BertrandY
BertrandY

François proclamé le Jubilé de la Miséricorde, qui donnera le coup d'débuté mardi, 8 Décembre, ici …

En des temps où une rare médiocrité de l’esprit et des mœurs est reine, à tous les degrés de la société humaine, il est édifiant et revigorant pour l’âme de s’arrêter sur de très belles figures du passé pas nécessairement éloigné. Henri-Marie-Alfred Baudrillart est à l’évidence l’une d’elles, l’une des gloires de la France (qui l’a fait, entre autres, Commandeur de la Légion d’Honneur) et de l’…More
En des temps où une rare médiocrité de l’esprit et des mœurs est reine, à tous les degrés de la société humaine, il est édifiant et revigorant pour l’âme de s’arrêter sur de très belles figures du passé pas nécessairement éloigné. Henri-Marie-Alfred Baudrillart est à l’évidence l’une d’elles, l’une des gloires de la France (qui l’a fait, entre autres, Commandeur de la Légion d’Honneur) et de l’Eglise. Il vécut à peu près exactement à cheval sur les deux derniers siècles : né et mort à Paris en 1859 et 1942.
Ceux-ci furent, certes, déjà riches en évènements déplorables dont la signification et la grande gravité suffisent à expliquer en majeure partie nos immenses malheurs présents ; puisqu’ils virent les premiers triomphes de la nouvelle ère révolutionnaire inaugurée juste avant eux et qui ne cesse depuis de ruiner de fond en comble le chef d’œuvre magnifique laborieusement édifié sur notre terre par nos aïeux pendant dix-huit siècles : la civilisation judéo-chrétienne et française! Celui qui deviendra, entre autres titres glorieux, prince de l’Eglise (archevêque et cardinal), de la pensée (docteur es-lettres et en théologie) et de la langue (académicien), est lui-même un chef d’œuvre de l’intelligence et de la grâce, une personnalité d’une noblesse comme on n’en fait plus et en laquelle se récapitule magnifiquement cet héritage incomparable !

Il est vrai qu’il pouvait bien y avoir quelque chose d’inné en cette intelligence hors du commun qui, telle un chêne magnifique qui puise sa substance par ses racines plongeant en de multiples strates fertiles, est le fruit de plusieurs générations familiales qui s’étaient avant lui élevées au faîte de la pensée : « vous rentrez aujourd’hui dans la maison de votre famille, lui dit l’académicien qui le reçut officiellement sous la Coupole. Votre arrière grand-père, votre grand-père, votre père furent membres de l’Institut (...) Dès que vous avez marché, vos pas inégaux ont mesuré les gros pavés moussus de nos cours (...) Treize membres de votre famille appartenaient alors à l’Institut » !

Ainsi bien dotée au départ, puis avec l’incomparable émulation d’un climat familial des plus sérieux et sévères, comme grâce aux meilleures institutions et aux meilleurs maîtres, mais surtout par l’application au travail la plus précoce, la plus assidue et la plus persévérante, on doit à cette intelligence d’avoir été lauréate des concours les plus prestigieux (concours général à 13 ans, Ecole Normale à 19 et agrégation à 22) et, ayant à peine passé 30 ans, l’auteur d’une thèse de doctorat en histoire, entre autres, de plus de 3000 pages et récompensée d’un double prix par l’Académie elle même...

A ces pour le moins excellentes aptitudes d’esprit s’ajoutent de non moins excellentes dispositions d’âme grâce notamment, comme la plupart du temps, à l’influence de la mère (fille aussi d’académicien) qui obtint du père l’entrée au Collège des prêtres plutôt que dans les lycées parisiens les plus renommés ; et qui lui adressa ce magnifique avertissement, aux accents de celui d’une Blanche de Castille à son propre fils, le futur St Louis: « mon enfant, tu vas entrer au collège. Pour la première fois, à l’éducation que te donneront tes parents va se joindre celle de tes maîtres ; tu apprendras bien des choses ; demande au Bon Dieu que tout cela soit pour sa gloire » ! On ne s’étonnera pas qu’à pareille double école, non seulement la résolution de devenir prêtre fut irrévocablement prise dès l’âge de 17 ans mais, fait bien plus remarquable, qu’elle demeura intacte pendant les 15 années passées ensuite sur les bancs des classes préparatoires et de l’Ecole Normale puis dans les chaires d’enseignant en collège et en université afin de satisfaire les légitimes ambitions... paternelles!

