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L'organisation sociale féodale en trois ordres

Les trois ordres : Oratores, Bellatores, Laboratores

Les trois ordres : Oratores, Bellatores, Laboratores

Les Gilets Jaunes demeurent la partie émergée d'une crise sociale profonde. Cette "révolte" des mécontents est aussi une manifestation de défiance envers leurs représentants tant au niveau des corps intermédiaires que du monde politique. Cette crise inédite est le reflet du délitement du lien social qui existait depuis la nuit des temps nonobstant les régimes politiques et les civilisations. Reprenant le schéma des anciennes civilisations des peuples Gaulois, Grecs, Celtes, Germains, Slaves ou sous l'Empire romain et jusqu'à la Révolution française, la société se structurait autour de trois ordres aux fonctions primordiales. Soubassement social de la société cette trifonctionnalité se complétait mutuellement :

- les oratores, les hommes d'Église priaient pour ceux qui combattaient et ceux qui travaillaient ;

- les bellatores, les nobles combattaient et défendaient ceux qui priaient et qui travaillaient ;

- les laboratores, les paysans et les artisans travaillaient pour nourrir ceux qui priaient et qui combattaient.

Adalbéron, chancelier du roi Lothaire en 974 et évêque de Laon (977-1030) a été le premier auteur à avoir formulé cette tripartition dans son poème au roi Robert (Robert II le Pieux 996-1031) : "la cité de Dieu qui se présente comme un seul corps, est en réalité répartie en trois ordres : l’un prie, l’autre combat, le dernier travaille. Ces trois ordres qui coexistent ne peuvent se démembrer ; c’est sur les services rendus par l’un que s’appuie l’efficacité de l’œuvre des deux autres : chacun d’eux contribue successivement à soulager les trois, et pareil assemblage, pour être composé de trois parties, n’en est pas moins un."

Adalbéron, l'un des principaux artisans de l'avènement d'Hugues Capet sur le trône après avoir écarté Charles de Lorraine, le prince légitime héritier de la Couronne de France, précisait : "l’Eglise ne forme qu’un corps ; mais la constitution de l’Etat en comprend trois, car l’autre loi, la loi humaine, distingue deux autres classes : nobles et serfs sont en effet de conditions différentes. Parmi les nobles, deux sont au premier rang : l’un est le roi, l’autre l’empereur ; et c’est leur autorité qui assure la solidité de l’Etat. Le reste des nobles a le privilège de ne subir la contrainte d’aucun pouvoir, à condition de s’abstenir des crimes réprimés par la justice royale. Ils forment l’ordre guerrier et protecteur de l’Eglise : ce sont les défenseurs de la foule du peuple, des puissants et des humbles, et ils assurent par le même fait le salut de tous. L’autre classe est celle des serfs : c’est là une race d’hommes malheureuse, et qui ne possède rien qu’au prix de sa peine. Qui pourrait faire la somme de leurs occupations, de leurs fatigues et de leurs travaux ? Finances, garde-robe, approvisionnements, tout cela est fourni à tous par les serfs, si bien qu’aucun homme libre ne saurait vivre sans leur concours. Il semble alors que rois et prélats soient les propres serfs de leurs serfs. C’est à eux que leurs maîtres doivent leur nourriture, alors qu’ils s’imaginent les entretenir."

Pour l'académicien Georges Dumézil (1898-1986) "le schéma tripartite est mort en Occident avec les États généraux de 1789, quand la noblesse et le clergé ont baissé le pavillon devant le tiers État. On a enfin répondu à la question : qu'est-ce que le tiers état ? Eh bien, c'était la ruine du système trifonctionnel." Une formule cinglante à nuancer : une partie de la noblesse et du clergé étaient acquises aux idées nouvelles issues des Lumières, et la Bourgeoisie, la "nouvelle élite économique" composante du tiers état aspirait à des prérogatives au sein du pouvoir décisionnel et politique.

Nicolas Chotard,

Président des Lys de France


La société trifonctionnelle médiévale : un prêtre, un chevalier, un travailleur. Illustration médiévale française d'école tirée du Li Livres dou Santé (fin 13e siècle, vellum), auteur inconnu.

Les trois états de la société médiévale

Enluminure Gilles de Rome, "Le Régime des princes", Rouen, premier quart du XVe siècle, Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 126, fol. 7

Cette enluminure représente un triptyque sur deux registres, fondé sur la théorie des "trois ordres". Il est composé d’une image panoramique dédiée aux deux premiers états de la société au registre supérieur, et de deux images carrées dédiées au troisième état de la société au registre inférieur. Cette disposition obéit à la hiérarchie interne de la société médiévale : en haut, ceux qui gouvernent (le gouvernant, à savoir le roi et son fils) entourés de ceux qui prient (les oratores) et de ceux qui combattent (les bellatores), en bas ceux qui sont gouvernés (ceux qui travaillent, les laboratores).

Depuis 1789, la bourgeoisie a remplacé le prince. D'aucuns parlent de naissance de la bourgeoisie d'affaires et d'argent, la ploutocratie, le pouvoir de l'argent.

"Des riches qui décident depuis deux cents ans", "la cause de nos problèmes", "les 1% les plus riches qui se gavent comme jamais", "les patrons des banques qui devraient être en prison pour faillite frauduleuse arrivent maintenant aux gouvernements des différents pays", "droite-gauche qui font la même politique des multinationales", "l'impuissance politique du peuple programmée dans la constitution": l'économiste Etienne Chouard brise l'omerta dans l'émission "Ce soir ou jamais" diffusée sur France 2, le 5 septembre 2014.

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