Grosminet
196

La Russie poutinienne, un rempart contre la décadence occidentale ?

L’acte de consécration de la Russie du pape François, le 25 mars 2022, amène à s’interroger sur la façon dont il est perçu par les orthodoxes russes.

Comme le rappelait Mgr Athanasius Schneider dans un entretien accordé à Diane Montagna pour le site américain OnePeterFive, le 21 mars : « A Fatima, au Portugal, la Mère de Dieu a révélé ceci : la Russie se convertira à l’unité catholique. [En effet] la douloureuse division entre l’Eglise d’Orient et d’Occident a arraché la Russie à la véritable Eglise du Christ depuis 900 ans. » Comment les orthodoxes voient-ils aujourd’hui cette conversion ?

La première partie de cet article a présenté le cadre historique, politique et religieux dans lequel il faut considérer la conversion de la Russie.

La Russie et le message de Fatima

Sur son blogue du 12 mars, le vaticaniste Aldo Maria Valli cite l’analyste américain John Horvat qui se demande si les Russes sont d’accord avec le message de Fatima. Pour lui, « depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, une opinion erronée a commencé à circuler parmi les catholiques occidentaux, selon laquelle s’opérait la conversion de la Russie prévue par la Vierge.

« Ce récit de la conversion s’est renforcé sous Vladimir Poutine. Il fait référence à la chute du communisme et aux tentatives ultérieures de rétablir un semblant d’ordre dans le pays desséché par sept décennies de régime athée. Certains voient dans l’augmentation des professions de foi (mais pas des pratiques) après la guerre froide une sorte de conversion en cours.

« Certains catholiques ne sont que trop prêts à inclure ces efforts dans le message de Fatima. Aussi petit soit-il, ils interprètent tout geste comme faisant partie du processus de conversion. De plus, ils sont heureux de voir les orthodoxes russes, et non l’Eglise catholique, comme l’instrument de Dieu dans cette conversion. Comme si cela ne faisait aucune différence. »

Et de rappeler : « La Russie en cours de conversion semble tout aussi encline à la décadence que les autres pays européens.

Une enquête sur les pays d’Europe de l’Est, par exemple, montre que les catholiques sont beaucoup plus capables que les orthodoxes russes d’assister à des offices religieux hebdomadaires (42 % en Pologne contre 7 % en Russie), de jeûner pendant les périodes saintes (72 % en Croatie contre 27 % en Russie) ou de se livrer à une prière quotidienne (44 % en Croatie contre 18 % en Russie).

Les données des Nations unies révèlent que la Russie a le taux d’avortement par habitant le plus élevé du monde – presque le triple du taux américain. La Russie continue d’avoir l’un des niveaux de consommation d’alcool les plus élevés au monde. D’autres indicateurs sociaux tels que les taux de suicide et les niveaux de prostitution sont également extrêmement élevés.
»

En outre, « les responsables orthodoxes russes ont tendance à considérer les apparitions de Fatima comme une invention catholique, visant à empiéter sur ce qu’ils prétendent être un territoire canonique et une zone d’influence exclusivement orthodoxe.

Considéré à la lumière du Grand Schisme de 1054, quand l’Eglise orientale a quitté Rome, le message de Fatima est rejeté. Les orthodoxes ont longtemps persécuté les catholiques en Russie et empêché la pratique de la vraie foi.

« Au lieu d’accueillir le message de Fatima comme une aide envoyée par le ciel pour encourager les Russes en cette période de grand besoin spirituel, l’Eglise orthodoxe russe le considère avec ressentiment. Elle prétend que la Russie n’a pas besoin d’être convertie puisqu’elle est chrétienne depuis plus de mille ans.

« Il n’y a pas besoin de consécration puisque le peuple russe reconnaît déjà la Vierge comme la Mère de Dieu, la Théotokos. En bref, l’Eglise orthodoxe russe s’exclut du message de Fatima parce que ses responsables ne croient pas qu’il vienne du ciel. »

Cf. : fsspx.news