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Miracles de Notre-Dame de Lourdes : Ô Mère de mon Dieu, c'est une mère qui vous demande la résurrection de son fils et le changement de son cœur

Le Petit Sacristain

Extrait de "Notre-Dame de Lourdes et ses miracles récents" :

Les œuvres de Dieu portent toujours avec elles le visible cachet de sa sagesse infinie et de sa toute puissance.
Dieu n'a pas besoin, pour les manifester aux hommes, des séduisants moyens qui attirent ordinairement ici-bas l'attention de la foule. La fragilité et la faiblesse des instruments qu'il emploie, lui suffisent toujours pour atteindre ses fins : c'est-à-dire, sa plus grande gloire et le salut de l'humanité.
Ainsi, lorsque Dieu veut donner à son peuple de prédilection, un guide sûr et un maître bienveillant, pour l'arracher à la servitude, et le conduire à la terre de promission, il prend un homme obscur qu'il investit de sa puissance par le don du Miracle, et Pharaon s'abaisse devant les prodiges que Moïse opère, et le peuple d'Israël est sauvé.
Ainsi, lorsque Dieu a décidé de promulguer sur la terre la nouvelle Loi de grâce, il va chercher au bord d'un étang inconnu douze pauvres pêcheurs, ignorants et grossiers dans l'art de bien dire. Il les transforme par son divin Esprit, et ces hommes ainsi régénérés, dépositaires de sa puissance, commandent aux éléments qui obéissent, reconnaissant à leur voix les envoyés du Maître ; et le monde étonné, cédant devant la force du Miracle, accepte, après la lutte, la Loi du salut qu'ils ont enseignée.
Les œuvres humaines appellent à leur secours la science, la force et la richesse. Les œuvres de Dieu s'accomplissent presque toujours par l'intermédiaire des ignorants, des faibles et des déshérités. Et ces trois éléments, l'ignorance, la faiblesse et la misère, qui excitent partout la répulsion et le mépris, deviennent dans le creuset divin des instruments de puissance, d'où sortent les héros.
Il est vrai que satan ne laisse pas, sans contestation, attaquer son empire. Il leur déclare une guerre d'extermination. Et il compte, pour la terminer à son avantage, sur ses habiles soldats, qui se nomment de nos jours : Esprits-forts, Libres-Penseurs, Solidaires et Philosophes.
Leur arme défensive, c'est la négation à priori, c. à d. avant tout, et leurs manœuvres pour l'attaque, ce sont la calomnie, le persifflage et la persécution.
Les hommes qui appartiennent à cette armée, nombreuse il faut bien le reconnaître, ne peuvent paisiblement entendre prononcer un mot ; c'est celui de Miracle.
Ce mot les irrite ou les fait sourire. Ils vous regardent avec une certaine pitié, si vous avez le courage de le leur jeter à la face : « Pauvre cervelle, semblent-ils vous dire, vous en êtes encore là. Assez : le Miracle n'est plus de notre siècle. C'était bon pour nos vieux pères : aujourd'hui la science en a fait justice, et ses progrès incessants nous en diront bien d'autres ! »
Mais, si je ne m'abuse, la science et ses progrès incontestables, n'ont rien à faire dans cette question. Il s'agit d'une chose dont le mot miracle donne l'idée. Or, le miracle, c'est un fait visible qui a le caractère inhérent à sa nature de fait, et en vertu duquel il ne lui est point permis d'échapper à nos sens.
Et nos sens, comme ceux de nos pères, ont la facilité de percevoir la réalité de l'existence d'un fait sensible, c'est-à-dire, pouvant être vu, touché, discuté, soit en lui même, soit en les agents ou moyens avec lesquels il s'est produit.
Quoi qu'il en soit, au reste, de la répugnance au Miracle, chez les hommes dont je parle, répugnance qui trouverait peut-être son explication dans l'oubli volontaire de quelque loi du Décalogue, c'est leur
affaire. Et, malgré leurs dires, il n'en est pas moins certain que, de nos jours, comme du temps de nos Ancêtres, la vue du Miracle attire l'assentiment des foules ; et, toutes les fois qu'il leur apparaît avec ses lettres de créance, elles se prosternent devant le messager divin, et disent : Je crois, Seigneur, car vous êtes le seul Maître de toutes choses.
