3 ) Les personnages de l'EMV seraient-ils en réalité sous emprise sectaire ? Réfutation de l'article de dom Guillaume Chevallier ( version 2024 )
Maria Valtorta et don Guillaume Chevallier : toujours rien de nouveau ?
Qui est le mentor de dom Guillaume Chevallier ?
Voir aussi la réponse de F.M.Debroise à ces articles,
celle du docteur psychiatre D.Gloppe
et celle du collectif Marie de Nazareth: Réponse à Don Guillaume Chevallier : il n’y a aucune erreur doctrinale dans les écrits de Maria Valtorta
DGC :
Ses apôtres doivent s’incliner devant des décisions irrationnelles. Ainsi « Jésus » décide de confier un enfant trouvé à Lazare. Le cas se présente une deuxième fois : Simon-Pierre, qui n’a pas d’enfant, voudrait à son tour adopter un enfant. Mais Jésus le lui refuse. La solution trouvée pour celui que Jésus appellera « l’enfant-symbole » (III, 60, 350) n’est pas sans rappeler de mauvaises expériences de communautés sectaires.
---> Je citerai volontiers ici l'intégralité du passage ( EMV 199.9 ) - ce qui suffirait à détruire sur le champ tout l'argumentaire falsifié de l'auteur - mais puisque je le cite déjà dans le volet 6 ) Jésus et Marie – conséquences d’une grossière … de ma réfutation, j'y renvoie donc ceux qui voudraient le lire.
---> Saint Sabbas « le sanctifié » ( 439 – 532, moine-enfant en terre sainte puis ermite ), saint Porphyre ( 1906 – 1991, admis au Mont Athos chez les grecs orthodoxes à l’âge exceptionnel de douze ans, soit environ celui de Margziam au moment de son adoption par Pierre ) ou encore sainte Gertrude d'Helfta ( 1256-1301, orpheline recueillie à l'âge de cinq ans par des cisterciennes ), furent adoptés encore enfants par une communauté monastique.
---> Est-ce que ces faits exceptionnels sont pour autant sujets à "nous rappeler de mauvaises expériences de communautés sectaires" ? C'est une très curieuse interprétation des faits, dont nous laissons l'entière responsabilité à DGC.
---> Si selon l'auteur, vouloir sauver de la misère de jeunes orphelins en les plaçant dans des foyers aimants est irrationnel, alors cela devrait être pour lui le cas de tout acte charitable, quel qu'il soit !
En effet, qui est Jésus ?
---> La Bible nous répond :
« le Protecteur de la veuve et de l’orphelin, des pauvres et des petits » ( ps. 146,6),
"Celui qui tend la main pour venir en aide à toute détresse" ( ps. 69 ) ,
car « Il est Père de tous » ( Eph. 4,6 )
« Le Seigneur défend les petits : j'étais faible, il m'a sauvé. » ( Ps. 114,6 )
En quoi consiste la vraie religion ?
---> La Bible nous répond :
« La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde. » ( Jacq. 1,27 )
« Rendez justice au faible et à l'orphelin, Faites droit au malheureux et au pauvre » ( ps. 82,3 )
« Je vous ai montré de toutes manières que c'est en travaillant ainsi qu'il faut soutenir les faibles, et se rappeler les paroles du Seigneur, qui a dit lui-même: Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir. » ( Ac. 20,35 )
« Voici le jeûne auquel je prends plaisir : détache les chaînes de la méchanceté, dénoue les liens de la servitude, renvoie libres les opprimés, et que l'on rompe toute espèce de joug; partage ton pain avec celui qui a faim, et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile; si tu vois un homme nu, couvre-le, et ne te détourne pas de ton semblable. » ( Is. 58,6 )
« Opprimer le pauvre, c'est outrager celui qui l'a fait ; mais avoir pitié de l'indigent, c'est l'honorer. » ( Prov. 14, 31 )
« Si ton frère devient pauvre, et que sa main fléchisse près de toi, tu le soutiendras; tu feras de même pour celui qui est étranger et qui demeure dans le pays, afin qu'il vive avec toi. » ( Lév. 25,35 )
Etc, etc…
---> Ce second enfant est nommé Margziam, et sa vie est particulièrement édifiante : ce petit orphelin sans famille, serviteur d'un maître cruel ayant provoqué la mort de ses parents par ses mauvais traitements, est recueilli par Jésus et ses apôtres dans un état avancé de mal nutrition et de détresse psychologique, et sauvé d'une mort certaine. Il deviendra saint Martial, glorieux martyr connu dans l’Église primitive, et fut donc adopté par saint Pierre malgré les premières réticences du Christ, vaincues par la douce persuasion de la sainte Vierge.
Ici, le résumé de sa vie, avec les liens dans l'oeuvre.
Il y a donc trois choses que l’auteur trouverait ici irrationnelles :
-1 ) D’abord que Jésus permette à Lazare d’adopter un orphelin, alors qu'il va ensuite refuser cette même chose à Pierre, au moins dans un premier temps, soufflant ainsi apparemment le chaud et le froid : cependant, on sait bien que Lazare contrairement à Pierre, n’était pas destiné à devenir pape - le père de l’Eglise entière - et qu’il ne suivait pas Jésus en tant qu’apôtre. De plus, il avait de considérables ressources personnelles. La réticence de Jésus dans le cas de Pierre son futur pape, bien loin donc d’être irrationnelle, est simplement logique, comme Il l’explique Lui-même dans un dialogue très « rationnel » avec son apôtre.
-2 ) Ensuite, DGC pense que ce qu’il ne peut pas imiter personnellement dans la Vie de Jésus, telle que l’EMV nous la rapporte, est par principe irrationnel.
---> Et effectivement : jamais la communauté saint Martin ne pourra se permettre de recueillir et d'élever les petits orphelins rencontrés au bord de la route, et de les faire adopter par un de ses membres, comme le fit pourtant occasionnellement la communauté apostolique sous la conduite de Jésus. Et selon DGC, cela suffirait à montrer que cette action est par nature irrationnelle !
---> Pourtant ici, Jésus ne fait rien qui soit bien différent de ce que le révérend père Brottier fera plus tard pour ses fameux orphelins apprentis d’Auteuil, de ce que saint Jean Bosco fera pour ses gamins des rues et saint Philippe Néri pour les siens, ou encore le saint curé d’Ars pour ses orphelins.
---> Mais il fallait que DGC, fidèle à sa seule stratégie, caricature à loisir ce qui est bon, pour tenter de l’identifier à une quelconque dérive sectaire : la charité envers un orphelin deviendrait ainsi à ses yeux l’exploitation égoïste d'un enfant en situation de misère, pour en faire un bien de consommation donné à un apôtre en mal d’enfant, avec toutes les dérives évidentes que cela pourrait impliquer.
---> Pour éviter que l'auteur ne s'en scandalise, Jésus aurait-Il peut-être dû ne jamais faire adopter d'orphelin à quiconque ? Et qui, alors, aurait été l’exemple de la Charité envers les malheureux, pour les saints précédemment nommés ? Qui donc, si notre Seigneur n’avait pas été pour eux le premier et parfait Modèle ?
3 ) La troisième chose qui pourrait paraître irrationnel à DGC, c’est le changement d’avis du Seigneur, d’abord réticent puis consentant finalement au désir de Pierre.
---> Mais la question de l'adoption de Margziam par Pierre - qui le confiera d'ailleurs ensuite à son épouse Porphyre - était somme toute une question d'ordre mineur, il était donc naturel de pouvoir la trancher dans un sens ou dans un autre, sans conséquence majeure. Que Jésus change finalement de décision n'a donc ici rien de saugrenu ni d'irrationnel.
---> Par contre ce qui est irrationnel ici, c’est bien la volonté de l’auteur de cacher la cause de ce revirement du Christ concernant une décision de moindre importance, qui est entre autre l’intercession de la très sainte Vierge : ce qui fait de cet épisode une parfaite illustration du traité marial de saint Louis-Marie Grignon de Montfort.
---> DGC se révèle donc encore une fois incapable d’accuser l’EMV en quoi que ce soit. Par contre, en essayant de nous faire discerner un problème là où il n'y en a visiblement aucun, ne se comporte-t-il pas lui-même comme une sorte de gourou cherchant à nous imposer sa pensée falsifiée et préfabriquée ?
DGC :
L’explication produite n’est d’ailleurs pas pour rassurer le lecteur :
« Simon, je te l’ai dit. Tu dois être le « père » de tous les enfants que je te laisserai en héritage, mais tu ne dois pas avoir la chaîne d’un fils qui t’appartienne. N’en sois pas blessé. Tu es trop nécessaire au Maître pour que le Maître puisse te séparer de lui par une affection. Je suis exigeant, Simon. Je suis exigeant plus que l’époux le plus jaloux. Je t’aime d’un amour de prédilection et je te veux entier pour moi et de moi. »
---> Peu rassurante en effet, cette explication pourtant très claire et censée de Jésus à Pierre, sur la raison pour laquelle il vaudrait mieux pour lui ne pas adopter, à cause de sa future mission de pape, c’est-à-dire de Père universel des croyants. Dans l’Église, personne n’est appelé du titre de « saint Père » - sinon cela se saurait - et les paroles de Jésus sont donc ici celles d'un gourou : Le malaise est palpable. Cependant curieusement, ce n’est pas l’EMV qui nous met ici mal à l’aise…
---> Mais peut-être est-ce même pour cette raison que ni le pape, ni les évêques, ni les prêtres n'ont d'enfants : pour être plus totalement au service de leurs ouailles ? Saint Paul ne parle-t-il pas du coeur des époux, forcément partagé entre l'amour de Dieu et l'amour de leur famille, ce qui ne convient pas à une âme consacrée, et à plus forte raison à un pape ? ( 1 Corinthiens 7,33 ) C’est somme toute assez traditionnel comme vision des choses.
---> Mais pas pour DGC ?
---> Celui-ci serait-il l’ennemi acharné des notions d'exigence ( Matthieu 25,24 ) , de jalousie ( Isaïe 9,6 ), d'époux ( Matthieu 9,15 ), de prédilection ( Jean 15,18 ) ? Un Dieu se montrant exigeant avec le chef de son Eglise, l’aimant d’un amour de prédilection jusqu’à lui confier ses brebis ( Jean 21,15 ), cela trahirait en fait une dangereuse emprise sectaire, et ne ferait pas plutôt référence simplement à l'institution de l’Église par le Christ ?
---> On verra plus tard comment, à la prière de la sainte Vierge, Pierre obtiendra finalement ce qu'il désirait tant, car le Christ ne se montre pas un Maître dur et inexorable, étranger à tous sentiments humains, sachant bien à l'inverse exhausser une demande mineure qu’il avait premièrement refusé d’accorder, cédant à l’Amour de son propre Coeur, et vaincu par celui de sa Mère.
---> "Demandez, et vous recevrez" ( Jean 16,24 ). Pierre demanda humblement à Jésus par Marie, et il reçut.
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---> Mais pour mieux comprendre ce passage, je vous propose ici d'en lire l'intégralité du contexte, plutôt que de se contenter du minuscule tronçon que DGC en a découpé.
EMV 191.2 : Le sabbat à Esdrelon. Le petit Yabeç (Jabé) et la parabole du riche Epulon.
( En rouge entre les // : la citation de DGC )
(...) (...)
Jésus écoute avec bienveillance toutes ces confidences en attendant les pauvres paysans de Doras qui ne tardent pas à venir et qui se prosternent jusqu'à terre dès qu'ils voient Jésus à l'abri d'un arbre.
"Paix à vous, amis. Venez. Aujourd'hui la synagogue est ici et je suis votre chef de synagogue. Mais auparavant, je veux être votre père de famille. Assoyez-vous en cercle pour que je vous donne la nourriture. Aujourd'hui vous avez l'Epoux et nous faisons le banquet des noces."
Jésus découvre une corbeille et en tire des pains aux yeux stupéfaits des paysans de Doras et, d'une autre corbeille, il sort les vivres qu'il a pu trouver : fromages, légumes qu'il a fait cuire et un petit chevreau ou agneau cuit en entier. Il fait la distribution aux pauvres malheureux, puis il verse le vin et fait circuler la coupe grossière pour que tous y boivent.
"Mais pourquoi ? Mais pourquoi ? Et eux ?" disent les paysans de Doras en montrant ceux de Yokhanan.
"Eux sont déjà servis."
"Mais quelle dépense ! Comment as-tu pu ?"
"Il y a encore de bonnes gens en Israël" dit Jésus en souriant. "Mais aujourd'hui c'est le sabbat..."
"Remerciez cet homme" dit Jésus en leur indiquant l'homme d'En-Dor. "C'est lui qui vous a procuré l'agneau. Le reste a été facile à trouver."
