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Mgr Eychenne, évêque de Grenoble, s'inscrit dans une herméneutique liturgique de rupture avec le cardinal Roche

Mgr Jean-Marc Eychenne Évêque de Grenoble-Vienne :

"Depuis le 1er juillet, date à laquelle la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) a choisi la séparation – de fait – de la communion avec le pape, des voix s’expriment pour demander que la célébration de la messe selon le Vetus ordo, c’est-à-dire selon le missel précédant la réforme liturgique du concile Vatican II, puisse être beaucoup plus largement et librement répandue. Cela permettrait, dit-on, à certains fidèles résolument attachés à cette façon de célébrer, de rester en communion avec l’Église catholique romaine.

En réalité, cette libéralisation, validant le refus d’accepter une décision majeure de l’Église, aurait des conséquences négatives. Cette réforme liturgique a été longuement préparée des années avant le Concile lui- même et elle est étayée par les études les plus sérieuses des rituels des siècles passés, tant occidentaux qu’orientaux. Plutôt que d’en relativiser l’importance, ou même parfois de la présenter comme néfaste, nous devons continuer à la promouvoir. Efforçons-nous de comprendre qu’en libéralisant l’ancien missel, plutôt que d’inviter les nouvelles générations à un accueil bienveillant des appels de l’Église catholique, on prend le risque de les éduquer à la défiance systématique au regard des décisions prises – quel qu’en soit le registre. Il ne semble pas raisonnable de prendre la responsabilité éducative de faire grandir une partie des fidèles dans une logique de soupçon au regard des enseignements et attentes du Magistère.

Célébrer, même sans exclusive, la messe du Vetus ordo de façon habituelle, c’est considérer, au moins implicitement, que la messe de la réforme liturgique ne produirait pas autant de fruits spirituels que l’ancien missel – si on retient l’expression la plus modérée…

Or, ce schéma de pensée est l’antichambre des affirmations parfois les plus radicales des opposants à la dynamique ecclésiologique, anthropologique et liturgique, de l’ensemble du concile Vatican II et des deux papes qui ont présidé à sa célébration : saint Jean XXIII et saint Paul VI. Une dynamique confirmée durant les soixante dernières années par leurs successeurs au trône de Pierre, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II, Benoît XVI, François et Léon XIV. Une telle logique conduit progressivement et insensiblement au rejet de l’autorité légitime du successeur de Pierre et du Collège apostolique. Et peut-être même, au fond, à la remise en cause du bien-fondé de toute logique de transmission et d’accueil d’une vérité ou d’un savoir. La culture de l’autoréférencement ou de l’autodétermination est à l’œuvre en des cercles où il ne se serait pas attendu à la trouver. On notera aussi ce paradoxe faisant que les tenants du rejet de la réforme liturgique sont souvent les avocats d’un retour de la dimension d’autorité – des parents, des enseignants, des « maîtres » – dans l’éducation des jeunes générations.