Mais un être aussi exceptionnel pouvait il, à l’âge désormais de 31 ans, emprunter la voie commune vers le sacerdoce ? Il choisit d’allier l’état de perfection (vœux de religion) à la prêtrise en entrant à l’Oratoire. Il est vrai que son supérieur était, alors, le cardinal Perraud, lui-même normalien et académicien ; et qu’à ce jour, il y a eu 17 académiciens (sans compter tous ceux, bien plus nombreux, qui ne furent membres que de l’Institut...) pour cette seule congrégation en 4 siècles d’existence ! Il faut donc reconnaître qu’il y avait pour le jeune Baudrillart une certaine prédestination à y entrer! Il ne fut ordonné qu’au bout de 3 années de théologie (doctorat 2 ans plus tard) suivies aux Carmes, c.à.d. à l’Institut Catholique de Paris, probablement afin de reprendre, dès 1894, la chaire de Maître de Conférences en histoire qu’il y occupait déjà, depuis 1883, de façon sans doute très remarquée.

On ne s’étonnera pas qu’il reçoive ensuite la charge du même Institut. C’était en 1907, en plein règne de Pie X et surtout en pleine crise du « modernisme » qui divisait notamment le clergé français et qu’allait vigoureusement condamner, comme « collecteur de toutes les hérésies », ce saint pape (encyclique « Pascendi » de 1908). Il ne fait aucun doute qu’une telle nomination, alors doublement importante, ait été contrôlée et approuvée par Rome qui élèvera, l’année suivante, le nouveau Recteur à la dignité de Prélat de sa Sainteté. De même pour l’autre lourde charge qu’il recevra en même temps, celle de vicaire général pour le grand diocèse de Paris.

Ce qui suit, mais qui est en réalité survenu juste avant ces deux années chargées d’honneurs, confirme et explique tout à fait cette approbation romaine, garantie alors d’orthodoxie. C’est dans cette vie l’évènement qui la caractérise peut être plus qu’aucun autre trait. Avec la loi de Séparation de 1905, on était aussi en pleine crise grave entre, d’une part, l’Eglise en France et à Rome, et, d’autre part, le gouvernement français. Celui-ci ne reconnaissant plus, dans un pays encore catholique à plus de 90%, cette religion comme seule religion officielle, il s’ensuivit qu’il voulut lui donner comme nouveau statut celui accordé à et commun avec les autres religions (les « cultuelles ») pratiquées par un nombre insignifiant de Français de l’époque. Ce projet gouvernemental est soumis à Mgr Baudrillart en même temps qu’à l’ensemble des évêques. De leur côté, ceux-ci l’approuvèrent à une large majorité ; de son côté, celui là émit confidentiellement l’avis suivant : « quoi qu’on puisse dire, soyez sûr que le pape rejettera la loi ! ». En effet, six mois plus tard, le 10 août 1906, St Pie X la rejeta [i]... La suite est alors logique : sacré évêque titulaire en 1921, nommé Assistant au trône pontifical en 1925, archevêque titulaire en 1928 et enfin cardinal en 1935 ; sans parler de son appartenance à plusieurs Congrégations romaines.

Il faut donc souligner la clairvoyance exceptionnelle dont le futur cardinal fit preuve en 1906 et que sa grande intelligence ne peut suffire à expliquer. Pour la comprendre, qu’on nous permette le rapprochement avec l’autre haute personnalité du clergé français que fut, dans la deuxième moitié du XXème, Mgr Marcel Lefebvre promis aussi, sous Pie XII, au chapeau cardinalice si n’étaient survenus à Rome, après ce grand pape, les très graves événements que l’on sait ! Dans sa grande humilité, ce saint évêque avouait, devant ses séminaristes, qu’avant sa propre entrée au séminaire, au début des années 20, il ne comprenait pas vraiment ce qu’il y avait de mal dans la loi de Séparation, lui le futur et incorruptible pourfendeur de la liberté religieuse, comme de l’œcuménisme, de Vatican II ! Et que c’est son séminaire, à Rome, avec en particulier l’étude commentée des encycliques papales du XIXème, qui le lui fit comprendre parfaitement. Il en conçut, dès lors, un attachement indéfectible à l’esprit romain auquel s’oppose l’esprit gallican et libéral. Il y a donc cette grande et essentielle ressemblance, et sans doute encore d’autres (comme d’avoir eu raison contre la grande majorité des évêques...), entre ces deux grands princes de l’Eglise et grands français. Ce qui est encore remarquable pour Mgr Baudrillart, c’est qu’il ne fut pas formé à Rome ; mais il avait une connaissance profonde de l’histoire en général et de l’histoire de l’Eglise en particulier. Il suffit de lire ses Conférence à Notre-Dame de Paris, au Carême de 1928, sur « la vocation catholique de la France et sa fidélité au St-Siège à travers les âges » pour s’en convaincre et tomber sous le charme incomparable d’une éminente science historique alliée à un non moins éminent esprit romain.