Ces pauvres gens dévorent - c'est le mot - cette nourriture depuis si longtemps inconnue.
L'un d'eux, plutôt âgé, serre à son côté un enfant d'une dizaine d'années environ; il mange et pleure.
"Pourquoi, père, agis-tu ainsi ? ..." lui demande Jésus.
"Parce que ta bonté est trop grande..."
L'homme d'En-Dor dit, avec son accent guttural: "C'est vrai... cela fait pleurer, mais ce sont des pleurs sans amertume..."
"C'est sans amertume; c'est vrai. Et puis... je voudrais une chose. Ces larmes sont aussi un désir."
"Que veux-tu, père ?"
"Cet enfant, tu le vois. C'est mon petit-fils. Il est avec moi depuis l'éboulement de cet hiver. Doras ne sait même pas qu'il m'a rejoint car je le fais vivre comme une bête sauvage dans le bois et je ne le vois qu'au sabbat. S'il le découvre, ou bien il le chasse, ou bien il le met au travail... et il sera pire qu'une bête de somme mon tendre petit enfant... À Pâque, je l'enverrai avec Michée à Jérusalem pour qu'il devienne fils de la Loi... et puis… C'est le fils de ma fille..."
"Me le donnerais-tu à Moi, au contraire ? Ne pleure pas. J'ai tant d'amis qui sont honnêtes, saints et qui n'ont pas d'enfants. Ils l'élèveront saintement, selon ma Voie..."
"Oh ! Seigneur ! Depuis que j'ai entendu parler de Toi, je l'ai désiré et je priais le saint Jonas, lui qui sait ce que c'est que d'appartenir à ce maître, de sauver mon petit-fils de cette mort..."
"Enfant, viendrais-tu avec Moi ?"
"Oui, mon Seigneur, et je ne te causerai pas de peine."
"C'est dit."
"Mais... à qui veux-tu le donner ?" demande Pierre en tirant Jésus par la manche. "À Lazare, celui-ci aussi ?"
"Non, Simon. Mais il y en a tant qui n'ont pas d'enfants..."
"Il y a moi aussi..." Le visage de Pierre paraît maigrir pour le désir.
// "Simon, je te l'ai dit. Tu dois être le "père" de tous les enfants que je te laisserai en héritage, mais tu ne dois pas avoir la chaîne d'un fils qui t'appartienne. N'en sois pas blessé. Tu es trop nécessaire au Maître pour que le Maître puisse te séparer de Lui par une affection. Je suis exigeant, Simon. Je suis exigeant plus que l'époux le plus jaloux. Je t'aime d'un amour de prédilection et je te veux entier pour Moi et de Moi."
« C’est bon, Seigneur… c’est bon… qu’il soit fait comme tu veux. » Le pauvre Pierre est héroïque dans cette adhésion à la volonté de Jésus.
« Ce sera l’enfant de mon Église naissante. D’accord ? Il sera à tous et à personne. Ce sera « notre » petit enfant. // Il nous suivra quand les parcours le permettront ou nous rejoindra. Ses tuteurs seront les bergers, eux qui aiment dans tous les enfants "leur" enfant Jésus. Viens ici, petit. Comment t'appelles-tu ?"
"Yabeç de Jean et je suis de Juda" dit, sans hésiter, le garçon.
"Oui, nous sommes juifs, nous" confirme le vieil homme. "Je travaillais sur les terres de Doras en Judée et ma fille a épousé un homme de cette région. Je travaillais dans les bois près d'Arimathie et cet hiver..."
"J'ai vu la catastrophe... "
"L'enfant s'est sauvé parce que cette nuit là il était au loin chez un parent... Vraiment, il a bien porté son nom, Seigneur ! Je l'ai dit tout de suite à ma fille : "Pourquoi ce nom ? Ne te rappelles-tu pas de l'ancien ?" Mais le mari voulut lui donner ce nom et il s'appela Yabeç."
"L'enfant invoquera le Seigneur et le Seigneur le bénira et élargira ses frontières et la main du Seigneur est dans sa main et il ne sera plus accablé par le malheur". Le Seigneur lui accordera cela pour te consoler toi, père, et les esprits des morts et pour réconforter l'orphelin.
Et maintenant que vous avez séparé les besoins du corps de ceux de l'âme par un acte d'amour envers l'enfant, écoutez la parabole que j'ai pensée pour vous." (...)
( Suit la parabole du pauvre Lazare et du mauvais riche, ndt )
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---> Pierre accomplit donc héroïquement le "sacrifice d'Abraham", en renonçant douloureusement à avoir Yabec pour fils.
---> Et comme dans le cas du noble ancêtre de tous les croyants, le Seigneur s'en contentera finalement, et lui accordera sa demande à la prière de sa sainte Mère. Mais pas néanmoins sans exiger qu'il veille à ne pas trop s'attacher humainement, comme on le lit dans les chapitres suivants.
---> Mais ce que l'auteur se garde bien de dire ici, c'est que tout au long de cet épisode allant de la découverte ( EMV 191 ) du petit Yabec - qui sera plus tard ( EMV 198.8 ) rebaptisé "Margziam" par la très sainte Vierge Marie - jusqu'à son adoption officielle par Pierre avec la bénédiction de Jésus ( EMV 199 ), nous constatons comment Pierre, tellement en manque d'une descendance, se comporte en tout comme un vrai père envers le petit orphelin, l'adoptant immédiatement de manière informelle, et le couvant comme si c'était son propre petit enfant, lui demandant même de l'appeler "père", ce que Jésus regarde évidemment d'un oeil favorable, car cela procède d'une évidente charité de la part de son si généreux apôtre :
citons quelques extraits illustrant cela.
EMV 192.2 - Une prédiction à Jacques d’Alphée. L’arrivée à En-Gannim après une pause à Mageddo.
(...)
"Cet enfant est affaibli" dit l'homme d'En-Dor avec sa voix gutturale.
"Bien sûr ! s'exclame Pierre. Avec la vie qu'il mène depuis quelques mois ! Viens que je te prenne dans mes bras."
"Oh ! non, seigneur. Ne te fatigue pas. Je puis encore marcher."
"Viens, viens. Tu n'es sûrement pas lourd. Tu ressembles à un oiseau mal nourri"
Et Pierre le hisse à cheval sur ses épaules carrées, en lui tenant les jambes. Ils marchent rapidement car le soleil donne maintenant à plein et invite à activer la marche vers les collines ombragées.
(...)
Deux petits garçons de situation aisée viennent jouer près de la fontaine pendant que Yabeç s'y trouve avec Pierre qui l'amène de partout avec lui en l'attirant par mille petites choses. Ils demandent au garçon :
"Tu y vas toi aussi pour être fils de la Loi ?"
Yabeç répond timidement : "Oui" mais se cache presque derrière Pierre.
"C'est ton père ? Tu es pauvre, n'est-ce pas ?"
"Je suis pauvre, oui."
Les deux garçons, peut-être fils de pharisiens, le considèrent avec ironie et curiosité et lui disent :
"Ça se voit."
De fait cela se voit... Son petit vêtement est bien misérable !
Peut-être l'enfant a grandi et bien que l'ourlet de l'habit, d'une couleur marron que les intempéries ont délavée, ait été défait, le vêtement arrive à peine au milieu de ses petites jambes brunes, laissant à découvert les petits pieds mal chaussés de deux sandales déformées tenues par des ficelles qui doivent torturer ses pieds.
Les garçons, rendus impitoyables par l'égoïsme propre à de nombreux enfants et par la cruauté d'enfants qui ne sont pas foncièrement bons, disent :
"Oh ! alors tu n'auras pas un habit neuf pour ta fête ! Nous, au contraire !... N'est-ce pas, Joachim ? Moi tout rouge avec un manteau pareil. Lui, de son côté, couleur de ciel et nous aurons des sandales avec des boucles d'argent et une ceinture précieuse et un thalet (Taleth) retenu, par une lame d'or et..."
"... et un cœur de pierre, je le dis, moi !" s'exclame Pierre qui a fini de se rafraîchir les pieds et qui remplit d'eau toutes les gourdes. "Vous êtes méchants ! La cérémonie et l'habit ne valent rien, si le cœur n'est pas bon. Je préfère mon enfant. Débarrassez la place, orgueilleux ! Allez chez les riches et respectez ceux qui sont pauvres et honnêtes.
Viens, Yabeç ! Cette eau est bonne pour les pieds fatigués. Viens que je te les lave. Après tu marcheras mieux. Oh ! ces ficelles comme elles t'ont fait du mal ! Il ne faut plus que tu marches. Je te porterai dans mes bras jusqu'à ce que nous soyons à En-Gannim. Là je trouverai un marchand de sandales et je t'achèterai une paire de sandales neuves."
Et Pierre lave et essuie les petits pieds qui depuis longtemps n'ont pas eu pareilles caresses.
L'enfant le regarde, hésite, mais ensuite se penche sur l'homme qui relace ses sandales. Il l'entoure de ses petits bras amaigris et dit :
"Comme tu es bon !" et il baise ses cheveux grisonnants.
Pierre s'émeut. Il s'assoit par terre, sur le sol humide, tel qu'il l'est. Il prend l'enfant sur ses genoux et lui dit :
"Alors appelle-moi "père".
Ils forment un petit groupe charmant. Jésus s'avance avec les autres, mais auparavant les deux petits orgueilleux de tout à l'heure qui étaient restés en curieux, demandent :
"Mais, ce n'est pas ton père ?"
"Il est père et mère pour moi" dit Yabeç avec assurance.
"Oui, chéri ! Tu as bien dit : père et mère. Et, mes chers petits messieurs, je vous certifie qu'il n'ira pas mal vêtu à la cérémonie. Il aura lui aussi un vêtement de roi rouge comme le feu et avec une ceinture verte comme l'herbe et un thalet blanc comme la neige."
Bien que l'ensemble ne soit pas harmonieux, il stupéfie les deux vaniteux et les met en fuite.
"Que fais-tu Simon, dans cette humidité ?" demande Jésus avec un sourire.
"Humidité ? Ah ! oui, je m'en aperçois maintenant. Ce que je fais ? Je me refais agneau avec l'innocence sur le cœur. Ah ! Maître ! Maître ! Bien, allons. Mais laisse-moi faire avec ce petit. Plus tard, je le cèderai, mais tant qu'il n'est pas un véritable israélite, il est à moi."
"Mais oui ! Et tu en seras toujours le tuteur, comme un vieux père. D'accord ? Partons pour être ce soir à En-Gannim sans trop faire courir l’enfant."
"Je vais le porter. Il pèse moins que mon filet. Il ne peut marcher avec ces deux sandales usées. Viens."
Et ainsi chargé du petit garçon, Pierre reprend gaiement la route désormais toujours plus ombragée, au milieu des bosquets aux fruits variés. Ils gravissent des collines en pente douce d'où la vue s'étend sur la fertile plaine d'Esdrelon.
EMV 193.4 - L’arrivée à Sichem après deux jours de marche.
( Pierre, à Jésus )
"Et l'enfant ? Tu le donnes tout de suite ?"
Jésus sourit :
"Non, nous le donnerons à la Mère pour qu'elle le prépare pour "sa" fête. Et puis nous le garderons avec nous pour la Pâque. Mais ensuite, nous devrons aussi le laisser... Ne t'y attache pas trop ! Ou plutôt : aime-le comme s'il était ton enfant, mais avec un esprit surnaturel. Tu vois : il est faible et se fatigue facilement. Moi aussi, j'aurais aimé l'instruire et le faire grandir en Sagesse, nourri par Moi. Mais je suis l'Inlassable, et Jabé est trop jeune et trop faible pour supporter nos fatigues. Nous irons à travers la Judée, puis nous reviendrons à Jérusalem pour la Pentecôte et puis nous irons... nous irons, annonçant la Bonne Nouvelle... Nous le retrouverons pendant l'été dans notre patrie. (...) "
EMV 195.3 - Une leçon de Jean d’En-Dor à Judas. L’entrée à Jérusalem.
(...)
( Jésus, à Pierre qui se mêle d'une discussion à propos de l'Iscariote )
"Écoute, Simon, ne pourrais-tu pas t'occuper de ton petit ? Tu me l'as pris, et puis tu veux te mêler d'une conversation amicale entre Nathanaël et Moi. Ne te semble-t-il pas que tu veuilles faire trop de choses ?"
Jésus sourit si tranquillement que Pierre reste indécis sur son jugement. Il regarde Barthélemy... mais il a levé son visage aquilin pour regarder le ciel... Pierre sent s'évanouir son soupçon. L'apparition de la Cité finit de le distraire de tout. Elle est désormais voisine, visible dans toute sa beauté de collines, d'oliveraies, de maisons, du Temple en particulier. Cette vue devait être toujours une source d'émotion et d'orgueil pour les israélites.