Certains de nos frères et amis, pensant défendre la Tradition, sapent en réalité les fondements de toute tradition, en oubliant que cette dernière – la Tradition – ne se choisit pas, mais se reçoit. Il n’y a plus de transmission possible si l’on ne reconnaît pas une autorité s’imposant à nous. Sa légitimité ne lui vient pas du fait qu’elle soit à notre goût, mais du mandat que lui confère le Seigneur : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église… » (Mt 16,18). Bien évidemment, il est sain d’exercer sa liberté de parole et son esprit critique, pour aider au discernement, et Paul ne s’est pas privé de pratiquer cet art au premier concile de Jérusalem, comme le racontent les Actes des Apôtres au chapitre 15, ou encore l’Épître aux Galates, au chapitre 2,11-16. Mais ensuite, le Collège, en communion avec Pierre, a pris une décision qui s’est imposée à tous. Se couper délibérément de toute la richesse théologique et spirituelle apportée par le nouveau missel romain est tellement dommageable ! Chaque jour, nous sommes nourris par le plus large éventail de textes de la parole de Dieu que nous n’avions jamais connus. Les oraisons si diverses et si riches viennent souvent des expressions les plus significatives des Pères de l’Église, du Magistère, et des théologiens le plus éclairés. Nous les avons redécouvertes et nous nous en émerveillons. Quelle tristesse de constater que, parfois par entêtement, on barre l’accès de certains fidèles à cet extraordinaire patrimoine. Certains mettront en avant leur goût de la langue latine ou du chant grégorien, mais, bien évidemment, la question n’est pas là. Chacun de ceux qui fréquentent un peu les abbayes, les célébrations romaines, ou les lieux de rassemblements internationaux, ou même telle ou telle paroisse, voit bien que le latin ou le grégorien reste une richesse patrimoniale encore mise en valeur avec le Missale Romanum, le missel romain de la réforme conciliaire. Quelle est alors notre responsabilité de pasteur, au service de la communion entre tous les disciples de Jésus ?

S’agit-il de les conforter dans l’idée qu’ils pourraient continuer à mettre à distance le nouveau missel romain, sans que cela ait une incidence sur leur foi, leur confiance en l’Église, la manifestation de la communion ?

Il semblerait qu’il convienne plutôt d’accompagner avec bienveillance les fidèles attachés au Vetus ordo en les aidant à découvrir comment la réforme liturgique est le témoignage d’une foi inchangée et, plus que jamais auparavant, ancrée dans la Tradition. Les accompagner, cela signifie aussi les aider à découvrir que cette liturgie est au service d’une théologie de l’Église renouvelée, missionnaire, fondamentalement fidèle à la foi des anciens. Enfin, les accompagner, cela veut dire aussi les aider à faire de la liturgie la source et le sommet de leur vie spirituelle, en même temps que l’expression communautaire la plus riche de la prière du Corps de Christ qu’est l’Église. Que le Seigneur nous garde dans sa paix. Les combats à mener dans notre monde au nom de l’Évangile ne manquent pas « pour que le monde ait la vie », thème du voyage apostolique du pape Léon XIV en France du 25 au 28 septembre. Que la messe, l’eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l’Église, ne soient pas un champ de bataille, mais le lieu d’un abandon confiant entre les mains de notre mère, l’Église."


Source : « Libéraliser la liturgie serait instiller le …

Or le cardinal Roche à la BBC a déclaré au sujet du motu proprio Traditionis custodes pour le justifier " la théologie de l'Eglise a changé"

You know the theology of the Church has changed. Whereas before the priest represented, at a distance, all the people. They were channelled, as it were, through this person who alone was celebrating the Mass. It is not only the priest who celebrates the liturgy, but also those who are baptised with him. And that is an enormous statement to make.”

