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Comprendre les lectures de fin d'année liturgique

La fin de l'année liturgique nous parle souvent de la venue glorieuse du Christ, mais il faut un peu de théologie pour rapprocher ces passages les uns des autres et bien les comprendre.

Nous le savons bien, l’hérésie du millénarisme produit des dictatures ; elle consiste à prétendre accomplir sur la terre (souvent militairement) le royaume qui ne peut advenir qu’à travers le jugement eschatologique (Catéchisme de l’Eglise catholique 676), c’est-à-dire le jugement du monde par Jésus ressuscité et manifesté dans la gloire au monde entier.

Le « processus de la Fin » a quelque chose de logique. Beaucoup de gens n’auront connus que des parodies de l’Evangile[1]. Pour que le jugement puisse avoir lieu, il faut que se manifeste ce que le nouveau Testament appelle la séduction de « l’Antichrist », ou le règne de « la Bête » inspirée par Satan. Alors tout le monde pourra (et devra) se positionner pour ou contre l’Antichrist ou la Bête.

L’Ecriture sainte enseigne que la Venue glorieuse du Christ est un événement universel portant à la fois le jugement de l’Antichrist (qui sera anéanti, 2Th 2, 3-12) et la vivification des justes (He 9, 28). Jésus reviendra dans la gloire pour une « régénération » (Mt 19, 28) et une « restauration » (Ac 3, 21), sur la terre, accomplissant le règne de Dieu « sur la terre comme au ciel » (Mt 6, 10), avant de « remettre » le royaume au Père (1Co 15, 22-28 – bien voir les trois étapes de ce texte dans une bonne traduction). Notons au passage qu’il y a donc plusieurs jugements : le jugement particulier à la mort de chacun d’entre nous, le jugement de l’Antichrist et de ses suppôts au moment de la Venue glorieuse du Christ, et le jugement des vivants et des morts à la fin du monde proprement dite.

Une fois que la Bête et le faux prophète « seront jetés dans l’étang de feu », ce sera alors la « terre nouvelle » : les hommes, dans la présence spirituelle et glorieuse du Christ et des saints qui l’accompagneront (1Th 3, 13), s’organiseront en formant ce que saint Irénée, disciple de Polycarpe, lui-même disciple de saint Jean, appelle le « royaume des justes », « le prélude de l’incorruptibilité, royaume par lequel ceux qui en auront été jugés dignes s’accoutumeront peu à peu à saisir Dieu »[2], c’est ce que l’on appelle aussi la « Parousie ».

Les pères de l’Eglise parlèrent du 7° et du 8° jour : le 7° jour, qui est « comme mille ans », accomplira la création sur cette terre, et ensuite viendra le 8° jour, l’éternité. Ce langage a le mérite de nous aider à bien comprendre les erreurs possibles :

ü Oublier le 8° jour rend impossible une compréhension correcte du Paradis telle que l’enseigne la foi de l’Eglise, car cet oubli conduit à rêver d’un paradis matériel sur la terre éternellement ! (Témoins de Jéhovah ?)

ü Oublier le 7° jour (la Parousie) rend impossible une compréhension correcte en la promesse contenue dans la prière du « Notre Père » : on cherchera à établir le « règne de Dieu sur la terre comme au ciel » par les seules forces humaines (militaires ? La charia ?), ou bien, autre solution, on sera cynique et nihiliste, oubliant la Parousie et imaginant que de toute façon le monde est voué à la disparition et qu’il n’y a aucune espérance à avoir pour ce monde qui passe…

Les « témoins de Jéhovah » confondent « le 7° et le 8° jour » en parlant d’un Paradis sur terre sans rien d’autre après ! Ils n’ont rien à voir avec la doctrine des apôtres que je vous explique.

Le jeune saint Augustin utilise le langage « du 7° et du 8° jour » dans le sermon 259 ; malheureusement, à la fin de sa vie, il n’en parlera plus[3]. Son intention était simplement pastorale : à son époque, certains laissaient aller leur imagination sur les délices du temps de la Parousie et cela l’énervait ! Or, au plan théologique, l’oubli du 7° jour est lourd de conséquence, et dans les siècles qui ont suivi, nous pourrions parler d’une dérive de « l’augustinisme ». Certains ont voulu « imposer » le règne de Dieu, cherchant à arracher l’ivraie à la place de anges accompagnant la Venue glorieuse du Christ (Mt 13), d’autres sont se sont perdus sur les voies du nihilisme. Cette dérive de « l’augustinisme » est propre à l’Eglise latine, elle n’existe pas chez les chrétiens d’Orient.