Un fait religieux, d'une prodigieuse importance, s'est accompli, de nos jours. L'instrument désigné pour le faire connaître au monde, a été choisi au fond d'une montagne, au milieu de l'ignorance, de la faiblesse et de la pauvreté.
L'incrédulité a accueilli sa parole par le persifflage et l'injure ; mais l'enfant, ignorante et méprisée, a produit ses lettres de créance, le Miracle. Les savants ont fini par se taire. À leur tour, les puissants et les forts se sont retirés, vaincus dans la lutte ; et la multitude, frappée par les prodiges qui se sont accomplis, est accourue des quatre coins du monde sur un rocher désert. Elle a bâti un monument commémoratif, avec le granit et le marbre, jetant à profusion son or ; et elle s'est prosternée dans sa foi, en disant : Je crois, Seigneur, car vous êtes le seul Seigneur et le seul Maître de toutes choses.
Nous avons raconté, en reproduisant l'ouvrage de M. Henri Lasserre, les gloires, les luttes et les péripéties de l'œuvre admirable des Roches Massabielle, où le surnaturel et le miracle se rencontrent pas à pas, et où la main de Dieu se montre avec la dernière évidence.
Désormais nous choisirons, ainsi que nous l'avons dit dans la Préface, les traits, les guérisons, les faveurs de tout genre, les plus propres à intéresser nos Lecteurs, en laissant dans leurs cœurs une touchante émotion.

***

Mars, 1867. — Vers la fin du mois d'octobre 1S67, j'étais (c'est M. l'abbé A. M. Filhol, chanoine honoraire de Toulouse, ancien aumônier de la marine impériale, etc., qui a écrit cette narration) à l'Evêché de Tarbes, où Mgr. Laurence, de sainte et regrettée mémoire, avait bien voulu me donner une bienveillante hospitalité (la tombe s'est fermée sur cette noble et grande figure de l'histoire diocésaine de Tarbes. Comme un soldat, martyr de l'obéissance, il est tombé sur la brèche, mourant à Rome pour la Sainte Église, sous les yeux de son Chef vénéré).
Le bon Prélat aimait à ramener la conversation, avec les étrangers, sur son sujet de prédilection, et qui absorbait alors une grande part de sa sollicitude. C'était Notre-Dame de Lourdes.
Au mois de mai précédent, une cérémonie gracieuse et solennelle avait inauguré la crypte de l'église qui est fondée sur la Grotte. Le saint Sacrifice était désormais tous les jours offert, en ce lieu sanctifié. Aussi les pèlerins, venant de loin, affluaient à Massabielle, et leur reconnaissance pour les bienfaits reçus se manifestait continuellement par des dons, souvent fort importants, et destinés dans leur pensée aux constructions du sanctuaire, qui commençait déjà à s'élever sur la crypte.
Parmi ces derniers dons, il en était un que je puis appeler magnifique ; il consistait en dix billets de banque de mille francs chacun, remis à l'Évêque, le matin même, par une riche dame de Toulouse, en reconnaissance d'un signalé bienfait, dû tout entier à un miracle, opéré par Notre-Dame de Lourdes.
Nous demandâmes à sa Grandeur s'il n'y aurait pas indiscrétion de notre part, à être édifié sur les détails intimes qui avaient précédé et suivi ce fait merveilleux, et le nom de la personne qui offrait pour nous un certain intérêt, à cause de son origine.
Sa Grandeur ne se fit pas prier et avec une grâce parfaite : — Je ne puis vous livrer ce nom, nous dit-il, dont le secret doit rester entre Notre-Dame de Lourdes et moi ; quant au fait, je vais vous le raconter tel que me l'a exposé, ce matin, cette dame généreuse de votre ville. — Ce fait le voici quant au fond, la forme seule nous appartient.
« Il y a quelques années, une jeune femme, appartenant par sa naissance à une des meilleures familles de l'aristocratie toulousaine, perdait inopiné ment son mari, qui la laissait veuve, à la tête d'une très-grosse fortune, avec un fils encore enfant, sur l'avenir duquel reposaient leurs communes espérances.
L'enfant grandit sous les yeux maternels. La mère se dévoua avec tout son cœur à son éducation morale, et lorsque fut arrivé le moment de s'en séparer et de le confier à des mains étrangères, pour compléter son instruction, elle choisit, de préférence à tout autre, le collège Sainte-Marie, dirigé avec distinction à Toulouse, par les révérends pères Jésuites.