« Vous savez, la théologie de l’Église a changé.
Alors qu’auparavant le prêtre représentait, à distance, tout le peuple. Ils étaient, pour ainsi dire, canalisés à travers cette personne qui, à elle seule, célébrait la messe.
Ce n’est pas seulement le prêtre qui célèbre la liturgie, mais aussi ceux qui sont baptisés avec lui.
Et c’est une affirmation énorme à faire. »
( BBC Radio 4 du 19 mars 2023)
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Traduction d’un article de Nico Spuntoni paru sur il Giornale le 27 août 2026 sous le titre : « Il cardinale Sarah: “Ma la messa antica per i sacerdoti è quella che aiuta a celebrare meglio” »
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Le cardinal Robert Sarah déclare : « Parmi les effets de la libéralisation de la forme extraordinaire, il y a eu l'influence positive, voire la correction d'abus potentiels, sur la célébration de la forme ordinaire. »
La dénonciation des abus liturgiques excessifs est un thème central du cardinal Robert Sarah, ancien préfet du Dicastère pour le Culte Divin. Il a de nouveau abordé cette question dans son dernier ouvrage, Le Cantique de l'Agneau : Musique sacrée et liturgie céleste, coécrit avec Peter Cater et publié aux éditions Cantagalli.
il Giornale : Votre Éminence, pensez-vous qu'il existe une aversion pour le chant latin et le chant grégorien dans certains milieux de l'Église ?
Cardinal Sarah :
Il me semble que l'aversion de certains cercles culturels autoréférentiels est plus psychologique que véritablement fondée, et je pense qu'il s'agit uniquement d'une question d'âge : lorsque la génération de 1968 disparaîtra, disparaîtront également ces unilatéralismes infondés qui sapent le statut culturel même du catholicisme latin.
iG : Benoît XVI était convaincu que la forme extraordinaire (la messe en latin) pouvait influencer positivement les célébrations de la forme ordinaire qui manquaient de sacralité. Avait-il raison ?
CS :
Parmi les effets de la libéralisation de la forme extraordinaire, on compte l'influence positive, voire la correction d'abus potentiels, sur la célébration de la forme ordinaire. Ces abus sont des actes extrêmement graves, mais nous ne saurions les assimiler à la forme ordinaire elle-même. De nombreux prêtres témoignent que la découverte de la forme extraordinaire les a aidés à mieux célébrer. Je crois que l'intention de Benoît XVI était aussi empreinte d'une profonde humilité et d'un esprit démocratique : assurer sa diffusion la plus large possible, permettre au peuple de Dieu, au fil des décennies, de choisir la forme qui correspondait le mieux à la mise en pratique de sa foi. Mais tout cela a été étouffé dans l'œuf par Traditionis Custodes, du vivant même du pape émérite.
iG : Quel est votre avis ?
CS :
Cela ne me semblait ni sage ni respectueux. Mais Benoît XVI, homme d’une grande douceur, s’est laissé aller à l’humilité et, dans le silence et la prière, il a offert ses souffrances à Dieu pour mieux s’identifier à la douleur du Christ pour son Église et la purifier.
iG : Que pensez-vous de la demande d’abrogation des restrictions ?
CS :
L’accès aux formes rituelles reconnues et existantes depuis des siècles ne saurait être artificiellement limité par des décrets. Si un rite ne sert pas la foi, il disparaîtra de lui-même ; si, au contraire, il la préserve et la promeut, ne le restreignons pas, car nous limiterions la préservation et la diffusion de la foi elle-même.
iG : Que diriez-vous aux nombreux fidèles attirés par l’ancienne liturgie, mais qui doivent parfois parcourir de longues distances pour assister à la messe ?
CS :
Je ne peux qu'admirer cette magnifique expression d'amour pour Dieu. Ce phénomène se répand de plus en plus. Si la hiérarchie est véritablement capable de discerner les signes des temps actuels – et non ceux de 1968, qui sont trop anciens – alors des espaces de dialogue fraternel et serein pourront s'ouvrir. En tant qu'Église, nous ne pouvons pas faire la guerre à ceux qui assistent avec ferveur à la messe simplement parce qu'ils préfèrent une forme de célébration à une autre : c'est une attitude à courte vue et purement idéologique, donc contraire à l'esprit pastoral et non chrétien. Elle est nuisible et destructrice pour l'Église.

Grosminet

Roche ne croyait pas si bien dire en déclarant que la messe devait changer parce que la théologie avait changé. Je le remercie sincèrement d'avoir, pour une fois, dit la triste vérité. Du renouvellement non-sanglant du Sacrifice du Christ, le concile nous a fait passer au repas de mon ami Jésus qui m'invite à la fête.

blanche52

Cette "richesse" du Novus Ordo est apparue évidente à la grande majorité des fidèles qui sont partis ... ! il n'y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir ...

steack

Je pense qu'il fait référence à la liturgie de la parole et aux années liturgiques A, B et C