En voici des extraits : « Au cours du différend entre Philippe le Bel et Boniface VIII, on n’avait cessé de répéter que le roi de France n’a nul souverain hors Dieu et que ses actes ne relèvent de personne ici bas. C’était affirmer l’absolutisme royal et forger les chaînes des sujets, ecclésiastiques et laïques. Philippe avait échappé à un jugement du pape ; son fils Louis X eut affaire à une révolte générale. Au point de vue international, la France n’avait elle pas cependant remporté un incomparable triomphe ? Contemplez encore aujourd’hui ce colossal palais, à demi restauré, qui, du rocher des Doms, domine le Rhône large et impétueux : ce fut le Vatican français (...) Soixante treize ans durant, le St Siège ne compta que de papes français (...) Ici encore je m’arrête et je pose la question : fût-ce un bien même pour la France ? Les historiens étrangers, y compris les plus renommés, ont traité et traitent encore les papes d’Avignon avec une malveillance qui touche parfois à la calomnie. Ces papes furent de vrais papes et n’oublièrent pas leur mission essentielle, universelle, catholique (défense intégrale de la doctrine, mission apostolique en organisant les missions en Chine, en Perse, en Arménie, en Egypte, en Abyssinie, au Maroc etc.) (...) Et cependant, force nous est de le reconnaître, le séjour de la papauté en Avignon a été néfaste et, si peu flatteur que ce soit pour notre amour propre, ce n’est pas à tort que l’histoire de l’Eglise le compare à la Captivité de Babylone. La papauté, pour ne rien perdre de son caractère universel et international, a besoin non seulement d’être libre mais de le paraître (...) Par son appel au pape, en 1431, appel repoussé par ses juges, fauteurs de schisme, la sainte héroïne, Jeanne, avait montré à ceux qui trop facilement l’oubliaient le centre de l’unité, le chef désigné par le Christ, le pontife romain. Grâce à elle la monarchie nationale et la France catholique ramenées à leurs traditions allaient retrouver leur juste place dans l’Europe et dans l’Eglise. En vérité Dieu n’a point agi de même avec tous les peuples ! (...) Vers 1560, la situation de l’Eglise semblait désespérée (des pays entiers venaient de sombrer dans le protestantisme). Elle se tourna vers le peuple de France et lui posa la question du Christ aux douze apôtres : « Et vous aussi, voulez vous vous en aller ? » Et le peuple de France répondit comme Simon Pierre : « Seigneur, à qui irions nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle ». Trente deux années durant il allait verser des flots de sang pour demeurer catholique et romain » !

Pour que nos deux prélats français aient eu cette perspicacité dans des circonstances à la fois propres à chacun mais analogues et très délicates, leur science aussi étendue fut elle, et que possédaient aussi plus ou moins leurs pairs et contemporains, ne pouvait suffire. Devait s’y ajouter une espèce d’instinct qui n’est bien sûr pas de l’ordre de la nature car intimement lié à la foi, qui est donc surnaturel et révélateur d’un degré de foi aussi hors du commun, inséparable d’un degré semblable dans la vie intérieure de la grâce. Ce sens aigu de la foi, connaturel à l’esprit éminemment romain, est un trait d’autant plus extraordinaire chez le plus ancien qu’il ne vécut jamais à Rome mais exclusivement à Paris, capitale du gallicanisme qui n’était pas mort, et très contaminée dans les milieux catholiques par les idées libérales répandues surtout depuis la Révolution.

Il nous est particulièrement agréable de voir ces deux grandes figures du clergé français, au XXème siècle, réunies sous la même bannière !

B.Y., février 2016
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[i] tout à fait dans la ligne de l’enseignement de Pie IX, entre autres, que Mgr Baudrillart devait très probablement connaître sinon, semble t il, la plupart des évêques français... ; notamment dans « Quanta Cura » avec le fameux « Syllabus », du 8 décembre 1864, condamnant déjà la thèse du « droit commun » ou des propositions comme « l'Eglise doit être séparée de l'Etat et l'Etat séparé de l’Eglise », « à notre époque, il n'est plus utile que la religion catholique soit considérée comme l'unique religion d'Etat, à l'exclusion de tous les autres cultes », « il est faux que la liberté civile de tous les cultes et que le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions, jettent plus facilement les peuples dans la corruption des moeurs et de l'esprit; et propagent la peste de l'indifférentisme » etc.. ; donc condamnant aussi à l’avance la liberté religieuse et l’œcuménisme de Vatican II car de facto et de jure cela met sur un pied d’égalité la religion catholique et les autres religions, la vérité et l’erreur, ce qui est en soi inacceptable aux yeux de la foi catholique.
BertrandY

Vatican: le pape François prône une "écologie intégrale" et dénonce la "culture du déchet"

