Lux Æterna

Zèle amer et crise de l'Église .

Le zèle amer se retrouve chez beaucoup de ceux qui refusent l'Église telle qu'elle est devenue depuis la réforme conciliaire. On le justifie en rendant la hiérarchie responsable de tous les malheurs du monde et de l'Église. Cela est pratique car on évite ainsi de se confronter à soi-même. Cependant nous davons par expérience que le zèle amer est destructeur sur le plan psychologique et spirituel. A partir de la règle de saint Benoît et des données de la psychologie voyons si il est possible de sortir de cette camisole mentale.

Causes spirituelles et psychologique
La question du zèle amer dans la crise de l'Église peut donc se résumer en deux dimensions complémentaires : l'une spirituelle, qui touche à l'orientation de l'âme vers Dieu, et l'autre psychologique, qui touche aux mécanismes de défense de l'ego.

Les racines spirituelles : L'acédie et la pauvreté de vie intérieure.
​Sur le plan spirituel, le zèle amer est souvent le symptôme d'une fragilité spirituelle. Paradoxalement, le zèle amer prend souvent racine dans l'acédie ( paresse, ennui spirituel) . Saint Benoît et les Pères du désert expliquent que lorsque l'âme s'ennuie dans la prière ou la vie intérieure, que sa relation avec le Christ n'est plus vivifiante, elle cherche une compensation dans l'activisme extérieur. On remplace le travail sur soi, la vie spirituelle et l'effort de se convertir soi-même par l'ardeur à convertir ou condamner les faiblesses des autres. C'est une "paresse active" : on fait tout avec ardeur, sauf ce que Dieu demande ici et maintenant. On veut reformer le monde mais on refuse de lever une paille pour se réformer soi-même.
​Saint Benoît souligne dans son chapitre 72 de sa "Règle" que le bon zèle « ne préfère absolument rien au Christ ». Le zèle amer, lui, préfère sa propre vision de l'Église, sa liturgie préférée ou son analyse de la crise, au Christ lui-même et ce qu'il attend vraiment de nous. La "Cause" du zèle amer devient une idole qui justifie la rupture de la charité. Comme le note saint Benoît, ce mauvais zèle « sépare de Dieu » car il brise l'unité du Corps du Christ pour lequel Il a prié.

Les racines psychologiques :
​Sur le plan psychologique, le zèle amer fonctionne comme un mécanisme de protection face à un environnement perçu comme chaotique et potentiellement dangereux.
​La crise de l'Église (scandales, perte d'influence, changements doctrinaux réels ou supposés) crée une angoisse profonde. Pour ne pas sombrer, le psychisme se rigidifie. Face à des événements sur lesquels nous n'avons objectivement aucune prise, le zèle amer transforme la peur impuissante en une colère qui, en désignant des ennemis parfaitement identifiables, permet à l'individu de retrouver un sentiment de contrôle et de sécurité : « Je sais qui est le mal, donc je sais qui je suis et je peut agir ».
​Le "zélateur" projette souvent sur ses adversaires ses propres zones d'ombre ou ses doutes inavoués. Psychologiquement, attaquer violemment une erreur extérieure est une manière de faire taire une incertitude intérieure. C'est un processus d'inflation narcissique : l'individu s'identifie totalement à la "Vérité", ce qui lui permet d'évacuer tout sentiment de vulnérabilité personnelle en se drapant dans une supériorité morale absolue.

Pistes de guérison.
La guérison du zèle amer demande un travail de "désarmement" qui doit s'opérer simultanément sur les deux plans, spirituel et psychologique.

​Le remède spirituel : Replacer le Christ au centre à travers une vie spirituelle solide et première.
​Saint Benoît donne la clé, toujours au chapitre 72 : « Qu'ils ne préfèrent absolument rien au Christ ».
​Le retour à l'oraison silencieuse : Le zèle amer se nourrit de discours, de débats et d'analyses constantes. La guérison commence par le silence, là où l'on ne peut plus "avoir raison" contre quelqu'un, mais où l'on se tient pauvre devant Dieu avec nos peurs, nos doutes, nos colères. Si notre âme est remplie de nos griefs contre l'Église, il n'y a plus communion au Corps mystique du Christ, mais réquisitoire pour un procès; il n'y a plus d'amour et de confiance en l'Église du Christ, mais rancœur et défiance.
​L'ascèse de la langue et du regard : Saint Benoît insiste sur le fait de « supporter avec une patience infinie les infirmités d'autrui ». La guérison passe par le jeûne des commentaires acerbes et des critiques systématiques et réflexives. Il s'agit de s'efforcer de voir, chez celui que l'on considère comme un "ennemi" de la foi, la part de bien qui subsiste et se méfier de ses propres analyses qui sont entachées par le péché originel et actuel comme des passions de l'âme.
​Se rappeler que nous sommes des serviteurs, pas les propriétaires de l'Église. Le zèle amer vient souvent d'un complexe de "sauveur". Guérir, c'est accepter que le Christ sauve son Église, parfois par des chemins qui nous déconcertent ou nous déplaisent. C'est accepter que Dieu n'ait pas la même mesure du temps et que tout est toujours sous son contrôle. C'est croire que notre chemin d'union au Christ et notre sanctification toujours possible.

Le remède psychologique :
​D'un point de vue psychologique, il s'agit de passer de la réaction (automatique et colérique) à la réponse (réfléchie et libre de l'influence émotionnelle).
​Identifier l'angoisse sous-jacente : « Qu'est-ce que j'ai peur de perdre ? » (Une sécurité intérieure, une identité, un prestige, la foi, le Christ?). Nommer sa peur permet de réduire la colère. Quand on comprend que notre agressivité est un cri de peur, on devient capable de se traiter soi-même avec plus de douceur, et donc de traiter les autres de même.
​Désinvestir le narcissisme de groupe : Le zèle amer est souvent renforcé par l'appartenance à un "clan" (physique ou numérique). La guérison nécessite parfois de prendre de la distance avec les cercles qui entretiennent l'indignation permanente. Il faut réapprendre l'empathie : essayer de comprendre, sans forcément l'approuver, le chemin psychologique de celui qui pense différemment.
​Réintégrer son "Ombre" : Au lieu de projeter tout le mal sur une partie de la hiérarchie ou des fidèles, il s'agit de reconnaître ses propres fragilités. Celui qui se sait pardonné et fragile est psychologiquement moins enclin à l'intransigeance. La "dureté" envers les autres est souvent le reflet d'une dureté envers soi-même ou une facon de se cacher à soi-même ses propres fêlures.

En résumé, on guérit du zèle amer en se fondant sur un confiance inébranlable en la toute puissance du Christ, en sa bonté inexprimable pour toute ses créatures et à son amour infini pour nous en tant que chrétien et à son Église. Comme le suggère Saint Benoît, le critère de guérison est le retour à une paix intérieure qui ne dépend pas des circonstances extérieures de la crise de l'Église mais de notre relation profonde au Christ en donnant le primat à la vie intérieure. Le deuxième critère est un travail de vérité sur soi-même afin de ne pas transférer sur la hiérarchie de l'Église ses propres fragilités ou le désir de jugement de celui qui croit savoir mieux que les autres et qui nait d'un orgueil débridé.
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