EMV 196.1 - Le sabbat à Gethsémani. Jésus évoque l’enfance de sa Mère et classe les différents amours selon leur puissance
( Pierre à Jésus )
"Mais je veux lui acheter un vêtement. Je le lui ai promis..."
"Certainement tu le feras, mais il vaut mieux prendre conseil de la Mère. Tu sais… les femmes... elles sont plus capables que nous pour les achats... et elle sera heureuse de s'occuper d'un enfant... Vous irez ensemble !"
La pensée d'aller avec Marie faire les achats transporte l'apôtre au septième ciel. Je ne sais pas si Jésus dit toute sa pensée ou s'il n'en garde pas pour Lui une partie, à savoir qu'il aurait pu dire que sa Mère a un goût plus fin pour éviter un bariolage de couleurs de mauvais goût. En fait il atteint le but en évitant de mortifier son Pierre.
EMV 197.1 - Au Temple avec Joseph d’Arimathie. L’heure de l’encens.
(...)
Pierre est vraiment solennel quand il entre en qualité de père dans l'enceinte du Temple, tenant Yabeç par la main. Il semble même plus grand, tant il se redresse en marchant.
Derrière, en groupe, tous les autres. Jésus est le dernier, occupé dans une discussion serrée avec Jean d'En-Dor qui paraît avoir honte d'entrer au Temple.
Pierre demande à son protégé : "Tu n'y es jamais venu ?" et il lui répond : "Quand je suis né, père, mais je ne m'en souviens pas" ce qui fait rire Pierre de bon cœur. Il le répète à ses compagnons qui rient eux aussi en disant bonnement et finement: "Peut-être tu dormais et par conséquent..." ou bien : "Nous sommes tous comme toi. Nous ne nous rappelons pas notre venue ici, à notre naissance."
EMV 197.3
(...)
( Au Temple, Joseph d'Arimathie à Pierre )
"Tu aimes bien ce petit ! Tu le gardes toujours avec toi?"
"Je ne peux pas !... Je suis toujours en marche... L'enfant est petit et chétif..."
"Mais moi, je viendrais volontiers avec toi..." dit Yabeç que les caresses de Joseph ont rassuré.
Pierre rayonne de joie... Mais il dit : "Le Maître dit que l'on ne doit pas, et nous ne le ferons pas... Mais nous nous verrons tout de même... Joseph... Tu m'aides ?"
"Mais oui ! Je viendrai avec toi. Devant moi, ils ne feront pas d'injustices." ( les pharisiens chargés de l'examiner pour sa majorité, à l'âge de douze ans, ndt )
EMV 197.5 :
( Jésus à Yabec )
"Si tu es toujours un bon disciple et un bon fils de Pierre, tu le deviendras. Viens maintenant. Voici que les trompettes annoncent que l'heure est arrivée. Allons avec vénération louer Geové." (Jésus prononce ainsi, avec le "g" qui devient long : un Sgiéveee très chantant, avec les derniers "e" très ouverts comme si c'était "a" alors que celui qui suit le "g" est très fermé).
EMV 198.7 - Jésus rencontre sa mère, à Béthanie. Yabeç (Jabé) change son nom en Marziam.
( Lazare )
"Merci, Maître. Mais cet enfant occasionnera des frais ! Me permettrais-tu au moins..."
"J'y pense moi à son vêtement de fête" s'écrie Pierre.
Tout le monde rit de son impulsivité.
"Très bien, mais il aura besoin d'autres vêtements. Simon, sois gentil. Moi aussi, je suis sans enfants. Permets que Marthe et moi nous nous consolions en lui faisant faire des petits habits."
Pierre, ainsi sollicité, s'émeut tout de suite :
"Les habits... oui... mais le vêtement de mercredi, c'est moi qui m'en charge. Le Maître me l'a promis, et il a dit que j'irai avec la Mère pour l'acheter demain."
Pierre débite tout cela, craignant quelque changement à son détriment.
Jésus sourit et dit :
"Oui, Mère. Je te prie d'aller demain avec Simon. Autrement cet homme meurt d'angoisse. Tu le conseilleras pour le choix."
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---> Non seulement donc il n'y a rien d'irrationnel dans les décisions de Jésus, mais nous découvrons bien au contraire au fil de l'oeuvre une parfaite cohérence, un fil conducteur qui rend simplement évident le changement d'avis de Jésus, accordant finalement à Pierre l'adoption de Yabec ( Margziam ) : les faits parlent suffisamment d'eux-mêmes.
---> Telle une nouvelle Esther fléchissant le cœur du roi Assuérus, c'est la très sainte Vierge par son intercession auprès de son Fils qui emporte définitivement la mise, faisant pencher la balance en faveur de Pierre ( cf volet 6 ). Encore une fois, qui a mieux décrit cela que saint Louis-Marie Grignon de Montfort, dans son "traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge" ?
DGC :
Les disciples ayant perdu l’usage de leur liberté, se trouvent totalement infantilisés par cette emprise de gourou, qui n’hésite pas à souffler alternativement le chaud et le froid, entretenant un climat émotionnel exacerbé :
Jésus laisse [André] appeler plusieurs fois. A la fin, il se retourne, l’air sévère, et il demande : « Que veux- tu ? » « Maître, mon frère est affligé… il pleure… » « Il l’a mérité ». [Après un long dialogue, Jésus fait venir Pierre.]
« Viens ici, grand enfant irréfléchi, que je te serve de père en essuyant ces larmes », dit Jésus. (…) Jésus lui passe son bras autour des épaules et le serre tout contre lui. Alors Simon, qui n’a pas quitté l’autre main de Jésus, la couvre de baisers… heureux. Et il murmure : « Combien j’ai souffert !... Merci Jésus. » (V, 34, 228-230)
---> Est-ce que Dieu souffle alternativement le chaud et le froid pour infantiliser les hommes pécheurs et régner sur eux comme un gourou, lorsqu'« en effet, Dieu blesse et il guérit, il frappe et il soigne la blessure » ( Job 5,18 ) ?
---> Hébreux 12,5-11 :
« Et vous avez oublié cette parole de réconfort, qui vous est adressée comme à des fils : Mon fils, ne néglige pas les leçons du Seigneur, ne te décourage pas quand il te fait des reproches. Quand le Seigneur aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons ; il corrige tous ceux qu’il accueille comme ses fils. Ce que vous endurez est une leçon. Dieu se comporte envers vous comme envers des fils ; et quel est le fils auquel son père ne donne pas des leçons ? Si vous êtes privés des leçons que tous les autres reçoivent, c’est que vous êtes des bâtards et non des fils. D’ailleurs, nos parents selon la chair nous faisaient la leçon, et nous les respections. Ne devons-nous pas d’autant plus nous soumettre au Père de nos esprits pour avoir la vie ? Les leçons que nos parents nous donnaient en croyant bien faire n’avaient qu’un effet passager. Mais celles de Dieu sont vraiment pour notre bien : il veut nous faire partager sa sainteté. Quand on vient de recevoir une leçon, on n’éprouve pas de la joie mais plutôt de la tristesse. Mais plus tard, quand on s’est repris grâce à la leçon, celle-ci produit un fruit de paix et de justice. »
---> Il arriva également plusieurs fois au saint padre Pio - comme au saint curé d'Ars - de refuser premièrement l’absolution à un pécheur, et de l'absoudre ensuite à sa plus grande joie, mais après l'avoir laissé pleurer un certain temps : est-ce que ce pécheur était là-aussi sous l’emprise d’un gourou, « soufflant alternativement le chaud et le froid », vraiment ?
---> Un enfant malicieux ayant fait une très grave bêtise ne mériterait-il donc pas de prendre une bonne taloche de son père, proportionnée à son âge, et après avoir bien pleuré pour expier sa faute, ne recevrait-il pas la consolation de la part de celui n’ayant jamais cessé de l’aimer tendrement, même - et surtout - pendant qu'il le corrigeait ? Bien sûr que le papa finirait par lui faire un gros câlin pour le réconforter, et mettre fin à la punition qui si elle durait trop longtemps, aurait un effet nuisible sur l’enfant et non plus bénéfique.
---> C’est exactement ce que fait ici Jésus, avec une puissante autorité et dans un but éducatif très évident, en ce passage incriminé par DGC : Pierre vient littéralement de prendre la foudre, après s’être gravement fourvoyé en morigénant Jésus qui prédisait sa Passion, et se faisant traité par Lui de Satan. Il est dévasté, en pleurs, encore plus recroquevillé sur lui-même dans le sentiment de son indignité que lors de la première pêche miraculeuse, lorsqu’impressionné par la puissance de ce miracle, il demandait au Seigneur avec crainte de s’éloigner de lui, l’homme pécheur.
---> Mais comment ? Le Christ se permettrait donc de reprendre avec sévérité un de ses apôtres, pour le délivrer du mal et en faire une colonne de son Eglise, remplie d'une sainte force, jusqu'au témoignage du martyr ? Voilà qui est vraiment digne du pire gourou qui soit !
---> Les douze apôtres avaient chacun librement remis l’usage de leur liberté entre les mains de Celui qu’ils avaient librement choisi comme Maître de leur vie, pour Lui obéir en tout. N’en déplaise à l’auteur, ceci est toujours en usage dans l’Eglise, comme en particulier dans les communautés monastiques, et cela s’appelle : « faire vœu d’obéissance ».
---> Dans l’EMV, Jésus demande à chacun de s’examiner avant de prendre la décision de le suivre. Et à plusieurs reprises, comme dans les Evangiles, Il les rend libres de s’en aller, ce qui est loin de confirmer la thèse farfelue de l'emprise sectaire.
---> C’est d’autant plus évident que dans l’EMV, loin d’apparaître comme des êtres lobotomisés, dépossédés d’eux-mêmes, sans volonté, transformés en esclaves dociles du Christ, on découvre que durant toute la Vie publique, chaque apôtre garde intactes les spécificités de son caractère propre à la suite du Christ, exprimant librement ses joies, ses peines, ses interrogations, son amour, ses préférences, ses antipathies, etc…
---> En fait, ce que l’on découvre dans Maria Valtorta, c’est qu’aucun élève sur terre n’a jamais été moins entravé par son maître que les apôtres ne l’ont été par le Seigneur, et qu’ils restent pour la plupart d'entre eux "les gens d'autrefois", comme Jésus le leur rappelle à maintes reprises, spécialement dans la troisième partie de sa Vie publique, tel un patient Educateur. Car avec Jésus, c’est apparemment sans contrainte que l’on doit changer, en abandonnant le vieil homme pour se revêtir de l’Homme nouveau.
---> Finalement, en bref : Jésus se révèle un très mauvais gourou dans l'EMV, et par contre, un parfait et saint Educateur à la vraie liberté.
---> Mais rien ne vaut mieux que de lire par soi-même, et non plus à travers le miroir déformant de l'auteur, ce passage prodigieux de l'oeuvre, où se dévoile toute la Majesté, la Force dominatrice, la Miséricorde infinie et la divine Douceur de Jésus, cet incomparable Pédagogue :
EMV 346.4 - Première annonce de la Passion, et reproche à Simon-Pierre.
( En rouge entre les // : la citation de DGC )
( ...) (...)
Le repas est vite fini, assaisonné de sérénité et d’eau pure. Mais, comme Jésus reste assis, personne ne bouge. Les disciples s’approchent eux aussi pour écouter Jésus, que ses apôtres interrogent encore sur ce qu’il vient de dire au sujet de sa Mère.
« Oui. Parce qu’être ma Mère selon la chair, c’est déjà grandiose. Pensez que l’on se rappelle Anne d’Elqana en tant que mère du prophète Samuel. Or il n’était qu’un prophète, et pourtant on se souvient de sa mère parce qu’elle l’a engendré. Par conséquent, le souvenir de Marie serait accompagné des plus grands éloges pour avoir donné au monde Jésus le Sauveur. Mais ce serait peu par rapport à ce que Dieu exige d’elle pour compléter la mesure requise pour la rédemption du monde. Marie ne décevra pas le désir de Dieu. Elle ne l’a jamais déçu. De la requête d’un amour total à celle d’un sacrifice total, elle s’est donnée et elle se donnera. Et quand elle aura consommé le plus grand sacrifice, avec moi, pour moi, et pour le monde, alors les vrais fidèles, et ceux qui l’aiment vraiment, comprendront le sens véritable de son nom. Et dans les siècles des siècles, il sera accordé à tout véritable fidèle, à tous ceux qui l’aiment vraiment de connaître le nom de la Mère sublime, de la sainte Nourrice qui allaitera dans les siècles des siècles les enfants du Christ par ses pleurs, pour les faire croître à la Vie des Cieux.
