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La Musique fait son Cinéma (9) Wagner – Le Dictateur.

Prélude de l'Acte 1 de Lohengrin, de Wagner. Film : le Dictateur, 1940.
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Le Prélude de Lohengrin de Wagner est utilisé deux fois dans le film, à commencer par la scène dite du « monde en péril » où l’on voit Hynkel jouer avec le ballon en forme de globe terrestre (la musique est associée à la légèreté du ballon avec le suspense lié à l’incertitude de savoir ce qu’il va devenir) : on rentre dans les rêves (et la folie) de Hynkel.

La musique de Wagner a été particulièrement appréciée et utilisée par les Nazis (de même que les Carmina Burana de Carl Orff ou les symphonies de Bruckner) pour sa recherche de puissance et le développement - parfois ambigu- d’une mythologie de personnages d'essence supérieure ou inférieure. On voit à ce propos dans Le dictateur à quel point l’art officiel a été instrumentalisé par les autorités allemandes de l’époque (la voiture de Hynkel avance le long d’une allée de sculptures faisant le salut nazi !) et l’on sait également le sort qui était réservé aux œuvres des artistes « dégénérés ».

[Rappelons que l’art de différents pays occidentaux des années 30 a certainement flirté avec le mythe du surhomme, en particulier l’architecture et la sculpture (c’était l’époque des grandes expositions coloniales et universelles). L’exposition universelle de 1937 montrait justement des œuvres sculptées et des pavillons particulièrement imposants, comme le sont les décors qui entourent Hynkel. Mais l’idéologie sous-tendue par l’art officiel nazi est d’une tout autre nature car il y avait une volonté de propagande et la recherche de la domination et de l’exclusion.]

Chaplin s’est emparé de la musique de Wagner à contre-emploi et a choisi la douceur de la musique du prélude de Lohengrin.
[ Opéra composé en 1847 à une époque où la musique de Wagner était incomprise, peu appréciée de ses contemporains et où Wagner était recherché par la police de Dresde pour sa participation à la révolution de mai, réprimée par l’armée. L’œuvre fut dirigée par Liszt à Weimar en 1850 devant l’élite intellectuelle et musicale d’Allemagne alors que Wagner était exilé à Zurich.]

Le thème de Lohengrin est celui de la quête du Graal et, les violons du Prélude, avec des harmoniques élevées, représentent le Saint-Graal et son envoyé, le chevalier Lohengrin. [Le roi et les chœurs guerriers, au contraire, sont personnifiés par les cuivres alors que les bois plaintifs sont réservés à Elsa]. Cette même musique réapparaîtra à la fin du film en reprenant tout son sens.

On peut entrevoir des correspondances entre le thème de cet opéra et le message que veut faire passer Charlie Chaplin, verbalisé dans le discours final : s’élever vers un monde meilleur de façon pacifique. Le personnage du barbier se rapproche à la fin du film du rôle de Lohengrin. Certaines similitudes peuvent également s’observer entre Elsa, liée par l’amour à Lohengrin et Hannah (liée au barbier).

Reprise finale du prélude de Lohengrin. Après le discours final (à 1 h 57’ 30’’), Cette musique de rêve revient au moment où l’on voit Hannah se relever et reprendre espoir : « notre âme a retrouvé ses ailes » entend-elle à la radio. Ces ailes de l’âme font alors écho au ballon que Hynkel avait fait voler.

Ainsi, la quête du Graal dont nous parle la musique devient par l’utilisation qu’en fait Charlie Chaplin une réflexion positive sur le sens de la vie et l’avenir de l’homme. C’est la réponse d’un réalisateur de génie à l’intolérance des Nazis et au danger qu’ils représentent.
Extrait du site artdopan-vienne. (L’article en entier intéressera certainement les étudiants en HDA (Histoire De l’Art) :
sites.google.com/…/la-musique-du-d…
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Le film est visible ici en anglais :
Charles Chaplin's "The Great Dictator" Le Dictateur (1940)

(L'on y entend Danses hongroises n°5, de Johannes Brahms, à la 56°mn pour un rasage en rythme par Chaplin)