Gaston de X..., c'était son petit nom, se fit remarquer bientôt parmi ses condisciples, par une aptitude exceptionnelle et une charmante vivacité. Son caractère doux et conciliant lui gagna tout d'abord l'affection générale. Les succès classiques couronnèrent ses efforts, et, chaque année, il était heureux d'offrir à sa bonne mère les nombreuses couronnes, qui témoignaient de ses talents et de son application au travail.
Ces jours heureux eurent un terme par le baccalauréat. Gaston de X... fut reçu, avec une excellente mention, et se prépara dès lors, d'après le désir de sa famille, à suivre les cours de l'école de Droit de Toulouse, dont la célébrité ne le cède qu'à celle de Paris.
Ici le milieu changea. Il n'y avait plus, comme au collège, l'œil paternel du maître pour découvrir et éloigner le danger. La liberté relative, les rapports quelque peu défectueux avec des camarades au cœur chaud et à passions vives, mais qui n'avaient pas eu, comme Gaston, le bonheur d'une première éducation toute morale et religieuse, refroidirent insensiblement les premiers élans de sa bonne volonté, et lui firent ardemment désirer le fruit défendu.
Dans une grande ville comme Toulouse, où le très-bon se trouve constamment côte à côte et mêlé avec le très-mauvais ; dans cette ville éminemment religieuse au sommet, fermement croyante encore dans le milieu, trop indifférente ou corrompue dans le bas-fond, un jeune homme, livré seul sur le pavé, avec son cœur de feu, entouré de séductions et de mauvais exemples, entraîné surtout par les paroles ardentes de quelques écervelés qui veulent dépenser en jouissances l'activité qui les dévore ; un jeune homme, dis-je, en de pareilles conditions, doit être bien fort pour résister, surtout lorsque la richesse est dans sa maison. Gaston de X... allait en faire la triste expérience.
Il s'était mis, de bonne heure, en rapport avec quelques jeunes gens, fréquentant les mêmes cours que lui. La similitude de caractère et d'impressions, les prévenances mutuelles et je ne sais quel attrait intime, les attirant l'un à l'autre, avaient étroitement resserré des liens formés, pour ainsi dire, par hasard ; malheureusement pour Gaston, le hasard l'avait mal servi, la rencontre et le choix n'étaient pas bons.
Ceux-ci, en effet, voulant jouir, quand même, de leur indépendance et de leur liberté qu'ils comprenaient avec leurs vingt ans, étudiaient le droit en vivant de travers, et consumaient dans le jeu et les amusements profanes, un temps précieux qu'ils auraient certainement dû consacrer à un meilleur usage. Peu à peu, ces idées malsaines et ces goûts désorganisateurs s'insinuèrent dans l'esprit de Gaston de X... ; elles descendirent dans son cœur pour le gâter et le corrompre, et alors se réalisa pour lui cette terrible vérité de l'Écriture : corruptio optimi, pessima, la corruption du bon touche à l'abîme. Il devint joueur effréné et parfait débauché.
Madame de X... qui, tout en laissant à son fils une assez large latitude, avait cependant toujours un œil ouvert sur lui, ne tarda pas à reconnaître l'immensité de son malheur ; et, dès ce jour, commença pour elle cette vie d'agitations et d'angoisses, que le cœur d'une mère comprend facilement.
Gaston, toujours respectueux devant elle, était néanmoins devenu sombre, taciturne et impérieux ; il lui fallait souvent de l'argent. Madame de X..., avec une douceur angélique, remontait cette vive nature ; en des moments d'expansion intime, elle lui ouvrait les trésors de son cœur et lui demandait alors, au milieu de ses caresses, un changement de conduite que son nom honorable et les principes reçus lui faisaient un devoir d'adopter. Le jeune homme, touché par les larmes de la tendresse maternelle, promettait toujours facilement, et oubliait plus facilement encore.
Cependant, la sainte mère ne se décourageait pas. Que de fois, seule dans sa chambre muette, elle attendit au coin de son feu, pendant les longues soirées d'hiver, le prodigue qui ne revenait pas. Que de fois elle dévora ses larmes en silence, et que de fois aussi le malheureux enfant, reconnaissant à son retour sur les yeux de sa mère les traces de son chagrin et de sa longue insomnie, avait pris une résolution généreuse, que le contact pervers de ses amis et des habitudes invincibles avaient fait bientôt s'évanouir.