– Ses pleurs, Seigneur ? Ta Mère doit pleurer ? demande Judas.
– Toute mère pleure, et la mienne pleurera plus que toute autre.
– Mais pourquoi ? J’ai fait quelquefois pleurer ma mère parce que je ne suis pas toujours un bon fils. Mais toi ! Tu ne feras jamais souffrir ta Mère.
– Non. En effet je ne la fais pas souffrir en tant que Fils, mais en tant que Rédempteur. Il y en aura deux qui feront verser à ma Mère des pleurs sans fin : moi pour sauver l’humanité, et l’humanité par son continuel péché. Tout homme qui a vécu, vit ou vivra coûte des larmes à Marie.
– Mais pourquoi ? demande Jacques, fils de Zébédée, étonné.
– Parce que tout homme me coûte des tortures pour le racheter.
– Mais comment peux-tu dire cela de ceux qui sont morts ou pas encore nés ? Les vivants, les scribes, les pharisiens, les sadducéens, te feront souffrir par leurs accusations, leurs jalousies, leurs méchancetés, mais rien de plus, affirme, sûr de lui, Barthélemy.
– Jean-Baptiste aussi a été tué… et ce n’est pas le seul prophète qu’Israël ait tué, et le seul prêtre de la Volonté éternelle, tué parce qu’il était mal vu de ceux qui désobéissent à Dieu.
– Mais toi, tu es plus qu’un prophète et plus que Jean-Baptiste lui-même, ton Précurseur. Tu es le Verbe de Dieu. La main d’Israël ne se lèvera pas sur toi, dit Jude.
– Tu crois cela, mon frère ? Tu te trompes, lui répond Jésus.
– Non. C’est impossible ! Cela ne peut pas arriver ! Dieu ne le permettra pas ! Ce serait avilir pour toujours son Christ ! »
Jude est si agité qu’il se lève.
Jésus l’imite et regarde fixement son visage pâle, ses yeux sincères.
« Et pourtant il en sera ainsi » dit-il en abaissant son bras droit, qu’il tenait levé comme pour jurer.
Tous se lèvent et se serrent encore davantage autour de lui, formant une couronne de visages affligés, mais plus encore incrédules, et des murmures circulent dans le groupe :
« Certainement… si ça devait se passer… Jude aurait raison.
– Ce qui est arrivé à Jean-Baptiste, c’est mal. Mais cela a exalté l’homme, héroïque jusqu’à la fin. Si cela arrivait au Christ, il en serait diminué.
– Le Christ peut être persécuté, mais pas avili.
– L’onction de Dieu est sur lui.
– Qui pourrait croire encore, s’il te voyait à la merci des hommes ?
– Nous ne le permettrons pas. »
Le seul à se taire, c’est Jacques, fils d’Alphée. Son frère ( Jude ndt ) s’en prend à lui :
« Tu ne dis rien? Tu ne réagis pas ? Tu n’entends pas ? Défends le Christ contre lui-même ! »
Jacques, pour toute réponse, porte les mains à son visage et il s’écarte un peu en pleurant.
« Quel simplet ! Déclare son frère.
– Peut-être moins que tu ne le penses » lui répond Hermastée, avant de poursuivre : « Hier, en expliquant la prophétie, le Maître a parlé d’un corps décomposé qui se recompose et d’un corps qui ressuscite tout seul. Je pense que quelqu’un ne peut ressusciter à moins de mourir avant.
– Mais il peut être mort de mort naturelle, de vieillesse. Et c’est déjà beaucoup pour le Christ ! » réplique Jude.
Plusieurs lui donnent raison.
« Oui, mais alors ce ne serait pas un signe donné à cette génération qui est beaucoup plus vieille que lui, relève Simon le Zélote.
– Oui ! Mais il n’est pas dit qu’il parle de lui-même », réplique Jude, entêté dans son amour et dans son respect.
Isaac témoigne avec assurance :
« Personne, à moins d’être le Fils de Dieu, ne peut se ressusciter lui-même, de même que personne, s’il n’est pas le Fils de Dieu, ne peut être né comme il est né. C’est ce que je dis, moi qui ai vu la gloire de sa naissance »
Jésus, les bras croisés, les a écoutés parler en les regardant à tour de rôle. Puis il fait signe qu’il va parler :
« Le Fils de l’homme sera livré aux mains des hommes parce qu’il est le Fils de Dieu, et parce qu’il est aussi le Rédempteur de l’homme. Or il n’y a pas de rédemption sans souffrance. Ma souffrance atteindra le corps, la chair et le sang, pour réparer les péchés de la chair et du sang. Elle sera morale pour réparer les péchés de l’âme et des passions. Elle sera spirituelle pour réparer les fautes de l’esprit. Elle sera complète. Aussi, à l’heure fixée, je serai pris dans Jérusalem, et après avoir beaucoup souffert de la part des anciens et des grands-prêtres, des scribes et des pharisiens, je serai condamné à une mort infamante. Et Dieu laissera faire parce qu’il doit en être ainsi, car je suis l’Agneau qui expie pour les péchés du monde entier. Et dans une mer d’angoisse, que partagera ma Mère et quelques autres personnes, je mourrai sur le gibet. Trois jours après, par ma seule volonté divine, je ressusciterai pour une vie éternelle et glorieuse comme Homme et je serai de nouveau Dieu au Ciel avec le Père et l’Esprit. Mais auparavant je devrai souffrir toutes sortes d’opprobres et avoir le cœur transpercé par le Mensonge et la Haine. »
Un chœur de cris horrifiés s’élève dans l’air tiède et parfumé du printemps.
Pierre, le visage effrayé, et horrifié lui aussi, saisit Jésus par le bras et l’emmène un peu à part en lui disant doucement à l’oreille :
« Oh, Seigneur ! Ne dis pas ça, ce n’est pas bien. Tu vois ? Ils sont scandalisés. Tu baisses dans leur estime. Pour aucune raison tu ne dois le permettre ; d’ailleurs, pareille chose ne t’arrivera jamais. Pourquoi donc l’envisager comme vraie ? Tu dois monter toujours davantage dans l’estime des hommes si tu veux t’affirmer, et tu dois terminer, peut-être, par un dernier miracle comme celui de réduire en cendres tes ennemis. Mais ne jamais t’humilier en te rendant pareil à un malfaiteur que l’on punit. »
Pierre ressemble à un maître ou à un père affligé, plein d’un amour angoissé, qui réprimande son fils qui a dit une sottise.
Jésus, qui s’était un peu penché pour écouter le murmure de Pierre, se redresse, l’air sévère, des éclairs dans les yeux – et des éclairs de courroux – et il crie fort pour que tous entendent et que la leçon serve à tous :
« Eloigne-toi de moi, toi qui en ce moment es un satan qui me conseille de manquer à l’obéissance envers mon Père ! Car c’est pour cela que je suis venu ! Pas pour les honneurs ! En me conseillant l’orgueil, la désobéissance, la dureté sans charité, tu tentes de m’amener au mal. Va ! Tu es pour moi objet de scandale ! Ne comprends-tu pas que la grandeur réside non dans les honneurs, mais dans le sacrifice et que ce n’est rien de paraître un ver aux yeux des hommes si Dieu nous considère comme un ange ? Toi, pauvre homme, tu ne comprends pas ce qui est grandeur pour Dieu et raison de Dieu et tu vois, juges, entends, parles avec ce qui est de l’homme. »
Le malheureux Pierre reste anéanti sous ce reproche sévère ; il s’écarte, humilié, et il pleure… et ce ne sont pas les larmes de joie de quelques jours auparavant, mais les larmes de désolation d’un impulsif qui comprend qu’il a péché et qu’il a fait souffrir celui qu’il aime.
Jésus le laisse pleurer. Il se déchausse, relève sa tunique et passe à gué le ruisseau. Les autres l’imitent en silence. Personne n’ose dire mot. En dernier se trouve un Pierre pitoyable qu’Isaac et Simon le Zélote essaient en vain de consoler.
André se retourne plusieurs fois pour le regarder, puis il murmure quelque chose à Jean, qui est tout attristé. Mais Jean secoue la tête en signe de refus. Alors André se décide. Il court en avant, rejoint Jésus, l’appelle doucement avec une crainte visible :
// « Maître ! Maître !… »
Jésus le laisse appeler plusieurs fois. Finalement, il se retourne, l’air sévère et demande :
« Que veux-tu ?
– Maître, mon frère est tout abattu… il pleure…
– Il l’a bien mérité. //
– C’est vrai, Seigneur. Mais lui, c’est encore un homme… Il ne peut pas toujours bien parler.
– Effectivement, aujourd’hui il a très mal parlé » répond Jésus.
Mais il est déjà moins sévère et un éclair souriant lui adoucit les yeux.
André s’enhardit et prolonge sa plaidoirie en faveur de son frère :
« Mais tu es juste et tu sais que c’est son amour pour toi qui l’a poussé à l’erreur…
– L’amour doit être lumière et non pas ténèbres. Pierre a préféré les ténèbres et s’en est enveloppé l’esprit comme dans des bandes.
– C’est vrai, Seigneur. Mais on peut enlever les bandes quand on veut. Ce n’est pas comme si on avait l’esprit ténébreux. Les bandes, c’est l’extérieur. L’esprit, c’est l’intérieur, le noyau vivant… L’intérieur de mon frère est bon.
– Dans ce cas, qu’il enlève les bandes qu’il s’est mises.
– Il le fera à coup sûr, Seigneur ! Il y est déjà occupé. Retourne-toi et regarde comme il est défiguré par des larmes que tu ne consoles pas. Pourquoi es-tu si sévère à son égard ?
– C’est parce qu’il a le devoir d’être “ le premier ”, comme je lui ai fait l’honneur de le nommer. Qui reçoit beaucoup doit donner beaucoup…
– Oh, Seigneur ! C’est vrai, oui. Mais ne te souviens-tu pas de Marie, sœur de Lazare ? De Jean d’En-Dor ? D’Aglaé ? De la Belle de Chorazeïn ? De Lévi ? A eux tu as tout donné… or ils ne t’avaient présenté que l’intention de se racheter… Seigneur !… Tu m’as écouté pour la Belle de Chorazeïn et pour Aglaé… Ne m’écouterais-tu pas pour ton et mon Simon qui a péché par amour pour toi ? »
Jésus baisse les yeux sur le doux André qui se montre audacieux et pressant en faveur de son frère, comme il le fut, silencieusement, pour Aglaé et la Belle de Chorazeïn, et son visage resplendit de lumière :
« Va appeler ton frère, dit-il, et amène-le ici.
– Oh ! Merci, mon Seigneur ! J’y vais… »
Et il s’éloigne, en courant, rapide comme l’hirondelle en plein vol.
« Viens, Simon. Le Maître n’est plus en colère contre toi. Viens, il veut te le dire.
– Non, non. Moi, j’ai honte… Il y a trop peu de temps qu’il m’a fait des reproches… Il veut me voir pour m’en faire encore…
– Comme tu le connais mal ! Allons, viens ! Tu crois que je pourrais te conduire à lui pour te faire encore souffrir ? Si je n’étais pas certain que c’est une joie qui t’attend, je n’insisterais pas. Viens.
– Mais que vais-je lui dire ? » demande Pierre en se mettant en route comme à regret, freiné par ses sentiments humains, mais encouragé par son âme qui ne peut se passer de la bienveillance de Jésus et de son amour. « Que vais-je lui dire ? » continue-t-il à demander.
– Mais rien ! Montre-lui ton visage, et cela suffira » dit André pour encourager son frère.
Tous les disciples, à mesure que les deux frères les dépassent, les regardent et sourient, comprenant ce qui arrive.
Ils rejoignent Jésus. Mais Pierre s’arrête au dernier moment. André n’hésite pas : il le pousse énergiquement en avant comme il le fait à sa barque pour la conduire au large. Jésus s’arrête… Pierre lève la tête ; Jésus baisse les yeux… Ils se regardent… Deux grosses larmes roulent sur les joues toutes rougies de Pierre…
// « Viens ici, grand enfant irréfléchi, que je te serve de père en essuyant ces larmes » dit Jésus. //
Levant la main sur laquelle on voit encore la marque du coup de pierre de Giscala, il essuie de ses doigts ces deux larmes.
« Oh, Seigneur ! Tu m’as pardonné ? » demande Pierre, tout tremblant, en prenant la main de Jésus dans les siennes et en le regardant avec des yeux de chien fidèle qui veut se faire pardonner par son maître fâché.