Le pape François, l’écologie et la F.S.S.P.X

«Une encyclique sur l’écologie!» : ainsi se sont gaussés, à la publication de ce long texte de près de 200 pages, certains de ceux qui à force de critiquer ont perdu l’esprit catholique de profonde déférence envers le Vicaire du Christ. Il est vrai que cela paraît une première dans ce genre de documents où les papes se cantonnent habituellement aux …More
Le pape François, l’écologie et la F.S.S.P.X

«Une encyclique sur l’écologie!» : ainsi se sont gaussés, à la publication de ce long texte de près de 200 pages, certains de ceux qui à force de critiquer ont perdu l’esprit catholique de profonde déférence envers le Vicaire du Christ. Il est vrai que cela paraît une première dans ce genre de documents où les papes se cantonnent habituellement aux domaines de la foi, de la morale ou de la défense de la liberté de l’Eglise contre ses injustes persécuteurs.

Mais le dernier pape traditionnel, Pie XII, avait déjà dérogé à cette coutume en abordant près d’une demi-douzaine de fois la question temporelle de la paix sociale et entre les nations. Ce grand pape est aussi réputé par l’étendue des sujets temporels ou profanes de toutes sortes abordés dans ses allocutions quasi quotidiennes adressées, à toutes les catégories d’associations professionnelles qu’il recevait, non sans une science certaine des problèmes propres à chacune d’entre elles, en même temps qu’avec l’élévation du regard de la foi.

Il faut reconnaître qu’on retrouve globalement quelque chose de cela dans «Laudato si». Il y a, dans les première et troisième parties, une analyse précise, complète et pertinente de la pollution de la planète, de ses conséquences graves pour la vie humaine et de ses origines dans les comportements humains. On trouve, dans la deuxième partie, des jugements qui sont de belles considérations à la lumière surnaturelle de l’exégèse ou, dans la sixième partie, des recommandations conformes à la morale naturelle, c.à.d. de bon sens. Ceux plus philosophiques de la quatrième partie, principes d’une vaste stratégie, n’en sont pas dépourvus. La fin de l’encyclique est une belle profession de foi (Trinité, Notre Dame, vision béatifique), compte tenu que, dans l’esprit du pape, cette lettre n’était probablement pas destinée qu’à tous les évêques et fidèles catholiques mais aussi, voire surtout, à tous les responsables politiques du monde entier, chrétiens ou non, étant donné la diffusion médiatique dont il bénéficie, surtout sur un sujet politiquement correct.

On peut en revanche rester sceptique, quant à leur réalisme, à propos des considérations d’ordre politique ou tactique de la cinquième partie (insistance sur le dialogue à tous les niveaux et tous azimuts). Comme on peut rester aussi sur sa faim, dans les recommandations de la sixième partie, quant à l’absence d’insistance sur l’esprit spécifiquement catholique de renoncement ou de sacrifice, opposé au mercantilisme effréné, d’origine surtout protestante, qui a engendré la révolution industrielle et tous ses avatars dont un esprit de jouissance débridé. Il est pourtant et probablement l’une des raisons profondes, donc des plus importantes, de la situation actuelle et catastrophique de la planète. Il y a là, à nos yeux, une grosse lacune qui pourrait rendre vain ce beau déploiement d’efforts en faveur du bien commun universel... Et qui nous ramène à une autre crise au moins aussi grave que l’écologie et qui est, elle, ecclésiologique.

Le dernier synode dans l’Eglise catholique en fut symptomatique. Il a été, en effet, le terrain d’affrontements entre ce qui étonnamment reste encore, après 50 ans de laxisme généralisé, de tenants de la morale traditionnelle sur l’indissolubilité du mariage et les tenants de la politique du poisson crevé qui, en réalité, ne tiennent plus rien mais ne font que suivre l’évolution générale des mœurs vers toujours plus de facilité ou toujours moins d’exigences («être à l’écoute du monde d’aujourd’hui », disent-ils...). Le pape lui-même a semblé malheureusement cautionner ces derniers, juste avant le synode, en simplifiant considérablement, voire en bâclant, la procédure d’annulation (éventuelle) des mariages, ce qui est une manière bien jésuite, en sauvant une apparence d’orthodoxie, de résoudre le problème des « divorcés remariés »... Sans doute était il animé d’une intention miséricordieuse en étant convaincu de la nullité réelle de beaucoup de mariages actuels, faute de connaissance suffisante de toutes ses composantes essentielles, établies une fois pour toutes par Dieu lors de la création de l’homme. Mais cela rappelle la déroute analogue et incroyable parmi les prêtres, au lendemain de Vat. II, qui par milliers furent réduits par Paul VI à l’état laïc pour à peu près le seul motif qu’ils en faisaient la demande !