Le schéma de pensée des utopies laïques (mondialistes ou maçonniques), mis à part le fait qu’il n’ait plus aucune croyance en la vie éternelle, partage avec le schéma de l’augustinisme l’idée d’opérer soi-même le jugement du monde pour imposer le monde idéal : on élimine les réfractaires en vue d’un monde idéal, « libéré » ou « soumis » : ce qui est typiquement l’hérésie du millénarisme !

La foi des apôtres sur « le processus de la Fin » est la seule voie de l’espérance, de la douceur, de l’humilité, et de toutes les béatitudes. Elle doit être mieux connue. Mon étude est publiée sous le titre « La Venue glorieuse du Christ, véritable espérance pour le monde » (Jubilé, 2016 – avec l’imprimatur de Mgr Francisco Rezende Dias pour la traduction brésilienne et la préface de Mgr Rey pour l’édition italienne et anglaise, en cours).

Je vous invite à retrouver la fraîcheur de la foi des apôtres qui priaient « Maranatha, viens Seigneur Jésus » pour que le projet du Créateur s’accomplissent et sa Divine Volonté sur la terre comme au Ciel (pour ceux qui aiment la spiritualité de la « Divine Volonté », voir mon petit recueil « Préparer le retour du Christ avec les écrits de Luisa Piccarreta, préface Mgr Rey, Téqui 2018).

Sortir de l’augustinisme est très nécessaire pour aller au cœur avec les musulmans. Par exemple, d’où vient l’idée d’un Antichrist, que les musulmans appellent Ad-Dajjâl ? Comment le monde, en tant qu’organisation sociale, sera-t-il délivré de l’emprise du mal ? Est-il raisonnable d’imaginer que le jugement du monde puisse-être fait par des hommes qui seraient élus par Allah ? D’un simple point de vue logique, qui peut juger le monde sinon l’innocent qui a donné sa vie sans verser le sang ? J’ai préparé toute une playlist sur YouTube à l’intention des musulmans, et j’ai été invitée dans un colloque international à l’ICES, avec des hommes de lois pour parler de la déradicalisation[4] : les chrétiens ont des outils à ce sujet qui leur viennent de la Révélation, et ils peuvent apporter leurs idées même d’un point de vue purement rationnel. Mais il faut se former sur le sujet.

[1] Les apôtres Pierre, Jean et Jacques, et Paul aussi, ont été confrontés aux premières contrefaçons de la foi chrétienne ‒ et en fait, ce sont toujours les mêmes*.

[2] Saint IRENEE, Contre les hérésies, V, 32, 1. Alors que l’œuvre complète de l’Adversus Haereses s’achève en V, 36, 3, le manuscrit parvenu aux mains d’Erasme (1467-1536) et qu’il fera imprimer est tronqué de toute la fin du texte ; il se termine avec les mots : « Une fois ressuscités, nous serons élevés au ciel, tous ceux d’entre nous du moins que le Seigneur aura jugé dignes » (V, 31, 2). Ce qui témoigne ainsi d’une insistance sur le jugement.

[3] Saint AUGUSTIN, La cité de Dieu, livre XX

[4] Conférence « déradicaliser ? » au colloque « Des Actes de terreurs aux politiques de terreur » organisé les 19-22 janvier 2019 à l’ICES- CRICES, La Roche sur Yon.

A Lire : La Venue glorieuse du Christ. Véritable espérance pour le monde. Editions du Jubilé (octobre 2016). « Solidement ancré sur les fondements scripturaires et patristiques, le livre de Françoise Breynaert nous expose l’enseignement de l’Église sur le retour glorieux du Christ, tout en nous mettant bien en garde contre les autres messianismes, religieux ou politiques. » (+ Mgr Dominique Rey Évêque de Fréjus-Toulon)
Autrement dit, ce livre montre jusqu'où peut (ou non) aller la collaboration avec les non-chrétiens dans la lutte contre l'Antichrist, et réveille une grande espérance dans le cœur des chrétiens en abordant un thème que les chrétiens d’Orient n’ont jamais oublié.

Ce livre a fait l’objet d’une invitation à Notre Dame le lundi de Pentecôte 21 mai 2018 « décryptage », et 12 décembre 2018 « écoute dans la nuit ».

Pour la publication au Brésil, Mgr José Francisco Rezende Dias, Arcebispo Metropolitano de Niterói, Estado de Rio de Janeiro, a donné son imprimatur le 18 octobre 2019.