– Je ne t’ai jamais condamné…
– Mais tout à l’heure…
– Je t’ai aimé. C’est amour de ne pas permettre qu’en toi prennent racine des déviations de sentiment et de sagesse. Tu dois être le premier en tout, Simon-Pierre.
– Alors… alors tu m’aimes encore ? Tu me veux encore avec toi ? Ce n’est pas que je veuille la première place, tu sais ? Il me suffit même d’avoir la dernière, mais être avec toi, à ton service… et mourir à ton service, Seigneur, mon Dieu ! »
// Jésus lui passe le bras autour des épaules et le serre tout contre lui. Alors Simon, qui n’a pas lâché l’autre main de Jésus, la couvre de baisers… heureux. Et il murmure :
« Combien j’ai souffert !… Merci, Jésus. //
– Remercie ton frère, plutôt. Et sache à l’avenir porter ton fardeau avec justice et héroïsme.
– Attendons les autres. Où sont-ils ? »
Ils se sont arrêtés là où ils étaient quand Pierre a rejoint Jésus, pour laisser au Maître la liberté de parler à son apôtre humilié. Jésus leur fait signe d’avancer. Avec eux se trouvent quelques paysans qui avaient délaissé leur travail dans les champs pour venir interroger les disciples.
Jésus a toujours la main sur l’épaule de Pierre et dit :
« Par ce qui est arrivé, vous avez compris que c’est une affaire exigeante que d’être à mon service. C’est à lui que j’ai adressé ce reproche, mais il était pour tous, parce que les mêmes pensées étaient dans la plupart de vos cœurs, soit formées soit en germe. De cette façon je les ai brisées, et celui qui les cultive encore montre qu’il ne comprend pas ma doctrine, ma mission, ma Personne.
Je suis venu pour être le Chemin, la Vérité et la Vie. Je vous donne la Vérité par ce que j’enseigne. Je vous aplanis le chemin par mon sacrifice, je vous le trace, je vous l’indique. Mais la Vie, c’est par ma mort que je vous la donne. Et souvenez-vous que quiconque répond à mon appel et se met dans mes rangs pour coopérer à la rédemption du monde doit être prêt à mourir pour donner la Vie aux autres. Ainsi quiconque veut marcher à ma suite doit être prêt à renoncer à lui-même, à renier ce qu’il était avec ses passions, ses tendances, ses habitudes, ses traditions, ses pensées, et à me suivre avec son nouvel être.
Que chacun prenne sa croix comme moi je la prendrai. Qu’il la prenne, même si elle lui semble trop infamante. Qu’il laisse le poids de sa croix écraser son être humain pour libérer son être spirituel, à qui la croix ne fait pas horreur, mais au contraire est un point d’appui et un objet de vénération, car l’âme sait et se souvient. Et qu’il me suive avec sa croix. Est-ce qu’au bout du chemin une mort ignominieuse l’attendra comme elle m’attend ? Peu importe. Qu’il ne s’en afflige pas, mais au contraire qu’il se réjouisse, car l’ignominie de la terre se changera en une grande gloire au Ciel, alors que ce sera un déshonneur d’être lâche en face des héroïsmes spirituels.
Vous ne cessez de dire que vous voulez me suivre jusqu’à la mort. Suivez-moi donc, et je vous mènerai au Royaume par un chemin âpre mais saint et glorieux, au terme duquel vous conquerrez la vie qui ne change pas pour l’éternité. Ce sera “ vivre ”. Suivre, au contraire, les voies du monde et de la chair, c’est “ mourir ”. De cette façon quiconque veut sauver sa vie sur la terre la perdra, tandis que celui qui perdra sa vie sur la terre à cause de moi et par amour pour mon Evangile la sauvera. Mais réfléchissez : à quoi servirait-il à l’homme de gagner le monde entier s’il perd son âme ?
Et encore gardez-vous bien, maintenant et à l’avenir, d’avoir honte de mes paroles et de mes actions. Cela aussi serait “ mourir ”. En effet, quiconque aura honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération sotte, adultère et pécheresse dont j’ai parlé, et la flattera dans l’espoir d’en tirer protection et avantages en me reniant, moi et ma doctrine, et en jetant dans les gueules immondes des porcs et des chiens les perles qu’il aura reçues, pour obtenir en récompense des excréments en guise de paiement, celui-là sera jugé par le Fils de l’homme quand il viendra dans la gloire de son Père et avec les anges et les saints pour juger le monde. C’est lui alors qui rougira de tous ces adultères et fornicateurs, de ces lâches et de ces usuriers et il les chassera de son Royaume, parce qu’il n’y a pas place dans la Jérusalem céleste pour les débauchés, les cruels, les blasphémateurs et les voleurs. Et, en vérité, je vous dis que certains de mes disciples ici présents ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu se fonder le Royaume de Dieu, avec son Roi qui aura reçu la couronne et l’onction. »
Ils reprennent leur marche en parlant avec animation pendant que le soleil descend lentement dans le ciel…
(...)
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---> Lent à la colère, Jésus en revient très vite, surtout à la prière d'André, frère de saint Pierre, qui intercède en sa faveur :
– Effectivement, aujourd’hui il a très mal parlé » répond Jésus.
Mais il est déjà moins sévère et un éclair souriant lui adoucit les yeux.
André s’enhardit et prolonge sa plaidoirie en faveur de son frère :
---> Est-ce qu'un gourou aime sa victime, comme ici Jésus aime son Pierre, jusqu'au sein même de sa juste colère contre lui ?
---> C'est à dessein, pour essayer de masquer cela, que DGC coupe soigneusement ce dialogue entre Jésus et Pierre :
« Oh, Seigneur ! Tu m’as pardonné ? » demande Pierre, tout tremblant, en prenant la main de Jésus dans les siennes et en le regardant avec des yeux de chien fidèle qui veut se faire pardonner par son maître fâché.
– Je ne t’ai jamais condamné…
– Mais tout à l’heure…
– Je t’ai aimé. C’est amour de ne pas permettre qu’en toi prennent racine des déviations de sentiment et de sagesse. Tu dois être le premier en tout, Simon-Pierre.
– Alors… alors tu m’aimes encore ? Tu me veux encore avec toi ? Ce n’est pas que je veuille la première place, tu sais ? Il me suffit même d’avoir la dernière, mais être avec toi, à ton service… et mourir à ton service, Seigneur, mon Dieu ! »
---> Pour l'auteur, quel flop !
DGC :
Ce sont des cris, des pleurs, des baisers, qui ponctuent les rencontres de « Jésus ».
---> Sauf tout de même dans environ 95% des cas ! Mais pourquoi se priver de mentir sournoisement, puisque cela peut servir à dénigrer l’œuvre, en la faisant apparaître comme une dérive sectaire ?
Lui, au centre d’un cercle qui ressemble à une cour, galvanise ses disciples et provoque leur don total à sa personne, dans une atmosphère souvent hystérique.
Quand (Pierre) lève son visage, timide, confus, il ne sait faire qu’un geste pour dire tout, pour promettre tout, pour se donner tout entier à son nouveau ministère : celui de jeter ses bras courts et musclés au cou de Jésus et de l’obliger à se pencher pour l’embrasser, en mêlant ses cheveux et sa barbe un peu hérissés et grisonnants, aux cheveux et à la barbe soyeux et dorés de Jésus, le regardant ensuite d’un regard adorant, affectueux, suppliant de ses yeux un peu bovins, luisants et rougis par les larmes qu’il a versées, en tenant dans ses mains calleuses, larges, épaisses, le visage ascétique du maître penché sur le sien, comme si c’était un vase d’où coulait une liqueur vivifiante… et il boit, boit, boit, douceur et grâce, sécurité et force, de ce visage, de ces yeux, de ce sourire… (V, 31, 210)
---> Oui : c'est tout de même le passage où Pierre vient d'apprendre que lui, le modeste pêcheur du lac de Tibériade, a été choisi pour être le futur chef de l'Eglise du Christ, rien que ça !
---> Et on est plutôt heureux et rassuré de voir Pierre, futur pape, aimer son divin Maître et Seigneur toutes voiles dehors, comme on pense bien qu'un modeste pêcheur ait pu le faire, tellement reconnaissant que Jésus, le Verbe fait Chair, ait pu choisir quelqu'un comme lui pour ami privilégier, l'élevant à une telle dignité. On voit à la fois tout l'abîme qui sépare les deux personnages, mais aussi toute leur complicité, l'amitié sans borne qui les unit.
---> Si ce cercle ressemble à une cour, c’est peut-être que le Christ ressemble à un roi, peut-être même est-Il carrément Roi, allez savoir ! … Et à un aussi grand Roi, le Dieu incarné, il faudrait s’étonner que l’on fasse le don total de sa personne, alors qu'Il nous fait le Don total de Lui-même, et quand de pauvre sujets d’un jour le font pour un simple roi de la terre bien éphémère, tout "puissant" soit-il ?
---> Quant à la qualification d’hystérie ( collective : ce qui n'existe pas dans les faits ), elle fait rire. Lorsque des opposants aux manifestations surnaturelles se prononçaient sur elles dans les siècles derniers, c’était le mot « fourre-tout » qu’ils employaient pour les qualifier, exprimant ainsi à la foi leur complète méconnaissance de la psychologie, et leur profond mépris pour ce qui dépassait leur matérialisme. Or la proximité du Dieu-fait-Homme était constamment une expérience surnaturelle de l’Invisible rendu visible aux yeux de chair : une expérience que rien ne pouvait décrire.
---> C’était particulièrement les femmes que l’on traitait ainsi d’ "hystériques", à tort et à travers, à chaque fois qu’on voulait les rabaisser pour avoir osé exprimer leurs émotions, ou pour dénigrer de possibles visions. Comme quoi, la misogynie a la vie dure, encore de nos jours.
---> PLus sérieusement, il est clair que « le vin nouveau doit bouillonner durant sa fermentation dans les outres neuves » ( Matthieu 9,17 ) et nous n’y voyons aucune hystérie, individuelle ou collective. Nous savons également que « les compagnons de l'Epoux ne peuvent jeûner tant que l'Epoux est avec eux » ( Matthieu 9,15 ), car ils sont dans la joie et l'allégresse de sa Présence, et que « les petits enfants se mettent à danser lorsqu’on leur joue à la flûte de beaux airs joyeux » ( Luc 7,31 ).
---> Dans les Evangiles, on constate bien d'ailleurs que cette joie collective fut manifestée jusqu'en son point culminant, lors de l’entrée de Jésus à Jérusalem monté sur un ânon, au milieu du délire joyeux et triomphant des foules entourant leur Roi, jetant palmes et manteaux sous ses pas ! ( Matthieu 21,9 )
---> Il se trouve que Jésus ne ressemble pas précisément à celui en qui DGC voudrait nous faire croire, c’est-à-dire à un être "Guimauve Chocolat", plat et terne, aux attitudes coincées, aux regards fixes, tristes et vides, ne suscitant aucune réaction particulière autour de Lui, aucune attirance.
---> C’est pourtant celui-là que DGC, tel un gourou, a la prétention de nous imposer, semblant nous dire, narquois : "Et quoi, vous espériez peut-être trouver de l'Amour débordant pour ses disciples dans le Cœur de Jésus, et pour leur Maître et Seigneur dans celui de ses disciples ? Voyons, mais à quoi pensez-vous ? Et tant que nous y sommes, le Bon Dieu serait-Il peut-être l'Amour ? Non mais des fois."
DGC :
Alors Jean s’avance rapidement et s’enlace à son cou en disant : « Avec toi, alors, dans la lèpre, mon seul amour. Avec toi, dans la condamnation. Avec toi, dans la mort, si tu crois que cela t’attende… »
---> Jésus vient d'annoncer sa Passion à ses apôtres. Si, en de pareilles circonstances, saint Jean le disciple bien-aimé n'est pas capable de monter toute la fidélité de son amour à son Seigneur, mais alors : quand donc le fera-t-il ?
Et Pierre rampe à ses pieds, il les lui prend et les pose sur ses épaules en sanglotant : « Presse-moi, foule-moi aux pieds. Mais ne me fait pas penser que tu te méfies de ton Simon ». Les autres voyant que Jésus caresse les deux premiers s’avancent et le baisent sur ses vêtements, sur ses mains, sur ses cheveux… Seul l’Iscariote ose le baiser au visage. (V, 44, 297)
---> Lire cet article, c’est faire l'apprentissage de tous les artifices utilisés dans les illusions.
---> En effet, ce que DGC a très subtilement oublié de mentionner ici, c'est que ce passage - qui se situe peu après « Pierre durement repris par Jésus » - est tiré de l'épisode sur le « Pain de Vie », où après avoir dû batailler avec les pharisiens et avoir été abandonné par de nombreux "disciples" juifs.... :
EMV 354 - Le discours sur le Pain du Ciel, dans la synagogue de Capharnaüm, et la défection de nombreux disciples.