Le constat sur la nullité de nombreux mariages, pas totalement invraisemblable et terrible, aurait dû alors amener aussi à ceux sur la catéchèse et la prédication habituelles et non moins désastreuses dans l’Eglise depuis un demi siècle: plus de péché originel et personnel, plus d’Enfer et de Purgatoire, plus de confession et de pénitence etc. ou «tout le monde il est beau, il est gentil»! Car cela fait certainement partie de ses causes et pas des moindres. Et amener par conséquent à prôner le retour aux bonnes vieilles méthodes qui ont été capables de former sans discontinuer pendant des siècles des générations de vrais chrétiens auxquelles faisait horreur l’idée même de divorce, entre autres. Comme celui à l’ancienne liturgie d’avant Vatican II puisque, la liturgie étant l’expression naturelle de la foi ou en harmonie avec elle en y disposant et en la réconfortant, celle d’après Vatican II étant au diapason de son vide catéchétique, elle est aussi et sans aucun doute une cause majeure de cette situation catastrophique.

Or force est de constater aussi le grand silence officiel, dans toutes les instances dirigeantes de l’Eglise, sur de telles mesures qui supposent leur mea culpa... Donc même grave lacune que dans les remèdes au problème écologique !

Il y a cependant une lueur d’espoir (en plus de l’espérance surnaturelle dont doit être animé le chrétien même quand il ne semble plus y avoir de raisons humaines d’espérer) face à cette si préjudiciable cécité intellectuelle. Elle réside dans le geste papal d’ouverture on ne peut plus public et tout autant surprenant envers la F.S.S.P.X, à l’occasion de l’année jubilaire qui vient d’être inaugurée, en accordant à ses prêtres, motu proprio et sans le faire dépendre de l’autorisation des évêques, le pouvoir ordinaire de confesser. Encore une manière bien jésuite ou habile de les reconnaître comme vraiment catholiques, avec leur doctrine et les moyens exclusivement traditionnels qu’ils utilisent, en se jouant de la résistance, à leur reconnaissance en bonne et due forme, de la part de la majorité des évêques, qui ont peur d’achever de vider leurs églises, comme d’une minorité bruyante de prêtres, au sein de cette Fraternité elle-même, qui ont peur de faire du bien et de donner le coup de grâce à cette «Eglise conciliaire» moribonde!

B.Y.
BertrandY

François proclamé le Jubilé de la Miséricorde, qui donnera le coup d'débuté mardi, 8 Décembre, ici …

Les Dominicains d’Avrillé ont cru devoir publier un texte contre la participation des catholiques (de Tradition, forcément) à l’Année Jubilaire décidée par le pape François.

Ce texte des Bons Pères reprend dans sa forme la structure chère à saint Thomas d’Aquin, avec citations et recherches savantes. Venant de n’importe qui, on pourrait penser à un pastiche, on trouverait cela éventuellement …More
Les Dominicains d’Avrillé ont cru devoir publier un texte contre la participation des catholiques (de Tradition, forcément) à l’Année Jubilaire décidée par le pape François.

Ce texte des Bons Pères reprend dans sa forme la structure chère à saint Thomas d’Aquin, avec citations et recherches savantes. Venant de n’importe qui, on pourrait penser à un pastiche, on trouverait cela éventuellement drôle mais certainement déplacé. Vérification faite, cet article (que l’on trouvera en ligne [LIEN]) vient bien des Dominicains d’Avrillé, et il est à craindre qu’il soit «sérieux», hélas.

Pour notre part, nous sommes d’abord restés perplexes: nous ne pouvions pas ignorer pareils syllogismes, au risque que s’y perde quelque fidèle. Nous ne voulions pas non plus donner à cet article l’importance qu’il n’a pas.

Et puis autant l’avouer: les journées n’ont que 24 heures, nous ne voulions imposer ni à nos lecteurs ni à nous-mêmes le pensum d’une étude approfondie.

Nous avons donc adopté une voie moyenne, en interrogeant le «sérieux» de ce texte au travers de quelques morceaux qui nous semblent rendre l’essentiel de chaque partie (en caractères plus petits et gras), depuis le «sed contra» jusqu’à chacune des objections que les Dominicains s’adressent à eux-mêmes.

A nos lecteurs de juger si les Bon Pères d’Avrillé ont, par cette récente production, fait honneur à leur habit si prestigieux et aux huit siècles de Tradition de leur ordre.

