Lux Æterna

L'Assomption : la fête de Marie, ou la fête de Dieu ?


« Tout en Marie est ordonné au Christ et à lui seul rapporté ; elle n'existe et ne brille que de sa lumière, n'étant par elle-même qu'un chemin, un miroir transparent dont la fin unique est de conduire les âmes à Jésus. »
Cardinal Charles Journet.

Assistons-nous, en ce 15 août, à un culte païen des temps modernes ? À voir ces fidèles marcher en foule derrière une statue de Marie portée au pinacle, voir les bannières déployées, les brancards fleuris, les chants enflammés et les prières à genoux scandées vers la statue de la Vierge, comment un simple observateur pourrait-il ne pas croire qu'il assiste à un culte idolâtrique voué à une divinité féminine ?
​Mais plus encore, les catholiques eux-mêmes savent-ils encore ce qu'ils fêtent ? Ne sont-ils pas pris au piège de leur propre dévotion, au point d'oublier que l'Assomption n'est pas une fête à la louange et à la gloire de Marie, mais celle de la pure grâce de Dieu pour ses créatures ? Quelques rappels essentiels.

​1) Marie, est une simple créature par nature.
Dans l'ordre de la nature, comme tout être humain, Marie n'est redevable de son souffle, de son corps et de son âme qu'à l'acte créateur de Dieu. Prise en elle-même, en tant que simple fille d'Adam, elle n'a pas d'autre consistance que celle d'une poussière façonnée par le Créateur.
Dans l'ordre de la nature, Marie, sans Dieu n'est absolument rien.

​2) La sainteté de Marie au cours de sa vie.
Marie a mené une vie d'une pureté et d'une fidélité ininterrompue, marchant pas à pas dans la foi depuis son berceau jusqu'au drame du Golgotha et au pied de la Croix. Mais cette sainteté vécue au quotidien, elle ne l'a jamais conquise par ses propres forces ou sa propre vertu.
Si elle a traversé toute sa vie sans jamais verser dans le péché et dans une parfaite adhésion à la volonté divine, c'est uniquement parce qu'elle a été habitée et soutenue par la grâce de Dieu. Sa sainteté est un pur don.
Dans l'ordre de la sainteté, Marie, sans Dieu n'est absolument rien.

​3) Une coopération totalement soutenue par la grâce.
On pourrait objecter : « D'accord, mais tout au long de cette vie, de sa naissance jusqu'à la Croix, il y a bien eu sa liberté, son "Oui" permanent et sa coopération active au plan de Dieu ? »
D'une part, rappelons que Marie était exempte du péché originel, ce qui constitue un don absolu de la pure grâce de Dieu. Contrairement à nous, dont la volonté est blessée, inclinée vers le mal et entravée par la concupiscence, la volonté de Marie était intacte et pleinement transparente à la lumière divine.
D'autre part, sa liberté de dire « oui » à Dieu n'était pas une force autonome qu'elle aurait exercée par elle-même : sa libre coopération fut entièrement soutenue, prévenue et activée par la grâce de Dieu. La grâce divine rend Marie capable d'un amour absolument parfait. Le « Oui » de Marie de sa naissance jusqu'à la Croix demeure un acte humain et authentiquement libre, mais dont la source, la force et le plein accomplissement proviennent entièrement de l'action de Dieu en elle.
Dans l'ordre de la coopération et du mérite, Marie, sans Dieu n'est absolument rien.

​4) L'Assomption, une glorification purement reçue.
Arrivée au terme de sa vie terrestre, Marie ne s'est pas « arrachée » à la terre par sa propre puissance, elle n'est pas montée au ciel par une ascension autonome comme le Christ par sa propre divinité. Elle a été élevée — portée, soulevée, transfigurée — par la seule toute-puissance de Dieu.
Ce corps glorifié, cette entrée triomphale dans l'éternité corps et âme, ne constituent pas une récompense ou un dû, mais l'achèvement souverain de la grâce divine qui déploie son œuvre jusqu'à la transfiguration de la matière.
Dans l'ordre de la glorification et de l'éternité, Marie, sans Dieu, n'est absolument rien.

​5) La fête de Dieu avant tout.
De sa nature de simple créature à sa sainteté quotidienne, de son « oui » coopératif jusqu'à son assomption, la vérité divine ne révèle qu'une seule et unique réalité : Marie n'est ni une déesse, ni une créature merveilleuse autonome, ni l'architecte de sa propre sainteté, mais elle est par pure grâce la parfaite transparente de Dieu, totalement vide d'elle-même et totalement remplie par son Créateur.
La fête de l'Assomption n'est donc pas fondamentalement une fête en l'honneur de Marie et pour la gloire de Marie, mais c'est la fête de Dieu, de son amour incompréhensible et bouleversant pour ses créatures, la fête de sa grâce souveraine. Alors ne vous trompez pas, ne donnez pas à Marie ce qui ne convient qu'au Créateur. Si vous aimez vraiment Marie, n'oubliez pas votre Dieu. C'est lui seul qu'elle vous montre!

​« Honnorons la Mère de notre Seigneur en songeant qu'elle est une créature, afin de ne point ravir au Créateur l'adoration qui lui est due ; car si grande soit-elle, elle ne nous montre jamais que Celui par qui elle a été sauvée et couronnée. »
​Saint Augustin

KYRIE ELEISON !
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