatoire, mais la simplicité que l’on doit préserver [2].

Gagner la confiance de Marie

Après l’annonce de l’ange, les bergers « partirent en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la crèche » (Lc 2, 16) Il est logique que dans ce verset l’évangéliste nomme d’abord Marie, avant Joseph…et avant l’Enfant ! Quand un enfant vient de naitre, sa mère ne le quitte pas des yeux et si nous voulons lui faire une caresse, c’est à elle que nous en demandons la permission. Les bergers devaient gagner la confiance de Marie pour s’approcher de l’Enfant. En effet, ils avaient apporté ce qu’ils avaient alors sous la main : un peu de nourriture, de quoi protéger du froid, une brebis…Mais, que valait tout cela quand on est devant le Roi des Rois ? Cela pouvait paraitre insignifiant, mais Marie, comme toute bonne mère, regarde surtout la tendresse avec laquelle ils ont offert ces cadeaux. Et les bergers, après avoir gagné la confiance de Marie, ont dû s’approcher de l’Enfant et ont dit quelque chose ressemblant à ce que nous avons si souvent entendu dans la bouche de notre Père :

-Je regarde Dieu couché dans un endroit où ne vivent que les bêtes, et je m’exclame : Jésus où est ta royauté ? Mon enfant, as-tu vu la grandeur de Dieu qui s’est fait petit enfant ? Parce que son Père est Dieu, et ses serviteurs sont les créatures angéliques. Et il est là, dans une mangeoire, enveloppé de langes…[3]

***

Les bergers n’ont sans doute jamais oublié ce qu’ils vécurent cette nuit-là. En ce début de nuit comme toutes les autres, rien ne leur avait laissé présager les merveilles dont ils allaient être témoins. Un ange leur avait apparu, et puis ensemble ils étaient allés adorer le Messie nouveau-né. C’est pourquoi la fin du récit ne nous surprend pas, après leur rencontre avec la Sainte Famille : « ils firent connaitre ce qui leur avait été dit de cet enfant. Et tous ceux qui les entendirent furent émerveillés de ce que leur racontaient les bergers » (Lc2, 17-18).

Ces hommes simples, habitués à se confronter à des animaux, sont devenus des annonciateurs de la venue du Sauveur. Voir l’Enfant a provoqué en eux un petit et un grand changement. Alors qu’auparavant ils travaillaient plus ou moins chacun pour soi, maintenant c’est fini. Désormais, ils parcourront la région de Bethléem, non seulement à la recherche de pâturages pour leurs moutons, mais en annonçant ce qu’ils ont vu. Cette mission des bergersest difficile, parce qu’ils n’avaient pas reçu une formation appropriée pour proclamer la Parole. Mais ici apparait toute la puissance de Dieu, « car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1Cor 1, 25). Les bergers n’avaient pas besoin d’être savants pour parler de l’Enfant : il leur suffisait de transmettre leur rencontre personnelle avec Lui.

D’après Eusebio Gonzalez

Photo: Dan Kiefer (Unsplash)


[1] Forge, n.1027.

[2] François, Homélie, 24-XII-2018.

[3] Méditation, 6-I-1956.

Noël

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