Un matin, c'était sur la fin du mois de février, Gaston rentra plus affaissé que de coutume ; il avait passé la nuit dans une de ces saturnales inventées par Satan, et que les disciples de Bélial désignent sous le nom de bal masqué. Le temps était froid. Le jeune homme, qui s'était agité à cœur joie, éprouva, en sortant, un refroidissement subit, et quelques heures après il se mettait au lit, portant dans sa poitrine tous les symptômes d'une pneumonie très-grave. La fièvre se déclara bientôt avec intensité, et le mal s'aggravant d'heure en heure, un habile médecin, connu dans la maison, fut incontinent appelé.
Madame de X..., menacée d'un nouveau malheur, s'empara, pour ne plus le quitter, du chevet du lit sur lequel gisait son malheureux enfant. Elle étudia la physionomie du docteur au moment où, cherchant les causes, il auscultait le malade. Le froncement du sourcil qui accompagna cette opération délicate chez l'homme de l'art, n'échappa point à ses alarmes.
Gaston était très-malade ; néanmoins, avec les ressources de la science et des soins assidus, intelligents, le docteur promettait la guérison.
Soins et remèdes, on le pense bien, ne furent point négligés en cette dangereuse occurrence ; mais le mal, rebelle à tous les réactifs et à toutes les sollicitudes, empirait à chaque instant, diminuant ainsi insensiblement les lueurs d'espoir, manifestées avec tant d'assurance par le médecin.
Sur la fin de la semaine, le malade était à toute extrémité. Le docteur, cependant très-expérimenté, après avoir appliqué toutes les prescriptions qui devaient entraver les ravages du mal, crut prudent, afin de rassurer sa conscience, de demander l'avis de confrères non moins éclairés que lui. Une consultation eut lieu, et le résultat de cette conférence, qui fut exprimée devant Madame de X... au désespoir, apprenait, qu'humainement parlant, tout avait été régulièrement prévu et tenté : il ne restait plus, comme ressource, que la volonté de Dieu.
En cet instant de suprême abandon, une grande et sainte inspiration pénétra dans le cœur de cette mère désolée : les hommes lui enlèvent sa dernière espérance, mais Dieu lui reste, et c'est de lui qu'elle attend le secours.
Madame de X... allait tous les ans à Cauterets. Elle était parfaitement renseignée et édifiée sur les Apparitions de la Grotte de Lourdes. Elle ne manquait jamais, à son retour des eaux, de faire une visite à cette Grotte, encore privée de son sanctuaire. Elle avait chaque fois recueilli un peu d'eau quelle avait précieusement conservée. Toutes ces pensées, tous ces souvenirs au milieu de ses poignantes alarmes, se heurtaient confusément dans son cœur.
Elle a bientôt pris son parti en présence du danger dont elle redoute l'issue. Deux religieuses partageaient avec elle le soin de veiller sur le malade. Elle leur confia la garde de cet enfant, en leur donnant ses instructions positives ; elle appela sa sœur, arrivée en toute hâte à la nouvelle du malheur qui menaçait la famille entière. — « Je pars tout à l'heure pour Lourdes, lui dit-elle, j'y vais accomplir un vœu que je viens de former. Je vous laisse ce que j'ai de plus cher au monde, mon fils ; remplacez-moi pour quelques heures auprès de lui. Voilà une fiole contenant un peu d'eau ; c'est de l'eau de Lourdes ; faites-en boire à Gaston et priez pour lui. »
Et sans lui donner le temps de discuter cette héroïque tentative, elle embrasse son enfant, le cœur brisé mais confiant, prend à la gare le train qui allait partir et arrive à Lourdes, vers les deux heures du soir.
Madame de X... traverse la ville jusque sous le portique de la prison qui ouvre le chemin de la grotte. Elle ôte là sa chaussure, et s'avance nus-pieds sur les cailloux de la route qui furent bientôt ensanglantés. Mais la douleur physique n'avait pas d'action sur cette grande douleur morale. Enfin, elle est en présence de la Vierge, elle tombe à genoux devant son image, murmurant, oppressée par les sanglots, cette sublime prière :
« Ma bonne Mère, je sais qu'on ne vous implore jamais en vain. Je viens de bien loin pour vous demander la vie de mon fils. Vous avez connu des angoisses impossibles, sondez de votre œil compatissant celle qui m'anéantit à vos pieds. Mon enfant se meurt, il a peut-être mérité par ses fautes ce terrible châtiment. Ô Mère de mon Dieu, c'est une mère qui vous demande la résurrection de son fils et le changement de son cœur : c'est un double prodige que vous ne me refuserez pas. Vous lisez dans mon cœur. Ce que j'ai voué, je le tiendrai, quoi qu'il arrive ! ... »
Les larmes, cette consolation des malheureux, coulèrent abondamment de ses paupières ; douces larmes, fécondées par l'amour maternel que le ciel bénissait à l'instant même, et que Marie recueillait avec tendresse pour se montrer grande et miséricordieuse.