SUR LE «SED CONTRA»
(après 8 objections données en faveur de la participation au jubilé, nos auteurs présentent une contre-objection)

« Ce jubilé est organisé par l’Église conciliaire » :

Certes, sans aucun doute l’est-il ! Mais derrière cette façade de l’Eglise d’aujourd’hui qualifiée de « conciliaire », c’est nécessairement un acte de l’Eglise catholique de toujours car elle seule, fondée sur Pierre et par le successeur actuel de Pierre, a le pouvoir des indulgences, effets essentiels du jubilé. A moins de ne pas croire en l’Eglise indéfectible ou perpétuelle (Conc. Vat I), ce qui revient au sedevacantisme.

« C’est un devoir strict pour tout prêtre voulant demeurer catholique de se séparer de cette Église conciliaire » :

Certes, sans aucun doute (pour tout prêtre et pour tout fidèle)! Mais cela signifie le devoir de ne pas vivre ou agir de façon habituelle sous la dépendance des « conciliaires » ; d’où l’institution des prieurés et des chapelles de F.S.S.P.X ; et d’où le fait que pour le jubilé il n’est pas question de participer à des actes de « l’Eglise conciliaire » en tant que telle. Mais comme il est nécessaire de se rendre dans certaines églises conciliaires (basiliques romaines, par ex.) afin d’obtenir pour et par nous-mêmes l’indulgence jubilaire selon les conditions traditionnelles, ce ne sera donc qu’à titre exceptionnel et par nécessité. Indulgence qui est accordée en réalité par l’Eglise de toujours ou par le pape actuel en tant que successeur de Pierre mais non en tant que François (cautionnant les erreurs et l’esprit conciliaire).

On voit bien ici le procédé de nos adversaires qui a consisté à trouver une citation de Mgr Lefebvre semblant abonder dans le sens de leur thèse, fût elle complètement hors sujet. En effet, Mgr n’y parle que de l’attitude habituelle à tenir dans la situation présente sans y aborder les exceptions qui existent à toute règle générale, comme l’assistance (passive) à la nouvelle messe pour des enterrements ou mariages familiaux (permise bien sûr selon lui) ou comme le jubilé (auquel il a participé en tant que fondateur-supérieur de FSSPX en 1975).

Ouvrons ici une parenthèse pour trouver la raison de ce procédé ! Ne dépasse t elle la question du jubilé, somme toute très secondaire à leurs yeux ? Dans ce même document, que nous passons au crible, on lit ceci : « on peut se demander s’il a été prudent de refaire un pèlerinage à Rome en l’an 2000. Car c’est à cette occasion que des contacts ont été repris en vue d’un accord avec la Rome moderniste » (ad 8). Voila la vraie raison ! Or cette manière de présenter les choses est très tendancieuse car, avec le mot « accord », utilisé sans doute à dessein, on laisse penser que la tête actuelle de FSSPX pourrait être effectivement devenue d’accord avec la Rome moderniste en tant que telle, ce qui est absolument faux (les discussions théologiques entre FSSPX et Rome ont abouti, au début des années 2010, au constat bilatéral de la persistance de désaccords profonds sur les questions doctrinales) donc une pure calomnie dont les dominicains d’Avrillé (puis les « Résistants ») sont en effet les pourvoyeurs depuis des années. En réalité, il ne s’agirait que de la reconnaissance purement légale, pleine et entière de FSSPX par la tête de l’Eglise catholique comme cela doit être le cas pour toute famille religieuse en son sein ; reconnaissance qui aurait dû être accordée en 1975 (où déjà et tout à fait en place l’Eglise conciliaire) après les 5 premières années d’existence de FSSPX « ad experimentum », suite à sa première reconnaissance par l’évêque de Fribourg (Suisse) en 1970, mais qui, en raison de la persécution du haut clergé français, n’a jamais pu être obtenue depuis. Pourquoi donc, pour certains, ne pas vouloir de cette reconnaissance ? Soit parce que la Rome moderniste ne serait pas la tête de l’Eglise catholique, ce qui signifie logiquement qu’on ne reconnaitrait pas François comme pape légitime et qu’on serait alors vraiment sedevacantiste. Soit parce que recevoir cette reconnaissance d’un pape moderniste serait immoral donc illicite, fut il vraiment pape ; et on retrouve la même position que pour le jubilé dont nous n’avons de cesse de montrer ici la fausseté mais avec laquelle nos dominicains se devaient d’être à tout prix en cohérence...

SUR LA «RÉPONSE»

Elle est toujours chez St Thomas le cœur de ses articles en donnant le principe de la solution du problème. On peut donc s’attendre à ce que nos dominicains y donnent la clé de leur thèse. Mais son simplisme surprend et ne fait pas honneur à leur habit. Qu’on en juge !

