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Il suffit de demander

«On veut un logement» : des migrants établissent un campement devant l'Hôtel de Ville à Paris
REPORTAGE - Depuis près trois semaines, une cinquantaine de migrants, majoritairement des femmes et des enfants arrivés d’Afrique par la Méditerranée, dorment sur des cartons dans l’attente d’un toit.

Place de l’Hôtel de Ville, à Paris, les touristes sortent leurs téléphones pour photographier la monumentale façade XIXe de la mairie. Dans leur dos, une cinquantaine de migrants sont allongés sur des cartons, au milieu des détritus. La grande majorité d’entre eux sont des femmes et des enfants, qui somnolent dans la torpeur de l’après-midi caniculaire. Voilà trois semaines qu'ils sont installés là. «On n'a pas de logement, argue Mme Coulibaly, ivoirienne. Quand on appelle le 115, ils disent qu'il n’y a pas de place. Alors on reste là, ou parfois on va à la gare du Nord. Quand il pleut on va en bas, dans le métro, sinon on reste là».
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Les Parisiens qui sortent de la bouche du métro se retrouvent au cœur d’un véritable campement, le sol jonché de sacs plastiques et de cartons. Certains viennent de débarquer via la Méditerranée, d'autres sont dans l'Hexagone depuis un an, voire deux déjà. «On nétait pas au courant que c'était compliqué. On a vu la réalité», confie Mme Kone, arrivée de Côte d’Ivoire il y a 15 jours en passant par la Tunisie. «On est venus en France parce que ça va pas en Afrique. Si ça allait, pourquoi on aurait traversé la mer et risqué notre vie comme ça ? Je ne regrette pas d’être venue. Mais on veut un logement».

Deux mois de périple jusqu’à Paris
Ce n’est pas la première fois que cette place, au cœur du 1er arrondissement de la capitale, est occupée par des groupes de migrants. En juin 2021, au cours d’une opération menée par l’association pro-migrants Utopia 56, 560 migrants s'étaient installés dans des tentes sur le parvis de l'Hôtel de Ville. Puis en octobre 2022, le collectif «La Chapelle Debout», qui milite pour l'accueil des étrangers et leur accès au logement, avait organisé une invasion de l’Hôtel de Ville lui-même par des migrants qui sautaient par-dessus des barrières, avant de les ouvrir, et d’entrer dans le bâtiment.
«La nourriture ça va, les passants nous en donnent», poursuit cette mère de famille ivoirienne, pointant un sac plastique rempli de quelques frites. «Mais on ne peut pas laisser les enfants comme ça», renchérit-elle, le dos abaissé pour nouer son bébé dans le dos à l'aide d'un pagne. Un touriste canadien débarque, les bras remplis de paquets de biscuits premiers prix de chez Franprix. Il les distribue aux enfants. «La dernière fois que je suis venu à Paris, c'était il y a 14 ans. Il n'y avait pas tout ça, raconte-t-il. Ça fait de la peine».
Où sont leurs maris ? «Le mien est ici, je l'ai croisé. Il est en balade. Il fait rien», lâche Mme Coulibaly en haussant les épaules. «Ils vont se laver dans les associations d'accueil de jour», ajoute sa voisine, allongée sur son carton. Elle vient de Guinée, et a laissé ses deux enfants de 2 et 4 ans au pays. Elle n’a emmené que le dernier.
« L'hiver va arriver, et ça va faire mal… »
Originaires du Mali, du Sénégal, de Mauritanie, de Tunisie ou encore d’Algérie, toutes ont traversé la Méditerranée. Mme Coulibaly raconte ses deux mois de périple pour venir depuis Bouaké, au nord de la Côte d’Ivoire. Elle a pris le minibus jusqu’au Mali, a rejoint Gao, au nord, pour rallier ensuite la frontière nigérienne, passer en Algérie, et enfin arriver en Tunisie. Du port de Sfax, elle a embarqué trois fois avant que la météo ne soit suffisamment favorable - et que la douane regarde ailleurs - pour quitter les côtes. Elle a fait au passage un peu de prison, mais «avec la police tunisienne, tu fais quelques jours puis tu es libérée», raconte-t-elle, indifférente. 200 euros au passeur, une semaine de traversée, puis l’arrivée à Paris.

Sur la place de l’Hôtel de Ville, chaque jour, des bénévoles de l'association pro-migrants Utopia 56 passent distribuer des couvertures ou des couches pour les nourrissons. La mairie, affirment les migrantes, n'a pas donné signe de vie. Contactée par Le Figaro, la Ville de Paris assure avoir interpellé l’État à ce sujet, et que la situation est «en cours d'évaluation au cas par cas par la PRIF», la préfecture de police de la région Île-de-France. «Des réponses pérennes seront très prochainement apportées», promet la municipalité.
«Nous, on veut suivre la procédure d’arrivée et commencer à travailler. On sait tout faire. Ménage, bureaux…», énumère une Sénégalaise. «Pour l'instant ça va, il fait chaud. Mais l'hiver va arriver, et ça va faire mal… ».
Olivier L
Ils obtiennent afin qu’ils disparaissent de l’espace public.
L’ ouverture du camp de Sangatte procédait du même raisonnement politique : soustraire de la vue des citoyens électeurs la présence des “kosovars “...