Dès lors, je ne sais quelle effusion surnaturelle inonda cette âme désolée, au milieu d'une douce confiance. Sa pensée courait de son fils au trône de Marie : « Vous me le sauverez, disait-elle, vous me le rendrez pieux et bon, vous serez sa mère aussi, et à nous deux nous le conduirons vers le ciel. » »
Le vœu de Madame de X... était accompli ; la Vapeur, dévorant l'espace, la ramenait trop lentement au gré de ses désirs. Le souvenir de son fils la poursuivait sans cesse ; elle le voyait dans son lit de douleur, agonisant dans la souffrance. Mais Marie, pensait-elle, veillait sur lui, et son assurance à cet égard était, malgré elle, présentement illimitée.
En ouvrant la porte de son appartement, elle est reçue par sa sœur qui se jette dans ses bras, l'embrassant avec tendresse : — « Guéri, ma bonne amie, guéri, lui dit-elle, viens le voir, depuis longtemps il t'appelle. »
— Mon cœur me l'avait dit, je l'avais pressenti, répondit l'heureuse mère ; » et elle volait, malgré sa fatigue et ses émotions, vers ce cher enfant qu'elle pressait sur son cœur en le couvrant de caresses. Quelle scène en cet instant de bonheur, qui arrachait des larmes, larmes de paix, puisqu'elles renfermaient une bénédiction ! Le malade était assis sur son lit, les traits rayonnants, bercé par le sourire de sa bonne mère, qui lui disait avec transport : « Mon cher ami, tu reviens de loin, tu sais qui t'a sauvé, tu ne l'oublieras jamais, je l'espère. »
Le docteur avait fait sa visite dans la matinée, avant l'arrivée de Madame de X... Il s'attendait à un dénouement très-prochain ; il passait machinalement, et comprenant presque l'inutilité de sa visite, lorsqu'il trouve la maison remplie de joie.
— Où est Madame X... ? demanda-t-il.
— Partie, docteur.
— Partie ! et pour où, grand Dieu ?
— Pour un monde de miracles ; elle est à Lourdes, vous savez.
— À Lourdes ! Et en disant ces mots, le docteur ouvrait de grands yeux étonnés.
— Mais voyez donc le malade.
Le malade n'avait plus de fièvre ; il considérait, en souriant, le brave homme, dont l'étonnement était extrême.
— Qu'est tout ceci, répétait-il sans cesse. Que lui avez-vous donné ?
— Voilà le remède. Et on lui présentait un flacon d'eau naturelle qu'il examinait avec la plus sérieuse attention.
— C'est de l'eau de Lourdes, lui disait-on.
— Bon remède ! fit-il en fronçant les sourcils.
— N'en dites pas trop de mal. Regardez le malade, c'est ce flacon qui l'a guéri, avec la prière de cette belle âme.
En disant ces mots, on montrait le portrait de Madame de X... suspendu aux murs de la chambre.
« — Dans tous les cas, je n'ai point à en dire du mal, il est en dehors de ma science. C'est, il faut l'avouer, bien incompréhensible. Quant à vous, mon ami, ajouta-t-il en lui tâtant le pouls, vous êtes très-bien, ménagez-vous, car vous l'avez échappé belle. Soyez prudent. »
Il était sorti dans un état de perplexité visible, ruminant en lui-même la soudaineté d'une guérison, qui, pour lui, avait tous les caractères du miracle ; mot qu'il n'acceptait pas pourtant, parce que les médecins ont de la répugnance à le prononcer, même quand ils le croient.
Gaston de X... était guéri, guéri sans convalescence ; mais tout n'était pas encore complètement fini. Une autre guérison, plus importante encore aux yeux de la foi, restait à constater.
Lorsqu'une âme s'est volontairement éloignée des devoirs que la morale impose à tous les hommes, lorsqu'elle s'est laissée dominer par les funestes habitudes du vice et de la dépravation, il y a une extrême difficulté à y laisser arriver une bonne inspiration.