(...) (...)
… Jésus se tourne vers eux qui, mortifiés, restent dans un coin, et il dit:
“Voulez-vous vous en aller, vous aussi?”
Il le dit sans amertume et sans tristesse. Mais avec beaucoup de sérieux. Pierre dans un élan douloureux Lui dit:
“Seigneur, et où veux-tu qu'on aille? Vers qui? Tu es notre vie et notre amour. Toi seul as les paroles de Vie éternelle. Nous savons que tu es le Christ, le Fils de Dieu. Si tu veux, chasse-nous. Mais nous, pour ce qui est de nous, nous ne te quitterons pas, pas même… pas même si tu ne nous aimais plus…”
et Pierre pleure sans bruit, avec de grosses larmes… André aussi, Jean, les deux fils d'Alphée, pleurent ouvertement, et les autres pâles ou rouges, par suite de l'émotion, ne pleurent pas, mais souffrent visiblement.
“Pourquoi devrais-je vous chasser? N'est-ce pas Moi qui vous ai choisis vous douze?…”
Jaïre prudemment, s'est retiré pour laisser Jésus libre de réconforter ou de réprimander ses apôtres. Jésus, qui remarque sa retraite silencieuse, dit, en s'assoyant accablé, comme si la révélation qu'il fait Lui coûtait un effort supérieur à ce qu'il peut faire, épuisé comme il l'est, dégoûté, endolori:
“Et pourtant, l'un de vous est un démon.”
La parole tombe lente, effrayante, dans la synagogue, où il n'y a que la lumière des nombreuses lampes qui soit joyeuse… et personne n'ose rien dire. Mais ils se regardent l'un l'autre, avec un frisson de peur et en se posant une question angoissée, et par une question encore plus angoissée et intime, chacun s'examine lui-même…
Personne ne bouge pendant un moment. Et Jésus reste seul sur son siège, les mains croisées sur les genoux, la tête baissée. Il la lève enfin et il dit:
“Venez. Je ne suis pourtant pas un lépreux! Ou bien vous me croyez tel?…”
// Alors Jean s'avance rapidement et s'enlace à son cou en disant: “Avec Toi, alors, dans la lèpre, mon seul amour. Avec Toi, dans la condamnation. Avec Toi, dans la mort, si tu crois que cela t'attende…”
et Pierre rampe à ses pieds, il les Lui prend et les pose sur ses épaules en sanglotant: “Presse-moi, foule-moi aux pieds! Mais ne me fais pas penser que tu te méfies de ton Simon.”
Les autres voyant que Jésus caresse les deux premiers s'avancent et le baisent sur ses vêtements, sur ses mains, sur ses cheveux… Seul l'Iscariote ose le baiser au visage. // Jésus se lève tout à coup, et semble le repousser brusquement tant son mouvement est imprévu, et il dit:
“Allons à la maison. Demain soir, à la nuit, nous partirons en barques pour Ippo.”
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---> Il est profondément normal qu’après avoir été traité par Lui de Satan, Pierre se trouve infiniment reconnaissant envers le Seigneur de lui avoir pardonné, et Lui donne même les marques d’attachements que seul un esclave donnerait à son Maître, tant il l’aime d’un amour débordant et reconnaissant. Cela fait déjà penser aux larmes amères de repentir qu’il versera plus tard, après avoir trahi Jésus : si les circonstances de la Passion l’avaient permis alors, il aurait certainement également demandé au Christ de le fouler aux pieds, en réparation de sa faute.
---> Mais par-dessus tout :
“Et pourtant, l'un de vous est un démon.”
La parole tombe lente, effrayante, dans la synagogue, où il n'y a que la lumière des nombreuses lampes qui soit joyeuse… et personne n'ose rien dire. Mais ils se regardent l'un l'autre, avec un frisson de peur et en se posant une question angoissée, et par une question encore plus angoissée et intime, chacun s'examine lui-même…
Personne ne bouge pendant un moment. Et Jésus reste seul sur son siège, les mains croisées sur les genoux, la tête baissée. Il la lève enfin et il dit:
“Venez. Je ne suis pourtant pas un lépreux! Ou bien vous me croyez tel?…”
---> Et donc, après que les apôtres aient frémis d'horreur, terrorisés à l'annonce de la présence d'un démon parmi eux - terreur bien légitime, puisque nul ne savait encore que Jésus parlait de Judas - Jésus les en délivre en tempérant cette annonce dramatique par son attitude toute paternelle à leur égard, réclamant leur amour filial.
---> Comment, après une si vive émotion - et désormais rassurés par ce geste d'accueil de Jésus - les apôtres auraient-ils pu faire moins que de se précipiter dans l'affection de leur si tendre Maître, en Lui manifestant visiblement la leur ?
---> Encore une fois c'est un flop pour DGC qui voulait nous entraîner dans l'illusion, bien loin de la Vérité sautant aux yeux de n’importe quel lecteur sans malice : bien loin donc d’une quelconque emprise sectaire, il n’y a ici que l’expression douloureuse de l'Amour blessé, bafoué, humilié, mais finalement choisi et préféré à tout, passionnément et sans aucune compromission par ses apôtres ( excepté Judas ), restant éperdument attachés à leur Maître, leur seul Sauveur.
DGC :
Voilà qu’un enfant dit à Jésus : « Seigneur, laisse-moi te baiser la main », et comme Jésus y consent, tous veulent donner un baiser à la chair sainte de l’Agneau de Dieu. Même ceux qui s’étaient éloignés vers le village reviennent et c’est une pluie de baisers d’enfants sur le visage, baisers des vieillards sur les mains, et baisers des femmes sur les pieds nus dans l’herbe, avec des larmes et des paroles d’adieu et de bénédiction (…) Finalement il a satisfait tout le monde. (VI, 86, 64)
---> C'est vraiment terrible, tous ces baisers d'enfants, désolé pour cet incroyable scandale ! On sait bien grâce aux Evangiles que Jésus leur distribuait d'ordinaire des baffes, histoire de les calmer un peu.
---> Mais cependant, il nous faut excuser ces effusions enfantines, car plus sérieusement, les enfants sont d'après Jésus Lui-même les sujets du royaume de l'Amour, de la tendresse, de la filiation, du bien excluant tout mal, et nul n'entre au Ciel sans leur ressembler. Nous, les adultes si gravement entachés par le mal, il nous faut donc les excuser, et ne pas se scandaliser pour si peu, devant tant d'innocence.
---> Après, on comprend que ce spectacle soit vraiment terrible pour un pauvre prêtre comme DGC, mais il était pourtant incontournable dans l'oeuvre, car Jésus est quand même un petit peu l'Amour incarné, et non pas n'importe quel éminent abbé grincheux de la communauté saint Martin, qui mérite mieux que ça.
---> Comment à ce sujet ne pas se rappeler la vie du saint ermite Séraphim de Sarov, qui fuyait les hommes cherchant à l'approcher dans la forêt, mais que les petits enfants découvraient facilement, et à qui ils disaient en voyant ses yeux limpides : "Toi, tu es comme nous !".
---> De fait, si la connivence des grands saints avec les enfants a quelque chose de totalement surnaturel, que dire en ce qui concerne le Christ ?
---> Il est vrai aussi que dans la Tradition de l'Église, embrasser une icône ou une statue du Christ ou de la Vierge en signe de vénération et d'amour a toujours été tenu pour un blasphème : car l'Amour étant avant tout désincarné, il ne doit à aucun prix s'exprimer par des gestes, du moins ... selon l'enseignement de certain gourou.
---> Ce fait est pour le moins curieux : Jésus allait subir pour nous sauver un abîme sans fond de souffrances indescriptibles, mais Il faudrait s'indigner qu'Il ait reçu des marques de tendre amour de la part des enfants, ses petits amis innocents ? On n'entendra pas DGC se scandaliser à la description de tant de souffrances du Rédempteur. Il lui suffit de s'assurer que personne ne l'embrasse et surtout pas un enfant, ni encore moins sa Mère, ou personne d'autre.
---> Car ainsi devrait être l'Amour : raide et stoïque, sans s'abaisser vers les hommes. Inaccessible, pharisaïque. C'est évident : enfin, du moins d'après l'enseignement frelaté de certain gourou soi-disant catholique.
DGC :
Il ne leur cache pas même pas son rôle de manipulateur dominateur, avec une image qui associe l’araignée et le marionnettiste : « Vous m’êtes reliés par des fils invisibles, mais très sensibles qui me sont rattachés et me transmettent jusqu’aux plus légères vibrations de votre moi. Je vous laisse croire à votre liberté, pour que vous manifestiez toujours plus ce que vous êtes. » (II, 63, 352)
---> Peut-être DGC n'a-t-il tout simplement jamais lu saint Paul :
« C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions. »
( Ephésiens 2,10 )
---> Et encore :
"Ce n'est plus moi qui vit, c'est le Christ qui vit en moi." ( Galates 2,20 )
---> Et peut-être trouve-t-il également dévalorisante la comparaison que Dieu fait de nous, par la bouche de Daniel ?
«Voici, comme l'argile est dans la main du potier, ainsi vous êtes dans ma main, maison d'Israël! » ( Jérémie 18:6 )
---> Et comment ne pas penser aussi à la petite Thérèse, suppliant le Christ de "lui ôter la possibilité de Lui déplaire", dans son acte d'offrande à son Amour Miséricordieux. Passant sa vie à ne faire que ce que Dieu veut, elle se dit tellement heureuse car "elle fais toujours sa volonté", alors que c'était le Christ qui avait posé sa Main sur elle et la conduisait constamment à faire ce qu'Il voulait. Si c'était le cas pour elle, comment n'en aurait-il pas été de même pour les douze colonnes de l'Eglise ?
---> Comment n'a-t-on pas libéré de cet odieux Carmel cette pauvre fille transformée en marionnette vivante, esclave docile dans la Main du Seigneur, « qui jouait même avec elle comme avec une petite balle » ?( manuscrits autobiographiques )
---> Si vous aussi, vous vous sentez trop dépendant de Dieu et de sa divine Volonté, si vous avez trop remis votre liberté entre ses mains, attention. Vous êtes certainement sous emprise : DGC vous le dit et vous écoutez sa voix. Il est votre guide : prosternez-vous.
---> Nouveau flop retentissant pour notre illusionniste.
DGC :
Dans le groupe de ses disciples, « Jésus » entretient des préférences personnelles marquées, créant une culture de la relation privilégiée et des comparaisons.
---> Apparemment, d'après DGC, les relations privilégiées du Christ avec certains de ses disciples seraient complètement absentes des Évangiles, comme nous allons le vérifier :
---> La très sainte Vierge Marie n'y est pas préférée par Dieu à toutes ses autres créatures, sainte Elisabeth lui disant : "Tu es bénie plus que toutes les femmes" ( Luc 1,42 )
---> Saint Jean n'y est pas "celui que Jésus aimait",( Jean 11,3 ) qui reposait la tête sur sa poitrine ( Jean 13,23 )
---> Pierre n'est pas préféré à André, Jacques, Jean, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d'Alphée, Simon le zélote, Jude et Judas l'Iscariote, et élu par Jésus comme premier pape de sa future Église ( Matthieu 16,18 )
---> Sainte Marie-Madeleine essuyant les pieds de Jésus dans le maison de Simon le pharisien ( Luc 7,47 ) n'est pas publiquement préférée par Jésus à ce dernier, car elle est "celle qui a montré beaucoup d'amour parce qu'on lui a beaucoup pardonné", alors que "celui à qui on pardonne peu montre peu d'amour". Jésus ne dit pas que "partout où sera proclamé l'Evangile, on redira en sa mémoire ce qu'elle a fait", la donnant ainsi comme exemple universel.
---> Les publicains et les prostituées ne sont pas "ceux qui vous précéderont dans le Royaume des Cieux", parce qu’ils se sont convertis aux Paroles du Christ avec un vrai repentir, contrairement aux "gens biens" qui n'ont pas la foi ( Matthieu 21,31 )
---> Le centurion n'avait pas "une foi que le Christ n'avait jamais rencontré dans tout Israël" ( Luc 7,9 ), ce qui est tout de même un peu comparatif !
---> Le Christ ne donne surtout pas comme modèle à ses apôtres un petit enfant, en affirmant que lui redevenir semblable est la condition absolue pour entrer au Ciel ( Matthieu 18,3 )
---> Il ne compare pas non plus la pauvre Marthe "s'agitant pour beaucoup de choses", à sa sœur Marie Madeleine "ayant choisi la meilleure part, celle qui ne lui sera pas enlevée" ( Luc 10,42 )
---> Le publicain n'est pas préféré au pharisien ( Luc 18,9 ), le bon samaritain aux lévites ( Luc 10,25 ), la brebis perdue n'est pas privilégiée par rapport au reste du troupeau ( Luc 15,3 ), le fils prodigue par rapport à son frère ( Luc 15,11 ), les pécheurs par rapport aux "bien portant" ( Marc 2,17 ) etc…
---> Bref, personne n'est préféré ni comparé à personne, dans les Évangiles, selon notre auteur. Mais bien sûr. On le croit sur parole.