« La participation au jubilé ne peut pas faire abstraction de ces circonstances, et donc cette participation est immorale » :

Il n’y a aucun rapport entre l’exemple donné et le jubilé pour justifier cette affirmation. Car porter un manche de pioche est en lui-même un acte indifférent dont la moralité dépend donc principalement de l’intention de celui qui le porte (labourer ou se défendre : actes bons ; assommer les passants pour les détrousser : acte mauvais). Le jubilé n’est, au contraire, nullement indifférent mais bien sûr bon en lui-même, en sa fin essentielle (répandre les fruits de la miséricorde divine). La circonstance qu’est l’intention qui se rajoute à cette fin essentielle et motive le jubilé dans l’esprit du pape qui le décrète (fêter le 50ème anniversaire du début du concile Vat II) est, il est vrai, mauvaise mais, en raison de la bonté du jubilé en lui-même ou en sa fin immédiate, il est faux, d’une part, d’affirmer qu’elle rend totalement mauvaise l’ensemble de son action mais en diminue seulement la bonté ou ne la rend mauvaise qu’en partie; et, d’autre part, cela n’est le cas que de sa personne et de ceux qui font leur son intention. Idem pour la circonstance qu’est la mauvaise préparation à obtenir l’indulgence par un enseignement faussé sur la miséricorde. Il est par conséquent absolument faux d’affirmer qu’est nécessairement mauvaise toute forme de participation, par le gain de l’indulgence du jubilé, si celle-ci existe en dehors du contexte créé par ce pape, comme devront bien sûr le faire les fidèles de la Tradition (sans intention de fêter Vat. II et en ayant une idée juste de la miséricorde) à l’instar des jubilés de 1975 et 2000. On peut donc tout à fait faire abstraction de ces circonstances ; et il n’y a donc absolument rien d’immoral à y prendre part de la sorte.

Sur « ad 1 » - « recevoir l’hostie de la main d’un prélat hérétique était une « communio in sacris » avec un hérétique » :

La comparaison est absolument fausse car le pape, quels que soient ses errements, ne peut être hérétique (« formel ») : nul ne peut infliger une quelconque sentence ou peine canonique au pape régnant. Et il n’est ni question, ni nécessaire pour gagner l’indulgence de prendre part à des cérémonies liturgiques présidées par des ministres conciliaires. Comme il a été déjà dit, l’indulgence est obtenue du pape non en tant que conciliaire mais en tant que successeur légitime de Pierre, ayant donc tous les pouvoirs divins (traditionnels) d’un pape.

Sur « ad 2 » - « Participer à ce jubilé serait une compromission avec cette pseudo-Église en raison des circonstances mentionnées » :

Parler de la fondation d’une « Eglise conciliaire » comme si elle était réellement distincte de l’Eglise catholique divinement fondée par J.C. sur Pierre, est absolument faux. Donc participer au jubilé, en faisant abstraction de ses circonstances mauvaises, n’est pas comme si on participait à une cérémonie dans une secte protestante à part entière ; mais c’est tout à fait participer à la vie de l’Eglise catholique de toujours !

« Quant aux indulgences, on peut en bénéficier autrement qu’en participant au jubilé » :

Si les indulgences plénières courantes suffisaient concrètement au salut du plus grand nombre ou si le jubilé était alors superflu pour la plupart des âmes, on se demande alors vraiment pourquoi les papes (pas d’aujourd’hui) ont voulu l’instituer avec tant de solennité afin d’y encourager avec la plus grande force le maximum de fidèles à y prendre part, ne serait ce que pour raviver l’amour de la romanité ou de la Rome éternelle en ces temps de juste détestation de la Rome moderniste ! A moins de se croire, en toute humilité bien sûr, du tout petit nombre qui pourrait peut être s’en passer...

Sur « ad 3 » - « L’objectant ne donne pas la référence dans les œuvres du saint » pour la citation qui suit de saint Alphonse de Liguori : « Pour devenir un saint, il suffit de gagner le plus d’indulgences possibles »:

On veut bien concéder sans difficulté à nos adversaires que cette citation puisse être mise en doute car elle n’apporte vraiment rien d’essentiel au débat en cours ! Nous leur ferons néanmoins remarquer qu’elle n’est pas absolument aberrante quand on sait que l’une des conditions de l’indulgence plénière est le détachement parfait de toute faute même vénielle ; ce qui, à la longue ou avec l’habitude de s’efforcer vraiment à en gagner le maximum, peut incontestablement contribuer à rendre saint...

Sur « ad 4 » - « C’est pour la même raison qu’on refuse la nouvelle messe, le nouveau code de droit canon, etc. » :

La comparaison avec la participation à la nouvelle messe ne vaut absolument pas. Car en participant au jubilé il n’est question que de remplir les conditions traditionnelles pour obtenir les indulgences sans qu’il y ait aucune nécessité à participer aux cérémonies officielles avec le pape ou avec un quelconque clerc de « l’Eglise conciliaire », ce qui n’est bien sûr pas le cas quand on assiste à la nouvelle messe.

