La La FSSPX a-telle falsifié le catéchisme de Saint Pie X et le canon de la Messe de saint Pie V ?
La FSSPX a-telle falsifié le catéchisme de Saint Pie X et le canon de la Messe de saint Pie V ?ALETHEIA
Lettre d’informations religieuses ”La vérité vous rendra libres”
(Jean 8, 32) XXVI e année n° 350
Le 29 janvier 2025.
"Sous le titre « Une édition falsifiée » – titre de l’auteur – j’ai publié dans le dernier numéro d’Aletheia (n° 349, 16 décembre 2024), les remarques de l’abbé Hervé Belmont sur la traduction du Catéchisme de la doctrine chrétienne de saint Pie X, traduction réalisée par deux prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X.
Un prêtre de la FSSPX, docteur en philosophie et spécialiste de la liturgie, m’écrit :
« l'abbé Belmont critique la traduction faite en 2010 de ce Catéchisme, en la comparant à celle de 1913, et il crie à la falsification.
Permettez-moi de dire que les deux exemples que vous citez n'aboutissent nullement à cette conclusion, et même au contraire. Le premier exemple porte sur le ministre extraordinaire de la confirmation.
Dans la traduction de 2010, le Pape n'est plus mentionné explicitement.
On s'écrie qu'il y a là une sorte de censure. En vérité il n'en est rien. Le Catéchisme, aussi bien que la traduction de 1913, date d’avant le Code de droit canonique préparé par saint Pie X et promulgué par Benoît XV. Or, ce Code a modifié et clarifié la situation. Comme le montre le document Naz, le canon 782 affirme que ce ministre extraordinaire peut en avoir la faculté soit par le droit commun, soit par un indult du Pape. C’est exactement ce qu'affirme la traduction de 2010, en présentant la chose de façon ramassée (un enfant de 10 ans n'a pas forcément besoin des arguties canoniques). Autrement dit, la traduction de 1913 est dépassée, elle n'exprime plus la pratique de l'Église, et seule la traduction de 2010 donne à son lecteur la bonne réponse.
Le deuxième exemple porte sur la traduction du ”una cum”. Contrairement à l'affirmation du texte critique, ce ”una cum” appartient au latin chrétien et non au latin classique, et il se présente comme un ”faux ami” qui entraîne plus de difficulté qu'on ne le croit pour sa traduction.
En gros, deux écoles s'opposent sur le sens de cette expression, l'une tenant pour « avec », l'autre tenant pour « pour ».
Deux missels classiques (parmi d'autres) utilisent le ”pour”, et je vous les joins : le Feder de 1958 et le Dom Lefebvre de 1961 (on pourrait en citer d'autres). Et ceci est appuyé sur la traduction ”scientifique” réalisée par dom Botte et Christine Mohrmann (l'éminente spécialiste du latin chrétien) en 1953, que je vous joins également.
Le choix de cette traduction en ”pour” peut certes être critiquée, si on le veut, mais elle n'est absolument pas une ”falsification”. Il me semble que, pour que vos lecteurs aient une vue d'ensemble de la situation, il ne serait pas mauvais de leur communiquer ces informations. » Je publie volontiers ces « informations » d’un prêtre savant et bienveillant.
Mais je me permets deux remarques :
• La discipline de la confirmation a bien été changée par le code de droit canonique de 1917 (le seul que la FSSPX reconnaisse).
On y lit :
« §1 Le ministre ordinaire de la confirmation est seulement l’évêque.
§2 Le ministre extraordinaire est le prêtre à qui cette faculté a été concédée en vertu du droit commun ou d’un indult particulier du Saint-Siège »
(can. 782).
Les auteurs de la nouvelle traduction auraient dû mentionner que la discipline relative au ministre de la confirmation avait changé, ils l’ont fait pour d’autres points du Catéchisme de saint Pie X .
Mais ils ont bien tronqué le texte de saint Pie X.
Au lieu de traduire simplement « le prêtre qui en aurait reçu la faculté », ils auraient dû aussi écrire :
« le prêtre qui en aurait reçu la faculté ou par un indult particulier du Saint-Siège ».
C’est ce qui s’est produit, par exemple, dans les camps de prisonniers et dans les camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale : les prêtres prisonniers qui ont donné le sacrement de confirmation aux autres prisonniers et détenus n’ont pu le faire validement qu’après avoir reçu un indult du Saint-Siège et des pouvoirs donnés nominalement par l’archevêque de Paris.
• Un agrégé de lettres classiques, que j’ai interrogé sur l’emploi de l’expression una cum, m’écrit :
« le sens de UNA (ensemble) et UNA CUM (en compagnie de) est bien établi et fréquent dans la littérature latine classique ».
En revanche, il est vrai que « le Feder de 1958 et le Dom Lefebvre de 1961 » traduisent una cum par un simple « pour ».
Mais d’autres éditions du Dom Lefebvre, celle de 1951 par exemple, traduisent plus précisément et en meilleure doctrine : « en union avec ».
Ces comparaisons de traduction du latin au français n’ont qu’un intérêt limité puisque le Catéchisme de la Doctrine chrétienne a été rédigé par saint Pie X en italien et que c’est le texte italien de saint Pie X que les deux prêtres de la FSSPX ont traduit.
Or, saint Pie X a écrit : insieme col tuo servo N, nostro Papa ;
ce qui se traduit par « ensemble avec ton serviteur N., notre Pape ».
En traduisant par « pour votre serviteur… », les deux prêtres de la FSSPX ne traduisent pas l’insieme col de saint Pie X et minimisent le sens théologique d’una cum.
À la messe le prêtre et les fidèles ne prient pas seulement pour le pape (ce qui est toujours nécessaire), mais en union avec lui".
Yves Chiron