DGC :
[A Marthe au sujet de sa sœur Marie] « Ne la dénigre pas en ton cœur. Elle t’a surpassée. » (IV, 100, 72)
---> L'auteur ayant volontairement séparé cette interjection de son contexte explicatif, il est désormais impossible d'en comprendre la justification. Dommage pour lui : nous allons immédiatement dévoiler sa supercherie.
---> Remarquons d'abord que cette répartie de Jésus est très semblable à celle qu'Il adressera plus tard à Marthe chez son frère Lazare, alors que dans son emportement, elle critiquera sa sœur assise à ses pieds, la considérant à tort comme son inférieure en vertu, alors que Jésus lui dira que c'est précisément le contraire : Marie Madeleine l'aura surpassée sur le plan de l'Amour.
---> Détruisons à présent la supercherie dégécienne, en citant le passage incriminé tel qu'il est, très intéressant à plus d'un titre : il met en effet admirablement en lumière les personnages de Jésus, Marthe et Marie Madeleine, en une circonstance bien particulière.
Contexte gommé par l'auteur :
---> Marie Madeleine vient de se convertir définitivement, et alors qu’elle vivait désormais sous la protection quasi maternelle de sa sœur Marthe, voilà qu’elle disparait mystérieusement, sans que Marthe devine où elle a bien pu aller, ce qui provoque chez cette hypersensible une véritable tempête de désarroi, qu’elle vient tout naturellement épancher aux pieds de Jésus son Maître, Lui qui sait déjà tout le fin mot de l’histoire. Lisons ce merveilleux épisode dans son intégralité :
EMV 237.6 - Marie de Magdala est allée trouver la Vierge Marie.
(...)
Jésus monte sur la terrasse. Voilà Marthe qui monte, elle aussi.
« Que la paix soit avec toi, Marthe. »
Un sanglot lui répond.
« Tu pleures encore ? Tu n’es donc pas heureuse ? » ( ndt : en raison de la conversion de sa soeur Marie )
De la tête Marthe fait signe que non.
« Mais pourquoi donc ?… »
Une longue pause, pleine de sanglots. Enfin, dans un gémissement :
"Depuis plusieurs soirs, Marie n'est plus revenue. Et on ne la trouve pas. Ni moi, ni la nourrice, ni Marcelle, ne la trouvons... Elle était sortie en commandant le char. Elle était très bien mise... Oh ! elle n'avait pas voulu remettre mon vêtement !... Elle n'était pas à moitié nue, elle en a encore de ceux-ci, mais elle était très provocante dans ce... Et elle avait pris avec elle or et parfums... et elle n'est plus revenue. Elle a renvoyé le serviteur aux premières maisons de Capharnaüm en disant. "Je reviendrai avec une autre compagnie". Mais elle n'est plus revenue. Elle nous a trompés ! Ou bien elle s'est sentie seule, peut-être tentée... ou il lui est arrivé malheur... Elle n'est plus revenue..."
Et Marthe se glisse à genoux, en pleurant la tête appuyée sur l'avant-bras qu'elle a mis sur un tas de sacs vides.
Jésus la regarde et dit lentement, avec assurance, dominateur :
"Ne pleure pas. Marie est venue à Moi il y a trois soirs. Elle m'a parfumé les pieds, elle a mis à mes pieds tous ses bijoux. Elle s'est consacrée ainsi, et pour toujours, en prenant place parmi mes disciples. Ne la dénigre pas en ton cœur. Elle t'a surpassée."
"Mais où, où est alors ma sœur ? crie Marthe en relevant son visage bouleversé. Pourquoi n'est-elle pas revenue à la maison ? Elle a peut-être été attaquée ? Elle a peut-être pris une barque et elle s'est noyée ? Peut-être un amant qu'elle a repoussé l'a enlevée ? Oh ! Marie ! Ma Marie ! Je l'avais retrouvée et je l'ai tout de suite perdue !"
Marthe est vraiment hors d'elle. Elle ne pense plus que ceux qui sont en bas peuvent l’entendre. Elle ne pense plus que Jésus peut lui dire où est sa sœur. Elle se désespère sans plus réfléchir à rien.
Jésus la saisit par les poignets et la force à rester tranquille, à l’écouter, la dominant de sa haute taille et de son regard magnétique.
« Assez ! Je veux que tu aies foi en mes paroles. Je veux que tu sois généreuse. Tu as compris ? »
Il ne lâche Marthe que lorsqu’elle s’est un peu calmée.
« Ta sœur est allée savourer sa joie, en s’entourant d’une solitude sainte, parce qu’elle a cette pudeur très sensible des rachetés. Je te l’avais dit d’avance. Elle ne peut supporter le regard doux, mais inquisiteur, de sa famille sur son nouveau vêtement d’épouse de la grâce. Et ce que je te dis est toujours vrai. Tu dois me croire.
– Oui, Seigneur, oui. Mais ma Marie a trop été au pouvoir du démon. Il l’a reprise tout d’un coup, il…
– Il se venge sur toi de la proie qu’il a perdue pour toujours. Dois-je donc voir que toi, la courageuse, tu deviens sa proie par une frayeur folle et sans raison d’être ? Dois-je voir qu’à cause d’elle qui maintenant croit en moi, tu perds la belle foi que je t’ai toujours connue ? Marthe ! Regarde-moi bien. Ecoute-moi. N’écoute pas Satan. Ne sais-tu pas que, lorsqu’il est obligé d’abandonner sa proie par une victoire que Dieu remporte sur lui, cet inlassable bourreau des êtres, cet inlassable voleur des droits de Dieu se met aussitôt à l’œuvre pour dénicher d’autres proies ? Ne sais-tu pas que ce sont les tortures d’une tierce personne, qui résiste aux assauts parce qu’elle est bonne et fidèle, qui affermissent la guérison d’une autre âme ? Ne sais-tu pas que rien n’est isolé de tout ce qui arrive et existe dans la création, mais que tout suit une loi éternelle de dépendances et de conséquences qui fait que l’acte d’une personne a des répercussions naturelles et surnaturelles très étendues ?
Toi, tu pleures ici, tu connais ici ce doute atroce et tu restes fidèle à ton Christ même en cette heure de ténèbres. Là-bas, dans un endroit voisin que tu ne connais pas, Marie sent se dissoudre ses derniers doutes sur l’infinité du pardon qu’elle a obtenu. Ses pleurs se changent en sourire et ses ombres en lumière. C’est ton tourment qui l’a conduite là où se trouve la paix, là où les âmes se régénèrent auprès de la Génératrice immaculée, auprès de celle qui est tellement Vie qu’elle a obtenu de donner au monde le Christ, qui est la Vie. Ta sœur est chez ma Mère. Ah ! Elle n’est pas la première à rentrer sa voile dans ce port paisible après que le doux rayon de la vivante Etoile Marie l’a appelée sur ce sein d’amour, par l’amour muet et actif de son Fils ! Ta sœur est à Nazareth.
– Mais comment s’y est-elle rendue, puisqu’elle ne connaît ni ta Mère, ni ta maison ?… toute seule… De nuit… Comme cela… Sans moyens… Avec ce vêtement… Un si long chemin… Comment ?
– Comment ? De la même manière que l’hirondelle fatiguée revient au nid de sa naissance en traversant mers et montagnes, en triomphant des tempêtes, des nuages et des vents contraires. De la même manière que les hirondelles volent vers leurs lieux d’hivernage, par un instinct qui les guide, par une tiédeur qui les y invite, par le soleil qui les appelle. Elle aussi est accourue vers le rayon qui l’appelle… vers la Mère universelle. Et nous la verrons revenir à l’aurore, heureuse… sortie pour toujours des ténèbres, avec une Mère à son côté, la mienne, et pour n’être jamais plus orpheline. Peux-tu croire cela ?
– Oui, mon Seigneur. »
Marthe est comme fascinée. En effet Jésus a vraiment été dominateur. Grand, debout, et pourtant légèrement incliné au-dessus de Marthe agenouillée, il a parlé lentement d’un ton pénétrant, comme pour se transmettre lui-même à la disciple bouleversée. Je l’ai rarement vu faire preuve d’une telle puissance pour persuader par sa parole son auditeur. Mais à la fin, quelle lumière, quel sourire sur son visage ! Marthe le reflète par un sourire et une lumière plus apaisée sur son propre visage.
« Et maintenant va te reposer en paix. »
Marthe lui baise les mains et descend, rassérénée…
(...)
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
---> Marthe apprend donc que sa sœur, pour échapper à toutes les tentations de retour en arrière, pour se dégager définitivement du monde et devenir une vraie disciple du Christ, est allé se réfugier… chez la très sainte Vierge, sous sa maternelle protection, pour bénéficier de son amour et de son aide incomparable. Jésus va le lui annoncer pour la tranquilliser.
---> Lorsqu’il s’agit des affaires de Dieu, même les liens du sang sont mis parfois de côté, car ils freineraient l’élan de la conversion, du don total de soi à l’Amour qui nous appelle. Est-ce que le mystère joyeux du Recouvrement au Temple ne nous en a pas donné un exemple très clair ?
---> Susciter une saine émulation dans un groupe d’individus fait partie des saines pratiques éducatives, et spécialement au sein de l’Eglise, qui n’hésite pas à élever certaines personnes plus méritantes que d’autres à la gloire des autels, afin que l’on puisse s’inspirer de leur vie, les vénérer et recourir à leur intercession. On a même donné un nom à ces personnes aux vertus hors norme : les saints.
---> Mais du moment que c'est pour critiquer l'EMV, il n'y a tout soudainement plus aucune trace des saints dans l'Eglise catholique, d'après l'auteur.
---> C'est pour lui un nouveau flop.
DGC :
« Pierre était très homme. Si c’était Jean, il n’aurait pas eu tant d’audace et n’aurait pas, par inconstance, changé d’idée. » (IV, 138, 338)
---> Cette citation fait partie du commentaire de Jésus sur l'épisode de la marche sur l'eau, Pierre perdant pied.
---> Seul un esprit très limité ne comprendra pas la véracité de cette remarque du Christ, car il n'est pas bien compliqué de comprendre que Jean surpassait Pierre en vertu durant les trois années de vie publique, étant bien plus jeune et très pur, alors que Pierre avait déjà vécu, ce qui le rendait justement "très homme", quand saint Jean, lui, était déjà avant les autres tout spirituel.
---> Ceci est bien démontré par le fait que saint Jean accepta comme un enfant l'annonce de la Passion, étant l'un des seuls à ne pas d'abord s'y opposer comme Pierre, et s'y préparant si bien qu'il fut le seul apôtre à ne pas renier son Maître, l'accompagnant jusqu'au pied du Calvaire, en compagnie de Marie et des saintes femmes. Pierre, quant à lui, renia trois fois le Seigneur, avant de s'en repentir amèrement.
---> Ainsi, il n'est pas bien difficile de se rendre compte que saint Jean , le disciple bien-aimé - c’est-à-dire le plus avancé dans la voie de l’Amour - n'aurait pas été aussi versatile que saint Pierre, et n'aurait pas douté en voyant le vent et les flots déchaînés, car il n’aurait écouté que son amour pour Jésus, sans compter sur lui-même comme le fit Pierre subissant un échec, mais voulu par le Christ à titre éducatif.
---> Par contre, pour DGC : impossible que le Christ puisse tirer de cet épisode de la marche sur l’eau un enseignement utile et fécond et nous l’expose avec raison : de toute façon, comment pourrait-Il connaître le coeur de ses disciples et les comparer ? « Il n'avait pas besoin qu'on lui rendît témoignage d'aucun homme; car il savait lui-même ce qui était dans l'homme. » ( Jean 2,25 )
---> Nouveau flop de l'auteur.
DGC :
Jésus dit ensuite : « Encore un parallèle entre Jean et un autre disciple. (…) Judas : c’est le type de tous les apôtres manqués. Et il y en a tant !
---> Quelle maîtrise de l'auteur et quel aplomb dans l'art de duper : en effet, Jésus ne parle ainsi qu’en commentaire d'une vision, Il ne parle pas ainsi devant ses apôtres !