A propos du nouveau droit canon, Mgr Lefebvre faisait une distinction tout à fait analogue à celle à faire pour le jubilé : on accepte les articles qui sont dans la ligne du droit traditionnel de l’Eglise ; on rejette toutes les nouveautés non fondées sur la Tradition. On accepte donc dans le jubilé ce qui est traditionnel, cad l’indulgence elle-même ; on rejette ce qui ne l’est pas, cad tout le climat conciliaire qui entoure l’indulgence et dont on peut tout à fait faire abstraction.

« On ne remet pas en question le pouvoir du pape, mais on constate qu’il l’utilise mal » :

Il l’utilise mal : soit ! Mais en partie seulement car accorder des indulgences jubilaires n’est certainement pas mauvais en soi. Les fidèles de la Tradition ne font donc, eux, aucun mal en s’efforçant de les gagner, comme il a déjà été expliqué.

Sur « ad 5 » - « une simple disproportion entre l’œuvre demandée et l’indulgence accordée. Ici, le gain de l’indulgence est liée à la joie de Vatican II et à une fausse conception de la « miséricorde » du pape François » :

On croit rêver en lisant cela ! Qu’est ce qu’on ne va pas chercher pour justifier encore à tout prix une thèse, comme on l’a déjà montré! Ce que nos adversaires affirment sans rougir ne vaut bien sûr que pour le climat habituel dans lequel les indulgences seront probablement le plus souvent (mal) gagnées pour les catholiques conciliaires fréquentant les cérémonies officielles ; mais certainement pas pour les fidèles de la Tradition à qui il sera enseigné les conditions dans un esprit tout à fait traditionnel et qui se tiendront soigneusement à l’écart du climat conciliaire.

Sur « ad 6 » - « les circonstances qui le rendent mauvais ne changent pas sa nature de jubilé. Mais elles rentrent bien dans l’objet moralement considéré, car elles en affectent la moralité » :

On croit toujours rêver ! Même distinction à faire qu’au dessus : ce climat conciliaire n’est de façon nécessaire ni une circonstance, ni une condition de l’acte lui même par lequel on gagne l’indulgence. Car on peut très bien la gagner sans aucun contact avec les conciliaires, ce qui n’était bien sur pas le cas de saint Herménégilde qui aurait dû communier de la main même d’un prêtre hérétique.

Sur « ad 7 » - « Même si celui qui participe au jubilé n’a pas l’intention (subjective) de se réjouir de Vatican II, il participe à un jubilé qui a été objectivement voulu pour se réjouir de ce Concile» :

Cela devient cauchemardesque ! Donc encore la même distinction à faire qu’au dessus : il n’y a aucune participation objective nécessaire au jubilé des conciliaires pour les fidèles de la Tradition ; mais seulement au gain de l’indulgence de façon tout à fait traditionnelle; à moins de dire qu’aller seulement dans les églises conciliaires (sans les intention et état d’esprit des conciliaires), à visiter pour gagner l’indulgence, les empêcherait de remplir les bonnes conditions voulues car les murs eux mêmes auraient un rayonnement ou une influence conciliaire !

De plus, se réjouir de Vat. II aurait très bien pu se faire sans jubilé ou sans son indulgence ; il n’y a donc aucun lien nécessaire entre l’acte de se réjouir et celui de gagner l’indulgence jubilaire, même s’ils peuvent être concomitants mais chez les conciliaires seulement !

Sur « ad 8 » - « Les allusions au Concile signalées par l’objectant restaient secondaires, et n’affectaient pas la moralité de l’acte » :

On est en plein subjectivisme...des rédacteurs de cet « ad 8 » qui regardent la réalité historique au travers du prisme totalement déformant de leur très curieux esprit ! Car les conditions de 1975 et 2000 étaient objectivement tout à fait comparables ou analogues, sinon identiques, à celles aujourd’hui puisque on était déjà en plein dans l’ère conciliaire.

NOTRE CONCLUSION

En conclusion, nous voulons dire avant toute chose que ni la piété, ni les efforts, ni la bonne foi des Bons Pères d’Avrillé n’est ici en cause.

S’ils n’ont pas su défendre l’option, qu’ils ont choisie de manière bien téméraire, ce n’est pas par manque de talent, ni d’effort. C’est - bien plus simplement - que chaque argument qu’ils ont apporté se révèle faux et spécieux, les uns après les autres.

Ce faisant, ils ont en quelque sorte épuisé le registre de la contestation du Jubilé, et mettent en valeur la position de bon sens - qui rejoint le sens catholique - qui est de ne pas rechigner aux grâces que nous offre l’Eglise.