Histoire similaire arrivée à Saint Hervé aussi.
Carmelo Falco était un opulent propriétaire des environs de Nicosie. Une violente épidémie se déclara dans une de ses bergeries située dans la haute montagne. Il demanda un père capucin pour donner une bénédiction préservatrice à son bétail. Le père arriva suivi de frère Félix et se rendit sur les lieux. Or, parmi les bergers, on avait reçu récemment un jeune étranger qui se faisait nommer Agostino, qui était d’une force extraordinaire, mais d’allures suspectes en fait de religion.
La bénédiction donnée, maître Falco voulut servir une collation aux deux religieux : frère Félix demanda à ce que les bergers y prissent part ; sa requête fut accueillie avec empressement, et bientôt tous se trouvèrent réunis autour des pères, sauf toutefois le mystérieux Agostino. On le chercha de tous côtés, il s’était caché ; on le découvrit enfin, mais il refusa de quitter sa cachette. Informé de cette résistance, le bienheureux Félix s’écria : « Eh bien, moi, je vous dis que Dieu va le contraindre à venir et à dire ce qu’il est ! » Alors il se passa une scène extraordinaire. Se transportant près d’Agostino, le serviteur de Dieu lui jette l’extrémité de la corde, qui sert de ceinture aux capucins, sur les épaules, et l’y maintenant, lui dit d’un ton solennel : « Au nom de Dieu, suis-moi ! » L’autre suit, comme s’il eût été attaché ; mais il marchait sur ses pieds et sur ses mains à la façon des bêtes, et il faisait, pour résister à la force spirituelle qui l’entraînait, les mêmes contorsions que fait un animal furieux que l’on a attaché par le cou et qu’on emmène malgré lui. Arrivé au lieu où les bergers étaient réunis, le bienheureux Félix, tenant toujours sa corde sur les épaules d’Agostino, lui crie : « Au nom de Jésus-Christ et de Marie, sa mère, je te commande de dire qui tu es, et pourquoi tu es venu dans cette bergerie. »
Les traits du malheureux se contractent d’une façon hideuse ; il écume, il rugit comme une bête féroce ; et finalement il déclare qu’il est un démon sorti de l’enfer, qu’il est venu dans la bergerie pour faire au troupeau tout le mal possible, et surtout pour perdre les bergers en les détournant de la prière et en les rendant progressivement vicieux.
« Au nom de Jésus-Christ, reprit le bienheureux, je t’ordonne, démon maudit, de rentrer en enfer, sans nuire à aucune créature ! » Le démon démasqué ne pouvait se soustraire à cette objurgation ; mais, comme autrefois les esprits infernaux chassés du corps des hommes demandèrent à Notre-Seigneur permission de passer dans une bande de pourceaux, il demanda qu’il lui fût permis d’entrer, pour en faire sa proie, dans le corps d’un animal quelconque. Sur la sollicitation des assistants, le bienheureux Félix le lui permit. On vit alors comme un éclair, un hurlement prolongé retentit, la forme humaine du prétendu Agostino s'évanouit, et le démon sauta dans les membres d’un petit veau qui se trouvait à l’attache près de la porte ; et en un instant, du pauvre animal il ne resta que quelques ossements calcinés. Ce fait si extraordinaire fut, je le répète, attesté sous la foi du serment, lors des premiers procès de béatification du serviteur de Dieu, par cinq témoins oculaires.
Il y aurait une étude spéciale à faire sur ce phénomène du démon se mêlant sous forme humaine à la vie courante. Qu’il suffise de rappeler ici un trait de la vie de saint Gilduin, chanoine en Bretagne au onzième siècle, consigné dans la Mystique de M. l’abbé Ribet : un démon sous forme humaine se met au service d’un batelier pour le perdre temporellement et éternellement, le saint découvre l’esprit maudit et le met en fuite, comme fit le bienheureux Félix pour le soi-disant Agostino.
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