---> Et par contre, que recommande-t-il à Jean dans la vision correspondante, datant du début de sa Vie publique, alors que Judas est encore un inconnu pour tous, et qu’il peut encore être sauvé, car il n’a pas encore complètement raté sa vie ? Lisons l'intégralité du passage :
EMV 70.4 - À Gethsémani avec Jean. Une comparaison entre le disciple bien-aimé et Judas Iscariote (suite et fin).
( En rouge entre les // : la citation de DGC )
(...)
Après un moment de silence, Jean reprend :
« Maître… Moi, je connais Hanne et Caïphe. Ma famille a avec eux des rapports d’affaires et, quand j’étais en Judée, à cause de Jean-Baptiste, je venais aussi au Temple ; ils se montraient gentils avec le fils de Zébédée. Mon père leur réserve toujours le meilleur poisson ; c’est la coutume, sais-tu ? Quand on veut les avoir pour amis, garder leur amitié, il faut agir ainsi…
– Je le sais. »
Le visage de Jésus s’assombrit.
« Eh bien ! si tu es d’accord, je parlerai de toi au grand prêtre. Et puis… si tu veux, je connais quelqu’un qui a des rapports d’affaires avec mon père. C’est un riche marchand de poisson. Il a une belle et grande maison près de l’Hippique, car ce sont des gens riches, mais aussi très bons. Tu y serais plus à ton aise et tu te fatiguerais moins. Pour arriver jusqu’ici on doit passer aussi par ce faubourg d’Ophel, si turbulent et toujours encombré d’ânes et d’adolescents querelleurs.
– Non, Jean. Je te remercie. Mais je suis bien ici. Vois-tu cette paix ? Je l’ai dit aussi à l’autre disciple qui me faisait la même proposition. Lui, il disait : “ Pour être mieux considéré. ”
– Moi, je le disais pour que tu te fatigues moins.
– Je ne me fatigue pas. Je marcherai beaucoup et ne me fatiguerai jamais. Sais-tu ce qui me fatigue ? Le manque d’amour. Ah ! Quel poids cela représente pour moi, c’est comme si j’avais un poids sur le cœur !
– Moi, je t’aime, Jésus.
– Oui, et tu me soulages. Je t’aime beaucoup, Jean, et je t’aimerai toujours, car toi, tu ne me trahiras jamais.
– Te trahir ! Oh !
– Et pourtant ils seront nombreux à me trahir… Jean, écoute : je t’ai dit que je me suis attardé pour instruire un nouveau disciple. C’est un jeune juif, instruit et connu.
– Alors, tu auras beaucoup moins de mal qu’avec nous, Maître. Je suis content que tu aies quelqu’un de plus capable que nous.
– Tu crois que j’aurai moins de mal ?
– S’il est moins ignorant que nous, il te comprendra mieux et te servira mieux, surtout s’il t’aime mieux !
– Voilà : tu as bien parlé. Mais l’amour n’est pas proportionnel à l’instruction, ni à l’éducation. Un cœur vierge aime avec toute la force de son premier amour. Cela vaut aussi pour la virginité de la pensée. Et l’amour s’imprime davantage dans un cœur et une pensée vierges que là où ont déjà existé d’autres amours. Mais si Dieu le veut… Ecoute, Jean : je te prie d’être pour lui un ami. Mon cœur tremble de te placer, toi l’agneau encore jamais tondu, auprès de celui qui connaît la vie. Mais même s’il se calme parce qu’il sait que, certes tu seras un agneau, mais aussi un aigle, et si cet homme habile veut te mettre à terre, sur le sol boueux, le sol du bon sens humain, toi, d’un coup d’aile, tu sauras te libérer et ne vouloir que l’azur et le soleil.
Dans ce but, je te prie d'être – en restant tel que tu es – l’ami de ce nouveau disciple que Simon-Pierre et d’autres n’aimeront guère, pour faire passer en lui ton cœur…
– Oh ! Maître, mais n’y suffis-tu pas ?
– Moi, je suis le Maître auquel il ne dira pas tout. Tu es le condisciple, beaucoup plus jeune, à qui il est plus facile de s’ouvrir. Je ne te dis pas de me répéter ses paroles. Je hais les espions et les délateurs, mais je te demande, Jean, de l’évangéliser par ta foi et ta charité, par ta pureté. C’est une terre que souillent des eaux stagnantes. Il faut que le soleil de l’amour l’assainisse, que l’honnêteté des pensées, des désirs et des actes la purifie, enfin que la foi la cultive. Tu peux le faire. »
"Si tu crois que je le puisse... Oh ! oui. Si Tu me dis que je peux le faire, je le ferai. Par amour pour Toi."
"Merci, Jean."
"Maître, tu as parlé de Simon Pierre, et il me revient à l'esprit ce que je devais te dire d'abord. Mais la joie de t'entendre me l’a fait oublier la pensée. De retour à Capharnaüm depuis la Pentecôte, nous avons tout de suite trouvé la somme habituelle de cet inconnu. L'enfant l'avait portée à ma Mère. Je l'ai donnée à Pierre et lui me l'a rendue en me disant d'y puiser un peu pour le retour et le séjour à Docco. Il m'avait dit de t'apporter le reste pour tes possibles besoins... parce que Pierre pensait qu'ici tout ne serait pas confortable... mais Toi, tu dis le contraire... Je n'ai pris que deux deniers pour deux pauvres rencontrés près d'Éphraïm Pour le reste j'ai vécu avec ce que m'avait donné ma mère et ce que m'ont donné de braves gens auxquels j'avais annoncé ton Nom. Voici la bourse."
"Je la distribuerai demain aux pauvres. Ainsi Judas apprendra nos habitudes."
"Ton cousin Jude est venu ? Comment a-t-il fait pour être si rapide ? Il était à Nazareth et ne m'a pas parlé de partir ..."
"Non. Judas, c'est le nouveau disciple. Il est de Kérioth, mais tu l'as vu à Pâques, ici, le soir de la guérison de Simon. Il était avec Thomas."
"Ah ! c'est lui ?" Jean est un peu interdit
"C'est lui. Et Thomas que fait-il ?"
"Il a obéi à ton ordre en se séparant de Simon le Cananéen et en allant le long de la mer à la rencontre de Philippe et Barthélemy."
"Oui, je veux que vous vous aimiez sans préférences, en vous aidant réciproquement, en vous faisant l'un à l'autre bon visage. Personne n'est parfait, Jean. Ni les jeunes, ni les vieux. Mais avec de la bonne volonté, vous atteindrez la perfection et ce qui vous manquera, je le mettrai en vous. Vous êtes comme les fils d'une famille sainte. Il y a en elle bien des caractères différents. L'un est rude, l'autre doux, l'un est courageux, l'autre timide, l'un impulsif, l'autre réservé. Si vous étiez tous pareils, il y en aurait un qui s'imposerait par la force, et tous les autres en seraient amoindris. Ainsi, au contraire, vous formez une union parfaite, parce que vous vous complétez les uns les autres. L'amour vous unit, doit vous unir, pour la cause de Dieu."
"Et pour Toi, Jésus."
"D'abord la cause de Dieu, et puis l'amour pour son Christ."
"Qu'est-ce que je suis, moi, dans notre famille ?"
"Tu es la paix aimante du Christ de Dieu.
Es-tu fatigué, Jean ? Veux-tu rentrer ? Moi, je reste à prier."
"Je reste aussi à prier avec Toi."
"Eh ! bien reste."
Jésus dit des psaumes et Jean s'y associe, mais sa voix s’éteint et l'apôtre reste endormi, la tête sur le sein de Jésus qui sourit et étend son manteau sur les épaules du dormeur et puis continue sûrement à prier mentalement. Sur ce, la vision prend fin.
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Jésus dit ensuite :
"Encore un parallèle entre Jean et un autre disciple.
Parallèle d'où ressort plus claire la figure de mon préféré. Lui est celui qui se dépouille même de sa façon de penser et de juger pour être le "disciple". C'est celui qui se donne sans vouloir rien retenir de sa personnalité, de celle qu'il avait avant son élection, pas même une molécule. Judas est celui qui ne veut pas se dépouiller de lui-même. Et c'est donc une donation irréelle que la sienne. Il porte avec lui son moi que rend malade l'orgueil, la sensualité, la cupidité. Il garde sa façon de penser. Il neutralise ainsi les effets de la donation et de la grâce.
// Judas : c'est le type de tous les apôtres ratés. Et il y en a tant !
Jean : c'est le type de ceux qui se font hostie pour mon amour. Ton modèle. //
Moi et ma Mère nous sommes les hosties par excellence. Nous rejoindre est difficile, impossible même, parce que notre sacrifice fut d'une âpreté totale. Mais, mon Jean ! C'est l'hostie que peuvent imiter toutes les catégories de ceux qui m'aiment // : vierge, martyr, confesseur, évangélisateur, serviteur de Dieu et de la Mère de Dieu, actif et contemplatif, c'est un exemple pour tous. C'est celui qui aime.
Observe les différentes manières de raisonner. Judas examine, discute, se bute, et quand il paraît céder, il garde en réalité sa mentalité. Jean se prend pour un néant, il accepte tout, ne demande pas de raisons, et se contente de me plaire. Voilà le modèle.
Et ne t'es-tu pas sentie devenir toute paisible devant sa simple façon d'aimer ? Oh ! mon Jean ! Et mon petit Jean[1] que je veux toujours plus semblable à mon aimé. Accepte tout, en disant toujours comme l'Apôtre : "Tout ce que Tu fais est bien fait, Maître" pour mériter de t'entendre toujours dire : "Tu es mon amoureuse paix". J'ai besoin de soulagement Moi aussi, Marie. Donne-le-Moi. Mon Cœur sera ton repos."
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--->Dans ce passage, que dit Jésus à Jean ?
Dans ce but, je te prie d'être – en restant tel que tu es – l’ami de ce nouveau disciple que Simon-Pierre et d’autres n’aimeront guère, pour faire passer en lui ton cœur…
– Oh ! Maître, mais n’y suffis-tu pas ?
– Moi, je suis le Maître auquel il ne dira pas tout. Tu es le condisciple, beaucoup plus jeune, à qui il est plus facile de s’ouvrir. Je ne te dis pas de me répéter ses paroles. Je hais les espions et les délateurs, mais je te demande, Jean, de l’évangéliser par ta foi et ta charité, par ta pureté. C’est une terre que souillent des eaux stagnantes. Il faut que le soleil de l’amour l’assainisse, que l’honnêteté des pensées, des désirs et des actes la purifie, enfin que la foi la cultive. Tu peux le faire. »
---> C’est donc bien tout l’inverse de ce que DGC voudrait nous faire croire : dans l’EMV, Jésus ne se laisse guider que par l’Amour qu’Il porte à son pauvre apôtre Judas. Ce n'est seulement qu'à postériori qu'Il le voit comme ce qu'il fut : un apôtre raté.
---> Par ailleurs, commettre le Déicide et se suicider ensuite dans le plus complet désespoir plutôt que de devenir une des douze colonnes de l'Eglise du Christ : oui, c'est bel et bien être un "apôtre raté", le prototype de tous ceux qui suivront hélas cette voie..
---> A moins peut-être que DGC considère que Judas ne fit en réalité que jouer son rôle spécifique, ni plus ni moins que les autres ? Mais alors, pour quelle raison le Christ l'aurait-il traité de "démon" ?
---> N'importe quel chrétien peut lui-aussi manquer le but de sa vocation : il y a des chrétiens, et même des prêtres en enfer. Nous le savons par des révélations véridiques : par exemple, celle de l’abbé Verdi Garandieu, démon humain condamné à l'enfer éternel, prêtre du diocèse de Tarbe au XVIIè siècle ; et celle de Fatima, où les trois petits bergers virent tomber les âmes en enfer comme tombe la neige en hiver.
---> Pour l'auteur, c'est donc un flop.
DGC :
Jean : c’est le type de ceux qui se font hostie pour mon amour. Ton modèle. Moi et ma mère nous sommes les hosties par excellence. Nous rejoindre est difficile, impossible même, parce que notre sacrifice fut d’une âpreté totale. Mais, mon Jean ! C’est l’hostie que peuvent imiter toutes les catégories de ceux qui m’aiment. » (II, 34, 164)
---> Oui, chers lecteurs, la très grave erreur de l'Eglise catholique romaine, c'est d'avoir osé canoniser les saints, et de les donner en exemple à tous les croyants, ayant besoin de modèles plus proches d’eux, plus imitables que ne le sont pour eux le Christ et sa Mère, qui restent malgré tout nos Modèles suprêmes.
---> Dire que DGC n’a pas encore fini de nous surprendre par ses illusions n'est qu'un simple euphémisme.
---> Dans le volet suivant, il va trouver du narcissisme dans l'amour parfait de Jésus pour Jean, Lazare et pour les petits enfants.