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Le Couronnement de la Vierge d'Enguerrand Quarton

shazam
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Après les divisions de la Guerre de Cent Ans, la fin du XVe siècle aspire à l´unité. Ce désir se retrouve dans la commande d´un couronnement de la Vierge par les chartreux de Villeneuve-lès-Avignon …More
Après les divisions de la Guerre de Cent Ans, la fin du XVe siècle aspire à l´unité. Ce désir se retrouve dans la commande
d´un couronnement de la Vierge par les chartreux de Villeneuve-lès-Avignon à Enguerrand Quarton, un peintre de la cour
d´Anjou.
Ce choix n´est pas innocent : en Marie, c´est bien l´humanité unifiée dont elle est la souveraine qui est couronnée,
c´est-à-dire sauvée.
Une coproduction KTO-Le Monde de la Bible. Pictura du 08/12/2018.
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(1mn08) Les horizontales déterminent trois espaces :
-le monde des enfers : où dominent les bruns et les gris ;
-le monde terrestre : partagé entre le vert des prairies, les ocres des villes et le magnifique bleu nuit du ciel,
-le monde céleste, peuplé de couleur vives.

A gauche l’espérance des croyants. La cité peinte est Rome. Même si elle a des allures d’Avignon et si le château Saint-Ange ressemble au palais des papes.

Deux petites scènes décrivent deux interventions divines pour soutenir la foi :
la première est tiré de l’ancien testament : l’apparition au buisson ardent.
L’autre, est la messe de saint Grégoire. Le pape Grégoire le grand célébrant l’eucharistie a la vision du Christ comme « Homme de douleurs ».

En haut à gauche les patriarches. À droite les apôtres.
En dessous, les martyrs. À droite, les confesseurs.
L’évêque au manteau bleu pourrait être saint Agricole, patron d’Avignon. Plus bas à gauche, les fondateurs d’ordres.

Puis les vierges ayant à leur têtes Marie-Madeleine, Marie-Salomé, et Marie-Jacobé, dont le culte venait d’être lancé aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

S’avancent ensuite, les puissants, les laïcs, puis les petits enfants.

En-dessous, Enguerrand Quarton a figuré le purgatoire, dont la définition venait d’être adoptée en 1439 par le concile de Florence.
Si les démons sont biens présent, ils sont moins nombreux qu’en enfer et les flammes y paraissent moins rouge. Mais surtout, la frontière est perméable, comme le prouve les bras qui se tendent hors du lieu et le bel ange rose qui fait remonter un pape !...

À gauche du purgatoire, une représentation rarissime : les limbes, lieu de séjour des petits enfants morts sans avoir été baptisé. Ils ont les paupières clauses et vivent dans une caverne hermétiquement fermée car leurs yeux n’ont pas connu la Lumière de la foi. Ils adoptent toutefois la même attitude de prière que les enfants baptisés au ciel.

La figuration de l’enfer est tout à fait traditionnelle : au centre siège Satan aux grandes cornes. Autour de lui des démons torturent les damnés. L’un d’eux tentent en vain de se poignarder.
Au-dessus de l’enfer, Guillaume de Montjoie, évêque de Béziers et amis des chartreux mort en 1451.
Derrière lui, Jean de Montagny le commanditaire du tableau, et son demi-frère Antoine.
La ville derrière eux est Jérusalem avec une représentation fidèle du Saint Sépulcre, mais une vue très fantaisiste du Dôme du Rocher.

La stupéfiante image de la Trinité, unique au XVème siècle, et aussi la transcription d’un décret du concile de Florence qui proclamait que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils comme d’un seul principe. L’unicité du Père et du Fils est soulignée par leur absolue Identité.

La procession de l’Esprit est montré par la colombe dont les ailes sortent des deux bouches comme d’un même souffle.
Les trois couronnent Marie, agenouillés dans une position d’humilité. Elle porte un somptueux manteau brodé de chardons, symbole de ses souffrances de mère.

Avec la discrétion caractéristique d’un ordre qui chérit le silence, le cœur du tableau se trouve presque tout en bas : un petit chartreux en prière s’incline devant la croix, comme si toute la splendeur de l’univers autour de lui naissait de sa méditation.

En se cachant dans le désert de Chartreuse, les fils de saint Bruno ne s’absentent pas du monde.

Par l’union au Christ, ils le recrée à l’intérieur d’eux-mêmes tout en harmonie et en beauté !
shazam
Enguerrand Quarton
Le Couronnement de la Vierge, 1543
Musée Pierre-de-Luxembourg
Villeneuve-lès-Avignon