Selon l'expression de nos Livres Saints, satan est dans ce cœur qu'il régit en maître, et, dans la crainte d'en perdre la possession, il se met à la recherche de sept esprits plus pervers que lui, nequiores se ; et, à eux tous, ils fixent là leur inébranlable demeure, ils revêtent ce cœur d'une cuirasse impénétrable sur laquelle tous les traits de la grâce sont émoussés ; plus de bonnes pensées, plus de douces impulsions. Au milieu de cet infernal cortège, rien, rien ne passe.
Ramener donc au bien par la grâce une âme endurcie en cet état, c'est, si je ne me trompe, un miracle d'autant plus surprenant que pour l'opérer il faut enlever, pour ainsi dire, de force, en la changeant, une volonté librement fixée dans le désordre ; le concours surnaturel n'est pas seul nécessaire ici, il faut encore le concours humain de la volonté qui accepte la grâce divine.
Nous l'avons dit, le jeune homme, de la vie duquel nous racontons un épisode, était réduit alors à ce triste état. Marie lui avait donné, sans lui, la santé du corps, et comme cette bonne Mère ne fait rien à demi, elle allait aussi lui rendre la vie de l'âme, en soumettant sa volonté au repentir et à la pénitence.
Plusieurs jours après les divers incidents que nous venons de décrire, le jeune Gaston de X..., entièrement rétabli, était assis sur un fauteuil auprès de sa mère, par un temps triste et pluvieux : il se penchait machinalement vers l'âtre, attisant les bûches du foyer. Il considérait de temps en temps cette femme admirable à laquelle, il le savait maintenant, il devait deux fois la vie ; et, dans un moment d'expansive tendresse :
— « Ma bonne mère, dit le jeune homme, je puis bien vous donner ce nom, vous le méritez deux fois. »
— « Non, mon ami, tu as deux mères : celle qui est au ciel et qui t'a rendu la vie, attend de toi un sacrifice. »
— « Ce sacrifice est fait, ma mère. Je me suis égaré un instant, mais je suis encore jeune. Je reprendrai, sous vos conseils, la bonne route. Je réparerai ainsi le mal que j'ai pu commettre. »
— « Heureux enfant, que le ciel te récompense, tu complètes mon bonheur ! »
— « Demain, maman, nous irons ensemble trouver le P..., votre confesseur. Je suis très-décidé à tenir ferme ; seulement... » Et il hésita. À ce mot seulement, les traits de Madame de X... se contractèrent sous l'impression d'une vive inquiétude : elle craignait une restriction qui allait peut-être reculer encore le moment désiré. Il n'en était rien pourtant : il s'agissait de régler, pour n'y plus penser, quelques dettes d'honneur et la réparation pécuniaire d'une position compromise. Tout fut accordé sans discussion. Madame de X... eût autrefois payé bien cher le retour de l'enfant prodigue.
Gaston de X... tint parole ; une conduite désormais exemplaire a réparé autant que possible les premiers égarements de son adolescence. Il est doux, sage et pieux, mais sa piété n'a rien de sauvage. Il fréquente le monde de la bonne compagnie, où il est aimé et où l'on se plaît à louer son enjouement et ses bonnes qualités. Il s'est associé à la charité maternelle, et il n'est pas rare de le voir pénétrer dans les mansardes du pauvre, pour y porter avec quelque peu d'or, les consolations et les bonnes paroles qui réconfortent le courage.
Voilà l'œuvre de Marie, voilà la récompense de Notre-Dame de Lourdes.
Sur la fin du mois d'octobre 1867, Madame de X... et son fils faisaient une longue halte devant la grotte de Massabielle. Au retour, on s'arrêta à Tarbes pour demander une courte audience à Mgr Laurence, qui avait si largement contribué à la glorification de Notre-Dame de Lourdes. Le Prélat reçut cette noble et intéressante famille avec la plus cordiale affabilité ; on lui raconta tout, et, avant de se retirer, Madame de X... remit entre les mains de l'Évêque, en accomplissement de son vœu fait quelques mois auparavant, aux pieds de la Vierge, un pli cacheté : c'était, en billets de banque, une offrande de dix mille francs, destinés aux travaux de la chapelle ; son nom devait rester caché dans le cœur du Pontife et dans le souvenir de Notre-Dame de Lourdes.

Source : le-petit-sacristain.blogspot.com