Les larmes de « Padre » Georg

26 Juil 2022 |
Nico Spuntoni
« Il Giornale » (26 juin 2022)

Plus de neuf ans après la démission de Benoît XVI du ministère pétrinien, ceux qui ont vécu à ses côtés les jours qui ont séparé le Consistoire de la Declaratio du dernier adieu aux fidèles depuis le balcon du Palais apostolique de Castel Gandolfo n’ont cessé de s’en souvenir avec émotion. C’est le cas de Mgr Georg Gänswein, préfet de la maison pontificale et secrétaire personnel du pape émérite, qui n’a pu retenir ses larmes la semaine dernière en prononçant un discours de remerciements lors de la cérémonie pour le 95e anniversaire de Ratzinger organisée à Munich, dans la salle Hubertus du palais de Nymphenburg. « Je n’aurais pas pensé que le dernier bout de chemin entre le monastère et les portes du ciel où se tient Pierre pouvait être aussi long », a dit le prélat allemand [citant Benoît XVI, cf. annexe] devant un public silencieux, devant s’interrompre trois fois sous le coup de l’émotion avant de terminer sa phrase.

La cérémonie, organisée par l’Institut Joseph Ratzinger de Ratisbonne, a été retransmise en direct par la chaîne de télévision américaine Ewtn et a eu un spectateur d’exception à l’intérieur des murs léonins : le pape émérite lui-même. Les images mêmes qui ont immortalisé les larmes de Gänswein sont rapidement devenues virales sur les canaux sociaux dédiés à Benoît XVI et ont fait craindre une aggravation de l’état de santé du pape émérite de 95 ans. En réalité, ceux qui ont eu la chance de le rencontrer récemment au monastère Mater Ecclesiae l’ont trouvé lucide et de bonne humeur, malgré les douleurs normales liées à la vieillesse.

L’année 2022 n’a pas été facile pour Joseph Ratzinger : une grande déception est en effet venue en janvier de son Allemagne natale après la publication du rapport sur la gestion des abus dans l’archidiocèse de Munich et Freising qui mettait en cause sa conduite en tant qu’archevêque pour des faits relatifs à 1980. Les accusations d’avoir couvert un prêtre pédophile, déjà rejetées dans un mémoire de défense de 82 pages envoyé au cabinet d’avocats qui a traité le dossier, l’ont convaincu de prendre la plume et d’écrire une lettre publique datée du 6 février dans laquelle il évoque la possibilité de se retrouver « très bientôt devant le juge ultime de la vie » et exprime sa gratitude au pape François pour la « confiance, le soutien et la prière » qui lui ont été personnellement exprimés. Ces derniers jours, la nouvelle est venue de Traunstein d’une plainte civile déposée par une victime de ce prêtre contre Ratzinger et son successeur à Munich, le cardinal Friedrich Wetter, 94 ans.

Il faut dire qu’avant même la publication du rapport en janvier, il avait déjà été précisé que dans le cas en cause, Ratzinger, alors archevêque, n’avait pas connaissance des violences commises par le religieux et n’avait de toute façon pas autorisé sa participation à des activités pastorales, mais seulement l’octroi d’un logement à Munich.

Malgré cela, le pape émérite a été critiqué par une partie de l’épiscopat allemand et notamment par le président de la Conférence épiscopale, Mgr Georg Bätzing et son prédécesseur, le cardinal Reinhard Marx.

Ce dernier, actuel patron à Munich comme archevêque , n’était pas présent à la cérémonie organisée au château de Nymphenburg, pour célébrer le 95e anniversaire. Outre Gänswein, il y avait par contre le nonce apostolique en Allemagne, Nikola Eterović, et l’ancien président du Land de Bavière, Edmund Stoiber qui a qualifié Ratzinger de « plus grande personnalité » qu’il ait rencontrée dans sa vie.

Les larmes de « Padre » Georg | Benoit et Moi

Veritasanteomnia
Mite e grandioso avvolto dalla Veste Rossa del Suo peculiare Martirio