Un catholique peut-il rester membre d'une structure de péché comme l'est devenue le RN ? (plan scolastique)
L’appartenance d’un catholique à un parti politique comme le Rassemblement national ( RN) qui accepte la légalisation ou la protection constitutionnelle d’un mal moral intrinsèque comme l'avortement implique-t-elle une participation réelle à une structure de péché ?
I. Position affirmative (thèse)
Videtur quod sic
Il semble que l’appartenance à un tel parti implique réellement une participation à une structure de péché.
Jean-Paul II enseigne que certaines réalités institutionnelles constituent des structures de péché objectivement identifiables (SRS, §36).
Le cardinal Ratzinger affirme qu’il existe des principes moraux non négociables qui engagent absolument la conscience des catholiques en politique.
Lorsqu’un parti accepte durablement la négation de l’un de ces principes, il devient une médiation institutionnelle du mal moral.
Donc, l’appartenance consciente et durable à un tel parti implique une coopération structurelle.
II. Fondement doctrinal : les points non négociables (Ratzinger)
a) Définition
Selon le cardinal Ratzinger, certains biens moraux :
* ne relèvent pas du compromis prudentiel,
* mais de la loi morale naturelle,
* et engagent la conscience sans exception.
Parmi eux :
* La protection de la vie humaine innocente, de la conception à la mort naturelle
* La reconnaissance de la dignité personnelle
* La structure morale fondamentale de la société
Sur ces points :
« Un catholique ne peut soutenir des lois qui les nient »
(Note doctrinale, §4)
III. L’institutionnalisation du mal comme structure de péché
a) Avortement et mal intrinsèque
Dans Evangelium Vitae :
* l’avortement est qualifié de mal intrinsèque,
* qui ne peut jamais être justifié ni toléré comme droit.
b) Passage du mal individuel au mal structurel
Lorsque ce mal :
* est protégé juridiquement,
* élevé au rang de droit,
* et rendu normatif pour l’ensemble de la société,
il devient ce que Jean-Paul II appelle :
une structure de péché enracinée dans les institutions (SRS, §36).
IV. Le rôle moral spécifique des partis politiques
a) Le parti comme médiation institutionnelle
Un parti politique :
* n’est pas une simple association d’opinions,
* mais une structure d’action collective stable,
* qui oriente, discipline et rend cohérente l’action de ses membres.
b) Critère de qualification morale
Un parti devient, sur un point précis, une structure de péché lorsqu’il :
* accepte un mal moral intrinsèque,
* renonce à toute opposition effective,
* intègre cette acceptation dans sa stratégie durable.
V. L’appartenance comme coopération structurelle
a) Distinction classique
* Coopération formelle : adhésion intentionnelle au mal
* Coopération matérielle : participation sans intention, mais avec effet réel
Jean-Paul II précise que :
la coopération structurelle peut exister même sans intention mauvaise.
b) Application
Rester membre d’un parti qui :
* accepte un point non négociable violé,
* sans opposition publique et effective,
constitue :
* une acceptation objective de la structure,
* donc une participation à la structure de péché,
même si la conscience personnelle est en désaccord.
VI. Réponses aux objections (Ad objectiones)
Ad 1 — Sur la pluralité des partis
La pluralité interne n’annule pas la responsabilité institutionnelle lorsque la ligne officielle est claire et stable.
Ad 2 — Sur l’intention personnelle
Selon Ratzinger :
« La bonne intention ne suffit pas lorsque l’acte contredit un principe fondamental »
L’intention subjective ne supprime pas la signification morale objective de l’appartenance.
Ad 3 — Sur l’action de l’intérieur
L’action interne n’est moralement valable que si :
* elle est réelle,
* visible,
* et proportionnée à la gravité du mal.
À défaut, elle ne suspend pas la coopération structurelle.
VII. Conclusion scolastique (Conclusio)
On doit donc conclure que :
Lorsqu’un parti politique comme le RN accepte durablement la négation d’un principe moral non négociable comme l'interdiction absolue de l'avortement, il fonctionne, sur ce point précis, comme une structure de péché ; et l’appartenance consciente et durable d’un catholique à ce parti implique une participation objective à cette structure.
Cette conclusion :
ne juge pas la culpabilité subjective,
ne condamne pas les personnes,
mais affirme une exigence de cohérence morale fondée sur la doctrine sociale de l’Église.