Le pape Léon XIV déclarera le cardinal Newman "Docteur de l'Église".
Léon XIV a confirmé aujourd'hui l'avis positif de la Congrégation pour les causes des saints concernant l'attribution du titre de Docteur de l'Église universelle au saint anglais John Henry Newman (1801-1890).
La décision a été prise lors d'une audience avec le cardinal Marcello Semeraro, préfet de la Congrégation pour les causes des saints.
Le titre de "Docteur de l'Église" a été introduit dans sa forme actuelle au cours du deuxième millénaire et a depuis été utilisé de manière inflationniste.
Le cardinal Newman était un théologien renommé et un converti de l'anglicanisme qui a fondé l'Oratoire anglais de Saint Philippe Neri. Il a été créé cardinal en 1879.
Son œuvre la plus remarquable est An Essay on the Development of Christian Doctrine (1845), qu'il a écrite lors de sa conversion de l'anglicanisme au catholicisme. Il y introduit le concept selon lequel la doctrine chrétienne mûrit organiquement, comme une idée vivante, au lieu d'être statique.
Son deuxième ouvrage le plus remarquable est son "Apologia Pro Vita Sua" (1864). Cette autobiographie spirituelle défend sa conversion au catholicisme et se concentre essentiellement sur lui-même.
"Il y introduit le concept selon lequel la doctrine chrétienne mûrit organiquement, comme une idée vivante, au lieu d'être statique." Un docteur conciliaire dans la lignée des "saint" Paul VI" et "saint" Jean PaulII" ? À lire sur Catch: "Ce converti s’attire aussi la défiance des catholiques comme des anglicans. Newman est en proie à une certaine méfiance du côté des catholiques convertis dont beaucoup penchent vers l’ultramontanisme. C’est-à-dire vers un pouvoir romain très fort avec les débats autour de l’infaillibilité pontificale qui sera définie au Concile Vatican I. Il est considéré par eux comme un crypto-protestant. Du côté de ses anciens collègues anglicans, il est plutôt considéré comme un transfuge. Les seules qui l’apprécient vraiment sont les familles catholiques anglaises de vieille souche. Ces gens sont très au fait des changements de société et n’ont pas de nostalgie pour un ordre établi. Ils seront ses soutiens fidèles. Ils défendent la formation et l’éducation et lui demandent de faire quelque chose pour leurs enfants qu’ils ne veulent pas envoyer dans des écoles protestantes. «Pour lui, l’Eglise est d’abord le peuple des baptisés» Newman défend la liberté de la conscience. Il se rend compte que la faiblesse des catholiques est de recourir trop vite à l’autorité, romaine en particulier. En 1859, il publie un article où il défend la consultation des fidèles, ce que l’on appelle aujourd’hui le principe de synodalité, avec le sensus fidei (sens de la foi) qui l’accompagne. Pour lui, l’Eglise est d’abord le peuple des baptisés et pas la hiérarchie. Cela ne passe absolument pas. Pour Rome, Newman devient l’homme le plus dangereux de l’Eglise d’Angleterre. Il subit un purgatoire d’une dizaine d’années entre 1860 et 1870. Pendant cette période, il retrouve néanmoins ses amis anglicans qu’il avait traumatisés par son départ qui comprennent que dans le fond, il n’a pas changé. L’Eglise catholique du pape Pie IX se crispe alors fortement contre le ‘modernisme’. Comment Newman le vit-il? Défavorable à la tenue du Concile Vatican I, il refuse d’y participer comme expert sollicité par Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans. Il s’intéresse néanmoins beaucoup aux débats. Le volume de sa correspondance sur Vatican I compte 600 pages. Il s’inquiète de toute l’excitation autour du pape et de l’infaillibilité qui perturbe la foi des fidèles. Le Concile est finalement suspendu, à cause de la situation politique italienne et de la suppression des Etats pontificaux, mais il a tout de même définit le dogme de l’infaillibilité. Après la lecture d’un document de la Conférence des évêques suisses qui interprète de manière très modérée ce principe, Newman rassuré s’y rallie. Le parti ultramontain a de fait perdu la partie. Après Vatican I interrompu, il considère très vite qu’un nouveau concile sera nécessaire et qu’il rééquilibrera le rôle des évêques, ce sera Vatican II. En ce sens là, il en est un des inspirateurs. Vatican II validera en quelque sorte l’enseignement pour lequel il a été condamné. «Il y a autour de lui l’unanimité des deux Eglises anglicane et catholique» A l’approche de la fin de sa vie, il est à nouveau reconnu. Quand Pie IX meurt, Newman qui était plutôt sceptique sur ce pontificat ne dit rien. Mais le Duc de Norfolk, dont il était l’ami, va plaider sa cause auprès du nouveau pape Léon XIII. Newman fera ainsi partie des premiers cardinaux nommés par le pontife en 1879. C’est une réhabilitation de sa personne et de son œuvre. Les onze dernières années de sa vie seront les plus belles. Il est en paix. A sa mort, le 11 août 1890, 20’000 personnes assistent à son enterrement. Le Times de Londres titre: «Le grand homme est mort«. Il y a autour de lui l’unanimité des deux Eglises anglicane et catholique et d’un pays entier. Paul VI dira de lui «c’est le bienfaiteur de deux Eglises». Le dialogue œcuménique développé avec le concile Vatican doit aussi beaucoup à la pensée de Newman. Il est un pont entre les deux Eglises et plus globalement avec le protestantisme. Sans anathème ni condamnation. Il est aussi l’homme de la post-modernité. Newman avait le sentiment très vif que l’on était sorti de l’Eglise constantinienne, c’est-à-dire de tous les amalgames politico-théologiques encore très forts au XIXe siècle et pas seulement chez les catholiques. Il se réjouit de la perte des Etats pontificaux. Il milite pour un ‘désétablissement’. En ce sens, il estime qu’il ne faut lire les médiévaux, mais les apologistes et les Pères de l’Eglise qui sont beaucoup plus ‘actuels’. Parce qu’ils définissent un ‘éthos’ chrétien avant le monde christianisé. Il avait compris que l’Eglise allait vers un monde qui allait perdre tout repère chrétien. Il faut donc avoir les moyens de parler à ce monde, dans la liberté. (MP4 – Portail catholique suisse)"