Pourquoi et comment aimer l’Église ? Abbé Lemière

Pourquoi et comment aimer l’Église ?

Voulez-vous vous amuser à collectionner toutes les raisons de critiquer l’Église et de ne pas l’aimer ? Rien de plus facile, et la bibliographie ne saurait être exhaustive. Mais l’avons-nous bien regardée, cette Église qui, tel un beau monument, ne révèle sa profondeur qu’à ceux qui prennent la peine d’y entrer et le temps de la comprendre.

Entrer dans l’Église pour la contempler

Lorsque vous vous trouvez sur le parvis de Notre-Dame de Chartres, vous pouvez être déjà ébloui par l’architecture, la statuaire. Mais les masses opaques et sales, en plein cœur de la façade, sautent rapidement aux yeux. Si vous prenez la peine d’entrer, vous êtes immédiatement pris par une ambiance de prière, de recueillement qui élève l’âme. Si maintenant, vous vous retournez, vous découvrez les trois merveilleux vitraux du XIIème siècle. C’est toute une catéchèse féérique, en couleurs inoubliables. Dans cette contemplation muette, l’on découvre en un instant toute la beauté du mystère de l’Église.

Si l’on cherche ensuite à lire les vitraux, à les comprendre, à les relier les uns aux autres, on commencera, à partir de la foi et sous la lumière de la foi, à approfondir par un travail de la raison le mystère de Dieu. En tout cas, il n’y a que ceux qui sont dans l’Église, qui vivent et prient dans l’Église, qui aiment l’Église malgré les oripeaux dont certains peuvent l’affubler, qui peuvent porter un regard juste sur elle. Alors, tout s’éclaire, il ne s’agit plus de croire « bêtement » des dogmes ineptes, « d’avaler » tout ce qu’édicte le Pape. Vraiment, la foi a illuminé la raison, et nous sommes heureux et fiers d’être, par-delà les vieux clivages, des hommes doués de raison et de foi.


L’Église est ma mère et je suis son enfant

Bien sûr, souvent, il nous faut défendre l’Église, argumenter ses prises de positions. Mais parfois l’amour a des réponses déconcertantes et plus efficaces. Dans le Journal d’un curé de campagne, Georges Bernanos met en scène son jeune curé aux prises avec le neveu de la châtelaine qui déblatère contre l’Église : « Chacune de ses paroles m’avaient remué jusqu’au fon du cœur. (…) Un moment, j’ai caché mon visage, j’étais épouvanté de sentir mes larmes couler entre mes doigts. Pleurer devant lui, comme un enfant, comme une femme ! Mais Notre Seigneur m’a rendu un peu de courage.

Je me suis levé, j’ai laissé tomber mes bras et, d’un grand effort … le souvenir m’en fait mal … je lui ai offert ma triste figure, mes honteuses larmes. Il m’a regardé longtemps. J’épiais un sourire de mépris, du moins de pitié sur ses lèvres volontaires. « Vous êtes un chic garçon, m’a-t-il dit. Je ne voudrais pas un autre curé que vous à mon lit de mort. » Et il m’a embrassé, à la manière des enfants, sur les deux joues.
»

Ce pauvre curé désemparé témoignait ainsi, pauvrement, qu’il n’était qu’un enfant, mais que l’Église était sa mère. L’Église est notre Mère, et ce ne sera jamais qu’un signe de crise adolescente et immature que des enfants s’en prennent à leur mère pour la molester, la calomnier, pour la diffamer à tous vents. Au contraire, quelle pureté dans le regard d’un petit enfant sur sa mère ! Comme il est doux de se considérer comme des enfants de l’Église. Nous sommes fils de l’Église ! C’est par elle que Dieu nous donne tout !

L’Église, épreuve et consolation de ceux qui cherchent Jésus

Il y a chez Bernanos un amour de l’Église qui transparaît sans cesse autour de quelques dialogues denses, de quelques perles pêchées dans les mots du sage curé de Torcy ou du jeune curé d’Ambricourt. À ceux qui se scandalisent du contre-témoignage de mauvais chrétiens, le romancier rétorque, pour avoir lui-même dépassé ce scandale :

« Quiconque s’étonnerait de les voir là, ressemblerait aux pharisiens sourcilleux toisant d’un regard de dégoût le Rabbi Jésus avec son escorte de béquillards, d’aveugles, de mendiants, et probablement aussi de simulateurs. Car l’Église n’est rien moins que le panthéon des grands hommes, mais, sous la rage de la pluie et du vent éternels, le refuge où la plus misérable espèce vient recevoir de Dieu et de ses saints, jour après jour, de quoi subsister, vaille que vaille, jusqu’à l’universel pardon. »

Le chrétien Bernanos, tel un prophète inspiré, se prenant pour le Christ qui nous apparaîtrait comme à Marguerite-Marie ou à Faustine, nous invite à traverser les obstacles à notre amour de l’Église : « Dès le commencement, mon Église a été ce qu’elle est encore, et ce qu’elle sera jusqu’au dernier jour, le scandale des esprits forts, la déception des esprits faibles, l’épreuve et la consolation des âmes intérieures qui n’y cherchent que moi. »

Oui, face à ce mystère de l’Église, ne soyons ni des esprits forts qui rageusement accusent ; ni des esprits faibles qui partent sur la pointe des pieds ; soyons, au cœur de l’Église, des chercheurs de Jésus : nous l’y trouverons.

Emmanuel Lemière, prêtre de la communauté Saint Martin